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Janvier 1996
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Conseil Municipal
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11- III - Question d'actualité de M. Jean-François BLET, élu de "Paris-Ecologie-Solidarité-Citoyenneté", à M. le Maire de Paris relative à la possibilité de réhabiliter la "Moskowa".

Débat/ Conseil municipal/ Janvier 1996




M. LE MAIRE DE PARIS. -Nous passons à la question d'actualité de M. Jean-François BLET relative à la possibilité de réhabiliter la Moskowa.
Monsieur BLET, vous avez la parole.

M. Jean-François BLET. -Monsieur le Maire, mes chers collègues, samedi matin des habitants du village de la Moskowa refusant la destruction de leur quartier ont réquisitionné le petit immeuble, 37, rue Bonnet. Petit immeuble constitué de studios dotés de tout le confort, douche, toilettes, kitchenette. Cet immeuble doit être démoli.
Il ne s'agit pas là d'une de ces opérations spectaculaires où l'abbé PIERRE descend du ciel en hélicoptère, mais d'une réappropriation beaucoup plus humble par les habitants de leur quartier. Cette appropriation est lourde de sens.
Face aux dizaines de milliers de sans-abri et de mal-logés, Jacques CHIRAC a qualifié de "provocation" la prolifération des bureaux vides dans Paris. Que dire alors de ces immeubles à vocation sociale, en parfait état, vides, murés et voués à la destruction ?

M. LE MAIRE DE PARIS. -Messieurs, je vous en prie, on ne s'entend plus. Si vous avez des discussions, allez les faire à l'extérieur.
Je vous en prie.

M. Jean-François BLET. -Tel est le cas de l'immeuble de la rue Bonnet, et je dois vous dire, Monsieur le Maire, que j'ai été choqué en le visitant, de voir à quel point il était en parfait état. Les douches ont été remises en état, les ballons d'eau chaude refonctionnent, des familles et des enfants y ont trouvé un abri alors que cet immeuble était muré depuis plusieurs mois.
Depuis la création de la Z.A.C. "Moskowa", en effet, en 1988, c'est par dizaines que les immeubles ont été détruits, expulsant des dizaines de familles. Un seul immeuble est en cours de construction. Il est en voie d'achèvement, il n'est pas encore livré. Cette Z.A.C. est en panne.
Il est donc possible, en prenant appui sur cette opération, de repenser le problème de l'évolution de ce quartier. Il existe, en effet, dans ce quartier, plus d'une centaines de logements sociaux de fait, sains et réhabilitables, notamment du 19 au 25, cité Turenne, où 80 appartements en parfait état sont habités, le 21, rue Bonnet, bel immeuble Art Déco de surcroît, avec ses chatoyantes mosaïques, qui regroupe 24 familles vivant dans des locaux parfaitement sains. Bien d'autres immeubles, petits certes, puisqu'il s'agit d'un village, présentent exactement les mêmes caractéristiques.
Monsieur le Maire, l'urbanisme à visage humain, c'est le respect du tissu urbain et de ses habitants. Alors que des dizaines d'appartements sont saccagés et vides dans cette Z.A.C. "Moskowa", depuis parfois plus de cinq ans, Monsieur le Maire, nous vous demandons si vous êtes déterminé à appliquer le traité de concession de la S.E.M.A.V.I.P. qui prévoit que les locaux acquis sont rendus inhabitables sauf s'ils sont susceptibles d'une utilisation provisoire par le concédant.
En ces temps d'urgence et de nécessité, 25.000 sans-abri au moins, le triple de mal-logés, une utilisation même provisoire, même temporaire honorerait la Ville de Paris. Nous vous demandons donc d'arrêter la destruction de ces logements sociaux de fait. Nous vous demandons de préserver ces immeubles sains, de les réhabiliter dans le cadre d'une O.P.A.H. en faisant de la rue Bonnet le coeur du village de ce futur quartier.
L'association "La Moskowa" ayant entrepris une étude architecturale avec les étudiants de l'école d'architecture, nous vous demandons, Monsieur le Maire, si vous êtes disposé à engager la concertation avec cette association et son président, Louis BASTIN, pour préserver l'un des derniers villages de Paris.

M. LE MAIRE DE PARIS. -Merci, Monsieur BLET.
La parole est à Mme COUDERC.

Mme Anne-Marie COUDERC, adjoint. -Je vous remercie, Monsieur le Maire.
Une opération illégale d'occupation d'immeuble acquis par la S.E.M.A.V.I.P., neutralisant la construction de plusieurs dizaines de logements sociaux à cet emplacement, a en effet été entreprise samedi dernier. On ne peut que regretter une telle action qui entrave la mise en oeuvre des délibérations du Conseil de Paris sur la Z.A.C. "Moskowa".
L'occupation illégale, parce qu'il ne s'agit pas là de réquisition, de l'immeuble sis 37, rue Bonnet a ainsi pour effet d'empêcher la réalisation d'un programme de logements sociaux.
La Z.A.C. "Moskowa", dont la réalisation a été votée par le Conseil de Paris en décembre 1991, je le rappelle, a pour objectif de redonner une meilleure qualité de vie à un secteur du 18e arrondissement où l'on constate de très sérieuses difficultés.
Le programme de cette opération est essentiellement social. Il prévoit, outre des logements, la réalisation d'un jardin public et d'une école. Dans le respect des objectifs définis par vous, Monsieur le Maire, en faveur d'un urbanisme plus humain, des études complémentaires ont été demandées en vue d'accorder une part plus large à la réhabilitation de certains des immeubles. La Ville a ainsi invité la S.E.M.A.V.I.P., société d'économie mixte concessionnaire de la Z.A.C., à examiner de manière très précise si certains immeubles, qu'il était prévu initialement de démolir, ne pouvaient pas être maintenus.
Les décisions devront tenir compte au cas par cas de l'état des bâtiments et de la façon dont ils s'insèrent dans les options essentielles du Plan d'aménagement de zone, parmi lesquelles figurent l'école et le jardin public.
En effet, l'aménagement de cet îlot devra tenir compte de la nécessité de refaire complètement des réseaux d'eau et d'assainissement, des exigences en matière d'accessibilité, en particulier pour les véhicules de sécurité.
Lorsque ces études seront achevées, des décisions seront prises en concertation et, bien sûr, avec les élus d'arrondissement.
Je souhaite aussi rappeler que les 110 familles d'ores et déjà relogées dans le cadre de cette opération l'ont été à proximité et dans des conditions d'habitat supérieures à celles dont elles bénéficiaient antérieurement.
La Ville entend donc poursuivre cette opération en trouvant la meilleure synthèse entre le respect du tissu existant et les nécessaires actions de modernisation, selon vos voeux, Monsieur le Maire, et selon les aspirations de la population parisienne.
Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame COUDERC.