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Mars 1997
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Conseil Municipal
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33 - 1997, DFAECG 8 - Autorisation à M. le Maire de Paris de signer avec la société " Promo métro " une convention relative à la concession du marché couvert des Enfants-Rouges (3e).

Débat/ Conseil municipal/ Mars 1997



M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Nous passons à l'examen du projet de délibération DFAECG 8 relatif à l'autorisation à M. le Maire de Paris de signer avec la société " Promo métro " une convention relative à la concession du marché couvert des Enfants-Rouges.
Monsieur AIDENBAUM, vous avez la parole.
M. Pierre AIDENBAUM, maire du 3e arrondissement. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, à cette heure tardive les enfants rouges doivent dormir mais je vais essayer de les réveiller pour la bonne nouvelle !
En effet, Monsieur le Maire, c'est avec un plaisir non dissimulé que j'interviens aujourd'hui pour vous demander, mes chers collègues, de voter pour ce projet de délibération autorisant M. le Maire de Paris à signer avec la société " Promo métro " une convention relative à la concession du marché couvert des Enfants-Rouges.
Oui, mes chers collègues, le marché le plus vieux de Paris va enfin renaître et avec lui c'est tout un quartier qui va revivre. La mise à l'ordre du jour de notre séance de cette affaire est pour le maire du 3ème arrondissement un moment fort important. C'était une promesse que j'avais faite aux habitants du 3e lors des dernières élections municipales.
Malgré les chausse-trapes posées par certains, malgré les sceptiques, malgré toutes les embûches destinées à retarder le règlement de ce dossier, voire à le faire échouer, le bon sens et la raison l'ont aujourd'hui emporté et c'est une formidable victoire pour la démocratie locale.
Oui, c'est une magnifique victoire de la démocratie locale car si cette victoire est celle des élus de la nouvelle majorité municipale du 3e, elle est avant tout celle des habitants et du mouvement associatif.
En effet, il aura fallu de la persévérance et de l'opiniâtreté pour sauver ce lieu voué à la destruction par la précédente Municipalité. En détruisant ce lieu au-delà même de son marché, c'était l'essence même d'un quartier, sa convivialité, son âme, son histoire que l'on faisait disparaître. L'enjeu était symbolique, enjeu qui a paru futile à certains, détachés de l'écoute, sourds à la volonté de tout un quartier. Quelle énergie dépensée, que de temps passé et aussi, dois-je le dire, quel gâchis financier pour la Ville privée de ses recettes depuis bientôt trois ans.
Ce résultat démontre combien Paris gagne à ne plus connaître l'homogénéité concédante et sclérosante des majorités locales et du Conseil de Paris.
Le règlement de ce dossier sensible marque aussi la réussite de la démarche poursuivie par la nouvelle majorité du Conseil du 3e arrondissement, que j'ai l'honneur de conduire, une démarche fondée sur l'écoute, le dialogue avec les habitants, et la totale transparence par une information permanente et par notre acharnement à tenir nos promesses et nos engagements.
Mais voyez-vous, mes chers collègues, au-delà du Marché des Enfants-Rouges, c'est la conception même du Paris de l'an 2000 qui est en jeu. C'est pour cela que la population du 3e arrondissement s'est mobilisée.
Voulons-nous pour Paris encore du béton, encore des parkings ou bien des espaces de vie et de convivialité ? Voulons-nous des lieux de cohésion sociale, de dialogue, d'échanges, en un mot de vie de quartier ou des espaces sans âme qui drainent la morosité ?
Les habitants du 3e arrondissement ont répondu.
C'est dans ce même esprit que j'ai souhaité la sauvegarde de trois petites maisons sur la rue de Bretagne, derniers spécimens et d'autant plus précieux, des constructions basses jadis si nombreuses dans le centre de Paris. J'espère, Monsieur le Maire, que vous serez attentif à mes propositions de rénovation de ces trois petites maisons pour lesquelles je vous ai déposé un projet qui répond à la fois à l'attente des habitants et au manque cruel d'équipement de proximité dans notre arrondissement. D'autant plus qu'il est inconcevable à mes yeux que le marché rouvre sans une réhabilitation programmée de ces trois petites maisons.
Cet îlot du marché des Enfants-Rouges fait partie de l'histoire de Paris depuis 1615, 382 ans d'existence et d'histoire depuis ce 24 avril 1615 où, par des lettres patentes du Roi, une sentence du Châtelet permettait à Sulpice Richard de la Houssière et à Jean Duflot, Commissaire aux guerres, de faire construire " à leurs dépens un marché avec bancs, estiaux, boutiques et autres choses nécessaires pour vendre volailles, gibiers, viandes de boucherie et toute sorte de denrées audit lieu du quartier du Temple ".
Si j'ai fait, (et cela ouvre l'appétit à beaucoup d'entre nous qui avons faim), ce bref rappel historique, Monsieur le Maire, c'est parce que j'ai aussi la conviction qu'en redonnant vie à ce lieu, notre Assemblée a aujourd'hui contribué à un véritable sauvetage d'une parcelle du patrimoine historique de la Ville de Paris.
En l'an 2015, quand nous célébrerons, nous ou plutôt nos successeurs, la 400e anniversaire du plus vieux marché de Paris, les Parisiens se souviendront peut-être qu'il a été sauvé de la destruction en ce jour du 18 juin 1995. La raison l'ayant emporté sur l'aveuglement, le bon sens sur l'entêtement, je dirai tout simplement ce soir en vous invitant à voter unanimement comme cela a été fait dans le 3e arrondissement, vive le Marché des Enfants-Rouges !
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, communiste et du Mouvement des citoyens).
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Mme BACHE ayant retiré son intervention, je donne la parole à Mme DURLACH.
Mme Martine DURLACH. - Je voudrais, moi aussi, me réjouir de cette réouverture du marché des Enfants Rouges et que cette décision ait été enfin prise. Je crois que c'est une grande satisfaction que de voter aujourd'hui un projet conforme à la volonté exprimée depuis si longtemps par la population car c'est grâce à la mobilisation sans faille des habitants et des commerçants du 3ème arrondissement que ce lieu vital pour le quartier et le patrimoine de la Ville a été sauvé de la démolition.
Comme ailleurs dans la Capitale, je pense au 10e avec le square Villemin, au 18e avec la Moskowa, ou au 19e avec la rue Riquet, les Parisiens montrent qu'ils entendent bien ne plus laisser les projets d'urbanisme se faire sans eux ou contre eux.
Aujourd'hui donc, la raison l'emporte, bien que le mode de gestion choisi, c'est à dire l'attribution à une société privée, ne soit le meilleur. Le marché aurait pu être soit attribué en gestion directe à la mairie d'arrondissement, puisqu'il s'agit d'un équipement d'intérêt local, soit réintégré au G.I.E. des marchés couverts de Paris, avec une gestion tout de même plus démocratique puisque confiée aux commerçants eux-mêmes.
Le marché des Enfants-Rouges ouvre, cependant tout n'est pas réglé. Les trois petites maisons situées devant le marché et murées depuis six ans ne font pas partie de la concession. Aucune décision n'a été prise quant à leur affectation ; pourtant, les élus d'arrondissement, après avoir procédé à une évaluation des besoins, ont transmis en juin dernier à l'Hôtel de ville, un projet de maison de quartier dans ce lieu. Il n'existe sur l'arrondissement, qui compte 35.000 habitants, aucun équipement de proximité à usage social, culturel et éducatif. Les jeunes tout particulièrement manquent d'espace de loisirs et de rencontres, mais également les personnes âgées, les populations en difficulté et les associations locales qui font tant à Paris contre la précarité et l'isolement.
Ce besoin d'un espace de rencontres et d'animations où l'on peut trouver aussi bien une écoute sociale que des activités de loisirs, s'exprime de plus en plus fortement dans Paris. C'est ainsi par exemple qu'est née l'idée du local associatif défendue par l'association du bassin de la Villette. Il s'agit, avec notre proposition de maison de quartier, de développer des activités variées de convivialité, de solidarité, de vie de quartier, de démocratie locale. C'est une aspiration des habitants du 3e, plus largement une exigence d'aujourd'hui.
Les 3 maisons en devanture du marché rue de Bretagne offrent 300 mètres carrés de surface. C'est la taille idéale, c'est le lieu idéal pour une structure de proximité. Elles font partie du domaine de la ville ; leur réhabilitation est estimée à 2,5 millions de francs. Le budget de fonctionnement moyen d'une maison de quartier se situe entre 1.5 et 2 millions de francs ; de plus, l'agrément " centre social ", s'il est absorbé par la C.A.F., permet un pluri-financement qui allège le coût pour la ville.
En conclusion, les besoins sont là, les locaux sont là, le projet est d'un coût modeste ; vous avez reçu, Monsieur le Maire, en mai 1996 une lettre signée par une quarantaine d'associations locales ; des pétitions circulent ; maintenant que le marché rouvre, une décision doit être prise ; je vous demande donc, pour ces fameux enfants rouges, encore une fois de laisser la raison l'emporter.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, communiste et du Mouvement des citoyens).
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je donne la parole au premier adjoint, M. Jacques DOMINATI.
M. Jacques DOMINATI, premier adjoint. - Monsieur le Maire, je prends la parole non pas en tant que premier Adjoint, mais en tant qu'élu local, élu du 3e et ancien maire de l'arrondissement, pour dire simplement ceci.
D'abord, en ce qui concerne le projet qui était le mien et que j'avais soumis au choix des électrices et électeurs avant les élections municipales, je continue à penser que c'était un bon projet élaboré par des artistes, des architectes de talent, qui comprenait non seulement - parce qu'il faut le répéter sans cesse - le marché, mais en même temps un parc de stationnement, une crèche, une bibliothèque, et l'on s'aperçoit aujourd'hui effectivement qu'après tant et tant de temps, nous allons avoir le marché, et uniquement le marché. C'est une constatation, ce n'est pas une polémique.
Deuxième point, on a parlé de démocratie locale. Moi, je voudrais plutôt rendre hommage à nous-mêmes, majorité municipale.
Pourquoi ? Parce que c'est un exemple patent, qu'il faut relever, d'attitude démocratique de la part de notre majorité, puisque aussi bien nous aurions pu, ayant déjà voté ces crédits, des crédits importants et qu'il sera difficile de retrouver dans la conjoncture actuelle, passer, comme on dit, en force et dire : eh bien, après tout, à quelques centaines de voix près, c'est un projet qui est important, intéressant, et donc on va le passer !
Non, nous ne l'avons pas fait. Nous avons tenu au contraire compte d'un verdict populaire, qui manifestement n'adhérait pas au projet, et donc nous avons attendu que la nouvelle municipalité du 3e, le conseil d'arrondissement, fasse un choix.
Aujourd'hui, nous respectons ce choix et nous estimons qu'effectivement, à partir du moment où le nouveau conseil d'arrondissement a considéré qu'il fallait rejeter l'ancien projet - encore que, je dois le dire, à aucun moment le maire actuel n'avait voté contre le projet que nous lui avions présenté -, eh bien nous nous inclinons.
Donc, aujourd'hui, je voudrais dire simplement ceci : effectivement, compte tenu non pas de chausse-trapes, etc. - je ne veux pas polémiquer - mais compte tenu tout simplement de l'application des textes de la loi et notamment de la loi " Sapin ", on a perdu deux ans. J'ajoute qu'on aurait pu en perdre davantage si, fort heureusement (je le dis presque avec une certaine vanité), un des élus du 3e n'était pas le premier adjoint. Je voudrais simplement signaler que dès mon premier entretien avec le maire du 3e, je lui ai dit, respectant ainsi la volonté populaire, qu'il faudrait qu'il soit vigilant pour obtenir les crédits nécessaires à la réhabilitation du marché et surtout des maisonnettes.
Donc, bravo pour notre Conseil de respecter cette volonté populaire et d'avoir en quelque sorte fermé ce dossier en ce qui concerne l'ancien projet.
Aujourd'hui, j'ajoute qu'il faut aller vite, Monsieur le Maire. Pourquoi ?
Parce qu'on a épuisé toutes les voies et je crois qu'il faut absolument que nous votions cette concession.
Je voudrais dire à Mme DURLACH qu'il n'est pas possible de par les textes de donner la gestion au conseil d'arrondissement. Je crois que le maire du 3e a essayé, il y a d'ailleurs eu des propositions en ce sens qui ont été faites, on a étudié aussi cette proposition, et ce n'est pas possible.
Vous dites : le G.I.E. Pourquoi le G.I.E. ? Mais vous savez, l'ancien G.I.E. était plutôt largement déficitaire, il n'est pas certain qu'on trouverait un G.I.E. capable de relancer le marché des Enfants-Rouges, mais là, on rentre dans un débat technique.
Moi, je prends la parole uniquement pour dire que :
1°) je rends hommage à la Municipalité, la nôtre, qui s'inclinant devant ce que j'appellerai un verdict populaire a décidé de retenir le dossier, non pas le sien, mais celui du Conseil d'arrondissement nouvellement élu. Je crois que c'est une grande leçon pour l'avenir en ce qui concerne Paris, en ce qui concerne la vie dans les quartiers de Paris, la vie dans les arrondissements parisiens, et je crois que c'est une bonne chose, en tout cas de mon point de vue.
2°) Je rappelle que s'il y a eu 2,8 millions qui ont été inscrits au budget d'investissement, je dois dire - je crois que personne ne m'en voudra - qu'ils ont été inscrits parce que je me suis aperçu, j'allais presque dire en dernier ressort, qu'ils avaient été oubliés en ce qui concerne les maisonnettes et que je suis intervenu immédiatement pour les faire inscrire.
Bref, à cette heure tardive, que voulez-vous que j'ajoute, sinon que nous devons aller vite et que nous devons faire en sorte que le plus rapidement possible les riverains de ce quartier retrouvent l'animation du marché, qui aurait continué à exister en tout état de cause - il existe depuis 1382 -, mais qui existera sans une forme nouvelle, sans bibliothèque, sans crèche et sans parc de stationnement, toutes choses qui continuent à nous manquer dans le 3e arrondissement.
Je vous remercie de votre attention.
(Applaudissements sur les bancs des groupes " Paris-Libertés " et " Rassemblement pour Paris ").
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Monsieur AIDENBAUM, je crois...
(Vives protestations sur les bancs des groupes " Paris-Libertés " et " Rassemblement pour Paris ").
M. Michel BULTÉ, adjoint. - Il n'a pas été mis en cause !
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - D'abord, M. LEBAN souhaite ajouter quelque chose.
M. Gérard LEBAN, adjoint, au nom de la 7e Commission. - Non, non, je n'ai rien à ajouter aux observations de M. le premier adjoint.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - La discussion est close. Vous n'avez pas été mis en cause, Monsieur AIDENBAUM.
(Protestations sur les bancs des groupes " Rassemblement pour Paris " et " Paris-Libertés ").
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DFAECG 8.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté à la majorité, M. REVEAU s'étant abstenu. (1997, DFAECG 8).
Je vous remercie.