Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Septembre 2002
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
> Type de document (Débat / Délibération)  

90 - 2002, DAC 348 - Autorisation à M. le Maire de Paris de signer avec l'Association de préfiguration du centre d'archives et de documentations homosexuel de Paris (9e) une convention relative à l'attribution d'une subvention de fonctionnement. - Montant : 100.000 euros

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2002


Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Nous passons au projet de délibération DAC 348 concernant une autorisation à M. le Maire de Paris de signer avec l'Association de préfiguration du centre d'archives et de documentations homosexuel de Paris (9e), une convention relative à l'attribution d'une subvention de fonctionnement pour un montant de 100.000 euros.
Je donne la parole à Mme Clémentine AUTAIN.
Mme Clémentine AUTAIN, adjointe. - Chers collègues, je voudrais vraiment apporter mon soutien à ce projet de délibération qui me paraît extrêmement important politiquement et symboliquement puisqu'il s'agit du soutien à l'Association de préfiguration du centre d'archives et de documentations homosexuel de Paris.
Je dirai d'abord et simplement : enfin !
Enfin ! Parce que nous sommes très en retard par rapport à de grandes métropoles. Je crois donc qu'il était important que nous sortions, à Paris, de la cécité à l'égard de l'homosexualité. Il est vrai que c'est quelque chose de récent. On sait que la dépénalisation de l'homosexualité ne date que de 1982. On est sur un sujet sensible et l'évolution des mentalités sur ce sujet est récente. Je suis ravie que la Ville de Paris prenne le bon chemin.
Il est vrai que les mouvements gays et lesbiens et le succès de la Lesbian and Gay Pride permettent de sensibiliser l'opinion publique sur la liberté de choix dans l'orientation sexuelle.
Je crois que nous avançons et c'est important. Encore une fois, bravo à la Ville de Paris !
Je voudrais cependant exprimer un souci. Je souhaite que nous soyons très attentifs au juste équilibre entre le mouvement gay et le mouvement lesbien. Cela me paraît important pour la réussite du projet, la nature de notre soutien et le message que l'on adresse à la communauté.
On sait très bien qu'au sein de la communauté est à l'?uvre la domination masculine comme partout dans la société. On parle des gays et moins des lesbiennes... Je vois que cela fait ricaner mes collègues de l'opposition.
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Ils sont un peu dissipés. Je vous demande de bien vouloir porter toute l'attention à ce dossier et de faire silence.
Mme Clémentine AUTAIN, adjointe. - Je voudrais qu'on fasse attention à la bonne répartition pour permettre une juste visibilité de la communauté lesbienne. Dans l'exposé des motifs, il est fait mention d'un site Internet comportant une histoire du gay-Paris... Et le Paris des lesbiennes ?
Qu'est-ce qui a motivé le choix de dire que c'est un centre d'archives et de documentation homosexuel au lieu de reprendre la terminologie gay et lesbienne qui permet de donner une visibilité aux deux ?
Je voudrais par ailleurs que dans la composition de l'Association et du Comité qui va suivre ce projet, il y ait une place pour la coordination lesbienne. Ainsi, dans le Conseil d'administration, d'après ce que j'ai compris, il n'y a que trois femmes sur neuf hommes. Peut-être pourrait-on viser la parité ?
Je pense qu'on doit pouvoir trouver des chercheurs et des scientifiques femmes pour être dans ce Conseil d'administration !
J'exprime ce souci. J'y serai attentive. Je pense que ma collègue Anne HIDALGO le sera tout autant. Place aux gays et aussi aux lesbiennes.
Je vous remercie.
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Avant de passer la parole à M. GIRARD, je voudrais dire combien je suis attentive à tout ce que vient de dire Clémentine AUTAIN.
Dans cette communauté aussi, la question de la discrimination, vous l'avez évoquée, est présente. La visibilité doit être assurée pour les hommes, comme pour les femmes.
Je me réjouis aussi bien sûr que ce projet voit enfin le jour.
Je donne la parole à M. Christophe GIRARD.
M. Christophe GIRARD, adjoint, au nom de la 9e Commission. - Je ne répondrai pas sur un plan technique. Je laisserai ma collègue Odette CHRISTIENNE en charge de la mémoire de répondre.
Je pense qu'il est normal que les adjoints répondent dans le cadre de leur délégation, mais j'aimerais faire un commentaire qui vient du c?ur et de ma conscience.
Je comprends mal qu'en 2002, l'homosexualité soit encore un sujet parfois troublant, dérangeant, amusant. Néanmoins je me souviens d'un léger incident que le Président SÉGUIN avait su atténuer avec autorité et humanité lorsque M. GALDIN a fait, je crois, un commentaire qu'il avait trouvé amusant sur le Maire, "garçon de plage", sur la Gay-pride, devenue marche des fiertés homosexuelles.
Pour éviter qu'il y ait des malentendus, un peu d'attention, et de respect, sont nécessaires. Pourquoi ?
Tout simplement parce que quand on est un ado, que l'on a 12, 13, 14, 15 ans, on se retrouve, comme ce fut mon cas, seul face à sa famille, seul face à ses camarades de lycée, seul face aux professeurs, parce que personne ne vous a expliqué qu'il y a plusieurs formes de sexualité dans la nature.
Pour éviter qu'il y ait des drames et des suicides en chaîne, je crois que si notre Assemblée ici, qui a manifesté à part quelques voix discordantes, plutôt beaucoup de tolérance, beaucoup de progrès à l'endroit des m?urs, vote largement cette subvention, je crois qu'on en sortira grandis, et qu'on donnera de Paris un exemple à la fois de modernité et aussi de tolérance, et plus que de la tolérance, de respect, car c'est ce que nous demandons, les uns et les autres, quand on est concerné dans notre chair, le respect.
Croyez-moi, le respect parfois, cela passe par le silence et l'écoute. Cela passe aussi par une attitude de soutien, d'ouverture et de compréhension.
(Applaudissements).
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Commentaire fort et utile qui nous touche, tous et toutes.
Madame CHRISTIENNE, vous avez la parole.
Mme Odette CHRISTIENNE, adjointe. - Je vous remercie, Madame la Maire.
J'ai initié très tôt ce projet avec l'ensemble des demandeurs. Cela s'est passé au début de la mandature. Je tiens à rassurer quand même Clémentine AUTAIN qui a fait des compliments mais qui a émis certaines réserves.
Je me suis placée sur un autre plan, et je vous dirai pourquoi nous portons l'appui à ce projet que nous souhaitons voir aboutir.
Sur un plan général, toute ouverture d'un centre de documentation d'archives comportant une bibliothèque mise à disposition du public est un bien inestimable dans la mesure où un tel centre propose des outils de travail indispensables à la recherche, à l'écriture de l'histoire. C'est un lieu de rencontres et d'échanges scientifiques.
L'ouverture du centre dont il est question aujourd'hui répond aussi à un besoin historique et scientifique et aussi à un besoin de "travail de mémoire" que vous avez souligné, avec une bibliothèque proposant un très large éventail culturel : histoire, sociologie, littérature, arts, etc.
Il s'agit également de "regrouper toutes les tranches de vie parisienne provisoires urbaines ou rurales" autrement dit de créer un centre de référence pour aider à une écriture "juste et sincère" de l'histoire.
Les porteurs du projet affirment sa neutralité et son indépendance vis-à-vis de telle école de pensée ou de recherche, donc a fortiori de groupes, nous dirons sexués.
Nous insistons sur la qualité scientifique du projet. En effet, le Comité scientifique de haut niveau comprend de nombreux universitaires, des journalistes, des responsables associatifs, de très nombreuses associations.
Il ne s'agit pas de parler de gays, de lesbiennes et il s'agit de l'ensemble des associations.
Le travail réalisé en amont est très important et sérieux et a été souligné par le directeur des archives auquel j'avais demandé une analyse du dossier. Cela a donc été fait de manière très approfondie.
De très nombreux fonds ont déjà été recensés avec le soutien des Archives de Paris qui ont validé le projet et pourront également éventuellement assister le porteur de projets archivistiques comme pour les autres associations.
La faisabilité du projet ne fait pas de doutes, pas plus que la capacité des animateurs à le mener à bien.
Nous signalons que des partenariats ont été noués avec de nombreux centres de recherches en province : Lyon, Reims, Rennes, Bordeaux, Marseille, Lille, Dijon, Orléans, Montpellier, Strasbourg, Nantes, Rouen, Clermont-Ferrand, la liste n'est pas exhaustive, avec des centres d'archives et de chercheurs étrangers, et des chercheurs indépendants étrangers aussi, ce qui assurera un véritable rayonnement international.
En créant le centre, Paris rejoindra Londres, Berlin, Amsterdam, Barcelone, Montréal, San Francisco.
Nous affirmons la légitimité scientifique, culturelle et citoyenne de ce projet. Nous souhaitons que soit attribuée la subvention de la Mairie de Paris pour aider à son démarrage.
Merci.
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et radical de gauche).
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Merci beaucoup, Madame la Maire, pour ces précisions.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 348.
Qui est pour ?
Qui est contre ?
Qui s'abstient ?
Le projet de délibération est adopté. (2002, DAC 348).