Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Septembre 2002
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
Conseil Municipal
> Type de document (Débat / Délibération)  

22 - V - Question d'actualité du groupe "Démocratie libérale et Indépendants" à M. le Préfet de police concernant les inondations

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2002


M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la question du groupe "Démocratie libérale et Indépendants" concernant les inondations.
La parole est à M. TRÉMÈGE.
M. Patrick TRÉMÈGE. - Monsieur le Maire, des événements climatiques particulièrement tragiques se sont déroulés en Europe ces dernières semaines. Les crues meurtrières qu'ont connues l'Allemagne, la Hongrie, la Tchéquie, ainsi que les inondations dévastatrices dont ont été victimes les habitants du Sud-est de la France ont profondément marqué les esprits de nos concitoyens.
En Ile-de-France comme dans d'autres régions, certains d'entre eux s'interrogent sur les risques réels ou supposés de crues dévastatrices à l'instar de celle qui avait eu lieu à Paris en 1910.
Les groupes de l'opposition ont d'ailleurs au Conseil régional interpellé le Président de la Région lors de la Commission permanente du 19 septembre dernier en soulignant la trop faible utilisation des lignes votées en 2000 dans le cadre du contrat de plan Etat-Région et destinées justement à prévenir tous ces risques d'inondation en I.D.F.
Pour Paris, il existe aujourd'hui une certaine inquiétude.
Je voudrais savoir ce qu'il en est réellement des risques de débordement de la Seine dans la Capitale. Pouvons-nous avoir des idées précises sur la coordination des moyens que les pouvoirs publics, Etat, Région Ile-de-France, Ville de Paris, prévoient de mettre en ?uvre dans de telles situations exceptionnelles. Est-il possible de connaître l'état d'avancement du Plan de prévention des risques d'inondations actuellement en cours d'élaboration sous la responsabilité du Département de Paris.
Je vous remercie.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je vous remercie.
Simplement, avant que Mme CONSTANTIN ne vous réponde, en notre nom je peux dire que c'est il y a un an que je me suis posé toutes ces questions et que nous avons commencé à y répondre d'ailleurs avec tous les services de l'Etat concernés.
Madame CONSTANTIN, vous avez la parole.
Mme Myriam CONSTANTIN, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire.
Monsieur TRÉMÈGE, merci de votre question.
Je souhaite d'abord rappeler la solidarité de la Ville de Paris avec les victimes de toutes les crues et inondations, que ce soient celles d'Europe, celles du Gard, celles de l'Hérault ou du Sud de la France. Nous avons acheminé des moyens et des hommes et le Maire de Paris a rappelé ce matin la délibération qui nous permettra une aide de 77.000 euros en faveur des sinistrés.
Ces inondations, vous avez raison, relancent avec acuité les interrogations sur notre propre dispositif de sécurité à Paris. J'ai eu déjà l'occasion de dire ici qu'il n'existe pas de risque zéro et que prétendre le contraire serait absurde. La référence à la crue de 1910 est bien entendu dans tous les esprits.
En matière de prévention des risques d'inondation et de gestion de crise, la collaboration de tous les acteurs publics, l'Etat, les collectivités locales dont la Région, les gestionnaires des services publics, des établissements sensibles, est plus que jamais nécessaire et elle doit être exemplaire.
Depuis notre arrivée, nous mettons tout en ?uvre pour cela.
Rappelons que l'Etat reste le pilote de l'ensemble de ces dispositifs de protection et de sécurité, la Ville ayant un rôle majeur, certes, d'accompagnement et d'information du public.
Rappelons également que nous partons d'assez loin. Le risque d'une crue majeure avait jusqu'à notre arrivée à l'Hôtel-de-Ville été manifestement sous-estimé dans les dispositifs antérieurs.
Je rappelle également que l'étude menée par l'Institution des barrages-réservoirs du bassin de la Seine il y a déjà quelques années a permis de reprendre et de sensibiliser chacun sur la possibilité de crue exceptionnelle et sur son impact économique et social sur notre Ville et sur l'ensemble de l'Ile-de-France.
Alors même que l'on sait que le niveau de l'eau à Paris monte lentement et qu'il faudrait plusieurs jours de très fortes précipitations alliées avec des phénomènes de saturation des nappes, ce qui n'est pas...
M. Yves POZZO di BORGO. - C'est bien le cas.
Mme Myriam CONSTANTIN, adjointe. - Non, justement, ce n'est pas le cas aujourd'hui. Je me suis renseignée et, aujourd'hui même, ce n'est pas le cas...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Ne prenez pas de risques !
Mme Myriam CONSTANTIN, adjointe. - De toute façon, n'en prenons pas, mais simplement j'ai eu la bonne surprise ce matin de constater que les nappes étaient moins remplies aujourd'hui qu'on nous le dit, mais que la variabilité de la nappe était quand même très sensible. Nous y portons une grande attention.
Donc, nous avons depuis un an, un an et demi renforcé considérablement les mesures de protection et notre vigilance.
Nous avons poursuivi aux côtés de l'Etat, avec l'ensemble des acteurs concernés, la mise en ?uvre et le renforcement de mesures de prévention et de gestion de crise que je vais vous schématiser très brièvement ainsi :
- optimiser la gestion hydraulique du bassin pour la prévention des crues. Cela tourne autour d'un suivi très particulier de l'hydraulique de bassin, du niveau de remplissage des rivières, des nappes et de la météo ;
- sous l'égide du Préfet, décider éventuellement cette année de reconduire des mesures qui avaient été prises l'année dernière, qui étaient un sous-remplissage des barrages de 120 millions de mètres cubes, pour permettre de mieux absorber les crues.
C'est aussi dans cet esprit que l'Institution des barrages-réservoirs mène des études de création d'ouvrages de rétention supplémentaires en Seine-et-Marne, notamment, pour mieux maîtriser les flux de l'Yonne.
Il s'agit également - et c'est un autre axe très important - d'adopter et de mettre en ?uvre le Plan de prévention des risques d'inondation pour Paris, le P.P.R.I. L'élaboration de ce plan est de la compétence de l'Etat et la Mairie de Paris y est étroitement associée. Le Conseil de Paris devrait être saisi dans les prochains mois d'un avis avant mise à l'enquête publique. Je rappelle juste que l'objectif de l'Etat est de mettre ce plan à l'enquête publique au cours de l'hiver 2002-2003 pour une approbation au printemps 2003...
M. Yves POZZO di BORGO. - C'est tard !
Mme Myriam CONSTANTIN, adjointe. - Je suis d'accord avec vous, c'est tard, mais nous rattrapons là beaucoup de retards accumulés.
Ce plan constituera une servitude d'utilité publique annexée au Plan local d'urbanisme et comportera des prescriptions particulières pour les terrains vulnérables aux crues. Nous avons là une responsabilité collective qu'il va falloir assumer, c'est un élément très important du dispositif de prévention. Il témoignera d'une véritable mesure des risques et des solutions et nous pourrons alors travailler avec encore plus d'efficacité pour notamment informer les Parisiennes et les Parisiens sur les risques véritablement mesurés aujourd'hui.
Nous avons également essayé de mettre au point un plan de gestion de crise. Dans le sillage...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Concluez, parce qu'il y a le Préfet de police qui va s'exprimer.
Mme Myriam CONSTANTIN, adjointe. - Je n'ai que quelques mots à rajouter, pour dire simplement que dans le sillage du P.P.R.I., des plans de prévention sectoriels sont en cours d'élaboration par les grands services publics et par les Directions de la Ville et, que d'autre part, sous la conduite de l'Etat s'élabore, au-delà des mesures de prévention que j'ai évoquées, un plan de secours zonal, qui couvre l'agglomération. La Ville y participe activement.
Le système d'alerte et d'information de la population relève, lui, de la responsabilité de la Ville et il a été renforcé sous l'égide du Secrétariat général. Il permet de mobiliser l'ensemble des moyens de la Ville et de diffuser notamment des alertes régulières et l'état des crues de façon très rapprochée. Il permet également de mobiliser l'ensemble des moyens de la Ville dans un P.C. de crise relié à celui de la Préfecture de police. Nous testons actuellement l'opérationalité de ce dispositif.
Nous sommes au milieu du gué, c'est le cas de le dire, et beaucoup reste à faire, notamment dans l'édition d'informations pragmatiques et opérationnelles pour l'ensemble des Parisiennes et des Parisiens, bien sûr, et des entreprises.
Je souhaite que nous nous y attelions, dans le pragmatisme et le concret, très rapidement.
En conclusion, nous agissons vraiment de façon extrêmement mobilisée et la lutte contre les risques de crue est assurément une grande orientation de la Ville actuellement.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, "Les Verts" et du Mouvement des citoyens).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur le Préfet de police, vous avez la parole.
M. LE PRÉFET DE POLICE. - J'ajouterai simplement quelques mots à la réponse de Mme CONSTANTIN.
Je voudrais tout d'abord dire à M. le Conseiller que, c'est vrai, le risque d'inondation catastrophique comparable à 1910 existe, sans qu'il soit possible bien entendu de prévoir quand. Mais une crue centenaire suppose la concordance d'une série de facteurs négatifs tels que remontée des nappes phréatiques, saturation des sols, niveau atteint par les bassins à l'aval, période intense de pluie en saison hivernale et autres facteurs. Aucun élément nouveau déterminant n'est intervenu depuis 1910 pour dire que ce risque est écarté. Certes, des bassins de retenue ont été construits en amont, mais à l'inverse, l'urbanisation a limité considérablement la capacité d'absorption des sols. Donc, il est probable qu'on a le même niveau de risque global qu'au début du siècle.
Bien entendu, je voudrais préciser qu'aucun modèle n'existe qui puisse permettre la moindre prévision pour l'hiver prochain, puisque vous posez la question. Une crue centenaire est donc possible, mais elle n'est pas pour autant probable. Aucun élément ne la rend particulièrement probable aujourd'hui. Elle interviendra donc peut-être cette année, peut-être dans dix ans, peut-être dans vingt ans... Excusez-moi de cette réponse, mais c'est la seule réponse qui puisse être faite en matière de prévision.
De toute façon, ses conséquences seraient tellement catastrophiques que nous devons tout mettre en ?uvre pour nous préparer à en limiter les dégâts.
Nous travaillons avec les services de l'Etat et de la Ville, comme l'a précisé Mme CONSTANTIN, ainsi qu'avec les grandes entreprises de transports avec E.D.F., France Télécom et tout cela dans trois directions.
1 - Améliorer l'alerte. Le centre d'annonces de Paris relevant de la Préfecture de la Région Ile-de-France, étudie de nouveaux modèles, permettant en liaison avec Météo-France, de disposer d'une prévision fiable, au moins trois jours à l'avance.
Actuellement les prévisions ne sont fiables qu'à 24 heures.
Il faut donc améliorer la prévision pour avoir trois jours de préavis.
2 - Améliorer la prévention. Il s'agit de l'élaboration des plans de protection du risque "inondations", document élaboré dans chaque département sous l'autorité des Préfets avec les collectivités directement concernées.
Ces P.P.R.I. visent les contraintes d'urbanisme qui s'imposent dans les zones inondables.
Celui de Paris, comme il a été dit tout à l'heure, est en cours d'élaboration. Egalement pour prévenir, nous élaborons un plan de secours zonal destiné à prévoir, au niveau de la Région, de l'ensemble de la Région Ile-de-France, l'organisation des secours.
La rédaction de ce plan sera achevée en décembre prochain, décembre 2002.
3 - Mettre en ?uvre les mesures de protection et à cet égard, sous l'égide de Mme la Préfète, Secrétaire générale de la zone de défense, des groupes de réflexion ont été constitués et font un travail, je dois le dire, tout à fait remarquable de planification et d'élaboration de plans particuliers de protection, et c'est le cas notamment pour le réseau de transports : R.A.T.P., S.N.C.F., qui risqueraient, ces réseaux, d'être hors d'usage pour plusieurs mois s'il y avait une inondation type 1910. On dit même pour une année entière, peut-être pour les réparer.
Il faut donc mesurer l'ampleur de tout cela. C'est pourquoi il faut engager, ce que fait la R.A.T.P. actuellement, des travaux de grande importance pour être capable de protéger le réseau contre ces inondations.
C'est la même chose pour l'électricité ainsi que pour les télécommunications, pour les hôpitaux et bien d'autres services.
Cela suppose donc un travail important, disons un travail de planification.
Des travaux préparatoires sont déjà engagés par ces grandes entreprises nationales. J'ai d'ailleurs souhaité que la Préfecture de police en tant que Préfecture de zone, participe à la mission d'études qui a été montée par la sécurité civile et qui se rend à Prague et à Dresde pour bénéficier du retour d'expérience des crues de l'Elbe et du Danube.
Nous ne sommes pas à l'abri mais chacun a pris la mesure des risques et travaille pour y faire face au mieux.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je vais dire franchement aux élus de ce Conseil que depuis un an, ce sujet me fait faire beaucoup de soucis. Plus je vais à la pêche aux informations, et aux demandes de mise en synergie, plus je me suis dit qu'il y avait du travail. Je suis moins inquiet sur la réponse possible.
Je crois que, comme M. le Préfet vous l'a signalé, les différents services se préparent éventuellement à réagir, à anticiper et même à prendre les actes indispensables rapidement. Disons que ces nouvelles sont plus rassurantes qu'il y a un an. Je pense à la R.A.T.P. et à d'autres secteurs.
Pour autant, je nous demande à nous tous de prendre cela avec beaucoup de gravité. Il ne s'agit pas de sous-estimer les risques ou de faire de la paranoïa. Il suffit de savoir que c'est possible et que si cela se produit, ce sera grave, et que si c'est grave, on aura tous beaucoup de travail.
Je sais gré au Secrétariat général de la Ville d'avoir changé aussi beaucoup de systèmes d'alertes et de réponses aux difficultés qui peuvent se produire. Je peux aussi vous dire que le travail sur ce sujet, entre l'Etat, et les différents secteurs de l'Etat, et la Ville, est d'une impeccable cohésion, de mise en commun, de recherches, et de performances communes. Au moins c'est rassurant. Il n'y a pas de raisons de paniquer, mais on doit prendre ces choses-là très au sérieux. Je remercie les services de la Ville et les services de l'Etat de le faire avec autant de finesse et de concentration. C'est de cela dont nous avons besoin.