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Mars 1999
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Conseil Municipal
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50 - 1999, DAEE 1 - Autorisation à M. le Maire de Paris de déposer un dossier de demande de subvention auprès du Fonds d'intervention pour la sauvegarde, la transmission et la restructuration des activités commerciales et artisanales (F.I.S.A.C.) dans le cadre du programme de revitalisation du Faubourg-Saint-Antoine

Débat/ Conseil municipal/ Mars 1999


M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération DAEE 1 relatif à une demande de subvention auprès du Fonds d'intervention pour la sauvegarde, la transmission et la restructuration des activités commerciales et artisanales (F.I.S.A.C.) dans le cadre du programme de revitalisation du Faubourg-Saint-Antoine.
La parole est à M. FERRAND.
M. Eric FERRAND. - Monsieur le Maire, chers collègues, la revitalisation économique du Faubourg Saint-Antoine est une nécessité urgente, motivée par la disparition progressive de nombreux artisans de la filière ameublement et décoration. Perte de parts de marché en France, effort insuffisant à l'exportation, hausse inconsidérée des loyers commerciaux sont les causes principales de cette situation que la Ville de Paris n'a rien fait pour enrayer, dans le domaine où elle en avait les moyens. Ainsi en construisant le Viaduc des Arts, la Ville a pratiqué des loyers tels que les artisans ne pouvaient s'installer dans les voûtes : ainsi récemment, en accordant le permis de construire à un établissement de luxe venu s'installer dans l'ancien magasin GOUFFE, la Ville a appuyé, au lieu de l'enrayer, la spéculation immobilière qui profite de l'image du faubourg comme artère " branchée " de la Capitale.
Conséquence de cette image, que tous les commercialisateurs en immobilier vous confirmeront : il existe aujourd'hui des enseignes de la mode, de la restauration ou d'autres secteurs de la grande consommation qui sont prêtes à payer à n'importe quel prix un emplacement dans le faubourg, parce qu'il faut y être, parce que la concurrence y est déjà.
J'avais cru, Monsieur le Maire, lorsqu'a été créé le comité de pilotage économique du Faubourg en mai 1998, que votre municipalité avait pris la mesure du phénomène car si l'on n'agit pas fort et vite, du faubourg traditionnel, il ne restera rien dans cinq ans. Je m'étais trompé, et la présente délibération nous le prouve. En effet, les subventions que vous demandez au FISAC sont trop maigres et votre démarche intervient trop tard : voici très exactement un an que Georges SARRE pour sa part a indiqué, dans une interview à la presse, qu'il fallait mobiliser le FISAC. Le 27 mais suivant, devant le comité de pilotage, il avait demandé que cette liste soit examinée d'urgence. Le 1er juillet 1998, il saisissait à ce sujet le Préfet de Paris. Voilà donc un an de perdu...
Passons à la demande elle-même. Plus du tiers de la subvention que vous demandez sera absorbé par des frais de structure puisque sur une subvention de 1,44 million de francs, 537.000 F seront " mangés " par les salaires, les frais de communication et l'aménagement du lieu-ressources. Le reste sera alloué à la signalétique et à la réfection des devantures et c'est dans ce domaine que vous manquez votre objectif. D'abord, nombre d'artisans qui exercent en étage n'ont besoin ni d'être signalés sur la rue ni d'avoir une enseigne. Ce n'est pas comme cela qu'ils gagnent des marchés : on n'est pas subitement pris d'envie de commander une commode Louis XV en arpentant au soleil la rue du Faubourg Saint-Antoine ! Ensuite, ceux des artisans et commerçants qui seront aidés pour refaire leur devanture le seront à hauteur de 28 % des travaux (14 % pour la Ville et pour l'Etat, chacun) : une aumône ! Dans ces conditions, que se passera-t-il ?
Seuls les boutiques qui " marchent bien " feront appel à l'aide du FISAC, et celles qui ont besoin d'un " coup de pouce " resteront sur le bord du chemin. J'attire enfin votre attention sur le fait que vous ne prévoyez de financer que les panneaux de localisation des activités que dans 90 porches sur 200, ce qui est insuffisant, et qui, surtout crée une inégalité de traitement entre les artisans. Sur quels critères ferez-vous la sélection ?
Entendons-nous bien : je ne nie pas la nécessité de faire un effort sur la signalétique, de créer des itinéraires piétons, bien que j'attende encore ceux qui concernent le 11e, ou de refaire les devantures. Je crois par contre que vous n'agissez pas sur l'essentiel, qui est de faire redémarrer l'artisanat en lui permettant de regagner des marchés. Votre " manifestation d'animation thématique " est conçue sur un mode muséographique et touristique ; vous voulez faire venir les Parisiens et les touristes dans les ateliers, et cela, je cite : " dans un esprit festif et médiatique ". On croit rêver ! Les artisans ne travaillent pas pour être pris en photo mais pour vendre et s'ils n'ont rien à fabriquer, leur état d'esprit sera tout sauf festif ! C'est pourquoi la solution idoine consiste à créer, mais pas dans 5 ou 10 ans, d'une part un véritable salon de l'artisanat dans le faubourg, d'autre part une maison de l'artisanat, impérativement située au c?ur du quartier, qui permettrait aux artisans d'exposer et de vendre leur production. Voici maintenant trois ans que nous demandons la réalisation de ce projet, qui pourrait s'insérer dans le cadre plus vaste de la création d'un pôle technologique des métier du bois et de la décoration : vous avez laissé passer l'opportunité GOUFFE, vous êtes en train de laissez passer celle du magasin MEYSSIGNAC, alors qu'en partenariat avec l'Etat et la Région, en impliquant les associations d'artisans et de commerçants, il est sans doute possible de parvenir à un projet viable. Les coûts de fonctionnement et le salaire du permanent d'une telle maison sont subventionnables par le FISAC, et le lieu-ressources que vous allez créer serait alors intégrable à la maison de l'artisanat.
En conséquence, Monsieur le Maire, je crains que les subventions qu'accordera le FISAC ne soient qu'une goutte d'eau dans l'océan. Soigner l'aspect extérieur des magasins, c'est bien ; attirer les passants et les curieux dans le faubourg, cela ne peut nuire. Toutefois, le Faubourg Saint-Antoine n'a pas vocation à devenir un parc d'attractions où des touristes viendront voir quelques artisans en survie montrer le savoir-faire d'une époque révolue. D'excellentes écoles professionnelles continuent à former des jeunes qui se destinent aux métiers du bois et de la décoration. Pour intégrer ces écoles, il leur faut un maître d'apprentissage que beaucoup ne peuvent trouver car plus de commandes, plus d'embauches. C'est pour que ces jeunes trouvent un emploi, pour assurer la transmission des entreprises artisanales, pour pérenniser l'identité du quartier, qu'il faut aller plus loin dans votre action.
M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - La parole est à M. REINA.
M. Vincent REINA, adjoint, au nom de la 6e Commission. - Monsieur FERRAND, l'action engagée par la Ville de Paris dans le Faubourg Saint-Antoine poursuit le but d'aider au maintien et au développement de la filière du meuble et des arts décoratifs, qui lui est historiquement et économiquement attachée.
Les moyens d'intervention sont multiples : actions de communication et de promotion collectives, services aux entreprises, amélioration de l'espace public et des liaisons entre le faubourg et le Viaduc des Arts, création d'un hôtel d'activités artisanales aux loyers modérés et plafonnés, destiné à accueillir de nouvelles et jeunes entreprises...
Un partenariat entre l'Etat (FISAC) et la Ville de Paris doit également permettre la mobilisation d'aides directes aux entreprises pour l'amélioration des vitrines et enseignes ainsi qu'une meilleure signalétique et orientation du public et donc de la clientèle vers les artisans.
Toutes ces actions font de plus, comme vous le savez, l'objet d'une concertation exemplaire et ouverte au sein du Comité de Pilotage économique du Faubourg Saint-Antoine.
Vous l'avez compris, il s'agit d'un projet complexe et ambitieux qui doit mobiliser des instruments d'intervention diversifiés qui tendent tous vers un même but : aider une filière économique à se développer, à innover dans un quartier en pleine mutation, notamment à la suite de la création de l'Opéra Bastille, qui a déstabilisé le tissu économique traditionnel et provoqué une évolution forte des valeurs locatives.
En tout état de cause, nous réfléchissons, comme vous le souhaitez, à la création d'un lieu d'exposition et de commercialisation des créations du faubourg, au c?ur même de ce quartier.
La Ville de Paris poursuivra avec détermination cette opération multiforme, avec le soutien de l'Etat (objet de la présente délibération), des organisations professionnelles et consulaires et des acteurs du faubourg.
C'est la première fois que le FISAC pourra ainsi intervenir sur le territoire parisien pour le soutien de son artisanat et de son commerce.
M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - Merci.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAEE 1.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (1999, DAEE 1).