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Septembre 2002
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68 - 2002, DAUC 80 - Attribution de la dénomination "place Marlène-Dietrich" à un espace public du 16e arrondissement

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2002


M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons au projet de délibération DAUC 80 : attribution de la dénomination "place Marlène-Dietrich" à un espace public du 16e arrondissement.
La parole est à Gilles ALAYRAC.
M. Gilles ALAYRAC. - J'espère, Monsieur le Maire, mes chers collègues, que mon intervention n'apparaîtra pas comme trop décalée par rapport aux sujets qui nous occupent ce matin, pour vous dire simplement : enfin un projet de délibération nous proposant de donner un nom de femme à une place de Paris ! Et pas n'importe laquelle !
Marlène Dietrich, décédée à 91 ans à Paris, il y a maintenant dix ans, fut une grande artiste du cinéma, même si sa carrière a été inégale. Elle a profondément marqué le siècle précédent, fait fantasmer des générations d'hommes et a été un modèle pour bien des femmes...
(Rires dans l'hémicycle).
Elle a affirmé sa totale indépendance jusque dans ses tenues vestimentaires, n'hésitant pas à porter le pantalon, la chemise et même le béret dans les années 20 et 30, ce qui était, mes chers collègues, extrêmement audacieux à l'époque.
Femme fascinante, belle, à la silhouette et aux jambes parfaites, Marlène Dietrich a ensorcelé la planète avec sa voix de velours et son regard de braise si particulier.
(Murmures dans l'hémicycle).
Je peux poursuivre ?...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Allez-y.
M. Gilles ALAYRAC. - Incarnation parfaite de la star jusqu'à son caractère capricieux et impossible, dotée d'une forte personnalité, rebelle, elle était décrite dans son métier comme "une perfectionniste fanatique".
Allemande d'origine, américaine de nationalité, Marlène Dietrich était française de c?ur. Elle se rendait fréquemment à Paris, à l'hôtel du Palais-Royal ou à l'hôtel Lancaster. On la voyait chez Maxim's, au Fouquet's, mais aussi chez nos grands couturiers dont elle fut l'égérie : Balanciaga, Dior, Patou, Lanvin et, plus tardivement, Chanel. Pouvait-on rêver meilleure ambassadrice pour la mode française ?
Jean Gabin fut sans doute l'homme qui l'a le plus aimée. Il l'appelait "ma grande" et la fille de Marlène Dietrich raconte que la façon dont sa mère le regardait quand elle disait "Jean, mon amour" se passait de traduction.
(Rires dans l'hémicycle).
Jean Cocteau, Colette, Edith Piaf furent ses amis et cette dernière, on ne le sait peut-être pas, lui dédia "La vie en rose" et lui enseigna l'économie des gestes sur scène.
Chacun sait quel fut son choix pendant la guerre et le courage dont elle fit preuve. Ce que l'on sait moins, c'est que durant toutes ces années-là elle porta constamment sur elle la Croix de Lorraine.
Le 21 août 1954, anniversaire de la Libération de la Capitale, l'air martial, elle descendit les Champs-Elysées au premier rang de la Légion américaine, arborant toutes ses médailles.
Il était écrit qu'elle terminerait sa vie à Paris. C'est en 1963 qu'elle loua avenue Montaigne, en face du Plazza Athénée, un appartement où elle s'installa. En 1982, elle n'en sortit plus, ayant perdu l'usage de ses jambes.
Ce mythe vivant ferma les yeux en 1992 et, conformément à sa demande, eut des funérailles à la Madeleine, son église préférée, son cercueil recouvert du drapeau français, ses décorations militaires posées à ses côtés.
Oui vraiment, mes chers collègues, les plus belles jambes du monde méritaient bien une place à Paris !
(Applaudissements sur tous les bancs de l'Assemblée).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Jean-Pierre CAFFET, cela vous laisse pantois, j'imagine ?
M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint, au nom de la 8e Commission. - Totalement. Je n'ai rien à rajouter à ce que vient de dire Gilles ALAYRAC, mais si l'on avait quelques moments de détente comme celui-là dans ce Conseil, je trouverais cela pas mal.
M. LE MAIRE DE PARIS. - D'abord, c'est sympa, ensuite, ce n'est pas inutile, parce que Marlène Dietrich et Paris, ce n'est pas rien. Je n'ai pas le talent de Gilles ALAYRAC, mais pour avoir eu beaucoup de témoignages des dernières années de sa vie par des amis communs, je sais que son lien de personne âgée diminuée avec les valeurs dans lesquelles elle a toujours cru, avec la France et avec cette intimité de Paris, fait que j'ai encore plus de plaisir à proposer qu'un lieu de Paris porte son nom. Je crois que c'est digne, c'est un minimum en terme de reconnaissance et je trouve que c'est même beau pour Paris.
Donc, merci à Gilles ALAYRAC d'avoir mis un peu de sourire dans cette séance.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAUC 80.
Qui est pour ?
Qui est contre ?
Qui s'abstient ?
Le projet de délibération est adopté. (2002, DAUC 80).