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Octobre 1996
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Conseil Municipal
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45 - 1996, D. 1308 - Attribution d'une dénomination à une voie du 20e arrondissement.

Débat/ Conseil municipal/ Octobre 1996



M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération D. 1308 relatif à l'attribution d'une dénomination à une voie du 20e arrondissement.
La parole est à M. VION, au lieu et place de M. MANSAT.
M. Michel VION. - Mon collègue aurait souhaité faire l'intervention, mais il ne peut pas, donc je vais la faire à sa place avec plaisir d'ailleurs.
Une seconde fois, après l'attribution du nom d'Hélène Jakubovizc à une rue du 20e, c'est un héros de la liberté qui donnera son nom à une rue du 20e.
C'est avec une grande satisfaction que nous voterons cette délibération, même si l'exposé des motifs évoquant le cinquantenaire de la départementalisation apparaît pour le moins inadapté.
Louis Delgrès est une belle figure de la Révolution française et un symbole de la lutte anti-esclavagiste. Lutte qui est toujours d'actualité. Voilà en quoi cette décision est heureuse.
Mais - car il y a un "mais" - cette délibération ne doit servir à faire passer à la trappe cette autre exigence : que soit débaptisée la rue Richepance, cette rue qu'un grand quotidien parisien appelle "la rue qui torture les Antillais de Paris".
Il ne peut être question d'honorer Louis Delgrès et de continuer à célébrer le massacreur Richepance, ce général dont la mission a été, comme le rappelle, le Comité pour la commémoration de l'abolition de l'esclavage, de rétablir dans le sang l'esclavage, de désarmer les troupes noires, de déporter des officiers noirs et mulâtres.
Je profite de cette délibération pour rappeler que la Ville de Paris, dans laquelle vivent et travaillent des dizaines de milliers d'originaires de Martinique, Guadeloupe et Réunion, s'honorerait de célébrer officiellement les dates anniversaires de l'abolition de l'esclavage.
Merci de votre attention.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - M. LEBEL demande la parole.
M. François LEBEL, maire du 8e arrondissement. - Monsieur le Maire, il se trouve que la rue Richepance étant pour partie dans le 8e arrondissement...
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Et dans le 1er !
M. François LEBEL, maire du 8e arrondissement. - ...je ne peux pas laisser notre collègue qui, visiblement, ignore l'Histoire, raconter des bêtises sur le général Richepance. Et sur un plan plus général, je ne peux pas le laisser procéder, ici comme ailleurs demain, à une sorte de chasse aux sorcières posthume pour revenir sur les siècles et décider, en fonction des critères d'aujourd'hui, si tel roi, tel général ou tel homme célèbre a fait des choses qui déplaisent au parti auquel appartient notre collègue.
En ce qui concerne Richepance, je tiens à lui dire que c'est un général, donc un militaire français et que ce militaire français, comme tous les militaires français, obéissait aux ordres qu'il avait reçus des autorités de la République...
M. Michel TUROMAN. - La convention de Napoléon !
M. François LEBEL, maire du 8e arrondissement. - Napoléon n'était pas Napoléon à l'époque qui nous intéresse, reprenez votre manuel de 6e ! C'était la Constitution et le responsable de ce qui se passait là-bas n'était pas le général chargé du maintien de l'ordre, c'était le gouverneur !
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je donne la parole à Mme COUDERC.
Mme Anne-Marie COUDERC, adjoint, rapporteur. - Merci, Monsieur le Maire.
En ce qui concerne l'intervention de M. VION au nom d'ailleurs de M. MANSAT et l'intervention, à l'instant, de M. LEBEL, à la fois sur cette dénomination de Louis Delgrès et par ailleurs le maintien à la rue Richepance de son nom, j'aimerais dire la chose suivante.
Je crois qu'il faut être là très modéré et essayer de redonner à l'histoire son équilibre.
J'aimerais rappeler qu'effectivement, comme le disait M. LEBEL, le général Richepance a été envoyé en Guadeloupe au début de 1802 exactement, à l'occasion du soulèvement d'insurgés qui venaient d'expulser le contre-amiral La Crosse, gouverneur de l'île. Le général Richepance n'a jamais eu pour mission de rétablir l'esclavage dans l'île, et je crois que c'est tout à fait important de le rappeler.
C'est en fait le contre-amiral La Crosse, revenu en Guadeloupe, qui a organisé son rétablissement fin 1802, date à laquelle le général Richepance a été emporté par la fièvre jaune. Il s'était d'ailleurs toujours opposé à ce rétablissement de son vivant.
A cet égard, une proclamation de Louis Delgrès, colonel de l'armée française, qui était métis et qui avait pris la tête de l'insurrection, est tout à fait révélatrice : "A ce titre nous avons reconnu l'influence du contre-amiral La Crosse qui nous a juré une haine éternelle. Oui, nous aimons à croire que le général Richepance, lui aussi, a été trompé par cet homme perfide qui sait employer également le poignard et la calomnie". Il faut ajouter que le général Richepance était un républicain convaincu et qu'il fut écarté de la métropole pour cette raison. Toutefois, l'ouverture de la rue Richepance et sa dénomination ont été décidées par Napoléon 1er en 1807, qui a voulu honorer la mémoire d'un fidèle serviteur de la révolution française. Et à ce titre, le nom de Richepance est gravé sur la façade est de l'Arc-de-Triomphe.
Cette période a cependant marqué douloureusement l'histoire de la Guadeloupe. La Commission a donc pris connaissance, à ce sujet, des travaux du Comité Delgrès, présidé par M. Dominique ANNICCHIARICO, qui a oeuvré pour rétablir la chronologie des faits par des recherches sur des documents d'archive. Et sur la suggestion du Comité Delgrès, la Commission a proposé dans sa dernière séance du 1er juillet 1996, d'une part, de maintenir le nom de la rue Richepance, mais d'autre part, et c'est tout à fait important, de rendre hommage au héros guadeloupéen, Louis Delgrès. Elle a proposé le nom de Louis Delgrès pour une rue allant de la rue des Panoyaux à la rue des Cendriers dans le 20e arrondissement.
Le projet de délibération relatif à cette dénomination répond, me semble-t-il, le mieux possible aux voeux formulés notamment par les auteurs d'une question orale qui est posée lors de cette même séance.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je remercie Mme COUDERC qui nous donne l'occasion de constater que l'érudition historique de la présidente de la Commission des rues de Paris est très complète.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération D. 1308.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté à la majorité, M. REVEAU s'étant abstenu. (1996, D. 1308).