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Janvier 2002
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Conseil Municipal
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3 - Hommage à M. SENGHOR

Débat/ Conseil municipal/ Janvier 2002


M. LE MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, j'ai aussi souhaité que le Conseil de Paris rende hommage à M. SENGHOR. Je souhaite le faire en tant que Maire de Paris mais aussi comme Président de l'Association internationale des maires francophones.
Bien entendu, je ne retracerai pas ici le destin unique d'un homme qui a marqué son siècle. Je veux plutôt, avec beaucoup de respect et une immense admiration, saluer la mémoire d'un humaniste amoureux de l'Afrique et de la France. Il a tant fait pour rapprocher les cultures et les hommes.
Poète magnifique de la négritude, combattant de l'Afrique indépendante, homme d'Etat respecté qui aura su unifier une nation encore fragile, mais aussi visionnaire et militant de la francophonie. Peu d'hommes sont parvenus comme lui à concilier dans leur vie les exigences de l'action et la passion de la création.
Paris peut d'ailleurs être fier d'avoir accueilli en 1928 à Louis-le-Grand l'enfant de Joal qui deviendra, quelques années plus tard, le premier agrégé africain de l'université française.
Combattant en 1940 au sein de l'armée française, puis résistant, Léopold Sédar SENGHOR est élu en 1945 Député du Sénégal. En 1955, il devient Secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil avant d'être porté à la tête du Sénégal indépendant en 1960.
De ce parcours hors normes, comment ne pas retenir le caractère métisse de sa culture à la fois africaine et française ? La négritude chez lui va de pair avec ce qu'il appelle la "francité". Le poète nous lègue ainsi un message d'espoir et de fraternité, celui des bienfaits d'un métissage par lequel aucune culture ne s'impose comme dominante ou supérieure mais où chacun est capable, selon les termes de Léopold Sédar SENGHOR de s'ouvrir aux autres continents, aux autres races, aux autres nations pour s'épanouir et fleurir.
A l'heure où certains analysent les fractures du monde comme des chocs de civilisation, cette quête, je le cite, "d'une civilisation de l'universel" n'en prend que plus de résonance.
Puissions-nous entendre ce message, cette "francité", se fonder d'abord sur un amour de la langue française qu'il décrivait joliment comme un "outil merveilleux" trouvé dans les décombres du colonialisme. Il n'a cessé de le faire vivre et de le défendre de la présidence du Sénégal à l'Académie française où il fut élu en 1983.
Inlassable militant du verbe et du rapprochement des peuples et des cultures francophones, Léopold Sédar SENGHOR a su donner un sens, une dynamique, une réalité à cet espace culturel et identitaire. Il nous lègue une ambition riche et exigeante à laquelle l'A.I.M.F. sera fidèle.
Mais au moment de conclure, comment ne pas évoquer le SENGHOR chef d'Etat ? Si sa pratique comporte, comme pour toute activité humaine, des parts contestables, surtout à ce niveau de responsabilité, il n'en demeure pas moins que SENGHOR est parvenu à enraciner au Sénégal un régime politique stable et démocratique.
Son départ volontaire du pouvoir en décembre 1980 en est l'illustration la plus symbolique. Pour tous les amoureux de littérature, Léopold Sédar SENGHOR restera d'abord le magicien des mots, qu'il ne concevait que comme des chants, des paroles mélodiques. "Nègre", disait-il, je le cite, "c'est un monde où la parole se fait spontanément rythme dès que l'homme est ému, rendu à lui-même et à son authenticité". C'est ce rythme de l'émotion et cette authentique admiration que je souhaite partager ce matin avec vous.
Au-delà de l'hommage que nous lui rendons, je souhaite, mes chers collègues que Paris perpétue la mémoire de Léopold Sédar SENGHOR à travers son nom donné à un lieu ou une maison, mais nous en débattrons. C'est le témoignage de reconnaissance, d'admiration et d'installation dans la durée de l'héritage que nous devons à Léopold Sédar SENGHOR.
(L'Assemblée, debout, observe une minute de silence).