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Avril 2000
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17 - IV - Question d'actualité de Mme Laure SCHNEITER à M. le Maire de Paris concernant la place de la Concorde et ses abords

Débat/ Conseil municipal/ Avril 2000


M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Nous avons une question d'actualité de Mme Laure SCHNEITER sur la place de la Concorde et ses abords.
Ma chère collègue, vous avez la parole.
Mme Laure SCHNEITER. - Monsieur le Maire, je souhaite vous demander quelle image vont retenir les milliers de touristes venus admirer la place de la Concorde, dite "la plus belle place du monde" ?
Nous avons la grande roue, que je veux bien passer par les pertes et profits des festivités de l'an 2000, bien qu'elle ait été précédée régulièrement de roues comparables, à peu près au même endroit.
Mais je voudrais attirer votre attention sur de nouvelles atteintes portées à cette place et ses abords immédiats.
La première, sans doute temporaire, est la transformation de l'église de la Madeleine en panneau publicitaire pour le spectacle de Robert HOSSEIN. Même s'il s'agit de Jésus...
M. Paul AURELLI, adjoint. - C'est un miracle !
Mme Laure SCHNEITER. - ... la façade entière de l'église de la Madeleine est cachée par ce panneau.
Je ne mets pas en doute les mérites de Robert HOSSEIN, mais ces méthodes publicitaires me laissent songeuse et je me demande ce qui se passerait si, en vertu du principe d'égalité des citoyens, chacun pouvait invoquer un tel précédent !
Pouvez-vous, Monsieur le Maire, me dire qui a donné cette autorisation ?
M. Yves OGÉ. - L'Eglise.
Mme Laure SCHNEITER. - Les églises, Monsieur, sont réservées au culte et à tout ce qui concerne le culte. Je ne pense pas que la publicité pour un spectacle payant ait quelque chose à voir avec l'exercice du culte !
Vous avez vous-même, Monsieur le Maire, "dévoilé" la dernière atteinte en date : une restauration d'une fidélité absurde de la Fontaine des Mers.
Je ne discute pas l'existence de la polychromie de 1840, mais j'affirme que, pour les Parisiens et le monde entier, cette polychromie a fait place, depuis plus d'un siècle à une harmonie qui a permis un miracle d'équilibre entre les diverses parties de cette place construite progressivement.
Le parti-pris de restauration, avec cette polychromie criarde, parce qu'elle n'a pas été patinée, détruit cette harmonie pour longtemps, si ce n'est pour toujours, puisque les techniques d'aujourd'hui permettent d'éviter le retour des patines du temps.
Si c'est le parti-pris qui doit régner désormais à Paris et si la mémoire et le sentiment doivent s'effacer devant la cuistrerie, je vous propose, Monsieur le Maire, de lancer une campagne mondiale sur le tourisme à Paris sur le thème : "le XXIe siècle sera le siècle de Paris "kitsch" et de fixer, à la prochaine mandature, un grand oeuvre : la restauration par la polychromie de la façade de Notre-Dame !
Il est encore temps de s'arrêter sur cette mauvaise pente.
Je vous demande, Monsieur le Maire :
- de prendre l'engagement que la grande roue est la dernière qui sera installée sur la place de la Concorde. D'ailleurs, une restauration des fossés des Tuileries réglerait définitivement le problème ;
- de faire respecter l'interdiction à tous les monuments publics de l'utilisation publicitaire, y compris pour les spectacles payants ;
- de trouver, en accord avec l'architecte en chef des Monuments historiques, un juste équilibre dans la restauration pour ne pas tomber dans le clinquant.
Pratiquement partout en Europe, les restaurations d'endroits prestigieux se font en conservant une patine aux sculptures et ornements architecturaux. Pensez à la fameuse statue en bronze de Marc-Aurèle, place du Capitole à Rome, amoureusement restaurée et patinée.
On peut faire des erreurs dans une restauration, l'important c'est de le reconnaître et de modifier les techniques de rénovation.
La grande roue, le panneau publicitaire qui cache la Madeleine et la restauration des fontaines, c'est beaucoup pour la place de la Concorde, Monsieur le Maire !
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Ma chère collègue, l'installation de la grande roue sur la place de la Concorde s'inscrit, vous l'avez rappelé, dans le programme des festivités liées au passage de l'an 2000 et a reçu le soutien de la Mission "Paris 2000".
L'autorisation d'occupation temporaire du domaine public a été accordée à titre précaire et révocable à compter du 1er décembre 1999 jusqu'à fin janvier 2001, en accord avec les services de M. le Préfet de police.
L'implantation de la grande roue a, par ailleurs, reçu l'accord du Directeur de l'Architecture et du Patrimoine du Ministère de la Culture et de la Communication.
Cette structure est soumise au paiement d'une taxe au titre des droits et redevances perçus lors des manifestations commerciales ou publicitaires à caractère exceptionnel organisées sur le domaine public municipal, conformément à la délibération du 20 octobre 1997 et à l'arrêté du 5 décembre 1997.
C'est une attraction qui reçoit un accueil chaleureux de la part du public et des médias qui ont été nombreux à ne pas partager votre jugement esthétique.
L'installation d'une toile décorative représentant une image illustrant l'annonce des Evangiles a été autorisée dans le cadre du jubilé 2000 sur la façade de l'église de la Madeleine par M. le Préfet de police le 23 février 2000 jusqu'à la fin du mois de juillet 2000.
Le Ministère de la Culture et de la Communication avait préalablement donné son accord à la réalisation de travaux sur cet édifice avec l'installation d'une bâche décorative. L'architecte en chef des Monuments historiques n'a formulé aucune objection au visuel proposé. Dans ces conditions, la Ville de Paris n'avait aucune raison de s'opposer à cette installation.
Les fontaines de la Concorde ainsi que l'ensemble de la place sont classés monument historique depuis le 23 août 1937.
Les principes de restauration de la fontaine des Mers, opération menée sous l'autorité de l'architecte en chef des Monuments historiques, ont en conséquence fait l'objet d'études préalables par l'administration des Affaires culturelles de l'Etat, lesquelles ont conduit la Commission régionale des Monuments historiques, le 27 mars 1998, à se prononcer sur un parti polychromique restituant le parti initial de l'architecte HITTORFF. Ce principe de restauration est du reste celui qui prévaut pour les Monuments historiques, y compris évidemment pour ceux de l'Etat et je vous rappelle, ma chère collègue, que l'exemple que vous avez choisi, à savoir la restitution de la polychromie de Notre-Dame n'est pas en soi une aberration puisque les cathédrales, à cette époque, étaient peintes, tout comme le Parthénon et les temples classiques qui étaient tous revêtus de polychromie.
Vous aurez une grande surprise quand vous verrez, dans quelque temps, la bâche qui recouvre le palais Garnier disparaître parce que l'Etat, sur son domaine, a retenu aussi un parti de polychromie qui risque fort de surprendre.
Il y a des tendances à toutes les époques dans les choix esthétiques des architectes des Monuments historiques. Lorsqu'on a restitué au pont Alexandre III sa couleur d'origine, cela a suscité de grands débats.
Maintenant que cette nouvelle couleur est installée dans le paysage parisien, chacun s'accorde à reconnaître que c'est assez réussi.
Les fontaines de la place de la Concorde, à l'origine, d'après tous les témoignages que l'on a de personnes beaucoup plus savantes que nous ne le sommes, avaient cette couleur. Ces témoignages sont tout à fait concordants et concluent que le parti retenu est aussi approchant que possible de l'état d'origine des fontaines de la Concorde.
Je peux assurer l'ensemble des élus de notre Assemblée que la place de la Concorde est l'objet d'une réflexion attentive de la part de la Ville, dans tous ses aspects et je rappelle d'ailleurs que pour lui restituer son caractère historique, la Ville mène des études en vue de conservation du site et de son embellissement dans le cadre d'un plan de circulation rénovée.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris", "Paris-Libertés" et "U.D.F. et Modérés").
Madame, il n'y a pas de réplique aux questions d'actualité, à moins que vous ayez un mot à rectifier.
Mme Laure SCHNEITER. - Oui, parce que c'est quand même une étrange coïncidence. Le grand panneau qui se trouve sur la Madeleine annonce peut-être le jubilé mais je vous signale que c'est la réplique exacte de l'affiche de Robert HOSSEIN pour son spectacle. Il y a quand même une ambiguïté qui me paraît un peu inquiétante.