Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Septembre 2002
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
Conseil Municipal
> Type de document (Débat / Délibération)  

2 - Condoléances

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2002


M. LE MAIRE DE PARIS. - C'est avec une immense émotion que les Parisiens ont appris le décès, survenu dans la nuit du dimanche 8 au lundi 9 septembre 2002, de M. Henri ROL-TANGUY, Commandant de la Résistance lors de la Libération de Paris.
(Les Conseillers se lèvent).
C'est une figure marquante du XXe siècle qui nous a quittés.
Car ROL-TANGUY fait partie de ceux dont le parcours semble guidé par une force invisible qui éclaire en toutes circonstances le chemin du courage, de l'engagement et de la fidélité.
S'il ne fallait retenir qu'un enseignement de ce cheminement hors du commun, ce serait assurément le refus de la fatalité car, pour ROL-TANGUY, il existe toujours une voie alternative à la folie des hommes ou à la résignation.
Au nom de tous les Parisiens, c'est donc une profonde reconnaissance que je veux d'abord exprimer à celui qui contribua à rendre à Paris sa liberté et sa dignité.
ROL-TANGUY fut en effet un des premiers à se lever contre l'occupation allemande et la collaboration du régime de Vichy.
Dès octobre 1940, il entre dans la clandestinité et participe, en août 1941, à l'organisation de la résistance parisienne en créant, aux côtés de Raymond Losserand et de Gaston Carré, des groupes armés qui deviendront ensuite les Francs-Tireurs Partisans.
Son talent de stratège l'impose, à la veille du débarquement allié de juin 1944, Colonel, chef des FFI d'Ile-de-France.
C'est lui qui, le 19 août, donne l'ordre de l'insurrection au peuple de Paris, lui encore qui, le 25 août, reçoit, aux côtés du Général Leclerc, la reddition du Général allemand Von Choltitz.
Parce que Paris n'a jamais oublié les défenseurs ardents de ses valeurs et de son identité, j'entends proposer à notre Conseil qu'une des rues ou places de notre Ville porte le nom de ROL-TANGUY et lui offre ainsi la postérité qu'il mérite.
Mais je veux aussi saluer la mémoire du militant communiste généreux, idéaliste et fraternel.
Dès 17 ans, en effet, alors qu'il travaille comme ouvrier métallurgiste, Henri TANGUY adhère aux Jeunesses communistes. Les événements de février 1934 scelleront définitivement son combat contre le fascisme.
Ainsi, deux ans plus tard, il est volontaire au sein des Brigades internationales et participe aux combats de la Guerre d'Espagne contre le franquisme. Il est touché par une balle le 18 juin 1938 sur le front de l'Ebre.
Après la guerre, ROL-TANGUY est membre du Comité central du Parti communiste français de 1964 à 1987. Il était également Président de l'Association nationale des anciens combattants de la Résistance ainsi que de l'Amicale des volontaires en Espagne républicaine.
ROL-TANGUY était Grand Croix de la Légion d'Honneur, Compagnon de la Libération, Croix de Guerre 1939-1945 et Médaille de la Résistance.
Républicain et patriote, ROL-TANGUY aura consacré sa vie à servir les autres ainsi qu'une certaine idée de la France, la France des Lumières, la France de la Révolution, la France généreuse et libre, la France universelle.
Destin singulier que celui de cet ouvrier métallurgiste, acteur d'une des pages les plus intenses de notre histoire, aux côtés du Général de Gaulle et du Maréchal Leclerc.
Mais, derrière ces combats mémorables, il y eût aussi la souffrance et la douleur, le souvenir de tous ces visages aimés, mais partis à jamais.
ROL-TANGUY évoquait parfois le sacrifice de ses amis et notamment celui de Raymond Losserand. Il le disait avec pudeur et émotion et je le cite : "Tant d'amis, de camarades tombés, torturés, déportés, fusillés, tant d'épouses de camarades, elles aussi déportées, fusillées. Je ne pouvais oublier tout cela, la joie de la victoire était fortement entachée, cette présence des disparus ne m'a jamais quitté".
En notre nom à tous, c'est la mémoire d'un Juste et d'un être d'exception que je veux saluer avec une immense gratitude et un infini respect, lui dont le cheminement semble s'inspirer de cette phrase de Camus : "Ce qui compte, c'est d'être vrai et alors tout s'y inscrit, l'humanité et la simplicité".
J'exprime à sa veuve, Cécile, femme de c?ur et de conviction qui a partagé tous ses combats avec le même courage et la même ardeur, à ses enfants, Hélène, Jean, Claire et Francis, à ses petits-enfants, à sa famille, à tous ses compagnons, nos condoléances les plus sincères et l'assurance de notre fidélité.
(L'Assemblée, debout, observe une minute de silence).