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Mars 1999
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6 - 1999, SG 2 - Communication de M. le Maire de Paris sur l'avancement de la mise en valeur du site de la Seine à Paris

Débat/ Conseil municipal/ Mars 1999


M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons à l'ordre du jour.
Mes chers collègues, je vous ai présenté au mois de décembre 1996 un programme pour la remise en valeur du site de la Seine dans Paris. J'avais évoqué, à cette époque, mon souhait de vous informer régulièrement de l'avancement de ce projet important de 1,5 milliard qui va nous occuper pendant toute la fin de la mandature et bien au-delà.
J'ai demandé que vous soit transmise, pour cette séance du Conseil de Paris, une communication complète avec des éléments chiffrés, comprenant un calendrier dressant un premier bilan des opérations mises en ?uvre et présentant les nouveaux développements de ce projet.
Je vous en rappelle les grandes orientations :
- la poursuite de l'effort en faveur de la qualité de l'eau ;
- la restauration et la mise en valeur de l'habitat, des monuments, des ponts et des quais ;
- la création de quartiers tranquilles le long du fleuve ;
- une nouvelle donne en matière de déplacements en faveur de la marche, du vélo, des transports en commun, avec une réduction très conséquente de l'emprise de l'automobile sur les quais hauts et sur la place de la Concorde.
La présentation de ce projet a suscité, et je m'en félicite, des réactions nombreuses et très fortes, qu'elles soient positives ou négatives, parce que ce projet est au croisement même de tous les grands enjeux que connaît Paris : urbanisme, lutte contre la pollution, restauration du patrimoine et meilleur partage de l'espace public.
Le projet Seine est le laboratoire du Paris de demain. Avec ce projet, il s'agit de bien d'autre chose que de restaurer un décor. Il s'agit de changer le statut, la destination et la vocation de tout un site hautement symbolique au c?ur de la Capitale et au centre des préoccupations des Parisiens.
Ce site, le berceau de Paris, classé au patrimoine mondial de l'humanité par l'U.N.E.S.C.O. appartient aujourd'hui aux voitures qui traversent Paris. Il doit, demain appartenir aux piétons, aux Parisiens et à leurs visiteurs.
Nous allons bien au-delà d'opérations de restauration nécessaires et ambitieuses, qu'il s'agisse des ponts, du Petit Palais, du Châtelet, du beffroi de la mairie du 1er arrondissement, de la tour Saint-Jacques.
Nous allons au-delà d'une action très nécessaire de lutte contre la pollution de l'eau. Nous voulons rendre la Seine à tous les Parisiens, pas seulement en créant des promenades comme on fait parfois semblant de le comprendre, mais en entreprenant la recomposition urbaine du site et en y réduisant en particulier très sensiblement l'emprise de la circulation automobile.
Ce que je veux faire place de la Concorde illustre parfaitement cette dimension du projet : rendre aux Parisiens et aux touristes ce lieu qui sert aujourd'hui de rond-point automobile.
Chacun connaît ma position quant à la manière d'y parvenir. Pour ce faire, et je suis totalement déterminé, il nous faudra réduire considérablement la place occupée par la circulation automobile, afin de ramener la vie sur la plus grande partie de la place pour que les promeneurs puissent bientôt admirer, en flânant tranquillement, les perspectives vers l'Assemblée nationale, la Madeleine, les Tuileries et les Champs-Elysées.
Voilà un projet qui n'a laissé personne indifférent parce que chacun sait combien il rencontre les préoccupations des Parisiens. Je suis naturellement à l'écoute de toutes les observations mais je veux, d'emblée, écarter deux critiques qui m'ont été faites.
Du côté de l'opposition municipale, comme on n'a rien à dire de fondamental sur ce sujet, on dit que je privilégie une approche touristique de la mise en valeur du site de la Seine dans Paris.
Je répondrai d'abord à ceux-là que quand on reçoit 21 millions de touristes par an - 21 millions ! - c'est bien, je le crois, pour la Ville et ses habitants ; donc je ne vois pas pourquoi on s'en priverait.
D'autre part, je propose de redistribuer l'espace public en faveur des promeneurs, des transports en commun et des vélos. Nous savons tous que je fais valoir des orientations dans lesquelles se reconnaissent tous les Parisiens. Restons sérieux, je trouve pittoresque de voir soudain une partie, je dis bien une partie de la gauche défendre à l'aide d'une argumentation totalement artificielle la place de la voiture dans Paris.
Une deuxième remarque m'est faite : le Maire de Paris, avec sa majorité municipale, aurait donc décidé tout seul la réduction de la circulation automobile. Vraiment, n'avions-nous pas débattu en 1996 au Conseil de Paris pour fixer des orientations de réduction de la place de la voiture dans Paris, orientations mises en ?uvre depuis trois ans et reprises dans le cadre des perspectives du futur P.D.U. de l'agglomération ?
En vérité, nous avons travaillé très en amont avec les services de M. le Préfet de police.
Monsieur le Préfet de police, vous avez donné des instructions utiles et je vous en remercie, pour que vos services travaillent avec les services municipaux, à l'élaboration du projet qui répond à cette ambition que certains ont qualifiée d'utopie et qui deviendra la réalité de demain. Nos réunions continuent, elles se passent dans le meilleur climat. Je souhaite mener ce projet en étroite concertation avec l'Etat qui est bien sûr très concerné par tous ces aspects.
L'Etat est propriétaire des berges et de très nombreux immeubles en bord de Seine qui vont devoir être ravalés. Dois-je rappeler aussi que le Ministère de la Culture doit encore à la Ville 41 millions de francs pour la restauration des ponts ? Je souhaite aussi travailler en étroite concertation avec la Région. Je me félicite que son Président, M. Jean-Paul HUCHON, m'ait fait la proposition d'aider le projet d'aménagement des berges de la Seine. J'examinerai aussi avec lui le projet de la place de la Concorde qui, par ailleurs, s'intègre parfaitement dans les objectifs annoncés par la Région en matière de déplacements.
Comme chacun, je sais bien que la circulation parisienne est loin d'être seulement la circulation des Parisiens et que les décisions doivent se prendre en tenant compte des relations nécessaires et souhaitables entre Paris et sa périphérie. Est-ce une raison pour ne rien faire, pour ne rien décider ? Bien au contraire. Il faut que quelqu'un avance, sinon nous savons bien que rien ne se fera, et les mêmes qui critiquent partiellement aujourd'hui les décisions fortes que nous prenons, seraient les premiers, demain, si rien ne se faisait, à le faire remarquer.
Il va bien falloir admettre que Paris, qui bien entendu, doit rester une ville ouverte à sa périphérie et en constant rapport avec son agglomération, n'a pas vocation à être un n?ud de circulation. Il faudra bien concilier la quiétude des Parisiens et leur qualité de vie avec cette insertion dans son environnement régional, national et international.
Autour de la remise en valeur des quais, au-delà de la Capitale et de la place de la Concorde, c'est cet enjeu-là que mes propositions cristallisent.
Je poursuivrais ce projet dans un esprit de très large concertation, comme nous le faisons sur tous les dossiers et notamment les dossiers importants. Je réunirai donc la Commission de l'environnement et du cadre de vie le 6 mai prochain ; elle sera présidée par mon ami et adjoint Alain DESTREM, chargé de la valorisation du site de la Seine...
M. Pierre SCHAPIRA. - On est sauvé !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Messieurs, je vous en prie, c'est d'un très haut niveau ! Bravo ! Félicitations !
Dans le cadre de cette Commission, je créerai 2 sous-commissions : l'une aura pour mission d'étudier le réaménagement de la place de la Concorde et de ses abords ; elle sera présidée par mon ami et adjoint, M. Michel BULTÉ.
L'autre Commission aura pour thème les réaménagements de quais dans les 5e, 6e et 7e arrondissements et sera présidée par mon ami et adjoint Bernard PLASAIT.
Ma résolution est entière. Le soutien unanime et très chaleureux que m'a apporté la majorité municipale est pour moi encourageant. Je poursuivrai ce projet sans relâche et avec détermination.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris " et " Paris-Libertés ").
La parole est à M. le Préfet de police.
M. LE PRÉFET DE POLICE. - Merci, Monsieur le Maire.
Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, le projet de réaménagement de la place de la Concorde que vous venez d'évoquer, retient l'attention particulière de chacun d'entre nous. On ne peut que souscrire aux objectifs poursuivis, qu'il s'agisse de rendre à la place la plus prestigieuse de la Capitale un lustre qu'elle avait perdu au fil des ans ou qu'il s'agisse de mieux mettre en valeur les magnifiques monuments qui en sont l'ornement, de recréer la liaison entre le jardin des Tuileries et ceux de l'avenue des Champs-Elysées, de redistribuer enfin l'espace au profit des piétons et des circulations douces.
A cet égard, le projet que vous décrivez s'inscrit parfaitement dans la nouvelle politique des déplacements, que M. le Maire de Paris et moi-même, vous avons présentée, chacun pour ce qui nous concerne bien entendu, le 25 novembre 1996.
Ainsi que vous avez bien voulu l'indiquer, Monsieur le Maire, nos services travaillent depuis plusieurs mois sur ce grand dossier. La semaine dernière, nos proches collaborateurs se sont encore réunis à la Préfecture de police pour évoquer de manière approfondie les différents aspects techniques du dossier.
La place de la Concorde présente en effet, vous l'avez souligné, des caractéristiques qui en font l'un des sites les plus sensibles de la Capitale.
Je rappelle, en premier lieu, que de nombreux bâtiments officiels sont situés à ses abords immédiats : le Palais de l'Elysée, l'Assemblée nationale, plusieurs Ambassades dont celle des Etats-Unis d'Amérique, et des Ministères.
Eu égard aux responsabilités qui sont les miennes, chacun comprendra que cette densité exceptionnelle d'institutions, faisant l'objet de mesures de sécurité particulières, constitue un paramètre essentiel qui doit être impérativement intégré à toute réflexion sur l'aménagement de la place de la Concorde.
Par ailleurs, comme vous l'avez souligné, Monsieur le Maire, cette place constitue un important carrefour situé sur l'un des principaux axes de communication est-ouest de la Capitale.
C'est la raison pour laquelle il me semble nécessaire que les hypothèses de réduction du trafic automobile sur la place de la Concorde soient intégrées dans le cadre d'une réflexion plus globale et vous l'avez accepté, prenant en compte l'ensemble des axes alimentant la place ou susceptibles d'être concernés par des reports de flux.
L'ampleur du projet et le souci commun que nous avons d'en assurer la réussite, justifient donc, selon moi, l'élaboration d'un plan de circulation dans tout le centre de Paris.
Nos services travaillent dans ce sens et je m'en félicite tout comme vous-même.
Le parti d'aménagement de la place de la Concorde doit également prendre en considération la dimension symbolique de celle-ci, illustrée en particulier par les cérémonies du 14 juillet.
Enfin comme vous l'avez rappelé, Monsieur le Maire, s'agissant d'un site classé au titre des Monuments historiques, le projet sera naturellement soumis à l'avis conforme du Ministère de la Culture.
Comme pour toute opération d'urbanisme de grande ampleur, le succès du réaménagement de la place de la Concorde reposera sur la capacité que nous aurons, ensemble, de faire la synthèse des différentes contraintes inhérentes à ce site unique au monde.
En me réjouissant de l'étroite concertation qu'entretiennent les services de la Ville de Paris et de la Préfecture de police, je souhaite vivement qu'elle nous permette de finaliser dans les toutes prochaines semaines ce projet ambitieux.
Je vous remercie.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur le Préfet de police.
La parole est à M. Bertrand DELANOË.
M. Bertrand DELANOË. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, c'est le 9 mars dernier que vous avez présenté ce programme d'aménagement du site de la Seine et à cette occasion, vos conseillers en communication avaient mobilisé des moyens considérables sur fond musical, projection en 3D, images de synthèse, maquettes et vidéos, une mise en scène à côté de laquelle un concert des Rolling Stones passerait presque pour une kermesse de village.
Vous me pardonnerez de ne pas me laisser impressionner par cet habillage, car c'est sur le fond que je veux m'exprimer.
D'abord, Monsieur le Maire, je constate que vous proposez un quasi remake de la communication de décembre 1997 qui, elle-même, intégrait des chantiers déjà en cours. Par exemple : la rénovation des ponts de Paris, les illuminations dont je vous rappelle qu'elles ont été lancées dès l'été 1994 ou bien la modernisation du Châtelet.
De même, vous n'hésitez pas à récupérer certains projets qui, en fait, dépendent directement de l'Etat. C'est le cas notamment de la passerelle Solférino qui reliera le musée d'Orsay aux jardins des Tuileries.
En revanche, je constate que certains engagements pris, il y a plus d'un an, ont disparu de votre projet : ainsi la piscine Deligny, dont vous souhaitiez à l'époque - pour reprendre votre expression - la renaissance.
Par ailleurs, je voudrais citer, Monsieur le Maire, un extrait de votre communication de décembre 1997, dont les élans prometteurs n'ont malheureusement trouvé aucun prolongement concret.
Vous disiez : " la Seine, source d'inspiration des poètes, doit pouvoir aussi être un lieu d'expression de la poésie ".
Et vous ajoutiez : " A cet égard, je souhaite que se développe, avec la participation de la Maison de la poésie, une pratique de cet ordre sur l'une de ses berges, par exemple le port des Saints-Pères sous le quai de Conti.
Un an plus tard, Monsieur le Maire, je vous demande quelle crue a bien pu emporter une si noble ambition ?
Enfin je remarque que les aménagements annoncés sur les quais, entre les ponts de Sully et de la Concorde, impliquent la suppression de l'axe rouge qui s'y trouve actuellement.
C'est une excellente nouvelle, pour reprendre une expression qui est devenue populaire, qui valide nos analyses sur le sujet mais que vous n'osez pas vraiment assumer clairement.
C'est pourquoi, je vous le redis, Monsieur le Maire, il faut déqualifier une bonne fois pour tout l'ensemble de vos axes rouges. Soyez cohérents, plutôt qu'une approche homéopathique, et un peu honteuse, acceptez enfin de tourner la page d'une politique incongrue et anachronique.
L'initiative présenterait un double avantage : elle ne dépend que du Conseil de Paris, et peut donc être mise en ?uvre sans délai.
N'est-ce pas la preuve de la très grande relativité de votre conversion à l'écologie urbaine ? Car, pour le reste, vous semblez " surfer " sur une vague d'engagements que vous prenez pour les autres.
Au bout du compte, cela vous conduit surtout à ne pas assumer vos propres responsabilités : avant-hier le tramway, hier la couverture du périphérique, aujourd'hui, clou de votre récente conférence de presse, l'aménagement de la place de la Concorde. Autant d'initiatives unilatérales qui contredisent l'esprit de concertation, si souvent célébré dans vos propos, y compris aujourd'hui dans votre annonce concernant la place de la Concorde. Ceci ne résulte d'ailleurs que d'une étude préalable extrêmement partielle.
Je vous rappelle que, pour notre part, et contrairement à la caricature que vous avez tentée tout à l'heure, dès 1995, dans notre projet municipal, nous avions fixé pour objectif prioritaire la réduction de l'espace occupé par l'automobile à Paris. Quitte à reprendre cette idée à votre compte, au moins mettez la en ?uvre et adoptez une méthode sérieuse pour y parvenir car ce n'est pas en traitant un pôle unique emprunté quotidiennement par dix mille voitures chaque heure, que vous allez améliorer la situation. Au contraire, votre approche aurait pour conséquence de déplacer le flux automobile sur les sites voisins et ainsi d'engorger encore plus le centre-ville.
A l'inverse, un vrai partage, avec conviction, de la voirie au bénéfice des transports en commun, des piétons, des deux roues, implique une action globale, répartie de façon équilibrée sur l'ensemble du territoire parisien. C'est le principe du réseau vert que nous préconisons depuis longtemps.
Vous et votre majorité, seriez-vous prêts à vous convertir aussi sur ce sujet ?
En fait, je le répète, votre vision de l'aménagement de la Seine s'avère principalement touristique et je suis très content qu'on accueille beaucoup de touristes et qu'on les accueille bien, mais le rôle économique du fleuve est largement sous-estimé. L'animation et l'émergence des lieux de vie et de création sont négligées et l'effort annoncé en faveur des batobus demeure très flou, sans calendrier précis ni code de sécurité à l'instar de l'exemple londonien.
Pour l'essentiel, vous privilégiez la promenade piétonne et l'entretien du patrimoine et c'est très important, mais cela suffit-il pour concevoir l'avenir de Paris ? par exemple, comment évoquer le réaménagement de la Seine sans faire une seule fois allusion à la remise en cause progressive de la circulation automobile sur les berges ? A nos yeux, ce n'est pas une utopie, Monsieur le Maire, c'est un véritable objectif.
Je vous propose donc aujourd'hui le principe d'une étude consacrée à la réorganisation du trafic sur les voies sur berge. Elle serait confiée à des urbanistes en concertation avec les associations parisiennes concernées, les services techniques de la Ville et de la Préfecture et aussi les élus de notre Assemblée.
L'objet de cette étude serait de triple : élaborer plusieurs hypothèses, évaluer les coûts correspondant et définir des échéanciers.
Un tel projet s'inscrirait dans le cadre du Plan de déplacement urbain dont je veux vous rappeler qu'il est en cours d'élaboration et que sur ce point, c'est bien à la Ville de prendre l'initiative au lieu d'ignorer assez largement cette problématique importante.
J'ajoute qu'un tel processus implique obligatoirement un dialogue permanent avec toutes les communes limitrophes et là encore, cette dimension demeure trop largement absente de votre démarche.
Au cours de notre débat, Dominique BERTINOTTI va présenter d'autres pistes de réflexion qui nous paraissent utiles, mais au moment de conclure, je souhaite, Monsieur le Maire, vous exprimer une préoccupation supplémentaire.
Un an et demi seulement après avoir communiqué sur l'aménagement de la Seine, vous avez choisi de remettre ce sujet à l'ordre du jour et je reconnais volontiers qu'un point d'étape est utile, mais j'ai tout de même le sentiment que cette programmation répond surtout à des objectifs d'image.
Je voudrais donc vous rappeler que sur d'autres sujets tout aussi prioritaires, notre Assemblée n'a pas débattu depuis beaucoup trop longtemps.
Exemple : l'offre périscolaire à Paris, l'avenir économique et urbain de la Z.A.C. " Paris-Rive gauche ", l'inégalité face au logement dans la Capitale, le dispositif de lutte contre le SIDA ou bien la politique culturelle de la Capitale. La liste est loin d'être exhaustive.
Je vous demande, Monsieur le Maire, de vous en rappeler lorsque vous fixerez les ordres du jour de nos prochaines séances même si ces dossiers vous paraissent insuffisamment médiatiques, même s'ils peuvent éventuellement sur le fond embarrasser un peu plus la majorité municipale, car mes chers collègues, au-delà de toute les politiques de communication, les Parisiens nous attendent sur un certain nombre de sujets concrets de leur vie quotidienne.
Ne doutons pas qu'au-delà des mots, c'est sur ce devoir-là qu'ils nous attendent et c'est bien sur des actes à l'aune de ces sujets et de leur vie qu'ils ont bien l'intention de nous demander des comptes.
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Chers collègues, M. DESTREM répondra tout à l'heure.
J'ai le sentiment que cela vous ennuie qu'on communique sur ce sujet. Première observation.
Ma deuxième observation portera sur les sujets que vous avez évoqués : en ce qui concerne le périscolaire, s'il y a une ville qui, en matière de péri et de parascolaire, fait un effort sans comparaison, c'est bien la Ville de Paris. Nous avons eu l'occasion d'en débattre et nous en reparlerons.
Quant à " Paris-Rive gauche " il y a eu un débat il n'y a pas longtemps. On peut, bien sûr, débattre toutes les semaines, mais je suis très étonné que vous ayez oublié le débat qui a eu lieu récemment.
Quand à l'action contre le SIDA, il y a eu des débats et il y en aura d'autres qui montrent que la Ville de Paris sur ce sujet n'est pas en retard, comme vous semblez le dire. Il y a eu un débat sérieux et important sur ce sujet qui ne doit pas porter à polémique.
Je donne la parole à M. VIVIEN.
M. Pascal VIVIEN, adjoint. - Monsieur le Maire, l'histoire de Paris et celle de son fleuve ont toujours été liées. Au fil des siècles, la Seine fut la terre nourricière de la Capitale. C'est dire si les Parisiens se sentent proches de leur fleuve. Mais depuis quelques années, les relations se sont modifiées. La modernisation des transports, le développement des services au détriment de l'activité industrielle, les nouvelles technologies et communications font que le rôle économique de la Seine a changé de nature. Il est aujourd'hui tourné vers le tourisme, l'agrément des Parisiens et des visiteurs qui, toujours plus nombreux, viennent apprécier la beauté de notre Capitale.
Votre souci, Monsieur le Maire, chacun l'a bien compris, à commencer par l'opposition municipale que ce projet gêne car il recueille l'adhésion de tous les Parisiens, est de valoriser le site de la Seine et de le rendre à ses habitants. Il s'agit de faire de la Seine une des plus belles avenues du monde, avec son plan d'eau, ses promenades, ses monuments, ses façades, sa vie. Une avenue qui, le soir, ruissellera de ses lumières. Imaginer un nouvel avenir pour la Seine dans Paris, c'est donc pour une large part concevoir le Paris de demain. L'ambitieux programme que vous nous proposez, Monsieur le Maire, d'aménagement et d'animation autour du fleuve capital, y participe pleinement. Certains dans les rangs de nos collègues socialistes se disent surpris par votre projet, Monsieur le Maire, feignant d'en être les inspirateurs.
Je voudrais leur rafraîchir la mémoire.
Dès 1978, cette préoccupation avait déjà été exprimée devant notre Conseil. Les orientations adoptées alors et les efforts entrepris depuis ont largement contribué aux avancées substantielles observées dans l'évolution des modes d'occupation des berges. S'il fallait souligner le travail accompli, il ne fallait cependant pas s'en satisfaire. Si de nombreuses berges ont été libérées d'activités industrielles peu compatibles avec l'évolution de notre Ville et les quais du secteur central minutieusement rénovés, tous les objectifs n'avaient pas été atteints. C'est la raison pour laquelle vous avez présenté à notre Conseil au mois de décembre 1997 une communication sur la mise en valeur de la Seine. Cette communication, que j'avais rapportée, reposait sur trois objectifs : la mise en valeur du site, la contribution de la Seine aux déplacements urbains et l'animation des berges.
Il s'agissait en résumé de donner une nouvelle ampleur, un nouveau souffle à une ambition légitime qu'il nous faut avoir pour une Seine à la fois plus belle et plus proche des Parisiens.
Dans cet objectif, vous nous proposez aujourd'hui un nouvel esprit d'intervention. Il guidera les réalisations à court ou à plus long terme contenues dans le programme que vous venez de développer.
S'il ne me paraît pas nécessaire de rappeler ici le caractère exceptionnel du site par son ampleur, sa dimension historique ou sa charge émotionnelle, il est en revanche essentiel de souligner l'importance qu'il convient de porter à un ensemble de dispositions propices à en révéler toutes les nuances.
Pour protéger et mettre en valeur ce patrimoine, il faut avant tout, comme vous l'avez indiqué, dégager l'unité du site.
Un cahier des prescriptions pour la mise en valeur des berges est en cours d'élaboration, établi avec la participation de l'Etat, du Port autonome, des voies navigables de France et des associations. Il est essentiel, car il permettra la réalisation d'un document cadre s'appliquant à l'ensemble des berges et s'imposant également au gestionnaire du domaine public fluvial et aux différents amodiataires.
La cohérence et la perception nocturne du site de la Seine seront également renforcées par un schéma d'aménagements spécifiques. De nombreux ponts ont été déjà mis en lumière : le pont Louis-Philippe, le pont d'Arcole, le pont Notre-Dame, le Pont au Change, le Pont au Trouble, le pont Saint-Michel, le Petit Pont et récemment le Pont-Neuf. Ce programme sera poursuivi sur l'ensemble des autres ponts de la Seine. Cela correspond à vingt et un ouvrages rénovés d'ici la fin de l'année.
L'ensemble des programmes et des travaux sera achevé pour l'an 2000.
Il en sera de même de l'éclairage des berges et des quais hauts, comme cela a été réalisé dans le centre de Paris ou à l'occasion du réaménagement du quai de la Rapée. Mais il faut parfaire cette mise en scène, notamment sur les berges et les quais hauts de l'île de la Cité. Ce sera chose faite, affirmant par là la cohérence de l'ensemble de la mise en lumière de la Seine dans le c?ur historique de Paris.
La mise en valeur du site de la Seine exige des moyens et des actions d'envergure. Ces moyens seront mis en ?uvre.
Mais elle impose également, et de manière tout aussi importante, qu'une attention vigilante soit portée à de nombreux détails. C'est pourquoi la Ville et le Port autonome ont mis en place, de manière concertée, un plan de propreté spécifique aux berges de la Seine afin que soit assuré sur l'ensemble du domaine public fluvial un bon niveau d'entretien.
La lutte contre les graffiti, la collecte des ordures ménagères participent à cette action. Une application de ces principes a été définie avec le président du Port autonome, mon collègue Jean-François LEGARET, dont je tiens à saluer l'action. C'est également sous son impulsion qu'a été engagé un vaste programme de modernisation des ports de la gare de Bercy aval.
Il reste à venir ceux de la Rapée et Henri IV, ou encore de Suffren, de la Bourdonnais ou du pont Javel bas.
Grâce à cette action essentielle pourra se développer, le long des berges, une promenade de neuf kilomètres, du parc André-Citroën au parc de Bercy prolongée de plus de trois kilomètres de balade le long du bois de Boulogne. La continuité de cette promenade suppose la création d'ouvrages, dont certains importants comme l'escalier de liaison au droit de la passerelle Debilly, l'escalier de liaison au droit de la passerelle des Arts ou le rétablissement de la berge au pont de l'Alma.
Ce dernier projet, dont la maîtrise d'ouvrage sera assurée par le Port et dont le coût est estimé à 16 millions de francs, sera réalisé dès 2001.
Je voudrais, Monsieur le Maire, également évoquer le paysage des berges.
Chacun reconnaîtra, bien évidemment, l'importance des espaces verts dans cette reconquête au profit des Parisiens. En se développant le long de la Seine, les parcs urbains de Bercy et André-Citroën renforcent son rôle et permettent des liaisons essentielles avec le fleuve.
Il faut aussi relier les quartiers au fleuve. Pour ce faire, il est nécessaire de rétablir des " traits d'union ". Ce sera le cas avec la passerelle Solferino ouverte à l'automne 1999. Elle permettra le cheminement piétonnier entre le musée d'Orsay et les Tuileries ; la passerelle Bercy-Tolbiac, dont le lauréat vient d'être choisi, reliera en 2001 la Bibliothèque nationale de France au parc de Bercy.
Si la Seine doit être mise en valeur, elle doit contribuer largement aux déplacements urbains. C'est la raison pour laquelle vous souhaitez, Monsieur le Maire, un développement très net du transport fluvial des passagers, notamment des navettes pour les touristes.
La gare fluviale de Bercy, en relation avec le parc de stationnement pour autocars, sera une étape importante dans le développement du rôle de la Seine pour le déplacement des touristes qui viennent visiter les nombreux sites et monuments situés le long du fleuve.
Le système des batobus (ces navettes fluviales inaugurées en 1997), sera accéléré et modernisé pour répondre à la fréquentation des passagers qui, en 1998, s'élevait à 235.000. Deux batobus supplémentaires seront mis en service en 1999.
Ce système de bateaux devrait permettre de réduire le nombre de cars qui circulent ou stationnent dans la Capitale. On en compte actuellement 1.400 par jour, en période de pointe.
Voilà donc une action forte, Monsieur le Maire, qui contribue à l'amélioration de l'environnement et participe à l'amélioration de la qualité de la vie des Parisiens.
Mais la Seine n'est pas seulement destinée à ne devenir qu'un lieu de promenade ou qu'une infrastructure de transport. C'est le c?ur de Paris. C'est pourquoi elle doit être vivante, dans le respect du site. Ainsi sera-t-elle le lien central de vie, de loisirs et de culture de Paris. Elle contribuera donc tout naturellement très largement aux fêtes de l'an 2000.
Le programme que vous proposez, Monsieur le Maire, prend en compte la Seine dans tous ses aspects, comme axe de transport, comme artère de tourisme et de loisirs, mais aussi et surtout comme atout majeur de notre patrimoine.
Mais, et c'est là un des points forts de votre communication, il prend toute sa mesure dans la volonté effective de tranquilliser les quartiers qui bordent le " fleuve-capitale " par la maîtrise de la place réservée à la voiture. Sur les berges bien sûr mais aussi sur les quartiers hauts. Vaste programme quand on sait que dix arrondissements de la Capitale sont concernés ! Et que la création de nouveaux itinéraires et la réduction de la circulation de 5 à 10 % devraient permettre de rendre plus agréable la vie de leurs habitants.
Cette politique de meilleure répartition de l'espace public trouve son expression dans la requalification des quais rive gauche...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Ecoutez l'orateur !
M. Pascal VIVIEN, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire.
... entre les ponts de Sully et de la Concorde. Leur aménagement permettra de réduire très fortement la place de l'automobile au profit des piétons, des autobus et des vélos par la réduction de la chaussée à trois files automobiles, la création d'une piste cyclable partant du pont de Sully, et un couloir bus élargi et aménagé dans les 6e et 7e arrondissements.
Autre projet significatif : l'espace rive gauche faisant face au guichet du Louvre sera repensé. La circulation des voitures venant du pont du Carrousel vers la rue des Saints-Pères sera supprimée, ce qui devrait diviser par deux le trafic sur cette voie du " Noble Faubourg ", congestionné par les livraisons. Quant au tunnel automobile démarrant juste après le pont des Arts, il sera comblé et remplacé par une vaste promenade avec pelouses.
Je ne reviendrai pas sur le projet de la mise en valeur de la place de la Concorde. Il s'inscrit dans le schéma que vous avez défini, Monsieur le Maire, " d'adapter la voiture à Paris et non Paris à la voiture ", répondant ainsi aux aspirations de chacun.
Le projet de grande ampleur, de très grande qualité et de très grand rayonnement international que vous nous proposez, Monsieur le Maire, a trouvé son origine dans notre débat de décembre 1997. Eh bien, nous nous réjouissons, au nom du groupe " Rassemblement pour Paris ", de pouvoir débattre dès aujourd'hui de l'état d'avancement de ce projet au sein de notre Assemblée.
L'ensemble du programme de mise en valeur de la Seine est un projet cohérent, dont le coût est estimé à 1,6 milliard de francs soit 244 millions d'euros. A chaque étape essentielle de sa mise en ?uvre, les Parisiens seront associés, dans des conditions adaptées aux spécificités du projet.
Mais au-delà, s'impose la nécessité de la participation de tous à cette grande ambition qu'il nous faut nourrir pour le fleuve.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, je demande à ceux qui ont des conversations de sortir les faire à l'extérieur, quels que soient les bancs où ils se trouvent dans cette Assemblée.
M. Pascal VIVIEN, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire.
Un projet de cette envergure doit nécessairement s'appuyer sur la force de tous les acteurs politiques, institutionnels et économiques. C'est une grande chance pour Paris que ce grand chantier prenne vie aujourd'hui à l'initiative de son Maire. Il est l'occasion de mobiliser toutes les énergies.
Ce sera la fierté de la majorité municipale de faire de la Seine un des hauts-lieux emblématiques de la culture mondiale.
C'est aussi une grande responsabilité qui nous incombe à tous, élus et Parisiens. Le monde pourra juger de notre capacité à nous dépasser, à imaginer, à concevoir ensemble notre ville pour le prochain millénaire dans son rapport harmonieux avec son fleuve éternel.
Monsieur le Maire, le groupe " Rassemblement pour Paris " souscrit avec enthousiasme à tous les objectifs que vous proposez dans cette communication. Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs des groupes " Rassemblement pour Paris " et " Paris-Libertés ").
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur VIVIEN.
Avant de passer la parole à M. SARRE, je voudrais vous annoncer, pour l'ordre du jour, qu'à la suite du décès de Jean PIERRE-BLOCH, une cérémonie officielle se tiendra aujourd'hui à 15 heures à la Grande Chancellerie de l'Ordre de la Libération.
De nombreux collègues sur tous les bancs de cette Assemblée et moi-même ayant prévu d'assister à cette cérémonie en l'honneur de l'une des personnalités les plus éminentes de notre pays, notre séance reprendra cet après-midi à 16 heures.
Je voulais vous l'annoncer pour qu'il n'y ait pas d'erreur d'emploi du temps.
Monsieur SARRE, vous avez la parole.
M. Georges SARRE, président du groupe du Mouvement des citoyens, maire du 11e arrondissement. - Monsieur le Maire, chers collègues, Monsieur le Maire, pendant des années, vous avez ignoré que la Seine traversait Paris...
(Remous)
M. LE MAIRE DE PARIS. - Il faut bien s'en apercevoir un moment !
M. Georges SARRE, président du groupe du Mouvement des citoyens, maire du 11e arrondissement. - Absolument !
Comment ne pas s'étonner d'une telle politique de communication destinée à présenter une myriade de petits projets qui auraient pu être réalisés dans le cadre notamment des opérations de voirie par les Municipalités parisiennes successives dont vous faisiez partie.
Il est vrai qu'il y a peu de temps encore, vos actions portaient principalement sur l'adaptation de notre ville et des bords de Seine à la voiture : création d'axes rouges sur les quais, aménagement du pont Charles-de-Gaulle, élargissement du pont de Tolbiac, enfin la Z.A.C. " Paris-Rive gauche ", riveraine de la Seine, est venue couronner l'enfermement du fleuve.
Gérer pareil héritage, celui des grands chantiers de votre prédécesseur, n'est pas, je le conçois, un exercice facile. Mais pourquoi avoir développé une politique tournant le dos au fleuve, livrant le centre de Paris à lui-même, à la circulation de transit, à l'immobilier spéculatif, qui fut un puissant facteur de dévitalisation des quartiers ? Paris et le site de la Seine méritaient mieux !
Ils méritent mieux encore. Votre catalogue de petits projets, faute de répondre aux enjeux actuels, laisse perplexe. Je vois dans vos annonces une sorte d'inventaire à la Prévert élaboré par les services de la Ville, empaqueté par un cabinet de communication.
Je me demande, au-delà du catalogue d'aménagements qualitatifs prévus, si votre plan n'est pas un cache-misère destiné à faire oublier le temps perdu au cours des vingt dernières années, l'absence d'entretien d'un patrimoine municipal trop longtemps négligé.
Monsieur le Maire, pourquoi avoir attendu aujourd'hui pour engager la réhabilitation du Petit Palais, la rénovation du beffroi de la mairie du 1er arrondissement, celle du théâtre musical de Paris ou enfin la restauration des fontaines de la place de la Concorde à propos desquelles, je le rappelle, la Municipalité évoquait déjà en 1984 la nécessité d'une restauration et, je cite littéralement : " d'y consacrer quelque argent " ? Il y a quinze ans déjà !
Il est vrai que vous avez préféré investir ailleurs 800 millions de francs dans le pont Charles-de-Gaulle, devenu inutile, 2.200 millions de francs dans la Z.A.C. " Paris-Rive gauche " pour requalifier les abords de la Seine avec des murailles de bureaux de plus de trente mètres de haut.
En ce qui concerne le projet de rénovation de l'aquarium du Trocadéro, lancé en 1984, abandonné en 1996, il n'a été engagé qu'en 1998.
Outre le retard pris, je viens d'apprendre que le Tribunal administratif a condamné la Ville à verser 1.600.000 F au groupement lauréat du concours de 1988 pour des études sur ce projet qui n'ont pas encore été payées.
Monsieur le Maire, on ne peut que regretter de telles pratiques de la Ville. Il est évident que cet aquarium aurait pu et dû être réalisé plus tôt.
Les choses avancent, mais dans quel désordre !
En signant en 1990, étant au Gouvernement, le décret créant le 50 kilomètres/heure en ville avec des marges à 30 kilomètres/heure ou 70 kilomètres/heure, j'étais loin de me douter de l'usage partiel que vous en feriez dans les zones 30.
En 1994, votre prédécesseur s'est engagé timidement dans cette voie, mais depuis votre élection quelle énergie déployée dans leur développement !
Jamais je n'aurais pensé que l'on puisse créer dans Paris un tel patchwork de quartiers tranquilles. Occuper le terrain en multipliant les zones 30 isolées ne constitue pas une politique ! Et les outils réglementaires ne sont pas des gadgets, ils doivent servir un projet cohérent.
Monsieur le Maire, réconcilier Paris avec la Seine nécessite de laisser l'impressionnisme derrière nous pour engager une politique à l'échelle de notre ville.
Il faut partir d'un projet pour le centre de Paris, visant d'abord à casser la circulation de transit dans le centre, ce qui contribuerait à requalifier les bords de Seine.
Aussi, je propose, Monsieur le Maire, la mise à l'étude d'une vaste zone 30 recouvrant les arrondissements centraux. Réduire la circulation sur la place de la Concorde, comme je l'ai proposé dès 1997, n'a de sens que si cette démarche s'inscrit dans un plan d'ensemble visant à border cette zone 30 par le réaménagement de ses limites qui pourraient être les suivantes : la Bastille, la République, la porte Saint-Denis, les Invalides, Port Royal, Gobelins, Austerlitz.
Il faut aussi interdire le stationnement de surface dans les arrondissements centraux, du 1er au 6e arrondissement, aux non-résidents, excepté pour les véhicules prioritaires, les taxis et les livraisons, en prévoyant des parkings pour les riverains.
En réduisant isolément la circulation sur la place de la Concorde, vous ne ferez qu'accroître la circulation sur les voies aux alentours et sur les berges.
Monsieur le Maire, vous ne pouvez pas limiter vos ambitions à cette place, si prestigieuse soit-elle !
La réduction de la circulation doit en même temps s'accompagner d'une véritable politique en faveur des transports collectifs pour encourager la diversité des usages.
Je rappellerai mes propositions de création d'un réseau de tramways, dont une ligne pourrait se développer sur les quais rive droite, de mise en place d'un maillage serré de couloirs de bus protégés sur les voies qui constituent des césures fortes : quai haut, rue de Rivoli, boulevard Saint-Germain, mise en place de petits bus électriques pour desservir le centre, création d'une ligne régulière de transport public de voyageurs par bateaux reliant les écluses de Suresnes à celles d'Alfortville.
Une étude - je vous le rappelle - a été réalisée par la R.A.T.P. il y a 10 ans maintenant. Le Port de Paris était prêt à financer l'aménagement des escales. La R.A.T.P. a participé au capital à hauteur de 20 % et les rives droites, du pont aux Anges au souterrain Masas, pour un coût de 1,5 milliard, ce qui me paraît à l'échelle des besoins d'aération et de revitalisation du centre.
Redonner un attrait aux sites de la Seine appelle des investissements en faveur d'équipements nouveaux répartis judicieusement tels que, par exemple, une plage de 400 mètres équipée de piscines flottantes quai de Bercy pour 80 millions de francs, des thermes modernes sur le quai Saint-Bernard, un espace dédié à la sculpture contemporaine sur l'îlot aux Cygnes, des cafés sur les berges basses. La plage que les élus du Mouvement des citoyens proposent de créer, quai de Bercy, répondait à cette nécessité de faire des bords de Seine un véritable espace de vie ouvert sur la liberté naturelle du fleuve.
Monsieur le Maire, vos projets pour la Seine ont le mérite, si j'ose dire, d'être moins coûteux que ceux de votre prédécesseur. Mais votre logique de père Grandet vous empêche de donner corps à la politique que nous serions en droit d'attendre du Maire de Paris.
Vous mentionnez certes le futur musée des Arts et Civilisations au sujet duquel je suis intervenu à de nombreuses reprises, notamment sur les conditions contestables de sa mise en ?uvre. Celle-ci doit s'effectuer au détriment du musée de l'Homme et du Muséum. Le projet présidentiel est incomplet puisqu'il n'intègre pas les civilisations d'Europe.
Il est essentiel, Monsieur le Maire, de combler cette lacune. Pourquoi alors ne pas créer ce qui me paraît souhaitable, un musée des peuples et civilisations d'Europe au Palais de Tokyo proche de la Seine. Je m'étonne de votre silence sur ce point. Il est de la responsabilité du Maire de Paris de s'exprimer clairement sur des sujets aussi importants pour la Capitale et la France. Il est capital d'aider à leur réalisation.
La Seine, Monsieur le Maire, a gouverné longtemps l'ordonnancement de la ville royale que fut Paris. Elle a largement perdu son rôle économique pour l'approvisionnement de la Ville. Elle fut par vos soins et vos amis corsetée de voitures. Il faut maintenant rendre la Seine aux Parisiens ce qui exige, outre des projets ponctuels, une nouvelle politique pour tout le centre-ville. Comment la mener alors que vous réduisez sciemment vos possibilités d'investissement et vous êtes financièrement enlisé dans la Z.A.C. " Paris-Rive gauche ", dont vous ne souhaitez pas que nous parlions ?
Monsieur le Maire, je regrette que vous fassiez du pointillisme, en tout cas en 2001 les Parisiens trancheront.
Je vous remercie.
M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. GALLAND.
M. Yves GALLAND, adjoint. - Monsieur le Maire, j'interviens au nom du groupe " Union pour la démocratie à Paris ", qui depuis ce matin a une configuration nouvelle et renforcée, puisqu'y ont adhéré M. BARIANI, Mme BRAQUY et M. POZZO di BORGO.
Vous proposez aujourd'hui, Monsieur le Maire, une reconquête de la Seine pour les Parisiens. Ce sujet a déjà fait l'objet de nombreuses réflexions et communications dans le passé.
Oui, Monsieur le Maire, " Vivre Paris à travers la Seine ", redécouvrir la magie de Paris par ce fleuve unique est une remarquable ambition.
Chaque jour, des dizaines de milliers d'automobilistes le vérifient paradoxalement, sans se lasser et demeurent en permanence émerveillés par la perspective sublime de Paris, qui se déroule devant eux par la voie Georges-Pompidou.
Votre projet d'un parcours piétonnier de 9 kilomètres entre le pont d'Austerlitz et le parc André-Citroën est, à l'évidence, une excellente initiative. Le fait d'avoir à traverser la Seine par des passerelles n'est pas un handicap, bien au contraire, pour emprunter ce cheminement.
De même, le renforcement du transport fluvial touristique et de ses infrastructures et le développement des batobus, la restauration des murs entre le pont de Sully et le pont Neuf, la rénovation des ponts, le ravalement des édifices publics sont d'excellentes initiatives.
Notre soutien enthousiaste sur vos projets s'arrête malheureusement, Monsieur le Maire, à la place de la Concorde.
Page 26 de votre communication, vous exposez les deux hypothèses de réaménagement que vous souhaitez. La première réduit la chaussée centrale de 14 mètres et supprime la liaison automobile entre l'accès des Champs-Elysées et la place. La seconde, qui a votre préférence, transforme la place en vaste espace piétonnier où seuls seraient admis les autobus, les vélos et les taxis.
Qui pourrait s'opposer sur le principe, Monsieur le Maire, à une si louable ambition ? D'autant plus que vous situez ces aménagements dans le cadre de votre objectif global de diminuer le flux des voitures dans Paris de 5 à 10 %. Certes, un réaménagement de la place, un ressourcement vers la conception d'origine des architectes " Gabriel et Hittorff " est tout à fait compréhensible et souhaitable.
De même, il est évident que l'ensemble des Parisiens et des Parisiennes (on ne court pas de grand risque à le dire), souhaite une amélioration de la qualité de la vie dans la Capitale, une fluidité constante de la circulation, une diminution notable des embouteillages et une baisse de la pollution.
En d'autres termes, chacun souhaite retrouver toute l'année " Paris au mois d'août ".
Mais, ceci ne se décrète pas. Selon votre expression, l'automobile ne s'adaptera aux nouvelles aspirations des Parisiens que si l'on s'en donne les moyens véritables. Il y a de notre point de vue, en matière de circulation, des réalités incontournables, que nos désirs, nos aspirations ou rêves ne changeront pas. Sauf à avoir un réveil brutal et fort désagréable et à obtenir l'effet inverse de l'objectif poursuivi, car une voiture qui n'avance pas ou qui n'avance plus est celle qui pollue le plus.
Naturellement, pour diminuer la circulation, des solutions contraignantes existent. On peut envisager la circulation des voitures à numéro pair les jours pairs. Mais, compte tenu de notre conception des libertés individuelles, elles doivent être éliminées en dehors des circonstances exceptionnelles de très forte pollution. D'autres mesures circonstancielles peuvent être étudiées, comme la restriction ponctuelle de la circulation, du type de celle que vous proposez place de la Concorde. Même si, à première vue, elles paraissent attrayantes, elles nous semblent très dangereuses et porteuses rapidement de difficultés de circulation, qui seront extrêmement impopulaires.
Le projet d'aménagement de la place de la Concorde et des quais entre le pont Sully et le pont de la Concorde est, de notre point de vue, Monsieur le Maire, absolument ingérable, lorsque les voies sur berge sont fermées à la circulation pour cause d'inondations.
Nous venons de vivre une quinzaine révélatrice, qui restera présente dans nos mémoires.
Pourquoi fermer le tunnel du Carrousel, qui a le mérite de faire passer la circulation en souterrain, ce qui est moins polluant que de la conserver en surface ? Mais, en période normale, si les berges ne sont pas fermées, les projets concernant la seule place de la Concorde (faut-il rappeler qu'il s'agit du troisième échangeur routier de la Capitale ?) nous paraissent porteurs d'une aggravation certaine, et très préoccupante, des conditions de circulation.
Nous partageons, à cet égard, les craintes, sans en tirer les mêmes conclusions, que vient d'exprimer M. SARRE. L'avenue des Champs-Elysées, la rue de Rivoli et la rue Royale perdront par nature l'essentiel de leurs débouchés. En matière de circulation, ces artères risquent d'être presque constamment saturées, avec une incidence sur les quartiers des grands magasins, y compris le boulevard Haussmann, le quartier de l'Opéra et le Marais, dont la circulation sera enclenchée à partir de la rue de Rivoli et qui deviendra un entonnoir vers la rue des Archives et la rue Beaubourg.
La rue des Archives, mes chers collègues, nous pouvons l'observer et la regarder quotidiennement quand nous sommes dans cette maison. Nous pouvons y aller à pied, elle est à 100 mètres. C'est une artère embouteillée à 90 % du temps, aujourd'hui.
Partageant cependant l'objectif fondamental de réduire substantiellement la circulation en surface dans Paris, nous vous proposons une approche innovante et encore plus ambitieuse, qui faisait partie des perspectives proposées, dès sa fondation, par le groupe " Union pour la démocratie à Paris ".
Sur la base des projets de réseaux souterrains menés il y a quelques années, de façon inadaptée, nous le reconnaissons (il s'agit de LASER et d'HYSOPE), et donc abandonnés, nous suggérons de reprendre sur des bases différentes de nouvelles études de réseaux souterrains, permettant de réduire structurellement avec certitude la circulation de surface de l'ordre de 15 %.
Le dossier est sensible, il permet toutes les approximations et contrevérités.
A l'exemple de ce qui a été réalisé sur l'A 14, qui relie La Défense à Orgeval, sur un tracé pour une bonne part en souterrain, allégeant sensiblement l'autoroute de l'Ouest, cette perspective mérite autre chose aujourd'hui qu'un traitement primaire et simpliste, à condition de relancer l'étude sur des paramètres exigeants.
Premier paramètre, un éventuel réseau autoroutier souterrain doit avoir des entrées à l'extérieur de Paris et dans Paris et des sorties exclusivement à l'extérieur de Paris, sans aucune sortie dans Paris.
Deuxième paramètre : il doit être couplé avec de très grands parkings souterrains sous les quartiers d'affaires commerçants, touristiques, par exemple Madeleine-Opéra-Rivoli, Invalides, Saint-Germain-Etoile, République, Montparnasse, Maison de la Radio, etc.
Troisième paramètre : les études financières doivent être menées avec les alternatives d'un financement mixte ou d'un financement entièrement privé, ce qui implique des compétences claires en matière d'investissements, et donc de fiscalité pour les Parisiens d'une part, et de péage pour les utilisateurs d'autre part.
Dernier paramètre : sur les bases des hypothèses pouvant éventuellement être retenues, un référendum municipal doit être organisé pour recueillir l'avis des Parisiens sur une telle perspective. En cas de soutien populaire, ce projet pourrait être l'objectif principal de réalisation de la prochaine mandature.
Naturellement, de nombreuses hypothèses doivent être envisagées - par exemple, Monsieur le Maire, les conséquences du péage gratuit le premier mercredi de chaque mois - pour institutionnaliser dans des conditions raisonnables et réalistes la journée sans voiture, une fois par mois, qui vous tient tant à c?ur.
Monsieur le Maire, je viens de vous écrire, aujourd'hui, pour vous proposer la mise en ?uvre de cette alternative. Nous sommes prêts d'ailleurs à participer activement à toute autre solution majeure, que d'autres groupes ou vous-même pourriez initier, par exemple les améliorations nécessaires des transports en commun, l'amélioration de l'offre de taxis.
Ce faisant, Monsieur le Maire, nous continuons à agir dans le cadre de la majorité municipale pour vous aider sans aucune démagogie, prenant même le risque d'être isolés, caricaturés, voire incompris momentanément. Mais nous entendons contribuer, par nos propositions constructives, à ce qui est notre conception de l'intérêt de la Ville, de notre ville et de ses habitants.
Nous croyons qu'en disant la vérité, en abordant les dossiers dans leurs difficultés, en cherchant de véritables solutions, nous saurons, dans la durée, retenir l'attention des Parisiens, les faire participer et c'est ainsi qu'on trouvera auprès d'eux confiance et considération.
Je vous remercie, Monsieur le Maire.
(Applaudissements sur les bancs du groupe " Union pour la démocratie à Paris ").
M. LE MAIRE DE PARIS. - Juste un mot sur LASER : cette affaire a été très sérieusement étudiée et étudiée de manière approfondie sur ses aspects techniques. Il y a eu une longue, très longue étude, technique, administrative, juridique et financière et l'aboutissement c'est que financièrement c'était impossible.
Il fallait une subvention considérable de la part de la Ville, donc si vous pouviez nous apporter une preuve qui, malheureusement, jusqu'à présent, n'a pas été apportée, j'y serais extrêmement favorable.
Mais je crois qu'il ne faut pas laisser entendre qu'il y a une possibilité alors que pour l'instant le projet est sur le plan financier - parce que sur le plan technique tout est possible - impossible à réaliser. Ce sont des sommes considérables. Cela a été étudié et tous les élus en ont eu connaissance. S'il y avait un nouvel élément que je ne connais pas, et que vous, vous connaissez, vous seriez aimable de nous le communiquer.
Vous dites " cela aboutirait à 15 % de la circulation à Paris en moins en surface ". J'y serais mille fois favorable, mon objectif c'est actuellement celui d'une diminution de la circulation de 5 %.
Vous avez remarqué qu'au mois d'août, lorsqu'on circule bien dans Paris, ce n'est pas 50 % de moins, c'est environ 15 %, 10 %, et l'opinion considère à juste titre que c'est plus.
S'il y avait une possibilité de diminuer de 15 % tout au long de l'année, j'applaudirais des " 4 " mains, mais attention, financièrement ce qui m'a été proposé était, avec l'organisme qui l'avait étudié, totalement impossible.
Peut-être y a-t-il une information nouvelle, et dans ce cas je suis prêt à le réétudier avec la plus grande attention.
M. Jean-Philippe HUBIN. - Il y a une réalisation nouvelle, c'est l'A 14.
M. Yves GALLAND, adjoint. - Qui était impossible il y a 15 ans et qui a été faite.
M. LE MAIRE DE PARIS. - J'ai dit que techniquement c'était possible, mais le problème est financier, qui paiera ? Dites-moi !
M. Yves GALLAND, adjoint. - L'A 14 est à péage.
M. LE MAIRE DE PARIS. - C'est là le vrai problème, on nous a démontré que ce n'était pas aux Parisiens de payer le déficit. Or, il est évident que nous sommes dans l'incapacité totale de payer. S'il y a un moyen de résoudre financièrement le problème qui est réglé sur le plan technique, démontrez-le moi. Je demande 5 % de moins de circulation, si on peut aboutir à 15 %, je serais le plus heureux des hommes.
Monsieur PLASAIT, vous avez la parole.
M. Bernard PLASAIT, adjoint, au nom de la 3e Commission. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, tout ce qui est digne d'être pensé sur Paris a déjà été dit cent fois, et répété encore ici même avec talent, mais comme vous, mes chers collègues, et comme Anatole France, j'aime Paris d'un immense amour. Et je voudrais, à mon tour, avec mes mots, mes images, avec mes émotions, apporter ma petite pierre à ce beau projet de réhabilitation de la Seine, ligne de vie de la Capitale.
Vous nous invitez, Monsieur le Maire, à vivre Paris à travers la Seine. Nous vous soutiendrons totalement dans cette entreprise tant elle est naturelle et nous vient du fond de notre histoire.
Quand nous voulons comprendre les mystères de Paris, comprendre la magie de cette ville, la fascination qu'elle exerce sur ses amoureux inconditionnels ou le désespoir qu'elle suscite quand on la croit en péril, quand nous voulons saisir le pourquoi de son rayonnement, ou la raison d'une si grande diversité dans une si parfaite unité, quand nous voulons sentir Paris, nous nous tournons vers son fleuve.
La Seine, nous dit Julien Green, qui représente à mes yeux ce que nous portons en nous d'instinctif et d'inexpérimenté, est comme un grand courant d'inspiration, c'est ce fleuve dans lequel Paris est né, qui lui donne son unité et sa cohérence, et tous les éléments de sa séduction.
Paris sérieux, Paris brillant, Paris léger, c'est toujours Paris-sur-Seine. Paris au commencement et pour toujours, est une ville d'eau, dès Lutèce la maison au milieu de l'eau, en Celte, la Ville a juré fidélité à la Seine et l'histoire de Paris est une longue histoire d'eau, utilisée, fondée, domestiquée. Du fleuve large de 3 kilomètres divisé en deux bras enserrant de vastes marais à cette artère au coeur d'une ville ordonnée, que de chemin parcouru !
Aux Romains, on doit les fontaines, à Henri IV les pompes de la Samaritaine pour les remplir, à Louis XV les quais et remblais et à Bonaparte le bassin de la Villette.
Contre la Seine menaçante par ses crues et son courant violent, on inventa le barrage mobile de la Monnaie. Grâce à la Seine, complaisante, on commerce et on construit la ville.
La croissance économique de Paris comme sa croissance urbanistique se sont développées autour de l'eau.
Il est particulièrement symbolique que le plus ancien monument de l'histoire de Paris soit la stèle des Nautes, trouvée au XVIIIe siècle, sous le coeur de Notre-Dame, et cette corporation des Nautes, tout le monde sait ce que Paris lui doit : sa devise, son dynamisme, le service des Parisiens tout au long des siècles.
Les porteurs d'eau, souvent des Auvergnats, ont constitué un véritable service public jusqu'à la fin du XIXe siècle. Jusqu'à ce qu'un certain Richard Wallace, sous couvert de philanthropie - ah, la perfide Albion ! - leur porte un coup fatal avec ses fameuses fontaines.
Pour l'anecdote, je voudrais noter que la symbiose de la Ville avec sa rivière, est marquée par des pratiques comme, par exemple, la numérotation des immeubles qui se fait à partir de ses berges, comme pour rappeler qu'à Paris tout procède du fleuve nourricier.
C'est par lui que se fait l'approvisionnement, quand il porte un convoi, c'est 200 camions qu'il évite à Paris. C'est autour de lui que la Ville s'ordonne et, par lui, qu'elle trouve son unité.
Paris, nous dit John RUSSEL, est la seule ville au monde où en mille ans, un grand fleuve a servi d'axe naturel à une oeuvre d'art.
Mais, tout autant qu'elle est une ville d'eau, Paris est une ville de lumière. Les lumières de la Ville, bien sûr, mais aussi la lumière de ses ciels. A Paris, un peu de soleil, ce n'est jamais dans l'eau froide. Il y a une chaleur de Paris, même sous les frimas, qui vient de ses couleurs. Il y a la douceur d'un mois de mai, les lueurs de l'aube aux dégradés du crépuscule ou même la nuit avec les reflets sur la Seine d'un rayon de lune.
Paris est une expression unique dit François Rousseau, sans cesse relevée, soulignée, appuyée par une lumière qui, partout, obstinément, ponctue, commande, ennoblit la Ville. Et tous les poètes, les peintres, les écrivains ont relevé que la lumière de Paris rend les femmes plus belles !
(Mouvements divers et applaudissements).
Sous de tels ciels, toutes les amours sont uniques, a dit l'un d'eux.
Alors, ville d'eau et ville de lumière grâce à la Seine, Paris trouve là les éléments de ce certain charme qui vers elle nous porte, un charme sous lequel sont tombés tant d'illustres étrangers qu'il faut bien parler de vocation à accueillir des curieux, futurs amoureux du monde entier.
Et c'était Steinbeck qui, à peine arrivé à Paris, sentait l'étreinte de cette ville qui, disait-il, est beaucoup plus qu'une ville.
Aussi, Paris doit-elle devenir plus encore une ville de vrai tourisme, c'est-à-dire de culture. Sur le chemin qui marche quand on descend le fleuve, on découvre une ville, on apprend une histoire ; et quand on remonte le courant, c'est une autre ville qui se dévoile et la suite de l'histoire. Histoire de la Ville mais plus encore histoire des hommes.
Elle coule sous ces ponts magnifiques, la Seine, mais elle est elle-même un pont entre les hommes, les idées et les cultures. Ainsi, Monsieur le Maire, vous êtes dans votre rôle à vouloir rendre à Paris la plénitude de son âme, de son fleuve inspirateur.
C'est l'esprit du temps, quand l'air du temps rejoint l'histoire, quand les aspirations nouvelles confortent la vocation traditionnelle.
Chaque génération s'apitoie volontiers sur les malheurs de son Paris. Pourtant, les blessures et les outrages de chaque époque ont été en quelque sorte digérés, sans doute par le génie singulier de ce fleuve qui rassemble sur ses rives des monuments de toutes les époques et de tous les styles.
La volonté politique est la bonne qui veut rendre à la Seine son travail plus facile et lui permettre de jouer son rôle de donneur de sens. La contribution de notre époque devra être de résoudre un paradoxe : Paris, qui doit tout à son fleuve, s'en est pourtant toujours méfié. De lui, elle recevait ses richesses mais aussi ses menaces et elle s'en est toujours protégée. Amoureuse mais gardant ses distances.
Aujourd'hui, il faut réconcilier complètement les deux partenaires, animer le site et réinventer la promenade pour faire de la Seine l'avenue du monde qu'elle est intrinsèquement.
Mais, une inquiétude me vient : et si la bonne volonté venait à se briser contre les systèmes ? Et si le désir de tous de contribuer à une oeuvre de restauration de notre patrimoine commun allait se perdre dans le dédale des institutions codécisionnelles ou dans l'empilement des responsabilités de l'Etat, des établissements publics, des collectivités ?
L'acharnement que j'observe à maintenir en vigueur des systèmes archaïques à Paris et dans la Région me fait craindre pour le développement de ce beau projet, pour le passage du rêve à la réalité. Les contraintes de l'Etat sur Paris sont toujours trop fortes et il faudra que là aussi s'applique la volonté politique. Sans cela, comme le dit la publicité, "ça ne marchera jamais !" Pour que cela marche, il faudra vraiment que tout le monde s'y mette.
Et justement votre vraie chance, Monsieur le Maire, et votre mérite, c'est que les Parisiens veulent ce projet parce que ce projet va leur rendre un peu plus leur ville. La preuve : l'opposition reste muette. Mieux, elle s'essouffle à le récupérer.
Au vrai, les seules objections sont techniques c'est-à-dire surmontables.
Il est des grands travaux contestables qui coûtent cher, qui fonctionnent mal, qui, pour certains, commencent déjà à s'écrouler. Le projet Seine, le projet Concorde sont des lignes de vie ; ce sont des lignes de chance. On n'arrête pas la vie. Les Parisiens l'ont déjà compris ; ils vous, ils nous soutiennent !
(Applaudissements sur les bancs des groupes " Paris-Libertés " et " Rassemblement pour Paris ")
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur l'adjoint, merci, très bien, très clair.
La parole est à Mme DURLACH.
Mme Martine DURLACH. - Monsieur le Maire, Mesdames, Messieurs les Conseillers de Paris, la communication que vous nous présentez aujourd'hui, nous concerne au plus haut point.
La Seine est un élément incontournable de notre ville. C'est à partir d'elle que Paris s'est développée. Au fil des siècles, ce fleuve s'est profondément enraciné dans la vie et l'imaginaire parisien. Je serai moins lyrique que mon prédécesseur, tout le monde n'est pas Guillaume Apollinaire, " il faut raison garder ".
En deux mots, il est vrai que la Seine a inspiré de nombreux poètes, peintres, chanteurs, ou bien encore cinéastes. Elle a été également le théâtre d'événements heureux et dramatiques qui ont forgé notre histoire commune.
La Seine, c'est un peu l'âme de notre ville.
Ce sentiment est, me semble-t-il, partagé par ces millions de touristes, français et étrangers, qui viennent chaque année visiter la Capitale. Une promenade sur ce fleuve est, à leurs yeux, l'événement inoubliable, l'image du voyage qui restera à jamais gravé au fond de leur mémoire. Découvrir Paris de la Seine, c'est l'une des plus belles choses que je connaisse.
C'est pourquoi la mise en valeur de ce site unique - que l'UNESCO a classé patrimoine de l'Humanité - ne peut que retenir toute notre attention. Son aménagement, son embellissement, son animation doivent être l'objet d'un effort de tous les jours afin de permettre que les Parisiens et les amoureux de notre ville y trouvent pleinement leur place.
C'est pour cette raison que nous pensons que certains des projets que vous nous présentez aujourd'hui ont tout pour séduire. Il en est ainsi, de la promenade piétonnière de 10 kilomètres entre le Parc André-Citroën et Bercy, du plan d'éclairage des ponts, du développement de lignes de batobus et de la création des deux gares fluviales ou bien encore du programme d'entretien des monuments que vous nous proposez.
Mais, dans le même temps, je tiens, au nom des élus communistes, à vous faire part d'un certain nombre d'observations qui tiennent autant au fond qu'à la forme de votre communication.
Le premier d'entre elles concerne l'objectif caché que, de toute évidence, vous vous assignez avec la présentation de ce projet.
Pour nous, comme je viens de vous le dire, l'aménagement d'un site aussi prestigieux devrait se faire dans l'intérêt des Parisiens et sans arrières pensées, fussent-elles électorales.
Bien évidemment, vous nous annoncez - je vous cite - votre intention de " réconcilier Paris avec son fleuve ".
Mais à bien y regarder, est-ce bien de cela qu'il s'agit ?
Qui pourrait sérieusement prétendre que la Ville, les Parisiens seraient fâchés avec la Seine au point de lui tourner le dos ?
Il suffit de se promener sur les quais pour voir qu'il n'en est rien. Dès qu'ils le peuvent, les Parisiens aiment venir flâner le long de la Seine. C'est, sans conteste, une de leurs promenades préférées. Rien qu'en cette fin de semaine, et sans compter les habituels promeneurs, ils furent nombreux à s'être déplacés pour admirer les oeuvres d'Ousmane Sow sur le Pont des Arts, ou bien encore à braver les intempéries pour pouvoir faire du vélo sur les berges.
Monsieur le Maire, excusez-moi de vous le dire, mais tout montre que ce n'est pas la réconciliation des Parisiens avec leur fleuve que vous recherchez, mais plutôt celle des Parisiens avec votre politique. C'est, à notre avis, tout le sens du battage médiatique fait autour de ces projets, d'autant que certains d'entre eux sont déjà en cours de réalisation et que d'autres nécessitent des partenariats qui ne sont toujours pas bouclés.
Alors il faudra bien que vous conveniez que s'il apparaît, aujourd'hui, nécessaire de permettre aux parisiens de se réapproprier ce site exceptionnel, c'est bien que pendant des années, votre politique et celle de votre illustre prédécesseur, ont tout fait pour les en détourner.
En effet, c'est bien cette politique qui a conduit à chasser vers la périphérie de la capitale, les quelques habitants à revenus modestes qui arrivaient encore à se loger aux abords de la Seine. C'est cette politique qui, en se refusant à faire vivre la diversité de la population parisienne, dans ce que l'on appelle " les beaux quartiers " tend peu à peu à transformer ce site en musée, en ghetto pour riches.
C'est également cette politique qui a cherché, pendant des années - au détriment de la qualité de vie de la population - à adapter, en clair à soumettre - notre ville au diktat de la voiture. Et à ce titre, la transformation de certaines artères en axes rouges, avec les nuisances que nous connaissons aujourd'hui, en est l'illustration la plus parfaite.
En fait derrière une nouvelle opération de communication préélectorale, vous essayez de cacher les lourdes responsabilités que porte votre majorité municipale dans l'aménagement de notre ville.
La seconde de mes remarques a trait à la manière de conduire de tels projets. Je ne prendrai qu'un exemple celui de l'aménagement de la Place de la Concorde et la réduction de la circulation automobile dans la ville.
Or pour traiter cette question vous avez, encore, fait le choix de l'effet d'annonce plutôt que d'essayer sérieusement d'atteindre cet objectif, ô combien séduisant.
A notre avis, vous n'avez pas pris toutes les mesures nécessaires pour réussir, ni au niveau des études préalables, ni en ce qui concerne la nécessaire concertation devant rassembler l'ensemble des partenaires concernés, c'est-à-dire la Ville bien évidemment, mais aussi, l'Etat et les communes limitrophes, voire la Région.
Tous les spécialistes de la circulation routière le disent : il serait, illusoire, voire irresponsable, de penser que l'interdiction de la circulation sur une place aussi importante serait sans conséquence sur l'ensemble du territoire parisien et régional.
Pour les élus communistes, la diminution de la circulation dans notre ville est un grave problème sur lequel il faut absolument avancer, mais qui ne doit, en aucun cas, se traiter par des coups médiatiques dont vous devenez un grand spécialiste et cela à répétition... Une nouvelle façon de faire qui va très vite lasser les Parisiens.
Nous pensons qu'au moment où se renégocie le Plan de déplacement urbain, il est nécessaire d'affirmer une réelle priorité aux transports en commun avec la mise en site propre de l'ensemble des couloirs de bus, la suppression de tous les axes rouges et d'organiser la réflexion la plus large avec l'ensemble des partenaires concernés.
Enfin je souhaiterais dire un mot sur la mise en valeur de la richesse économique de ce site. Tout au long de votre communication, vous en parlez, mais nous sentons bien que vous êtes attiré par la tentation du " tout tourisme ".
Or si le tourisme est essentiel à Paris avec ses 20 millions de visiteurs, s'il joue un rôle économique important en faveur de l'emploi, nous pensons qu'on ne peut pas construire l'avenir de notre ville que sur le tourisme. Ce serait une grave erreur, il faut y résister sinon la Ville risque de le payer cher.
D'ailleurs les touristes eux-mêmes viennent à Paris non seulement pour la beauté de notre ville, de ses monuments mais également pour découvrir une grande capitale populaire et vivante.
Pour notre part, nous pensons que la Seine a d'autres atouts pour son développement économique. Il faut, également, les mettre en valeur.
Il en est ainsi du transport de marchandises. Certes, vous l'envisagez, mais pas suffisamment à nos yeux. Vous ne semblez traiter que de ce que l'on appelle les pondéreux lourds du bâtiment.
Or lorsque l'on sait que parmi les ports de Paris transitent près de quatre millions de tonnes de matériaux des chantiers parisiens, soit l'équivalent de 200.000 tournées de camions, on ne peut que se dire qu'il existe d'énormes raisons économiques et écologiques pour développer ce secteur d'activité.
C'est pour cela que nous continuons d'affirmer avec force que la Gare d'Austerlitz constitue une véritable chance pour notre ville et pour ses habitants.
La définition d'un terminus multimodal, sur ce site, en liaison avec Rungis permettrait à notre avis de mieux coordonner la route, le chemin de fer et le fleuve. Un tel projet comporterait des avantages décisifs en matière de circulation des camions à Paris.
C'est un chantier ambitieux qui doit être posé dans le cadre de la Z.A.C. " Rive Gauche ". Il faut y travailler dès maintenant.
Comme vous pouvez le voir, Monsieur le Maire, l'aménagement du site de la Seine est, pour nous, une chose importante. Nous sommes fiers que ce site exceptionnel fasse partie du patrimoine de l'Humanité. Dans le même temps, nous estimons qu'il ne faut pas s'en tenir à cela seulement. Il faut avoir, pour notre ville, une grande ambition d'activité moderne. La conception d'un renouveau pour la Seine en fait partie.
Deuxième conclusion : je pense moi aussi que les sujets, aussi importants pour les Parisiens, que le logement, l'emploi, l'école, la vie dans les quartiers difficiles ne doivent pas être trop souvent relégués au profit d'initiatives spectaculaires et maintenant mensuelles. C'est une question de fond !
M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à Mme Martine BILLARD.
Mme Martine BILLARD, élue " Les Verts ". - N'étant pas dans un concours de déclamations mais dans un Conseil municipal, j'essaierai de faire dans le concret.
Première question : comment se fait-il que les élus n'ont pas eu la chance de disposer des plans en couleur et autres matériels divers fournis lors de la conférence de presse ?
Sommes-nous moins habilités à juger sur pièces que les personnes rassemblées dans votre show médiatique du début de la semaine ?
Votre précédente communication sur la mise en valeur de la Seine date du 8 décembre 1997. 15 mois plus tard, vous proposez de nous faire un point précis. Or, en décembre 1997, vous annonciez qu'il fallait que la Seine soit bordée par une promenade sur les douze kilomètres de son parcours parisien. Aujourd'hui, c'est un cheminement d'environ dix kilomètres. La Seine aurait-elle raccourci ? A moins que ce soit Paris ?
Ainsi, en quinze mois, nous avons déjà perdu deux kilomètres. Mais cette promenade le long de la Seine est un rêve de Parisien depuis que les voies sur berges ont exproprié cet espace au profit de l'automobile contre les piétons ; malheureusement, comme vous ne revenez pas sur cette expropriation, ce sont les piétons qui devront s'adapter à la voiture. Quand les voitures seront rive gauche, les piétons passeront rive droite et quand les voitures seront rive droite, les piétons passeront rive gauche !
Vous avez pourtant récemment affirmé qu'il ne fallait pas que ce soit la Ville de Paris qui s'adapte à l'automobile, mais l'inverse. Dans cet exemple, c'est plutôt raté !
Nous avons discuté des nuisances sonores le mois précédent. Or, le thème du bruit a disparu de ce débat d'aménagement des bords de Seine.
Comment est-il possible de morceler ainsi les politiques d'aménagement de la Ville en oubliant les débats précédents ? Cela aurait pu être l'occasion de réfléchir à la remise en cause des voies rapides et de l'axe rouge. Cela pouvait s'intégrer dans le cadre de la réflexion sur le plan des déplacements urbains. Cela apparaissait comme un des défis à relever non seulement de dédier Paris à la voiture, mais aussi remettre en cause les choix du " tout auto " du passé. Or rien de tout cela !
De ce point de vue, le projet LASER n'est pas seulement un problème financier, parce que quand on fait une autoroute souterraine, c'est fait pour en entrer et en sortir. Or, nous voyons bien les problèmes que posent les sorties des voies expresses.
De plus, c'est une conception de Paris forteresse parce que cela veut dire que Paris se protège et tant pis pour les banlieues.
La réflexion actuelle de Paris sur le PDU est d'une pauvreté affligeante. Vos déclarations se contentent d'aligner des quartiers tranquilles, sans qu'aucune réflexion les articule, et des coups médiatiques sans suite : tramway, couverture du périphérique et maintenant la Place de la Concorde.
Nous ne sommes pas contre le fait de limiter la circulation sur la Place de la Concorde, mais cela doit se faire dans un plan d'ensemble. Ce plan doit remettre en cause les artères les plus bruyantes telles que recensées par la Carte du Bruit que vous avez présentée le mois dernier, mais sitôt présentée, sitôt oubliée, semble-t-il.
Une bonne part des bords de Seine fait partie des axes les plus bruyants, les voies express, les quais transformés en axes rouges ont des niveaux sonores compris entre 70 et 80 décibels. Alors pouvoir se promener le long de la Seine, c'est bien mais si c'est au milieu du bruit des automobiles, c'est moins bien.
Votre proposition de relier certains quartiers à la Seine laisse un goût amer. Ces quartiers sont de conception récente et quoi de plus frustrant dans le parc de Bercy que de croire arriver sur les berges quand on tombe sur une voie rapide.
Vous osez parler des belvédères monumentaux sur la Seine qui sauvegardent la tranquillité du promeneur. C'est surtout un point de vue exceptionnel selon l'expression des guides, mais sur la circulation automobile !
Quant à la Z.A.C. " Paris-Rive gauche ", depuis le début, les associations et les verts dénoncent le choix du " tout auto " dans la conception de cette Z.A.C.
Et une fois de plus, vous refusez de reconnaître les erreurs commises.
Oui, il faut réduire la circulation dans Paris, mais cela doit être conçu dans un plan global pour éviter les effets de report d'un quartier à un autre et notamment dans les quartiers les plus habités. Pour qu'il y ait réduction de la circulation, il faut que le transport s'améliore, notamment que les bus circulent.
Vos propositions de couloirs de bus sont trop timides. Oui, il est possible de rendre la Seine aux Parisiens, cela signifie aménager les quais rive gauche, mais aussi rive droite, pas uniquement côté 5e, 6e et 7e ! Et assurer une continuité en donnant leur place aux vélos sur l'ensemble des quais, ce qui n'est pas le cas actuellement et ce qui n'est pas le cas dans votre projet, en décidant que tous les bus circulant sur les quais, que ce soit rive gauche ou rive droite, disposent de couloirs protégés. Cela relève de votre décision, ni de la décision de l'Etat, ni de celle de la Région ! Vous pouvez donc le faire en créant une piste cyclable sur les Champs-Elysées et des couloirs de bus. Il y aurait ainsi continuité avec l'aménagement que vous proposez pour la Place de la Concorde ainsi que ceux existants rue de Rivoli et Quai des Tuileries.
Pourquoi les bus et les vélos n'ont-ils pas droit à l'espace sur les Champs Elysées ?
Et dès dimanche prochain - c'est une décision qui peut être rapide et qui ne nécessite pas d'investissement -, en réservant les berges de la Seine sur toute leur longueur et jusqu'au coucher du soleil aux piétons, cyclistes, et cela tous les dimanches, comme le demandent de nombreuses associations qui se font ainsi l'écho des sourds et des Parisiens.
Pourquoi limiter jusqu'à 16 heures ? Vous pouvez modifier cela, Monsieur le Maire ! Prenez cette décision, annoncez la et peut-être ainsi les Parisiens vous croiront un peu plus !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je voudrais vous indiquer que j'ai le plaisir de saluer à la tribune du public une délégation de 16 jeunes de la Ville d'Agadir.
(Applaudissements sur les bancs de l'Assemblée).
La parole est à Mme BERTINOTTI.
Mme Dominique BERTINOTTI. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, la Seine et ses rives ne sont plus des espaces de vie aussi puissants et intenses que par le passé. Elle n'entrent plus dans la vie quotidienne du citadin et force est de constater que le lien entre la cité et le fleuve est amoindri.
Il s'agit donc aujourd'hui de réconcilier usage économique et ludique de la Seine afin de répondre aux exigences d'une capitale du XXIe siècle et aux aspirations des Parisiens à mieux vivre leur ville.
On peut regretter que cette reconquête des rives dans notre capitale vienne aussi tardivement alors que ce mouvement parti des Etats-Unis dans les années 1960 est parvenu en Europe dès la fin des années 1970. Parce que nombre de cités urbaines ont marqué leur volonté de reconquête des rives de leurs fleuves, elles se sont interrogées sur quelle tournure donner aux retrouvailles ville-fleuve, des retrouvailles certes mais sur quels thèmes ? Economique, ludique, culturel, quelle affectation ou vocation doit-on donner au fleuve ? Comment favoriser l'accès à l'eau et réamorcer la relation citadin-fleuve ?
Force expériences et réalisations menées par d'autres villes tant en Europe que sur notre propre territoire, nous aurions pu attendre un autre projet que celui que vous présentez, projet bien conservateur et peu visionnaire.
Privilégier l'option récréative témoigne bien de l'absence d'un véritable projet d'avenir pour la Seine.
Pour notre part, nous aspirons à voir ouvrir un chantier qui ferait appel à l'imagination architecturale, à la création des artistes, des artisans, des ingénieurs, à l'efficacité, à la compétence, bref à tout ce qui permettrait à Paris de se sentir plus jeune. Franchir, aborder, habiter les bords du fleuve : un véritable défi pour l'imagination des hommes.
Aragon qualifiait la Seine de signature d'eau qui fait le gros dos entre le futur et le passé. Pour participer à la construction de ce futur, nous suggérons quatre axes de propositions et une méthode quelque peu différente de la vôtre, mais je voudrais auparavant expliquer pourquoi nous considérons votre projet conservateur et peu visionnaire.
Vos propositions se veulent novatrices, elles ne le sont pas.
En effet, réjouissons-nous qu'enfin, en 1999, nombre de propositions faites en 1983 lors du projet d'Exposition universelle à Paris, projet porté par la gauche, trouvent enfin un écho chez vous : les fêtes nautiques, la réanimation de la Petite ceinture, la création d'une flotte de bateaux, une promenade d'environ dix kilomètres le long de la Seine, des passerelles jetées entre le 12e et le 13e arrondissement, voilà quelques uns des projets élaborés alors mais qui s'inscrivaient dans une perspective bien plus globale de rééquilibrage entre l'ouest et l'est parisien.
Les terrains libérés, de Tolbiac à Bercy, laissaient entrevoir une meilleure adéquation entre le fleuve, un habitat social, la création d'espaces verts conséquents et le maintien d'activités économiques fluviales.
Pour des raisons conjoncturelles, politiciennes, votre majorité a balayé cette formidable opportunité qui vous était offerte de démontrer que Paris conservait sa capacité à étonner, à mobiliser les énergies, à aborder l'an 2000.
Que de temps perdu ! Plus de quinze ans pour qu'aujourd'hui, sous la pression constante et justifiée de la contestation de la place de l'automobile à Paris et des nuisances sonores et atmosphériques qu'elle engendre, vous soyez contraints à prendre des mesures tardives, parcellaires, ponctuelles, sans véritable insertion dans un projet global d'aménagement !
Encore faudrait-il pour qu'un jeune d'aujourd'hui puisse reprendre à son compte les propos de Sylvie GENEVOIX : " Chacun porte en soi la Seine de son coeur et de sa mémoire, de sa jeunesse et de ses rêves ", lui offrir une ville tournée résolument vers la modernité.
On sait que la traversée de la Seine à Paris a inspiré les projets d'architecture les plus fous : Le Corbusier et sa cité des affaires, la mise sous verre de Notre-Dame etc... Mais nous sommes sûrs que votre catalogue de mesures ne comporte pas le moindre grain de folie et ne transformera que très ponctuellement la vie quotidienne des Parisiens.
Face à cette absence de vision prospective, nous aurions préféré une redéfinition des objectifs autour de quatre thèmes.
Premier thème : plus d'espaces verts, moins d'eau. Bertrand DELANOË a proposé tout à l'heure que soit réalisée une étude permettant de voir s'il est possible de fermer les voies sur berges à la circulation automobile.
Je tiens à souligner combien ceci n'est pas une utopie. Des études d'architecture dans le cadre d'un concours international montraient la faisabilité de ce type d'opération.
Mais ne serait-il pas possible, dès à présent, d'envisager des aménagements entre les quais hauts et les berges de la Seine, qui les relieraient sans que le citadin ait à souffrir la circulation automobile ?
Deuxième axe : des bords de Seine que nous voulons voir être de nouveaux lieux de vie culturelle. Ils se prêtent parfaitement à l'aménagement de lieux permanents d'exposition et de spectacle. Là où les berges sont larges, on peut concevoir un réaménagement de sites aujourd'hui désaffectés et on peut créer aussi de nouveaux espaces d'accueil en liaison avec des sites prestigieux, comme le Trocadéro, le parvis de Notre-Dame ou d'autres.
Plusieurs villes ont procédé de la sorte et chacune de ces opérations a rencontré un grand succès. Ainsi, à Montréal, le vieux port est devenu l'hôte d'une panoplie de fêtes et de festivals très diversifiés et plus qu'un lieu d'animation historique, il est devenu un lieu de culture.
Même démarche à Copenhague et à Londres où, dans le quartier de Greenwich, on va créer un vaste complexe culturel, équipé de salles de conférences, de boutiques, d'espaces d'exposition et de spectacle.
Ainsi, l'activité culturelle à Paris, si elle optait pour ce type de démarche, s'en trouverait dynamisée, facilitée, dans la présentation d'oeuvres ou de spectacles de jeunes créateurs.
Arrêtons de n'offrir de Paris qu'une conception patrimoniale figée ! Arrêtons de transformer Paris en ville-musée !
Dans les villes qui ont su effectuer de telles réalisations, le secteur tertiaire s'en est par ailleurs, au demeurant, trouvé renforcé.
Troisième axe : nous voulons que le nouvel itinéraire le long du fleuve soit une sollicitation permanente du promeneur parisien et du touriste. Il conviendrait, pour ce faire, d'alterner des espaces aménagés mettant en valeur les principaux sites patrimoniaux de la Capitale.
Rappelons la multiplicité des lieux exceptionnels et historiques qui ponctuent cette promenade d'est en ouest, qui doit devenir un véritable chemin de Seine. Il est possible de mettre l'accent sur des thèmes minéraux, des thèmes végétaux, des thèmes fluviaux et pourrait-on dire offrir ainsi un réseau thématique de promenades.
Cette option, choisie par Montréal, a fait que le site a été fréquenté et est passé de 2 millions de personnes à 5 millions, l'essentiel étant fréquenté par des populations habitant la ville de Montréal.
Nous souhaitons également le développement d'activités sportives et de loisirs. A quand la réouverture de la piscine Deligny ? A quand la multiplication d'aires de jeux pour les jeunes où sportifs et adolescents pourraient se réapproprier les berges en toute sécurité ?
Quatrième axe : une économie des berges de la Seine revitalisée. La Seine doit être un moteur de l'activité économique parisienne.
Pendant longtemps, la Ville a vécu en symbiose avec le fleuve. La baisse du trafic fluvial, aujourd'hui, ne veut pas dire que celui-ci doit être réduit à néant. On peut imaginer la relance de l'activité portuaire, tout particulièrement pour l'acheminement de matériaux de construction et l'évacuation des déblais liés aux travaux en cours dans la Capitale. Peut-on rappeler qu'ainsi cela permettrait de limiter le trafic des camions dans la ville et garde-t-on à l'esprit qu'un convoi fluvial de 4.400 tonnes achemine l'équivalent de 220 camions ?
Ne peut-on imaginer que des déchets ménagers soient évacués de la sorte vers les usines de traitement ?
Deuxième possibilité : le développement du transport de passagers par la Seine, avec des tarifs abordables. Là aussi, rappelons qu'en 1983, c'était le transport de 7.000 passagers par heure, dans chaque sens, qui était évoqué et qu'à Québec, la volonté politique de relancer le trafic fluvial a permis le transport au centre de la ville de plus d'un million de passagers par an.
Troisième axe : la multiplication d'escales pour des bateaux de transport de touristes qui desserviraient les principaux lieux touristiques le long du fleuve et éviteraient la circulation et le stationnement, critiqués à juste raison, des cars de tourisme dans le centre de Paris.
Mais la réalisation de ces objectifs suppose une démarche pragmatique, fondée sur trois points. A la fois, comment concilier unité et diversité ? La Seine est un axe structurant Paris et, à ce titre, doit faire l'objet d'un aménagement global mais il ne faut pas oublier que le fleuve change de rôle avec les quartiers qu'il traverse, d'où une approche qui se veut réaliste et pragmatique. Chaque aménagement doit tenir compte de la tonalité dominante du quartier traversé. Dans des secteurs, il doit en effet respecter le caractère historique et mettre en valeur le patrimoine architectural, mais d'autres doivent pouvoir accueillir simultanément activités portuaires, culturelles et sportives.
Il est évident que tout projet doit intégrer l'environnement naturel et urbain.
Deuxièmement, pourquoi ne pas intégrer les bilans des réalisations des autres villes ? On sait combien le réaménagement des berges et des quais, entamé dans les années 60-70 dans d'autres villes, a connu à l'origine quelques difficultés tenant à plusieurs facteurs : problèmes financiers d'une part et absence de concertation et de consultation d'autre part.
Sur le plan financier, vous avez laissé passer l'opportunité que l'Etat vous offrait en 1983 de participer à la modernisation des berges de la Seine. Ne serait-il pas préférable, aujourd'hui, d'indiquer clairement aux Parisiens comment vous entendez financer vos aménagements, autrement dit quelle sera la part de l'Etat, celle de la Région et celle de la Ville ?
Enfin, développer des structures de concertation. On sait combien l'absence de concertation avec les populations résidantes ou voisines conduit à des impasses, obligeant les autorités à revoir leur projet pour tenir compte des aspirations et des besoins des habitants.
C'est pourquoi il nous semble nécessaire d'associer étroitement tous les acteurs de la vie locale et associative. La concertation, si l'on souhaite qu'elle soit utile et puisse aboutir, doit se tenir en amont et non en aval, a fortiori pour les aménagements d'un fleuve.
On sait combien les formes et le traitement des berges sont fondamentaux dans la nature des liens que la Ville entretient avec l'eau, combien ils traduisent la force du lien entre la cité et son fleuve, qui doit être un lieu de résidence, un lieu de travail, un lieu d'échanges, un lieu de sociabilité.
Seule la conjonction de ces fonctions peut répondre aux attentes des Parisiens. Ainsi Paris garderait-il sa capacité à étonner, à mobiliser les énergies à l'aube du troisième millénaire.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, du Mouvement des citoyens et communiste).
M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. Jean-François LEGARET.
M. Jean-François LEGARET, adjoint. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, je voulais, à l'occasion de cette nouvelle communication sur la Seine, dire combien nous pouvons mesurer, dès à présent, l'ampleur des progrès accomplis depuis quelques mois et quelques années.
Je crois que ce thème de la Seine a permis à toutes les bonnes volontés de se rencontrer et c'est ce qui fait la qualité de ce thème. Ce n'est pas un thème électoral ou politicien, comme certains ont cru devoir le dire, c'est au contraire un thème consensuel.
Et je voudrais dire que je m'étonne d'ailleurs que l'on puisse ici, ce matin, en Conseil de Paris, en faire un sujet de polémique ? Dans d'autres Assemblées, et notamment du Conseil régional d'Ile-de-France, dans le cadre de la discussion budgétaire, j'ai eu l'occasion d'intervenir, il y a quelques jours, et de déposer un amendement sur la navigation fluviale. Cet amendement a été voté à l'unanimité, le chapitre a été voté à l'unanimité, et chacun s'est, au contraire, félicité du fait que nous sommes ici sur un thème consensuel, thème où tous les élus parisiens peuvent se mobiliser sur un grand et beau projet.
Pourquoi y mettre, par esprit de système, des arguments politiciens et de basses préoccupations ? C'est vraiment le jour où ce genre de considération ne devrait pas avoir lieu d'être. Et si je dis " ce jour ", c'est parce que ce jour est aussi la Journée mondiale de l'eau et que nous devrions, sur ce thème de l'eau, échanger sereinement nos contributions, les enrichir mutuellement et faire de ce thème de l'eau et de ce thème de la Seine un thème qui est certainement un thème porteur d'avenir.
Le XXIe siècle sera très vraisemblablement le siècle de l'eau, le siècle de la sensibilité aux problèmes posés par l'eau, et c'est à ce titre-là que la navigation fluviale, que la place du fleuve dans notre cité n'est pas une solution tournée vers le passé, c'est une solution d'avenir, c'est une solution qui présente un formidable potentiel de développement, et c'est à cet objectif que nous devons tous nous attacher.
Je voulais rappeler brièvement, qu'il s'agisse du transport des marchandises ou qu'il s'agisse du transport des passagers, que la Seine est, à l'heure actuelle, la seule voie de communication en Ile-de-France qui ne soit pas saturée.
C'est une chance que nous devons saisir, et je rappelle que, sans aucun investissement supplémentaire, nos installations portuaires sur le site du Port autonome de Paris, ont un potentiel de développement qui permettrait de multiplier par trois nos activités sans aucun équipement supplémentaire !
Je voudrais rappeler que le transport fluvial est, à l'heure actuelle, la solution de transport la plus économique, la plus écologique car c'est celle qui consomme le moins de tonnes d'équivalent pétrole au kilomètre transporté et que c'est un moyen de transport qui permet d'éviter à d'autres moyens de transport beaucoup plus nuisants d'entrer dans le centre de l'agglomération.
Les chiffres sont parlants : un convoi de 4.400 tonnes, comme on en voit passer sous les ponts de la Seine, représente le trafic de 220 camions ou de 110 wagons de chemin de fer qui, ainsi, n'ont pas à traverser l'agglomération centrale.
Il en va de même du transport des passagers.
Sait-on que Paris est le premier port touristique du monde, à l'heure actuelle, avec plus de 5 millions de passagers transportés ? C'est le record du monde. C'est plus que Venise, que Bangkok, que Hong-Kong, que de grandes cités touristiques où s'effectuent de nombreux transports sur bateaux. C'est à Paris que nous transportons le plus de passagers.
C'est vrai que, pour l'instant, ces transports concernent essentiellement les touristes. Mais que l'on ne vienne pas dire que beaucoup n'a pas déjà été fait et que des évolutions considérables ne se sont pas déjà concrétisées par des réalisations ! Je veux parler notamment de l'escale de Bercy connectée, vous le savez, au parc de stationnement pour autocars. Et ce n'est pas pour les calendes grecques, c'est pour le mois de juin prochain ! Une compagnie de navigation s'est scindée en deux et installe ses équipements et ses bateaux sur l'escale de Bercy pour précisément connecter cette escale au Centre de Paris.
Alors la vocation économique, écologique, le transport des marchandises et le transport des passagers, voilà la clé en réalité de ce projet sur la Seine, et quand j'ai entendu tout à l'heure dans certaines interventions qu'on voulait critiquer le caractère irréaliste de certaines initiatives qui figurent dans cette communication, notamment la réduction de la circulation sur la place de la Concorde, j'ai d'abord été surpris par le côté très incohérent de certaines interventions puisqu'on dit : " C'est une folie que de vouloir diminuer la circulation sur la place de la Concorde, il n'y a qu'à supprimer la voie sur berge ! "
Je voudrais tout de même rappeler que l'objectif le plus ambitieux parmi les différentes options qui ont été proposées par le Maire de Paris consisterait à essayer de réduire de l'ordre de 2.000 véhicules par heure la circulation sur la place de la Concorde. Objectif ambitieux, et qu'il ne s'agit pas d'atteindre en un jour. Au même moment, la circulation sur la voie sur berge, c'est plus de 3.000 véhicules par heure ! Je voulais donc que ces orateurs qui se sont exprimés tout à l'heure soient confrontés à leurs propres contradictions.
Je voulais dire aussi que le potentiel de développement que représente la Seine dans le transport des passagers est précisément un moyen de limiter le nombre des véhicules automobiles dans Paris, à certaines conditions.
Pour l'instant, comme cela a été dit, les escales de batobus ou les escales touristiques qui sont en train d'être réalisées concernent pour l'essentiel les Parisiens ou en tout cas les touristes qui se déplacent dans le centre.
Il faut, et c'est un des objectifs que nous devons poursuivre, que ces escales puissent concerner également des relations avec la petite couronne et la banlieue. Vous savez que c'est déjà le cas pour une navette qui va être mise en place entre Issy-les-Moulineaux et la base des bateaux-mouches. Ces navettes vont pouvoir se développer, et vous savez comme moi que si l'on veut lutter contre les embouteillages dans Paris, il faut trouver des solutions qui permettent d'éviter aux habitants de la couronne, de la petite couronne et de la plus lointaine banlieue d'entrer dans Paris avec leur véhicule.
Je voulais dire un mot également d'un des grands aspects de cette communication : c'est bien entendu la meilleure intégration de la vie fluviale dans l'environnement.
La grande priorité qui figure dans les travaux qui ont été arrêtés est la continuité piétonne, le cheminement sur les berges.
C'est un grand objectif et c'est rendre finalement ces berges à leur vocation première qui est celle de la plus belle promenade que l'on puisse faire dans Paris, à condition que l'on puisse la faire en continu, sans être interrompu par des aménagements ou par la circulation automobile.
Je voulais, à ce titre-là, mentionner aussi le fait que cette promenade va être très prochainement agrémentée par la mise en service de la passerelle Solférino, très bel ouvrage de MIMRAM, par la passerelle piétonne Bercy-Tolbiac qui sera confiée à l'architecte FEICHTINGER. Je crois que tous les membres du jury qui ont siégé lors de la désignation de ce lauréat ont tenu à saluer la qualité de ce travail.
Je voulais enfin dire que les projets qui sont d'ores et déjà en cours de réalisation ou qui sont programmés font l'objet d'un partenariat actif et étroit entre l'Etat, la Ville, la Région d'Ile-de-France et le Port autonome de Paris, ce qui démontre bien, comme je l'ai dit tout à l'heure, qu'il s'agit d'un thème consensuel. Je voulais rendre hommage à l'esprit d'étroite coopération et de grande collaboration qui règne désormais entre les services de ces différents partenaires. Il a permis de mettre sur pied un programme ambitieux de qualité et sur lequel toutes les bonnes volontés convergent.
Beaucoup a déjà été décidé en commun, beaucoup a déjà été réalisé en commun, beaucoup reste à faire c'est vrai. Une concertation élargie doit pouvoir servir à la mise en ?uvre de ces objectifs.
Voilà, Monsieur le Maire, je ne prolongerai pas ce débat. Je voulais me féliciter de cette communication de grande qualité et dire à nouveau qu'il s'agit d'un thème magnifique, d'un projet magnifique et sur lequel tous les Parisiens sont aujourd'hui d'accord, aussi bien en ce qui concerne les objectifs que les moyens.
Nous sommes tous unis autour de notre attachement à un même patrimoine, au même objectif, à un même espoir : la Seine.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur LEGARET.
Mme SCHNEITER a la parole pour quelques minutes.
Mme Laure SCHNEITER. - Monsieur le Maire, votre communication sur la mise en valeur du site de la Seine à Paris montre votre volonté de valoriser ce site dans sa globalité, malgré son côté " catalogue ", avec des projets de la Ville et de l'Etat, des réalisations en cours ou terminées et quelques propositions nouvelles. Tant de sujets y sont abordés que je ne pourrai en évoquer que quelques-uns. Vous vous réjouissez de l'amélioration de la qualité de l'eau de la Seine. Même s'il est vrai que l'on revient de loin dans ce domaine, la situation n'est pas satisfaisante. Les Parisiens ont tous en mémoire ces tonnes de poissons flottants, ventres à l'air, après des orages à la suite de déversements importants d'eaux polluées. Vous privilégiez toujours les actions curatives et non préventives, avec les coûts exorbitants que cela implique.
Je doute que les projets annoncés de création de bassins de stockage et de dépollution des eaux usées et pluviales soient suffisants. J'aimerais connaître le rapport qui indique la réapparition, en tout cas impossible grammaticalement, de " nouvelles " espèces de poissons ?
En tout cas, ce n'est pas demain la veille que l'on reverra des saumons dans la Seine, comme l'on en voit dans la Tamise ! Quant aux déchets flottants, ils sont une réelle nuisance et je m'étonne que seules 20 % des bouches d'égouts soient équipées de grilles.
Dans cette communication, vous présentez plusieurs projets de réduction de la circulation automobile. Le Mouvement écologiste indépendant ne peut que s'en réjouir, comme du transport des touristes en bateau, qui laisse les autocars aux portes de Paris. Les batobus répondent à une réelle demande, mais restent chers. Le système de forfait n'est pas suffisant. Pourquoi ne pas proposer la gratuité aux possesseurs de carte orange ? Cela élargirait l'offre de transport en commun et ferait du bateau un moyen de transport à part entière ?
Enfin, vous considérez la suppression du stationnement sur l'ensemble du linéaire des berges de la Seine comme un objectif à atteindre. Malheureusement, vous ne fixez pas de délai. J'espère vraiment que la prochaine étape sera la suppression de la circulation sur les berges, transformées actuellement en autoroutes, pour les rendre aux piétons et aux cyclistes.
Ce sont des erreurs historiques, mais réparables. Je vous l'ai déjà dit, Monsieur le Maire, l'on peut rêver un jour où la voie express " Georges-Pompidou " deviendra la promenade " Jean Tibéri " ! Car c'est bien la présence de voies express qui complique tout et aboutit à la création d'une promenade sur les berges, avec des cheminements piétonniers " en dent de scie ", à grand renfort de passerelles et de passages souterrains pour passer d'une rive à l'autre.
Pouvez-vous me dire comment s'y prendront les personnes handicapées, dont personne ne parle dans cette Assemblée ? Pour les quais hauts, vous proposez leur requalification rive gauche, entre les ponts de Sully et de la Concorde au profit des piétons, vélos et autobus, et vous désirez créer une zone piétonne entre Notre-Dame et l'Hôtel-de-Ville en piétonisant le pont d'Arcole. N'oubliez pas aussi pour les quais hauts qu'il faut créer partout des couloirs de bus et de vélos, élargis, en site protégé et agrandir les trottoirs.
Enfin, Monsieur le Maire, pour une fois et en tant que présidente du Comité Antipollution, je vous soutiens totalement pour votre projet de réserver 80 % de la place de la Concorde aux piétons. C'est une décision spectaculaire. Quelles que soient les critiques, Monsieur le Maire, il faut que vous teniez bon, car cet aménagement, une fois terminé, non seulement recevra les suffrages de tous les Parisiens, mais sera une date historique dans l'urbanisme de Paris.
(Applaudissements).
J'ai été choquée, Monsieur le Maire, mes chers collègues, par la réaction du parti socialiste et des " Verts " sur ce point. Pourquoi toujours tout critiquer ?
Ce n'est pas en se limitant à une politique politicienne que l'on améliorera la qualité de vie des Parisiens !
(Applaudissements).
Nous devrions, tous partis confondus, soutenir une telle initiative et rejeter tous ensemble la proposition de la Préfecture de police qui révise déjà ce projet à la baisse.
Quant à M. LEBEL, qui ironisait il y a 2 ans quand j'évoquais cette possibilité, je vois qu'il semble avoir été touché par la grâce !
En revanche, Monsieur le Maire, vos propositions concernant les quartiers tranquilles ne sont qu'illusions.
Les minuscules quartiers choisis sont, la plupart du temps, déjà tranquilles, mal aménagés, mal répartis dans Paris. Pour les grands aménagements, vous mettez l'accent sur la Z.A.C. " Paris-Rive gauche ". Si votre objectif est de relier le 13e arrondissement à la Seine, ce n'est pas en recouvrant de béton les voies ferrées et en construisant, en plus, un mur de béton le long du fleuve, que vous y parviendrez.
Votre souhait de la plus large concertation possible n'est qu'un v?u pieux, car si le lien entre les quartiers et le fleuve est une bonne approche, ce n'est pas celle qui a prévalu jusqu'à ce jour. C'est l'ensemble du projet qu'il faut revoir.
Pour conclure, cette communication ouvre des pistes de réflexion intéressantes pour revoir vos projets et repenser la politique des déplacements. La Seine ne doit pas être seulement un lieu de loisir et de tourisme. Elle doit être avant tout un lieu de vie, qui intègre la fonction d'axe de déplacement.
J'espère que ce point sera inclus dans le Plan de Déplacement urbain, dont nous n'avons d'ailleurs aucune nouvelle.
Pour transformer le site de la Seine, laissé pour compte depuis tant d'années, en l'un des plus beaux du monde, il vous faudra, Monsieur le Maire, avoir le courage d'aller jusqu'au bout !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je vous remercie de votre intervention à laquelle je suis très sensible. Je puis vous assurer que je serai très déterminé et que je ne céderai à rien. J'espère que votre appel à un certain nombre d'élus sera entendu pour cette date historique. Merci.
M. DUMAIT a la parole.
M. Alain DUMAIT. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, étant partisan depuis toujours de la mise en valeur du site de la Seine, je ne peux qu'approuver largement et globalement non seulement la communication du Maire de Paris, mais encore la priorité accordée par la Municipalité à ce projet susceptible en effet de contribuer au développement et à la valorisation de l'ensemble de notre Ville.
Je souhaiterais que ces orientations s'inscrivent dans un plan plus ambitieux encore, en particulier du point de vue des aménagements de voirie. Nous souhaiterions qu'à cette occasion, l'aménagement autoroutier des voies sur berges, en particulier celui de la voie Georges-Pompidou, soient carrément remis en cause.
Si l'on veut réaménager l'espace public au bénéfice des piétons, des vélos, aujourd'hui des rollers, si l'on veut privilégier la promenade par rapport à la circulation automobile, si l'on veut un jour pouvoir séparer la circulation de desserte et la circulation de transit, sans pour autant s'engager dans des politiques trop restrictives, trop malthusiennes, et avec des vues à long terme, je crois que la collectivité doit s'engager dès aujourd'hui dans la direction de la construction de voies rapides souterraines à péage.
Si l'on veut désengorger en surface l'ensemble de l'espace public, et en particulier des sites comme la place de la Concorde, les quais de la Seine, la construction de tels ouvrages constitue probablement la bonne et même la seule réponse.
On sait depuis 10 ans que l'ensemble des problèmes techniques sont parfaitement maîtrisables et l'on sait aussi que nos concitoyens acceptent de payer pour utiliser des équipements de cette nature, lorsqu'ils comportent un avantage indiscutable par rapport à la voirie ordinaire.
La construction au cours des 20 années à venir d'un réseau privé de voiries souterraines à péage permettrait de réduire très sensiblement la circulation de surface et autoriserait la mise en ?uvre d'une politique plus ambitieuse concernant la valorisation du site de la Seine.
Voyez-vous, Monsieur le Maire, la voie Georges-Pompidou fait partie de ces erreurs urbanistiques de l'immédiat après-guerre. Vous dites dans votre communication que votre ambition est de réconcilier Paris avec son fleuve, c'est très bien, mais je ne crois pas, pour ma part, que vous pourrez l'accomplir sans remettre en cause à moyen terme au moins, justement ce qui a brouillé ou fâché les Parisiens avec leur fleuve.
(Applaudissements sur les bancs du groupe des Indépendants).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur DUMAIT.
Monsieur BLET, vous avez la parole.
M. Jean-François BLET. - Réconcilier Paris avec la Seine, embellir le plus bel espace public de la Capitale, le restituer aux Parisiens, aux piétons, y faire reculer la pollution automobile.
Belle et noble ambition.
La tâche est vaste. Elle mérite un ample débat. Je m'attendais naïvement à un grand débat sur l'aménagement du coeur de la Capitale, sur la pertinence des choix proposés, leurs limites, leurs insuffisances, et je découvre avec étonnement, par médias interposés, une aimable cacophonie politicienne.
Vous n'auriez voulu faire qu'un coup, un projet électoraliste. Mais des coups comme celui-là, vous pouvez nous en faire tous les jours, jusqu'à la fin de votre mandat, nous ne saurions nous en plaindre.
Que vous réalisiez en ce lieu façonné par la magie de l'histoire, quelques unes des plus fortes propositions avancées par les écologistes, par les Verts pour changer la Ville, nous ne pouvons que nous en réjouir.
Devrions-nous nous plaindre de la première suppression officielle d'un axe rouge à Paris, sur les quais Rive gauche, alors que l'axe rouge de l'avenue Jean-Jaurès malmené par une vingtaine de blocages, à l'initiative de l'Association du Bassin de la Villette, de Jasmin et des Verts 19e, n'est encore qu'écorné, son dépérissement venant tout juste d'être mis à l'étude ?
Devrions-nous nous plaindre de la suppression de l'un des trois plus gros échangeurs routiers situés intra-muros, qualifié étrangement de sacrifice par un grand quotidien du soir ?
Cette piétonnisation à 80 % de la Concorde menacerait-elle les institutions de la République et la sécurité de l'Elysée que notre Préfet de police en devienne tout revêche ? A moins que féru d'histoire, il ne tremble au souvenir de février 1934. Ce serait oublier mai 68 et ses cortèges foisonnants, cette cavalcade déferlant devant un Palais Bourbon sans aucune protection policière à portée de la main, totalement dédaigné, déserté par le pouvoir et les manifestants.
Alors, Monsieur le Préfet, un peu d'audace. Au 3e millénaire, ce sont le Louvre et le Grand Palais reliés par une Concorde piétonne qui attireront les foules. Le vrai pouvoir, vous le savez, est ailleurs.
Devrions-nous nous plaindre de voir la circulation réduite sur les quais de 6 jusqu'à 3 voies ? Il est vrai que des esprits chagrins, amoureux du grand soir, vous reprochent, Monsieur le Maire, de n'avoir pas réglé tous les problèmes de la mégapole Ile-de-France, faute d'intercommunalité, ce qui est, il est vrai, votre péché mignon, faute d'un véritable Plan de déplacement urbain.
Comme si l'embellissement de la Seine devait résoudre tous les problèmes. Mais ainsi ces critiques rendent involontairement hommage aux vertus fédératrices de ce thème.
Devrions-nous nous plaindre de ces pistes cyclables qui relient allègrement de nouveaux quartiers tranquilles ? L'avènement d'un tel maillage reliant zones piétonnes, quartiers tranquilles et libérés, première esquisse d'un réseau vert, souligne la justesse du projet élaboré par les Verts, il y a près de 10 ans.
Devrions-nous enfin craindre les bouchons dont nous menacent de perverses pythies ?
Mais le bouchon, Monsieur le Maire, est une idée neuve en Europe. Ce concept, d'une richesse polysémique étonnamment novatrice, producteur de circulations douces piétonnes, cyclistes ou transports en commun, facteur de transition par les décélérations subtiles qu'il introduit dans le flux vrombissant. Bref, le bouchon est le vecteur opérationnel, l'instrument le plus topique pour brider, briser les flux automobiles, dissuader les conducteurs et favoriser les reports substitutifs sur d'autres modes de transports.
Levez-vous bouchons désirés !
Oui, chers collègues, vive les bouchons !
Devrions-nous craindre enfin la mise à mort du dogme pompidolien : adapter la ville à la voiture ?
Oui, Monsieur le Maire, c'est à la voiture de s'adapter à Paris et non l'inverse. Voilà plus de 20 ans que nous attendions la fin de cette ineptie pompidolienne. Faudrait-il le regretter ?
Sauf à légitimer vos détracteurs les plus ronchons, il vous faut désormais porter le fer dans la plaie, cette déchirure, cette béance pompidolienne, qui défigure le coeur de Paris, les voies sur berges.
Vous vous êtes attaqué aux quais hauts, vous avez enlevé le haut. Maintenant, Monsieur le Maire, il vous faut enlever le bas !
Aujourd'hui, les voies express représentent un linéaire de plus de 8 kilomètres, soit un quart du linéaire total des berges qui est d'environ 25 kilomètres, ce qui est considérable. Environ 150.000 véhicules par jour en moyenne y transitent selon vos propres chiffres. Toute reconquête des berges devrait donc commencer par la réduction de l'emprise des voies express qui y constituent la seule véritable nuisance. Mais inscrite en décembre 1991 par l'U.N.E.S.C.O. sur la liste du patrimoine mondial, l'essentiel de ces berges est aujourd'hui occupé par de véritables autoroutes urbaines sur près de 4,3 kilomètres.
L'U.N.E.S.C.O. souhaitait-il par ce classement impulser la reconquête de ces berges ou bien voulait-il inscrire dans le patrimoine mondial l'existence même de ces autoroutes polluantes ?
Loin d'être mis en valeur, les quais de pierre et les perspectives visuelles sont aujourd'hui dénaturés par ces voies express de bitume, encombrées par un flot continu de carcasses métalliques pestilentielles.
L'objectif est clair, nous vous demandons, Monsieur le Maire, un véritable plan programmé pour la libération totale des berges de la Seine de l'invasion automobile. Le périmètre de protection défini par l'U.N.E.S.C.O. est défiguré par 4,3 kilomètres d'autoroutes sur berges. Elles doivent disparaître. Supprimez-les ou enterrez-les mais débarrassez-en définitivement les Parisiens.
Tel est l'objectif historique, mettre en valeur la Seine c'est en finir avec cette plaie purulente qui dénature ce site prestigieux. Procédez par étapes. Déterminez un calendrier, éradiquez les 2 kilomètres Rive gauche, puis les 2 kilomètres Rive droite, situés au coeur de Paris, puis attaquez-vous aux 4 kilomètres restants situés hors périmètre U.N.E.S.C.O.
Toutes les grandes villes d'Europe, toutes les grandes métropoles de la planète refoulent leurs voitures hors du centre des villes. Paris ne saurait faire exception.
Monsieur le Maire, êtes-vous décidé à faire entreprendre, au moins dans un premier temps, cette étude de faisabilité par les services de la Ville ? Vous célébreriez ainsi les noces du fleuve et des Parisiens, libérez les berges de l'invasion automobile, afin que la Seine et ses rives piétonnes irradient de beauté.
(Applaudissements).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.
Mes vifs remerciements, ce qui montre qu'on peut être dans l'opposition et à un moment approuver certains aspects. Je vous rends hommage. Merci mille fois de cette objectivité.
Monsieur DESTREM, vous avez la parole pour répondre aux orateurs.
M. Alain DESTREM, adjoint, au nom de la 6e Commission. - Merci, Monsieur le Maire.
Je suis d'abord très heureux de voir que ce débat a été intense, car il a tenu toute la matinée, sur un sujet fort important, et on voit bien qu'il concerne tous les élus parisiens, quel que soit le banc sur lequel ils sont inscrits et leur appartenance politique.
Je vais essayer rapidement de répondre aux questions posées, en revanche je laisserai mon collègue et ami Bernard PLASAIT répondre sur les aspects concernant plus particulièrement la Concorde, la suppression des axes rouges et quelques réflexions sur ce qu'il peut y avoir sur les quartiers tranquilles, bien que j'affirme que tout ceci est complètement lié, tout le monde l'a reconnu, et qu'il ne faut pas seulement regarder la Seine comme un fleuve tranquille mais aussi comme un élément fort important avec son environnement et c'est ce que nous avons essayé de faire.
Monsieur le Maire, dans votre séance du 8 décembre 1997, vous aviez en fait proposé à notre Assemblée le cadre de notre réflexion avec 3 objectifs prioritaires.
Aujourd'hui et après un travail intense de la part de l'ensemble des services de la Ville que je félicite ; nos collègues de l'opposition essaient de prétendre que nous ne faisons que des effets de manche, quelque peu électoralistes. En fait, je tiens à vous dire que la communication présentée aujourd'hui a fait l'objet d'un travail considérable de la plus grande partie des directions de la ville, d'un travail de compilation, d'un travail d'arbitrage et je souhaiterais, à ce niveau, les remercier et leur apporter toutes nos félicitations car c'est un projet qui les a maintenus en haleine, avec un dynamisme considérable tous ces derniers mois.
Alors, on nous dit aujourd'hui : vous faites de nouveau une opération qui nous paraît une opération, pour certains, d'image, pour d'autres électoraliste, pour d'autres encore tout simplement un peu visionnaire.
Pour ma part, je dirai qu'il suffit aujourd'hui de voir ce qu'a été la revue de presse et la couverture de cette revue de presse après la conférence de presse que vous aviez organisée - c'est la première fois que j'ai vu autant de presse nationale et internationale sur le sujet - pour se rendre compte de l'importance de l'opération.
On nous a dit : vous faites du Rolling Stones évolué. Je rappellerai à M. DELANOË que la dernière chanson des Rolling Stones s'appelle : " I am out of control "... donc, je me demande si ce n'est pas à cela qu'il pense. Bien que les Rolling Stones continuent à avoir une belle activité, j'aurais préféré qu'on évoque des groupes d'avenir comme le groupe " MANAU " primé aux dernières Victoires de la Musique, plutôt que d'être passéiste et arriériste dans la proposition !
On a raison d'utiliser des méthodes modernes de communication pour parler d'un des sujets les plus beaux du monde ; on a raison car ce n'est pas nouveau ! On voit souvent à la télévision M. le Ministre de l'Economie et des Finances ; et on voit bien tous ces graphiques qui l'entourent, à la moindre de ses conférences de presse, pour démontrer l'augmentation de la fiscalité en France ! Donc, on a bien eu raison de distribuer ce dossier de presse exceptionnel qui nous aura permis, à l'appui de votre communication, d'avoir le débat d'aujourd'hui, très enrichissant.
Mme SCHNEITER a dit : " pourquoi le parti socialiste et le parti communiste sont-ils toujours critiques et ne pensent-ils qu'à critiquer, alors qu'on devrait avoir une position consensuelle ".
J'ai écouté les réflexions des uns et des autres, j'ai vu le peu de remarques à faire sur le fond et je me dis que pour une histoire de Seine, pour une histoire d'eau, l'opposition sèche un peu, c'est le moins que l'on puisse dire ! On revient toujours sur les mêmes problèmes et les mêmes questions.
J'ai repris la communication de décembre 1997 dans laquelle les intervenants étaient pratiquement les mêmes et je puis vous dire qu'aujourd'hui, on revient sur les mêmes choses. En effet, on parle d'un excès dans le tourisme, d'un objectif d'image, d'un catalogue de petits projets, de cache-misère. J'y reviendrai dans cinq minutes pour démontrer le contraire.
On parle d'arrière-pensées, fussent-elles électorales. Mais, Monsieur le Maire, mes chers collègues, nous sommes bien élus pour six ans. Comment se fait-il qu'à mi-mandature, on ne puisse plus faire une seule proposition pour Paris ? Faudrait-il que toutes les propositions soient faites en début de mandature ? A quoi serviraient nos séances du Conseil de Paris d'ici à 2001 si nous ne pouvions continuer d'être une force de proposition pour Paris ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes " Rassemblement pour Paris " et " Paris-Libertés ").
M. Bertrand DELANOË. - Il est bien, votre ami !
M. Alain DESTREM, adjoint, rapporteur. - J'ai noté toutes ces remarques de l'opposition, et les interventions des membres de la majorité. Celle de Pascal VIVIEN qui a été avant moi à cette responsabilité et qui a rappelé l'ensemble du programme de façon très détaillée. Celle d'Yves GALLAND qui, lui aussi, considère qu'en ce qui concerne la Seine il n'y a pas grand-chose à dire mais qu'en revanche, il faut insister beaucoup plus sur le problème de la circulation, en particulier sur la place de la Concorde. Celle de Jean-François LEGARET qui a rappelé toute la fonction économique de la Seine, que tout le monde a l'air d'oublier. On met trop facilement en avant sa fonction touristique. Il a en particulier insisté sur la notion du développement du transport industriel qui pourrait être multiplié par 3 sur notre fleuve.
Bernard PLASAIT, quant à lui, a parlé de ce grand courant d'inspiration artistique. Il a eu bien raison de le dire car effectivement cette ville d'eau et de lumière permet à Paris, comme il l'a si bien dit, de retrouver la plénitude de son âme.
En fait, il y a quatre points importants que j'aimerais rappeler :
Le premier a été évoqué par deux ou trois intervenants : la qualité de l'eau. Eh bien oui, il y a toujours des efforts à faire mais combien n'en avons-nous pas déjà fait ces dernières années soit directement au niveau de la Ville de Paris, soit au niveau du S.I.A.A.P. qui dépense, je le rappelle, 2 milliards de francs par an. Effectivement, la qualité de l'eau de notre fleuve s'améliore. Il est sûr que la Seine ne sera jamais une piscine de Floride, mais enfin, Madame SCHNEITER, et je vous donnerai le détail, de 10 espèces de poissons en 1978, nous en sommes à 23 aujourd'hui !
En ce qui concerne le ramassage des déchets, je rappelle que le Silure, ce bateau qui se trouve actuellement sur la Seine, nettoie et ramasse près de 100 tonnes de détritus par an. Il faut donc continuer à protéger notre fleuve au niveau de la qualité de l'eau.
Sur le plan du tourisme, je donnerai quelques chiffres bien clairs, n'oublions pas les kilomètres qui forment la promenade continue et parlons de ceux sur lesquels nous nous engageons d'ici à deux ans : en gros, une promenade de 12 kilomètres du parc Citroën au parc de Bercy, mais aussi, il ne faut pas les oublier, les 3 kilomètres et demi de promenade le long du bois de Boulogne ce qui, mes chers collègues, même si cela demeure insuffisant car tout le monde demande toujours plus, aboutira à près de 15 kilomètres de promenade, sur un total de 31, soit la longueur du fleuve à Paris. Ainsi, près de 50 % de notre fleuve seront accessibles pour une promenade continue. Voilà une réalité.
Les 21 millions de touristes par an ont été évoqués par Jean-François LEGARET. On nous a critiqués pour notre manque d'ambition sur le plan culturel. Pourtant, il suffit d'écouter notre collègue communiste. Il a rappelé que nous avions bien cette ambition pour la Seine qui se voit déjà aujourd'hui sur le pont des Arts avec cette exposition de 70 sculptures d'Ousmane SOW. Voilà un exemple de lieu d'échanges culturels, sans parler de ce qui sera annoncé par le Maire dans le détail au cours des prochaines semaines en ce qui concerne les spectacles de l'an 2000, ne serait-ce que la Fête de la Seine qui a connu un beau succès l'année dernière et qui, cette année, durera 4 jours au lieu de 2 et qui se déroulera du 2 au 5 septembre.
Sur le plan culturel, ne vous inquiétez pas, cette animation se fera tant sur les berges que sur les passerelles et les ponts. N'oublions pas que c'est à partir de là que nous continuerons à renforcer ce lien historique qu'avaient les Parisiens avec leur fleuve.
Sur le plan économique, il faut continuer bien sûr. Au-delà de ce qu'a dit notre collègue Jean-François LEGARET, nous comptons 5 millions de passagers par an sur les bords de la Seine ; le transport de marchandises étant multiplié par 3, la circulation sur la Seine évite déjà l'entrée de 120.000 camions dans Paris. Les batobus ont une fréquentation qui a augmenté de 30 % entre 1997 et 1998 et cette fréquentation ne va faire que de croître puisqu'on met deux batobus de plus en place. Il nous faut parler aussi de la synergie entre les cars de tourisme et le ponton de Bercy qui a été évoquée avec ce bateau appelé " Douce France ", qui transportera les passagers le long de la Seine.
Il nous faut parler des liens avec les communes limitrophes comme Issy-les-Moulineaux, qui vient d'annoncer, avec le Maire de Paris, la gratuité le matin et le soir, du transport des personnes entre Issy-les-Moulineaux et Paris.
Voilà des exemples relatifs aux chantiers qui concernent la communication pour notre fleuve capital.
Enfin je terminerai sur un autre aspect qui n'a pas été évoqué mais qui le mérite aussi : c'est l'attachement que nous avons et vous, Monsieur le Maire, en premier, à l'ensemble des bateaux-logements, c'est-à-dire à tous ces Parisiens qui ont la chance extraordinaire de pouvoir habiter directement sur la Seine.
150 bateaux environ sur Paris et près de 1.000 en Ile-de-France. Nous sommes en train de se rapprocher d'eux pour mettre en place une Charte pour préciser les droits et les devoirs de chacun.
Monsieur le Maire, c'est clair, la Seine, comme tout le monde l'a dit, raconte l'histoire de Paris. Vous l'avez dit, c'est le laboratoire de Paris de demain. C'est un lieu de rêve, d'évasion, de magie, un repère sentimental et historique.
Nous voulons tous le valoriser, ce patrimoine, quelles que soient les critiques que l'on peut émettre.
Cette plus belle avenue du monde, patrimoine de l'Humanité, comme l'a rappelé notre collègue Pascal VIVIEN. Monsieur le Maire, cet emblème de notre Capitale, le miroir de nos monuments, notre fierté, je crois quand même que nous en avons tous parlé avec c?ur. C'est avec plaisir que je continuerai à m'occuper de cette mission en annonçant deux choses :
- Tout d'abord, je voudrais confirmer que vous ouvrirez le 6 mai la commission extra-municipale " environnement-Seine ".
- Avec mon ami Hervé BÉNESSIANO, nous mettrons en place une Commission chargée de veiller à favoriser l'accessibilité des personnes à mobilité réduite, et des personnes se déplaçant en fauteuil roulant, étant donné que Mme SCHNEITER avait souligné le fait que n'avait pas été évoqué le problème des handicapés.
Cette Commission se mettra en place dans les prochaines semaines. Beaucoup a déjà été fait par les associations avec nous. Il faut encore - compte tenu du fait que nous faisons des travaux considérables d'aménagement - veiller à cette accessibilité. C'est ainsi que nous pourrons continuer, et tous ensemble, à permettre le rayonnement de notre fleuve capital.
Mes chers collègues, je vous remercie.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur DESTREM pour cet excellent travail et cet exposé remarquable.
La parole est à Bernard PLASAIT.
M. Bernard PLASAIT, adjoint, rapporteur. - Merci, Monsieur le Maire.
Je crois que c'est une occasion de plus saisie aujourd'hui par certains élus pour parler à nouveau des problèmes généraux de circulation à Paris.
Je voudrais simplement me limiter à rappeler quels sont les trois axes qui fondent notre politique en matière de circulation à Paris :
1 - limiter la place de l'automobile ;
2 - donner la possibilité de se déplacer autrement ;
3 - préserver l'activité économique.
On peut ainsi affirmer que le projet Seine, important pour l'environnement, l'est aussi pour la politique de circulation, notamment la reconquête de l'espace public au profit de davantage d'espaces pour les piétons. Les quais rive gauche, d'une part, le projet Concorde d'autre part, vont parfaitement dans ce sens, puisque ce sont des projets qui s'inscrivent dans le sens de ces trois axes, avec même un plus, celui du cadre de restauration historique.
Pour rassurer ou inquiéter certains des intervenants, je confirme qu'il n'y aura pas, à l'occasion du projet Concorde comme à l'occasion de tout autre projet de suppression des itinéraires de villes, que l'on a appelé " axes rouges " en début de mandature.
Sur la Concorde, la réduction de la circulation correspond bien à l'objectif de diminution de la circulation automobile que nous nous sommes fixé. Nous sommes d'accord avec certains intervenants, avec le Préfet de police que nous remercions d'aller dans ce sens, de participer et de soutenir l'élaboration de politique, pour étudier les flux de circulation dans un cadre plus large, tel que le centre de Paris par exemple.
Le but - et ce sera ma conclusion, Monsieur le Maire - est évidemment d'obtenir le maximum d'effets positifs dans la mise en ?uvre de ce plan de modification de la circulation sur la place de la Concorde, avec bien entendu le minimum d'effets pervers. C'est la raison pour laquelle, avec Monsieur le Préfet de police, nous étudierons ce projet avec le plus grand soin.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur PLASAIT de ces précisions importantes.
Le débat est terminé. Il s'agissait d'une communication et par conséquent il n'y a pas de vote.
Je vous remercie des interventions des uns et des autres sur un sujet très important pour Paris actuellement, et pour l'avenir.