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Janvier 2002
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51 - 2001, DAUC 205 - Attribution de la dénomination "avenue Pierre-Mendès-France" à une partie de l'avenue de France située dans le 13e arrondissement

Débat/ Conseil municipal/ Janvier 2002


M. LE MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, nous passons au dossier DAUC 205, page 10 de l'ordre du jour : attribution de la dénomination "avenue Pierre-Mendès-France" à une partie de l'avenue de France située dans le 13e arrondissement.
Mes chers collègues, il est des sujets qui, au-delà de nos différences, peuvent nous rassembler, peut-être aussi nous faire travailler dans la sérénité.
L'hommage que nous souhaitons voir enfin rendu par Paris à Pierre Mendès-France me paraît être de ceux-là.
Pierre Mendès-France a en effet marqué notre histoire politique et laissé un souvenir durable et très fort dans la mémoire collective des Français. Personne semble-t-il ne pourra contester qu'il fut un grand homme. Généreux dans ses convictions, courageux dans son action et d'une extrême rigueur dans sa pratique politique.
Lui rendre hommage, c'est aussi honorer le courage politique, le refus de toute résignation, de toute compromission, de toute abnégation.
Courage que d'avoir été le seul député en 1936 à se prononcer au nom de ses valeurs, contre la participation de la France aux Jeux olympiques de Berlin.
Courage encore que d'avoir refusé les avantages que lui procurait son mandat de député pour demander volontairement à se battre en 1939 dans l'Armée de l'air.
Courage enfin que d'avoir, aux côtés du Général de Gaulle résisté au régime de Vichy.
Dans sa pratique politique, Pierre Mendès-France est parvenu à réussir la difficile conciliation entre éthique de conviction et éthique de responsabilité alors que trop souvent la première est reniée au nom de la seconde.
C'est en effet au nom de cette éthique de responsabilité que Pierre Mendès-France a su mettre fin au désastreux conflit de l'Indochine, par la conclusion des accords de Genève du 20 juillet 1954.
Il fut aussi l'artisan déterminé de la décolonisation en Tunisie, son discours à Carthage d'octobre 1954 traduisant avec brio la puissance de ses convictions.
Serviteur de la nécessaire réconciliation franco-allemande, il fit montre du même courage, de la même lucidité dans les choix économiques qu'il suggéra dès 1945, et qui furent d'ailleurs rejetés.
Honorer Pierre Mendès-France, c'est honorer aussi une intelligence en politique. Il fut par exemple l'un des très rares acteurs de la vie publique de son époque à connaître l'économie, à y réfléchir et avec pédagogie à expliquer ses enjeux aux Français.
Cette intelligence fonda une nouvelle pratique politique ancrée dans la culture de vérité, et de respect des électeurs.
Pierre Mendès-France disait : "L'élément fondamental du système démocratique, c'est la vérité. S'il n'y a pas d'honnêteté de la part de ceux qui jouent un rôle dans le jeu des institutions, il ne peut y avoir de démocratie".
A l'heure où beaucoup dissertent sur la crise du politique, Pierre Mendès-France a montré qu'au-delà des enjeux de pouvoirs et des rivalités, il existe une véritable noblesse de l'action. Il le résumait notamment par cette formule : "Toute politique n'est pas sale, toute action n'est pas vaine".
Vérité, éthique, conviction.
Réaliste, le "mendésisme" demeure la référence d'une pratique politique moderne et inspirée.
Je vous propose de donner son nom à une partie de l'avenue de France sur un axe où le très faible nombre d'habitations nous préservera d'autant plus des désagréments classiques liés à ce type d'initiative.
Oui, il était temps que Paris rende hommage à celui qui fut l'une des figures les plus marquantes de notre histoire politique contemporaine et qui symbolise des valeurs en harmonie totale avec celles de notre cité.
(Applaudissements).
Madame TAÏEB, vous avez la parole.
Mme Karen TAÏEB. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, enfin une avenue Pierre Mendès-France ! Voilà bientôt vingt ans que l'ancien Président du Conseil nous a quitté et je vous remercie de me donner ce soir l'occasion de lui rendre hommage.
Pierre Mendès-France fut un homme politique au sens le plus noble du terme, sa vie, son itinéraire sont empreints d'un profond humanisme.
Plus jeune bachelier de France, plus jeune avocat, il fut aussi le plus jeune Député de France, élu de Louviers, aux élections législatives de 1932, il fut le Maire de cette même ville en 1935. Réélu le 3 mai 1936, il fut - vous le disiez - le seul député à se prononcer la même année contre la participation de la France aux Jeux olympiques de Berlin.
Il fera partie des rares élus en février 1942 à rejoindre le Général de Gaulle avant de devenir le Ministre de l'Economie nationale dans le Gouvernement provisoire. Il sera à ce titre partisan d'une politique financière fondée sur l'intervention de l'Etat et acceptant, pour assurer le plein emploi, le recours au déficit budgétaire.
Aux yeux des jeunes générations, Pierre Mendès-France est principalement connu pour avoir mis un terme à la guerre en Indochine. Il manifestera très tôt le souhait que la France accompagne le désir d'émancipation de ses colonies, y compris en Afrique du Nord.
Son refus d'accepter les institutions de la Ve République et les difficultés à rénover le parti radical socialiste l'ont amené à s'écarter de la vie politique. Pour autant, son autorité morale sur la gauche est restée intacte.
En 1965, il soutient le principe d'une candidature unique de la gauche face au Général de Gaulle et défend la stratégie d'union des socialistes à Epinay et de la gauche avec le programme commun.
Dans son premier discours d'investiture, en 1981, François Mitterrand dira de Pierre Mendès-France : "Sans lui, rien n'aurait été possible".
Il revenait à la première majorité de gauche à Paris d'honorer la mémoire d'un homme qui a tant apporté au courant du progrès.
C'est donc avec une immense joie que les élus du Mouvement des citoyens voteront ce projet de délibération.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs des groupes du Mouvement des citoyens, socialiste et radical de gauche, communiste et "Les Verts").
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.
La parole est à M. BLISKO.
M. Serge BLISKO, maire du 13e arrondissement. - Merci, Monsieur le Maire de Paris.
Vous nous proposez de rendre hommage à Pierre Mendès-France en attribuant son nom à la partie de l'avenue de France comprise entre le boulevard Vincent-Auriol et la Seine et nous vous en remercions.
Chacun connaît en effet ici le parcours politique de Pierre Mendès-France : plus jeune député de France en 1932, maire de Louviers, résistant de premier plan, député, combattant en 1940, vous l'avez rappelé, Ministre des Finances du Général de Gaulle en 1944.
Je voudrais évoquer en quelques mots une période courte mais marquante qui formera toute une génération : son passage à la présidence du Conseil.
Investi par la Chambre des députés à un moment difficile, au lendemain de la défaite de Dien-Bien-Phu, Pierre Mendès-France mit en place un style et une méthode politiques nouveaux, refusant les combinaisons politiciennes, établissant un lien direct avec les Français par ses célèbres entretiens à la radio et fixant des échéances pour chaque problème qu'il voulait voir résolu.
Je voudrais reprendre ici les termes de Michel Rocard qui, mieux que quiconque, rappelle cette période dans l'article qu'il publiait dans "Le Monde" en octobre 1982, lors du décès de Pierre Mendès-France. Je cite Michel Rocard :
"Il n'empêche que ces quelques mois, de juin 1954 à février 1955, sont restés longtemps dans les esprits et aujourd'hui dans l'histoire de la 4e République une référence mobilisatrice par une succession d'initiatives audacieuses, la clarté des choix, la rapidité d'exécution, le respect des promesses annoncées... Quel contraste avec ce qu'on appelait alors "le système"".
Michel Rocard ajoutait : "Etonnant destin en vérité que celui de cet homme qui, en toutes circonstances, choisit de dire la vérité, même la plus dure, d'aller jusqu'au bout de ses convictions, même les moins populaires, et qui se distingua toujours par son refus de la démagogie et de la compromission. Il reste jusqu'au bout un symbole d'espérance".
Aussi, Monsieur le Maire de Paris, je voudrais vous remercier, au nom du groupe socialiste, d'avoir choisi Pierre Mendès-France comme l'une des premières personnalités que vous avez souhaité honorer. Je déplore d'ailleurs que, dans le 13e, l'opposition ait voté contre cette délibération en Conseil d'arrondissement...
Bien évidemment, le groupe socialiste vous soutient entièrement dans cette démarche.
Merci, Monsieur le Maire de Paris.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, "Les Verts" et du Mouvement des citoyens).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.
Madame CONSTANTIN, vous avez la parole.
Mme Myriam CONSTANTIN, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire.
Je vais raccourcir mon intervention pour m'associer à ce qui vient d'être dit...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je pense que beaucoup maintenant vont se répéter, donc c'est une bonne idée.
Mme Myriam CONSTANTIN, adjointe. - Absolument, je ne veux pas répéter ce qui vient d'être dit, je m'y associe totalement et je voudrais dire que Pierre Mendès-France, pour moi, c'est surtout une éthique, une attitude, une référence et une conscience pour toute une génération.
Il a incarné, bien avant les exigences de notre société d'aujourd'hui, un nouveau style de gouvernement, une action politique moderne en ce qu'elle exige de rigueur, de courage, de transparence, de vérité et de dialogue avec la Nation et les citoyens, une action politique reposant sur la confiance et sur le contrat, où l'on dit ce que l'on va faire et où l'on fait ce que l'on dit.
Alors, en citant l'hommage de François Mitterrand à la mort de Pierre Mendès-France ("Pierre Mendès-France nous laisse une foi, une méthode, un exemple. Sa foi, la République. Sa méthode, la vérité. Son exemple, l'inlassable combat pour la paix et pour le progrès"), je me demande comment hésiter aujourd'hui, comme certains dans le 13e arrondissement, à honorer sa mémoire en donnant son nom à une avenue nouvelle dans un quartier nouveau, dans le 13e arrondissement ?
Pour moi, je salue cette nouvelle avec une grande joie.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, "Les Verts" et du Mouvement des citoyens).
M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. Jean-Bernard BROS.
M. Jean-Bernard BROS, adjoint. - Pardonnez-moi, moi aussi je vais être obligé de raccourcir. Et pourtant...
C'est à la fois en ma qualité d'élu du 13e arrondissement mais, surtout, en tant qu'élu radical de gauche que je tiens à rendre hommage à l'heureuse initiative qu'a prise le Maire de Paris, dont nous débattons aujourd'hui.
Pierre Mendès-France était et demeure une référence de notre vie politique. Que ce soit au gouvernement de la France, à l'Assemblée nationale, dans sa mairie de Louviers, il sut rester à chaque instant un homme digne et intègre dont la hauteur de vue est aujourd'hui reconnue par l'immense majorité de nos concitoyens.
Grand serviteur de l'Etat et de la France, militant républicain acharné, grand défenseur des libertés publiques, celui qui fut Président du Parti radical sut incarner pour plusieurs générations de femmes et d'hommes la rigueur dans le raisonnement, la volonté, le courage dans l'action au service de l'idéal humaniste et laïque qui est le fondement de la doctrine radicale.
Monsieur le Maire, mes chers collègues, à l'heure où, si vous le décidez, la figure de Pierre Mendès-France fait son entrée à Paris, faisant ainsi écho à la proposition du Parti radical de gauche de transférer ses cendres au Panthéon de la République, je souhaite qu'au-delà de l'honneur qui lui est fait, la démarche voulue par le Maire de Paris soit l'occasion de méditer son message.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, "Les Verts" et du Mouvement des citoyens).
M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. CHARON.
M. Pierre CHARON. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, je voudrais rassurer d'abord M. BLISKO puisque le groupe R.P.R. votera pour le projet de délibération que vous nous présentez...
Plusieurs Conseillers à gauche. - Ah ! Ah !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je vous en prie ! Ce n'est pas un sujet pour faire de l'ironie ! Je suis très heureux que le groupe R.P.R. vote ce projet de délibération, cela ne me fait pas sourire, cela me fait plaisir.
M. Pierre CHARON. - Merci, Monsieur le Maire.
Le vote de mes amis au Conseil du 13e arrondissement ne portait que sur le site.
Le groupe R.P.R. entend donc s'associer à l'hommage que vous souhaitez rendre à Pierre Mendès-France, qui fut une figure marquante de l'histoire politique du XXe siècle. Chacun mesure sur ces bancs l'écho toujours vivace de l'action de Pierre Mendès-France et de ses idées, qu'il s'agisse de ses choix économiques ou de sa rigueur morale.
Nous sommes d'autant plus satisfaits du projet de délibération qui nous est soumis que, comme vous le savez, les gaullistes ont fait partie du gouvernement Mendès, avec l'accord exprès du Général de Gaulle.
Je m'en voudrais, à cet égard, de ne pas vous rappeler qu'un des plus illustres d'entre eux, dont j'ai eu l'honneur d'être le collaborateur pendant quatorze ans, Jacques Chaban-Delmas, participa à cette équipe ministérielle.
Aussi, je profite de la circonstance pour réitérer le souhait formulé auprès de vous, Monsieur le Maire, par une lettre du Président SÉGUIN du 10 décembre 2001 et restée malheureusement à ce jour sans réponse, de voir la Ville de Paris rendre à cet autre grand serviteur de la France l'hommage qu'il mérite.
Notre Capitale s'honorerait, en effet, en célébrant la mémoire de celui qui ne fut pas seulement le Ministre de Pierre Mendès-France, le Premier Ministre de Georges Pompidou, le Président de l'Assemblée nationale et encore celui qui rendit à Bordeaux son honneur, mais aussi et d'abord le jeune Général de 29 ans, résistant de la première heure.
Je suis sûr que vous aurez à c?ur de saluer comme il se doit la mémoire d'un artisan de la Libération de Paris et d'un acteur de la vie publique de notre pays.
Il vous appartient, dès lors que vous en serez d'accord, de retenir celui des lieux qui jalonnent la vie de Jacques Chaban-Delmas symbolisant le mieux son attachement à Paris pour y perpétuer son souvenir. Dans cet esprit, je suggère, au nom de l'ensemble des Conseillers de Paris des groupes R.P.R. et apparentés, "Ensemble pour Paris", D.L. et de l'U.D.F., d'ajouter à l'actuelle dénomination "place du Palais-Bourbon" la mention "Jacques Chaban-Delmas" et de demander à la R.A.T.P. de faire de même pour ce qui concerne l'actuelle station de métro "Assemblée nationale".
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour la République et apparentés", "Démocratie libérale et Indépendants", "Ensemble pour Paris" et Union pour la Démocratie française).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur CHARON, d'abord je vous remercie beaucoup de ce que vous avez dit sur le projet de délibération qui est en débat.
Souhaitez-vous que, sur la question de Jacques Chaban-Delmas je vous réponde maintenant ? Je sais qu'il y a un v?u tout à l'heure. Je suis prêt à y répondre tout de suite, puisque vous l'avez abordé maintenant. Je compte dire publiquement ce que je vous ai dit ce matin, à vous et au Président SÉGUIN.
Monsieur Jean-Pierre CAFFET, est-ce que vous voyez quelque chose à rajouter ?
M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint, rapporteur. - Rien du tout.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.
Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération DAUC 205 qui va permettre d'attribuer le nom de Pierre Mendès-France à cette portion de l'avenue de France.
Qui est pour ?
Qui est contre ?
Qui s'abstient ?
Le projet de délibération est adopté. (2001, DAUC 205).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je crois que ce vote est acquis à l'unanimité totale, sans aucune abstention, sans aucun refus de participation au vote. Je crois que cela honore Paris de se retrouver dans la mémoire de Pierre Mendès-France. Je suis très fier du Conseil de Paris à cet instant.
(Applaudissements sur tous les bancs de l'Assemblée).