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Fevrier 2010
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Condoléances.

Débat/ Conseil municipal/ Février 2010


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, le Conseil de Paris a appris avec tristesse le décès survenu le 9 décembre 2009, de M. Thadée Mularski, ancien conseiller de Paris, ancien adjoint au Maire du 6e arrondissement.

(Les conseillers se lèvent).

Thadée Mularski quitta la Pologne à la fin de la Seconde guerre mondiale et se tourna vers la France. Il choisit de s'engager en politique auprès de Pierre Bas, député-maire du 6e arrondissement, et fut élu conseiller du 6e en 1983, réélu en 1989 et 1995. Il devint conseiller de Paris le 27 septembre 1994 et siégea sur les bancs du groupe "Rassemblement pour Paris". De 1995 à 2001, il fut conseiller spécial chargé des affaires sociales auprès du Maire du 6e.

Ceux qui ont connu M. Mularski se souviennent de sa gentillesse, de son ouverture aux autres, de sa fidélité à ses idéaux et à sa patrie d'origine. Il était d'ailleurs Chevalier du Mérite polonais. Au nom du Conseil de Paris et en mon nom personnel, j'adresse à sa famille et à ses proches nos plus sincères condoléances.

(L'Assemblée, debout, observe une minute de silence).

Mes chers collègues, Philippe Séguin nous a quittés le 7 janvier dernier. Avec lui disparaît un passionné de l'idée républicaine et une conscience rebelle aux compromissions.

(Les conseillers se lèvent).

Philippe Séguin était, au sens le plus noble du terme, un caractère. Sa vaste culture, son exigence intellectuelle, son sens de l'honneur faisaient de lui un grand serviteur de l'Etat.

Toute sa vie, il aura porté le deuil de son père, un héros de la guerre tombé pour la liberté.

Comment être digne de cet exemple, de cette absence ?

Philippe Séguin a décliné sa réponse à travers un parcours dédié à la République, à ses missions et à ses institutions.

En lui il portait une vertu essentielle : l'indignation.

Et si son tempérament le conduisait parfois à des emportements, c'était au service d'une conviction plus que d'une ambition.

Cet engagement l?a amené à défendre et même parfois à incarner une idée à laquelle il était fondamentalement attaché, celle des contrepouvoirs. Il le savait : il n'y a pas de démocratie véritable si tous les pouvoirs se retrouvent entre les mêmes mains.

C'est dans cet esprit, et au nom de ce principe, qu'il a contribué à redonner de l'éclat au Parlement.

Il fut un grand président de l'Assemblée nationale, attentif aux débats, respectueux de l'opposition et surtout jaloux de la souveraineté des élus du peuple. Notre démocratie lui doit d'avoir porté cette exigence.

C'est avec la même rigueur, avec le même sens du devoir que Philippe Séguin, à la tête de la Cour des comptes, a ensuite analysé pendant cinq ans, sans concession, les comptes publics de notre pays. Pour lui, la gestion de l'argent public, c'est-à-dire du bien commun, interdisait la moindre légèreté. La présence attentive de cet observateur si peu accommodant était, pour un Etat qui en a tant besoin la meilleure école du scrupule.

Et il laissera une trace très particulière dans le coeur des Parisiens, car Philippe Séguin avait noué une relation sincère et intense avec notre ville.

Jeune, il était, selon la formule consacrée, monté à Paris comme on part à l'assaut de la vie et de ses promesses.

Et dans la trame de son existence, notre ville a toujours eu une place privilégiée.

L'histoire de Philippe Séguin et de Paris, c'est aussi la campagne municipale de mars 2001. Je conserve de cette bataille démocratique le souvenir d'une confrontation loyale et respectueuse. Philippe Séguin n'a jamais laissé la controverse se déplacer jusqu'au point où elle blesse les consciences, où elle atteint l'honneur, où elle offense les personnes.

Comme président du groupe R.P.R. après mars 2001, il a été sur ces bancs le chef d'une opposition qui savait s'inscrire dans un registre toujours exigeant mais digne, tolérant, et constructif.

Mais la grande aventure municipale de Philippe Séguin, c?est Epinal, dont il fut le maire pendant 14 ans, et avec laquelle il avait noué une relation unique, comme il en existe rarement entre un homme et une cité.

Et c'est aujourd'hui toute cette ville qui porte le deuil d'un maire qui sut si bien la comprendre, la servir et l'aimer.

Avec Philippe Séguin, nous avons assumé des différences légitimes sur des sujets au coeur du débat public, mais je regretterai cette voix inimitable au service d'une idée et d'une passion de la France. Je regretterai nos échanges simples et cordiaux quand nous nous croisions au Parc des Princes. Il vivait là aussi avec l'ardeur d'un véritable expert, les prestations de son sport favori.

Et comment, dans ce moment, pourrais-je ne pas évoquer ce que nous avions d'essentiel en partage, ce fil d'or de l'enfance retrouvée qu'est notre Tunisie natale dont je salue l'ambassadeur, qui nous fait ce matin l'honneur de sa présence.

La Tunisie, ce n'était pas seulement pour nous le parfum et les couleurs d'un pays que nous aimons. C'était pour lui, comme pour moi, l'une des formes de la simple fidélité à soi-même. C'est sans doute quand nous évoquions ce sujet que nous nous comprenions le mieux.

Mes chers collègues, au nom de Paris, en notre nom à tous et en mon nom personnel, je veux dire à l'épouse de Philippe Séguin, à ses enfants, à tous ses amis, notre respect et la fidélité de notre souvenir.

(L'Assemblée, debout, observe une minute de silence).

M. Vincent ROGER ?

M. Vincent ROGER. - Monsieur le Maire, Madame, chers collègues, rendre hommage à Philippe Séguin, c'est saluer la mémoire d'un esprit libre de la République, car il considérait que l'on ne pouvait pas faire de la politique honnêtement sans être libre.

Ce devoir de liberté qu'il m'a transmis, je tiens ce matin à en être digne.

Si je remercie avec amitié M. Jean-François LAMOUR de m'avoir proposé de prendre la parole au nom de mon groupe, il ne peut être question pour moi de m'exprimer au nom d'un parti fut-il le mien tant le Président Séguin refusait les approches partisanes, tant il était attaché au dépassement des clivages. Alors qu'à travers de nombreux discours il n'a pas épargné la Gauche française, beaucoup d?hommes et de femmes, dirigeants ou sympathisants de gauche ont su, souvent avec tact et sincérité, partager notre peine immense.

Preuve ultime s'il en était besoin que Philippe Séguin savait transcender les clivages et toucher au c?ur, au-delà de leur sensibilité, beaucoup de Français. Cet état d'esprit, Monsieur le Maire, vous en avez saisi le sens. Vous qui avez été son adversaire, vous avez su, ce matin, allier élégance et authenticité.

Au-delà de vos différences et de vos divergences, il était comme vous, Monsieur le Maire, lui aussi un enfant de Tunisie, comme vous je crois, jamais il ne l'a renié, jamais il ne l'a oublié. Là-bas étaient ses racines, là-bas était né plus grand que tout son désir de servir la France.

Mes chers collègues, dans son éloge funèbre, le Président de la République, s'adressant à Philippe Séguin, lui dit à juste titre : "De toi, il ne restera ni une théorie ni une doctrine".

Il faisait ainsi écho, sans doute, à l'un de ses plus beaux discours intitulé "de la République" qu'il prononça le 8 décembre 1993.

Entendons-nous bien disait Philippe Séguin à propos de la République, il ne s'agit pas d'idéologie, il ne s'agit pas de doctrine, il n'y a pas d'idéologie républicaine ni de doctrine républicaine, il n'y a rien dans la République qui soit comparable au socialisme scientifique, à l'individualisme méthodologique, ou à la doctrine utilitariste. La République, c'est un idéal, c?est une morale.

Aujourd'hui, Philippe Séguin est parti, il nous lègue bien plus qu'une doctrine, il nous laisse beaucoup.

Il nous laisse avant tout une haute conception de la politique.

Le respect d'abord, celui des institutions et des hommes qui les incarnent, j'ai en mémoire le débat télévisé avec le Président Mitterrand, au moment du référendum de Maastricht. Il voulut s?en tenir à son rôle, celui d'un simple citoyen dialoguant avec le Président de la République, non pas celui d'un politicien débattant avec son adversaire.

La fidélité ensuite, celle qui le plaça au moment de l'élection présidentielle de 1995 aux côtés de Jacques CHIRAC, quand bien d'autres s'en détournaient séduits par la douce musique des sondages.

La liberté aussi, rappelons-nous de son prophétique discours sur le Munich social, la crise internationale ne lui rend-elle pas raison, lui qui professait en 1993 déjà que le sacrifice de l'économie réelle à la bulle spéculative portait en germe les pires catastrophes.

On le vit alors Cassandre, il n'était que réaliste. L?intransigeance enfin, on ne badine pas avec l?essentiel, on ne vend pas son âme pour un siège ou pour une élection. En 1998, en accord avec Jacques CHIRAC, il avait rejeté toute forme d'alliance du R.P.R. avec le Front national, des voix s'étaient élevées pour crier à l'inconscient, il va nous perdre, il tint bon, et si la droite républicaine perdit des régions, elle ne se perdit pas elle-même.

Monsieur le Maire, chers collègues, Philippe Séguin nous laisse une morale en politique, il nous laisse aussi des idées que vous me permettrez de regrouper sous le nom de "séguinisme", la rencontre peut-être improbable entre l'héritage du Général de Gaulle et celui de Pierre Mendès France. Cette conception de l'action publique inspira et motiva sans doute sa décision de venir se présenter à Paris.

Comment ne pas l'évoquer dans cet hémicycle, même si je suis très conscience que cet épisode fut bien douloureux pour lui, pour mon mouvement, et pour chacun des membres de mon groupe. Dans sa lettre ouverte à ceux qui veulent encore croire à Paris, il appela sa famille politique au sursaut. Il écrivait : "Ils sont si nombreux ceux qui préfèrent être minoritaires plutôt que de voir progresser la cause dont ils sont les héros supposés, c'est le syndrome du colonel Nicholson, celui du Pont de la rivière Kwaï, on est si content d?être ensemble, de faire ce que l'on a fait, que l'on oublie l'objectif que l'on avait décidé d'atteindre". Cet appel, à regret, ne put être entendu par tous, pris que nous étions dans le tourbillon de fidélités opposées, aussi honorables que dévastatrices.

Quoi que l'on ait pu dire de cette campagne, je retiendrai qu'il lança les bases de la rénovation de la droite parisienne. Il permit à une nouvelle génération d'élus d'émerger. Chacun d'entre nous avons aujourd'hui, encore plus qu?hier, le devoir de perpétuer dans la Capitale sa conception exigeante de la politique.

Je fus touché, pour ma part, de voir certains de mes collègues qui n'avaient pas le choix de le suivre en 2001 assister avec sincérité à l'hommage que la République lui a rendu aux Invalides.

Philippe Séguin, comme nous l?a rappelé François FILLON lors de son vibrant et émouvant hommage à l'Assemblée nationale, se voulut acteur d'une épopée mais il dut, comme chacun d'entre nous, se résoudre à agir avec son époque. Il y avait en lui du Cyrano de Bergerac. Oui, mes chers collègues, toute sa vie, Philippe Séguin aura été animé par le panache, plume hors pair, homme d'une grande culture, féru d'histoire, pétri de littérature, grand connaisseur du cinéma, il savait allier érudition et passion populaire. Son enthousiasme pour le football n'était pas vain, il en aimait la ferveur, la stratégie et la dramaturgie.

Désormais, au Parc des princes, dans la tribune Francis Borelli, un fauteuil sera vide.

Au sein de l'agora nationale, je sais que son regard tendre, parfois triste, son exigence intellectuelle, sa voix grave si particulière qui savait si bien dire non vont terriblement nous manquer. Au nom de mon groupe, j'adresse mes très sincères condoléances à son épouse et sa famille. De toute mon affection, chère Catherine, je t'embrasse ainsi que ta s?ur Anne-Laure et tes frères Patrick et Pierre.

Je forme le v?u que la Ville honore la mémoire de Philippe Séguin, je vous soumets l?idée que son nom soit associé au Parc des princes, je vous propose en accord avec M. Jean-François LAMOUR et M. Claude GOASGUEN, que nous y réfléchissions ensemble afin de trouver le meilleur emplacement dans l'enceinte même ou autour du stade.

Monsieur le Maire, mes chers collègues, associer le nom de Philippe Séguin au Parc des princes a du sens, car il demeurera à jamais dans l'esprit de beaucoup d'entre nous un prince de la République.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup.

J'ai aimé votre propos. Je n'avais pas pensé à la filiation de Gaulle/Mendès France, mais ce n'est pas mal. Quant à votre dernière proposition, vous m'en aviez fait part, je la trouve très bonne, et je pense que ce serait bien et on en parlera avec M. Jean-François LAMOUR, M. Claude GOASGUEN et avec les dirigeants du P.S.G. Ce serait très bien que ce soit dans l?enceinte du Parc des Princes, car c?est une présence à mon avis évidente. Je vous remercie beaucoup.