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Decembre 2007
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2007, DAC 698 - Autorisation à M. le Maire de Paris de signer avec la Société de Gestion de la Gaîté Lyrique SAS (S.G.G.L.) une convention de délégation de service public pour l’exploitation de la Gaîté Lyrique, 3, rue Papin (3e).

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2007


 

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Nous examinons le projet de délibération DAC 698 concernant une autorisation à M. le Maire de Paris de signer avec la Société de Gestion de la Gaîté Lyrique une convention de délégation de service public pour l?exploitation de la Gaîté Lyrique.

Madame de FRESQUET vous avez la parole.

Mme Elisabeth de FRESQUET. - Merci.

Déclarée grand projet culturel de votre mandature, l?aventure de la Gaîté Lyrique connaît son épilogue. C?est en tout cas ce que nous espérons car les vicissitudes qui ont frappé ce temple parisien de l?opérette l?ont menacé d?une perte d?identité définitive. Perte d?identité mais également gouffre financier : 42 millions au moment de l?aventure de Planète Magique et 27 millions depuis.

L?équivalent du budget de la couverture du périphérique de la Porte de Vanves !

Je me suis déjà et à plusieurs reprises exprimée sur votre choix de faire de la Gaîté Lyrique un centre consacré aux arts numériques et aux musiques actuelles, regrettant cette option fermée, excluant toutes les autres expressions musicales.

Au-delà de ce premier regret, je voudrais exprimer une inquiétude de plus long terme. Lorsque fut décidée la construction de la Gaîté Lyrique, un choix aussi exclusif avait été fait au profit de l?opérette. Toute la conception du bâtiment, les coulisses, la scène et la salle, a ainsi été pensée pour accueillir cette forme légère de l?opéra, à commencer par les opérettes d?Offenbach, son premier directeur. Au moment où l?opérette passa de mode, cet espace s?avéra inadapté aux autres formes d?expression culturelle. Nous connaissons la suite, dès le début du siècle dernier, la Gaieté a lentement décliné jusqu?à sa fermeture définitive.

Il ne faudrait pas que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Nous devons absolument nous assurer que cet espace, dont la rénovation architecturale va coûter près de 72 millions d?euros, soit adapté à toutes les évolutions possibles et qu?il puisse éventuellement accueillir d?autres formes d?expression artistique que la seule musique numérique. Cet équipement culturel implanté dans l?hypercentre de Paris doit s?inscrire dans la durée et pouvoir supporter des mutations culturelles rapides. Ce challenge mérite, me semble-t-il, d?être précisément intégré dans le projet architectural en cours de réalisation.

Cette réserve ne m?empêche pas d?estimer que Paris a besoin de disposer d?un lieu de référence internationale dans le domaine de la culture numérique, apte à concurrencer les plus grands centres mondiaux, notamment Ars Electronica Center de Linz en Autriche. Une interface exceptionnelle qui permet tout à la fois la fusion des innovations technologiques et artistiques, qui fonctionne comme un véritable laboratoire des nouveaux médias en collaboration avec les universités et les entreprises, tout en restant accessible au grand public. Votre ambition de départ est, certes, plus modeste mais lorsque la montée en puissance sera garantie, ce modèle autrichien devra vous inspirer.

Le principe de la passation d?une convention de délégation de service public a été préféré à d?autres formes d?exploitation. Ce mode de gestion tout à la fois plus simple et plus souple répond, me semble-t-il, parfaitement au projet assigné à la Gaîté Lyrique. Cette solution alternative est d?autant plus justifiée que nous sommes là dans un domaine nouveau de l?expression musicale. Nécessité fait loi car nous avons besoin de nous appuyer sur l?expertise et le savoir-faire de spécialistes encore peu nombreux.

J?ajoute que les raisons organisationnelles justifient également ce choix, tant la gestion publique du secteur culturel demeure archaïque, voire trop élitiste. Or, les objectifs de la Gaieté au-delà de son aspect recherche et développement, est bien de rendre les musiques actuelles et l?art numérique accessible à toutes les populations, pas seulement les jeunes générations.

Déléguer l?exploitation d?un tel lieu culturel pour une participation financière annuelle de la Ville d?un montant de 5,2 millions d?euros, c?est évidemment accorder sa confiance à une équipe et lui faire confiance sur une durée de sept années et demie.

A l?issue des négociations, le projet ?Zelnic, Hearn, Delormas? a été préféré au projet Pangon. La force de l?offre Naïve Troisième Pôle, qui repose sur l?alliance de professionnels reconnus et de partenariats avérés, possède a priori les meilleurs atouts. La réputation de ces trois acteurs culturels, Patrick ZELNIC, le fondateur de Naïve, la plus grande maison indépendante de disques, Steven HEARN, spécialiste du développement culturel et social, et Jérôme DELORMAS, directeur de la Scène nationale de Valence, organisateur de la Nuit Blanche 2007 est évidemment un gage de réussite, même s?il est trop tôt pour préjuger de la performance concrète de ce projet encore très virtuel.

En tout cas, je le souhaite car la Gaîté Lyrique  doit recouvrer une identité durable et originale.

Je vous remercie.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.

Madame WEILL-RAYNAL, vous avez la parole.

Mme Martine WEILL-RAYNAL. - Merci, Monsieur le Maire.

L?avenir nous dira si le choix fait de musique nouvelle et arts numériques pour la Gaîté Lyrique  est effectivement le bon choix. Mais je voulais, au-delà du problème du contenu, vous parler de la convention de délégation de service public, que vous avez choisi de passer avec une société pas action simplifiée, la société de gestion de la Gaîté Lyrique qui est représentée par M. Patrick ZELDIC et M. Steven HEARN.

D?ailleurs, si nous parlons aujourd?hui de la Gaîté Lyrique, ce n?est pas pour annoncer son ouverture rapide puisque ce projet de délibération nous apporte un certain nombre de réponses à des questions que nous posons depuis quelque temps déjà.

A ce moment de l?avancement du dossier, nous sommes en mesure de chiffrer le coût global de cette opération pour la Ville qui devrait se chiffrer à environ 100 millions d?euros, qui se décomposent en 72 millions d?euros - avez-vous dit, Madame au titre d?investissement et en 33 millions d?euros correspondant à la participation que la Ville s?engage à verser pendant la durée de la délégation, ce qui est déjà une somme assez considérable, vous en conviendrez, puisque c?est l?équivalent de ce que l?on disait ce matin à propos du stade Jean Bouin.

La deuxième remarque que je voulais faire concerne la date d?ouverture de la Gaîté Lyrique. Le contrat de délégation indique que la date de mise à disposition de l?ouvrage est prévue pour le 1er avril 2010. Il est même précisé que vous ferez le point le 1er juillet 2009 sur l?état d?avancement du chantier, ce qui me paraît assez prudent compte tenu des retards important pris par ce dossier. La Gaîté Lyrique n?ouvrira donc pas avant le second semestre de l?année 2010.

On s?interroge sur le choix que vous avez fait de confier la gestion d?un service public, et notamment culturel, à un tiers puisque cette démarche n?est pas anodine pour une collectivité publique. Effectivement, si la gestion du service dépend du délégataire, c?est bien sûr la collectivité délégante qui en garde la responsabilité, notamment en termes de satisfaction de ceux qui fréquenteront demain la Gaîté Lyrique.

J?aimerais avoir des réponses à quelques questions : Quels sont les critères qui vous ont conduits à déléguer la gestion de la Gaîté Lyrique ? Avez-vous fait, avant de prendre cette option, une étude précise sur le choix entre gestion directe et gestion déléguée ? Avez-vous toutes les garanties qu?une fois le contrat signé le délégataire ne revienne sur les promesses qui lui ont permis de gagner l?appel d?offre ?

Je voudrais donc avoir quelques réponses à ces questions.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.

Monsieur GIRARD, vous avez la parole pour répondre.

M. Christophe GIRARD, adjoint, au nom de la 9e Commission. - Deux réponses qui se rejoignent, la première plus culturelle et plus large à Mme de FRESQUET pour lui dire qu?elle aura sûrement noté dans le paysage parisien actuel l?importance du renouveau de l?opérette, genre français mais aussi autrichien, puisque actuellement à l?Opéra Comique, vous avez ?L?étoile? de Chabrier qui est donnée, auquel j?ai assisté, très bonne qualité, monté par Jérôme DESCHAMPS et Macha MAKEÏEFF.

Vous avez également sous la houlette de Jean-Luc CHOPLIN, directeur du Théâtre du Châtelet, théâtre municipal, un certain nombre d?opérettes qui se succèdent dont, bientôt, ?Véronique?. Donc, le projet tel qu?il a été présenté, à la fois dans le programme de M. le maire en 2001, et comme il sera réalisé à la Gaîté Lyrique doit évidemment se tenir à son cahier des charges, c?est-à-dire la création numérique, dont Paris était la grande absente malgré la présence d?un festival de qualité Ara Outsider Art avec la Maison européenne de la photographie.

Cela dit, non seulement le papier ne refuse pas l?encre mais je crois que l?équipe qui a été choisie - je reviendrai après en répondant à Mme WEILL-RAYNAL sur un certain nombre d?arguments -  a justement cette intelligence, cette modernité. Nous ne sommes pas dans un phénomène de mode mais dans un phénomène sérieux. Je crois que le rôle du public, le rôle de la puissance publique est de soutenir la création, de soutenir les artistes et la part d?inconnu qu?il y a dans la culture.

Le privé est justement là dans sa compétence pour gérer et animer avec une prise de risques que la puissance publique ne souhaite pas prendre. Je pense que le dosage public - privé avec le choix de l?équipe est un très bon dosage et que rien n?empêche d?ailleurs, Madame de FRESQUET, que vous puisiez rencontrer, si vous êtes en situation après mars prochain, l?équipe qui a été retenue pour leur dire que vous pensez que ce lieu mériterait d?avoir un rappel historique ou un lien quelconque avec l?opérette, et peut-être l?opérette du XXIe siècle. Rien n?empêche que vous puissiez aborder ce sujet et si nous sommes en situation de pouvoir en débattre.

Pour être précis maintenant auprès de Mme WEILLRAYNAL, élue municipale du 4e arrondissement avec qui je siège au conseil municipal du 4e arrondissement, qui donc est tête de liste dans le 3e arrondissement, elle appréciera que pour ce lieu, qui a été massacré, fermé, qui a coûté aux Parisiens des fortunes - nous n?y reviendrons pas, cela a été dit - que nous ayons fait le choix d?une ouverture plus tardive par respect pour les habitants, les immeubles mitoyens, et non pas pour avoir un effet d?annonce simplement en termes de calendrier électoral ; je pense que c?est à porter au crédit et à l?honneur du Maire de Paris. Donc, ce lieu ouvrira, en effet plus tard que prévu, parce qu?il y a des problèmes techniques, problèmes avec les entreprises et des problèmes d?acoustique.

Le chantier est en retard, et tant mieux parce que c?est pour de bonnes raisons.

Je remercie d?ailleurs le Secrétariat général qui a géré ce dossier avec beaucoup d?intelligence et la Direction des affaires culturelles ainsi que M. DANON, la D.P.A. pour que ce lieu ouvre, en effet, à une date qui soit saine et respectueuse des habitants et des difficultés du chantier. Voilà.

Donc la modernité, je le répète, c?est le savant dosage entre public et privé. Le public, selon moi, est là pour soutenir la création, l?innovation et la prise de risque, et le privé est là pour gérer et, en effet, prendre des risques que la Ville ne souhaiterait pas prendre directement.

Je pense avoir répondu aux questions.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Très bien. Merci.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 698.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2007, DAC 698).