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Avril 2000
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Conseil Municipal
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51 - 2000, DAUC 74 - Zone d'aménagement concerté de la "Réunion" (20e). - Approbation du Plan d'aménagement de zone. - Approbation du programme des équipements publics. - Avis favorable aux modalités prévisionnelles de financement échelonnées dans le temps. - Arrêt du dossier de réalisation

Débat/ Conseil municipal/ Avril 2000


M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération DAUC 74 relatif à la Zone d'aménagement concerté de la "Réunion" (20e).
Je donne la parole à M. WLOS.
M. Jean WLOS. - Monsieur le Maire, il a fallu toute l'énergie des associations, des habitants de ce quartier Réunion, du Conseil de quartier, l'action de la mairie du 20e, des élus du 20e pour qu'un véritable projet de renouveau de ce quartier soit enfin relancé.
La mobilisation de la population a permis une véritable concertation sur l'ensemble des projets concernant le quartier, mais les élus communistes tiennent à souligner une erreur profonde.
Ce quartier Réunion est un quartier où étaient étroitement mêlés habitat et activités, ce qui en a fait d'ailleurs toute sa richesse sociale.
Le projet d'origine comportait la réalisation de 10.000 mètres carrés d'activité. Ces 10.000 mètres carrés ont été abandonnés. Il s'agit là d'une très mauvaise appréciation puisque nous sommes maintenant devant des entreprises qui recherchent des locaux et qui ne trouvent pas de solution.
Mme GEGOUT, adjointe au Maire du 20e chargée des Affaires économiques, avait même proposé une entreprise qui cherchait à se maintenir dans l'arrondissement. Finalement, cette entreprise est partie en banlieue.
Voilà ce que nous voulions souligner, voilà les effets de choix qui se font au détriment du développement équilibré des quartiers.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je vous remercie.
Je donne la parole à Mme BRAQUY.
Mme Arlette BRAQUY. - Mes chers collègues, les 12 et 13 juillet 1999, le Conseil de Paris avait approuvé le Plan d'aménagement de zone permettant la poursuite de la réalisation de la Z.A.C. "Réunion" (20e).
A plusieurs reprises déjà, j'avais alerté le Conseil de Paris sur la politique en matière de logement social de la Ville de Paris et notamment sur la nécessité de construire plusieurs logements de type P.L.I. correspondant aux demandes de plus en plus nombreuses de Parisiens de classe moyenne qui rencontrent des difficultés pour se loger à Paris.
J'avais, par ailleurs, saisi les services de la Préfecture de police de l'impérieuse nécessité de garantir la sécurité des ensembles immobiliers et j'avais appelé l'attention du Maire de Paris sur l'intérêt qu'il y avait à instaurer une réelle mixité sociale afin d'éviter au maximum les effets désastreux des ghettos urbains.
En lisant attentivement les rapports du commissaire-enquêteur qui approuve le plan d'aménagement de zone modifié, il ressort que les observations et demandes relevées par les commissions d'enquête montrent à l'évidence les préoccupations des Parisiens riverains de ces secteurs : lutte contre la drogue et l'insécurité, mesures pour éviter la création de ghettos, suppression du regroupement de logements sociaux de même catégorie de type P.L.A. et P.L.A.-T.S.
La décision, par ailleurs, faisait état de deux demandes très précises : la modification de la répartition des catégories de logements sociaux en réalisant plus qu'il n'est prévu de P.L.I. ou de logements accessibles à la propriété, le financement sur l'ensemble du 20e arrondissement d'un plus grand nombre de P.L.I., les quotas de P.L.A. négociés dans le cadre des accords entre l'Etat et la Ville étant largement atteints.
C'est dire combien il est nécessaire, voire salutaire, de marteler les idées fortes sur une urbanisation de la Ville répondant aux besoins réels des Parisiens et prenant en compte les difficultés des classes moyennes, cette classe moyenne qui contribue tant par ses impôts que par son labeur à soutenir les plus démunis, cette classe moyenne qui n'a d'autre possibilité que de quitter Paris ou de devenir démunie pour qu'enfin, une main secourable lui soit tendue, cette classe moyenne tant rejetée par cette gauche très plurielle. C'est en fait le rejet des travailleurs...
(Protestations sur les bancs des groupes socialiste, du Mouvement des citoyens et communiste).
... C'est un aveu de votre part, vous refusez les P.L.I. : un couple de facteurs ne peut pas se loger. Donc, vous êtes contre les ouvriers, vous êtes contre les travailleurs, vous êtes contre les gens qui, par leur revenu, par leurs impôts, contribuent à s'occuper des plus démunis, et lorsque vous n'aurez plus que des plus démunis, que ferez-vous ?
Evitons les expulsions, évitons d'expulser les gens qui sont des travailleurs en banlieue. Votre comportement est inadmissible !
Je disais donc que le constat est évident et le 20e n'est pas riche, les habitants de la Z.A.C. "Réunion" ne le sont pas et quand ils manifestent contre un tel état de fait, c'est qu'ils savent ce qu'ils font...
(Protestations sur les bancs des groupes socialiste, du Mouvement des citoyens et communiste).
...Vous êtes d'ailleurs tous de la classe moyenne, alors, ne les rejetez pas, je vous en prie.
Le souhait des riverains est d'éviter la formation de ghettos dans les villes en assurant une vraie mixité sociale. Les Parisiens le demandent, les élus du groupe "U.D.F. et Modérés" les entendront.
Nous voterons ce projet de délibération et je remercie M. BULTÉ.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris", "Paris-Libertés" et "U.D.F. et Modérés").
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Nous vous remercions, Madame BRAQUY.
La parole est à Mme SCHNEITER.
Mme Laure SCHNEITER. - Comme je l'ai dit, en juillet 1999, lors du débat sur la révision du Plan d'aménagement de zone de la Z.A.C. de la Réunion, nous ne pouvons revenir sur les destructions et constructions qui ont atteint le tissu urbain et le paysage caractéristique des quartiers et des faubourgs.
L'obstination des habitants et de leurs associations a eu raison de cette folie destructrice et, ici, comme dans d'autres quartiers, Didot, Moskova, Belleville, etc., vous avez dû revoir vos projets. Il s'agit aujourd'hui, de limiter les dégâts, de sauver ce qui peut encore l'être et de tâcher d'offrir aux habitants de ce quartier un cadre de vie agréable avec des équipements de proximité, de garantir la mixité sociale, de maintenir les fonctions d'habitat, de commerce, d'artisanat, d'activités et, ainsi, de sauvegarder la convivialité.
Je ne reviendrai pas sur les détails du P.A.Z. et les observations que j'avais faites l'année dernière, notamment concernant la nécessité d'agir sur l'ensemble du quartier de la Réunion, au delà de la Z.A.C., avec une vision globale.
Je me réjouis que vous répondiez favorablement à la forte demande des habitants qui se sont exprimés, lors de l'enquête publique, pour mieux répartir les catégories de logements dans la cité Champagne, afin de favoriser la mixité sociale.
Cela permettra également de dédensifier un peu l'opération. De même, la construction d'ateliers d'artistes est une bonne décision.
Enfin, vous envisagez l'implantation de jardins expérimentaux à caractère familial. J'aimerais savoir où en est cette proposition ?
Considérant l'évolution positive de ce projet et surtout, la lassitude des habitants face aux travaux qui s'éternisent, je voterai pour les projets de délibération présentés.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Merci, Madame SCHNEITER.
La parole est à M. BLET.
M. Jean-François BLET. - Monsieur le Maire, puisse ce projet de délibération ouvrir l'ultime chapitre de la trop longue histoire de la Z.A.C. "Réunion".
Cette histoire débuta en 1987 lorsque la vindicte cabano-chiraquienne via quelques deux cents opérations d'urbanisme s'abattit sur les tissus faubouriens de la Capitale voués à une restructuration d'inspiration quasi ceaucesquienne.
Le sort réservé au quartier Réunion, quartier emblématique du Paris Village, était non plus, ni moins une opération tabula rasa envisageant la construction de 750 logements, 8.000 mètres carrés de bureaux, 9.500 mètres carrés d'activités et 3.500 mètres carrés de commerces.
Ce programme s'avéra rapidement inapplicable.
En effet, 8 ans plus tard, seuls 328 logements avaient été construits, les projets d'équipements, crèches et bibliothèques étaient au point mort et le volet activité était semble-t-il abandonné.
L'inconséquence des choix initiaux, la gabegie afférente à cette inconséquence et l'omnipotence affichée par la S.A.E.M.A.R. "Saint-Blaise" et la Municipalité suscitèrent tollé et indignation des riverains et des associations de quartier, "Idée Réunion", "Les pas sages des Vignoles" et "Charonne côté cour".
Face à cette adversité citoyenne, la puissance publique fut ainsi contrainte de faire machine arrière et de mettre en oeuvre le processus de modification du plan d'aménagement de zone adopté en 1988. La délibération ouvrant ce processus n'intervient pourtant que l'an dernier, soit 11 ans plus tard, de quoi accentuer le ressentiment des riverains et creuser davantage le déficit financier.
Soucieux de ne pas renouveler les erreurs passées et d'éviter les fâcheux impairs qui aboutirent à la catastrophique Z.A.C. des "Amandiers", la concertation ne fut pour une fois pas réduite à un simulacre. Les principales aspirations des riverains purent être entendues et prises en compte.
Eu égard aux équipements, la bibliothèque sera ainsi réalisée, les jeunes parents pourront enfin placer leurs rejetons dans la crèche tant attendue, l'école polyvalente de 10 classes sera construite et le jardin Michel-Bourges sera légitimement agrandi, passant de 2.000 à 5.400 mètres ce qui est loin d'être un luxe. Ce dispositif pourra toutefois encore être complété. Un LASCART s'avérerait en effet nécessaire pour que jeunes et moins jeunes disposent d'un lieu de rencontre et que les associations de quartier puissent bénéficier de locaux dignes de ce nom. De même, face à la sur-fréquentation du bureau de poste de la rue Buzenval, il conviendrait d'engager la poste à s'implanter dans le quartier.
Concernant le volet urbanistique, une vingtaine de bâtiments initialement voués à la démolition devraient être réhabilités. Cette volte-face représente une nouvelle preuve de l'inanité de votre coutumier argumentaire pro-destructeur basé sur d'abstraites notions de vétusté et de volumétrie et de pseudo justifications économiques.
Toutefois, quel sort est réservé à d'autres immeubles sortis de la Z.A.C. tels le 41 et le 43 rue de la Réunion, le 2, passage Dagorno où la Ville a préempté plusieurs logements, le 70, rue des Vignoles et le 74, rue des Haies, hôtel meublé propriété de l'ex-SAEMAR, dorénavant S.E.M.A.V.I.P. ? La Mairie de Paris ne peut se dédouaner des dommages commis et se doit de participer aux réhabilitations nécessaires.
Ce dénouement tardif mais finalement heureux ne saurait toutefois nous faire oublier les multiples difficultés rencontrées dans ce secteur du 20e arrondissement, théâtre de diverses expérimentations d'interventions urbaines.
Les périmètres "Planchat-Vignoles", "Vignoles-Est" et "Fréquel-Fontarabie-Orteaux" ont ainsi pu faire les frais depuis 1988 de la frénésie préemptrice de la Ville de Paris, ce qui a eu pour effet, comme dans tous les secteurs de D.P.U.R., d'accélérer la dégradation du bâti du fait de la désorganisation des copropriétés.
Pour tenter de réparer ces erreurs et vous donner bonne conscience, vous envisagez maintenant de mettre en place une O.P.A.H. C'est bien insuffisant. Compte tenu de l'état de détérioration du bâti et de la désorganisation des copropriétés, une O.P.A.H. n'aura en effet que peu d'effets. C'est donner de l'aspirine à un agonisant dans certains secteurs de ce quartier.
Ce quartier au charme pittoresque né de la succession de ses ruelles et impasses et de ses immeubles à faible hauteur hérités d'un passé agricole encore palpable mérite d'être préservé et mis en valeur. Avant toute chose, c'est toutefois d'un remède de cheval à base de plans de sauvegarde ou de périmètres de restauration immobilière pour une réelle remise sur pied dont il a besoin. Ensuite, une réglementation urbaine contraignante, un vaccin véritablement efficace contre les agressions des promoteurs, s'avère indispensable.
Sur ces secteurs faubouriens intrinsèquement vulnérables du fait de la hauteur limitée des bâtiments et de la faible valeur du foncier, qui plus est fragilisés par l'action préemptrice de la Mairie de Paris, la mainmise des promoteurs est en effet de plus en plus forte. La permissivité des règles du P.O.S. laisse toute latitude pour augmenter les hauteurs jusqu'à des cimes hausmanniennes et densifier les parcelles.
La déstructuration rêvée par vos prédécesseurs se poursuit ainsi inexorablement. Les aménagements et équipements liés à la Z.A.C., qui constituent une incontestable plus-value pour l'ensemble du secteur, ne font malheureusement qu'aiguiser les convoitises, même si ces aménagements sont bien évidemment heureux et les bienvenus.
Monsieur le Maire, votre perestroïka dont la devise "l'urbanisme à visage humain" était censée traduire les aspirations légitimes des Parisiens à un urbanisme dédensifié et à une concertation accrue, est encore loin d'être achevée. En Roumanie, les villages dont l'éradication fut programmée purent être sauvés et font aujourd'hui la fierté de leurs habitants. Sachez que le Paris-Village, Monsieur le Maire, vaut bien un village carpatho-moldave !
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je donne la parole à M. BULTÉ pour répondre aux différents intervenants.
M. Michel BULTÉ, adjoint, au nom de la 6e Commission. - Merci, Monsieur le Maire.
En ce qui concerne ce projet de délibération, je ne reviendrai pas, bien entendu, sur les considérations de M. BLET et notamment sur l'urbanisme chiraquo-cabanien qu'il a évoqué...
M. Alain RIOU. - Cabano-chiraquien !
M. Michel BULTÉ, adjoint, rapporteur. - ... mais je ne peux que prendre avec satisfaction ses propos élogieux en ce qui concerne l'urbanisme tibéro-bultéien !
(Rires).
A la demande justement du Maire de Paris, dans le cadre de la politique d'urbanisme à visage humain que les orateurs ont rappelée, une approche globale a été engagée sur le quartier afin de lui redonner les moyens d'une évolution harmonieuse, en abordant de manière cohérente les différents aspects urbains, sociaux et économiques.
A la suite des études et de la concertation étroite (je dis bien étroite) menée avec les élus locaux, les associations, les habitants depuis plus de 3 ans sur le quartier et sur la Z.A.C., des infléchissements ont été décidés par rapport au programme et au parti d'aménagement initialement prévus pour la Z.A.C. afin de prendre en compte les nouvelles orientations d'urbanisme de la Municipalité.
Ces infléchissements consistent dans leurs grandes lignes à enrichir le programme des équipements publics et notamment à étendre de 1.400 mètres carrés le jardin public, à créer une nouvelle école et une bibliothèque, à maintenir et à réhabiliter un nombre important d'immeubles, à limiter l'importance de la hauteur des constructions réalisées. La réhabilitation des bâtiments qu'il était initialement prévu de démolir, l'extension du jardin, l'abandon d'une partie de l'élargissement de la rue des Haies, la construction d'une école polyvalente de 10 classes et d'une bibliothèque, font ainsi partie des nouvelles dispositions pour la mise en oeuvre desquelles une modification du P.A.Z. est nécessaire.
Je rappellerai que par délibération du 12 et du 13 juillet 1999, notre Conseil a émis un avis favorable à ce projet de modification du P.A.Z. et a invité le Maire de Paris à le soumettre à une enquête publique.
Cette enquête publique s'est déroulée, je le rappelle, du 8 novembre 1999 au 8 décembre 1999 inclus.
La Commission d'enquête a donné un avis favorable sans réserve à la modification du plan d'aménagement de zone de la Z.A.C. de la Réunion.
L'objet du présent projet de délibération est d'approuver bien entendu ce P.A.Z. modifié et le programme des équipements publics de la Z.A.C. de la Réunion, de donner un avis favorable aux modalités prévisionnelles de financement échelonnées dans le temps et d'arrêter le dossier de réalisation de cette opération.
Vous pouvez constater, mes chers collègues, qu'une fois de plus les intentions annoncées il y a 3 et 4 ans ont été concrétisées dans la plus grande concertation.
La réhabilitation du quartier de la réunion redémarre donc sur les bases d'un urbanisme doux, respectueux des habitants et du quartier.
Je tiens bien entendu à remercier l'ensemble des orateurs et particulièrement mon amie Arlette BRAQUY, qui a rappelé la philosophie du Maire de Paris et des élus de cet arrondissement, où ce projet de délibération a été voté à l'unanimité.
Merci, Monsieur le Maire.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je remercie M. Michel BULTÉ.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAUC 74.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2000, DAUC 74).