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Janvier 2002
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20 - IV - Question d'actualité du groupe du Mouvement des citoyens à M. le Maire de Paris et à M. le Préfet de police demandant de préciser les dispositions prises par leurs services en cas de crue importante à Paris et son agglomération

Débat/ Conseil municipal/ Janvier 2002


M. LE MAIRE DE PARIS. - Je passe maintenant la parole au groupe du Mouvement des citoyens. La parole est à Mme Liliane CAPELLE.
Mme Liliane CAPELLE. - Merci, Monsieur le Maire.
Chacun garde en mémoire les photos prises de notre Ville lors de la crue spectaculaire de 1910. Des quartiers entiers de Paris avaient pris le visage de Venise. Les Parisiens se déplaçaient en barges, des passerelles provisoires installées sur les trottoirs permettaient de se déplacer. La vie économique en fut affectée de longs mois.
Aujourd'hui, le risque d'une inondation semblable à celle de 1910 n'est pas totalement écarté en dépit des précautions prises avec la construction de bassins réservoir. Si une telle crue devait à nouveau se produire, ses conséquences sur l'activité de notre Ville seraient beaucoup plus dramatiques qu'au début du siècle dernier, ou plutôt de l'avant-dernier siècle. Le réseau des transports, les communications téléphoniques, le réseau électrique, seraient les premiers noyés sous plusieurs mètres d'eau.
Voilà pourquoi les élus du Mouvement des citoyens demandent au Maire de Paris et au Préfet de police, Préfet de la zone de défense et dont la compétence s'étend à ce titre au-delà des limites administratives de Paris, les dispositions prises pour prévenir les risques d'une crue de cette nature, mais aussi informer les Parisiens et les Franciliens concernés par ce risque majeur.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je donne la parole à M. le Préfet de police et ensuite à Myriam CONSTANTIN.
M. LE PRÉFET DE POLICE. - Je vous remercie de cette question, Madame, d'autant plus que personne ne peut exclure une crue du niveau de celle de 1910 sans pouvoir dire si cela arrivera au mois de mars ou dans 100 ans. Mais personne ne peut l'exclure et il est bien certain que les conséquences seraient beaucoup plus lourdes et difficiles à supporter pour la population aujourd'hui qu'en 1910, simplement parce que nous avons une société infiniment plus complexe techniquement et que de plus la population ne supporterait sans doute pas ce que supportaient nos grands-parents en allant en barque à l'école.
D'ores et déjà, pour faire face à une crue importante qui toucherait 12 arrondissements de Paris, il existe un certain nombre de mesures de prévention et d'information et un certain nombre de mesures opérationnelles à prévoir et programmer.
J'énumère les mesures préventives rapidement : il convient de noter le plan de prévention des risques inondations, document réglementaire destiné à établir des règles d'urbanisme dans les zones inondables. Il arrive certes un peu tard, après des décennies de construction en zone inondable, mais il arrive. Ce document est prescrit par le Préfet de Région Ile-de-France en 1998, puisque c'est la Préfecture de Région qui en est chargée. Le projet de rédaction initiale a été soumis aux services de la Ville de Paris en juin 2001. Il s'agit d'un premier règlement dans le domaine de la prévention.
Deuxièmement en prévention toujours, la mise en place de l'Institution interdépartementale des barrages et réservoirs du bassin de la Seine qui regroupe tous les départements concernés.
Deuxième élément qui permet de tenter de réguler autant que faire se peut la hauteur des eaux.
Troisième élément, la création du dispositif d'annonces des crues avec ses 13 stations d'alerte, un seuil de vigilance et un seuil d'alerte. L'information des services et des populations, en application des directives du règlement d'annonce des crues du Département de Paris, se fait par transmission de messages d'alerte et d'activation des serveurs locaux.
Mais il y a un certain nombre d'autres mesures opérationnelles à prévoir sur lesquelles nous travaillons chaque semaine puisque des groupes de travail se réunissent sur chacun de ces sujets depuis le printemps dernier. C'est la protection des quais contre le déversement de la Seine dans la traversée de Paris jusqu'à une cote de 8,72 mètres, c'est-à-dire 10 centimètres au-dessus de la crue de 1910.
Un cahier des consignes des crues prévoit la liste des travaux à réaliser lorsque la crue est annoncée pour la fermeture de toutes les brèches maintenues en temps normal pour l'exploitation de la voie fluviale.
Deuxième élément opérationnel, la protection du réseau des transports en commun et c'est fondamental puisque l'envahissement des transports en commun entraînerait une interruption technique supérieure à une année du réseau des transports en commun. Il est bien évident que nous sommes en train de finaliser avec la R.A.T.P. et la S.N.C.F. toutes les mesures de protection pour empêcher l'envahissement par les eaux, le jour venu, du réseau métropolitain et R.E.R.
Troisièmement, la protection de l'alimentation en eau potable qui est un des grands sujets pour la santé publique pendant une telle période.
Quatrièmement, l'aménagement du réseau d'assainissement mais là les choses sont plus avancées.
Le réseau d'assainissement est à peu près rendu étanche par rapport au réseau de la Seine.
Voici les principaux points.
Je n'ai pas parlé non plus d'E.D.F., et des Télécom qui ont un problème de même nature, de protection d'un certain nombre d'installations tout à fait stratégiques.
Depuis le printemps 2001, des groupes de travail ont été constitués à la Préfecture de police avec tous les partenaires, qu'il s'agisse des autres administrations, de la R.A.T.P., de l'E.D.F., ou de France Télécom, disons tous les partenaires concernés par ce type de catastrophe.
Ils se réunissent chaque semaine afin d'aboutir à l'élaboration d'un plan spécialisé de secours zonal, qui sera destiné à coordonner l'organisation des secours à l'échelle de l'Ile-de-France.
Ce plan global et ambitieux - il ne reste plus qu'à croiser les doigts - devrait être achevé à la fin de l'année 2002.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur le Préfet.
Je donne la parole à Myriam CONSTANTIN.
Mme Myriam CONSTANTIN, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire.
Mes chers collègues, effectivement en ce début d'année 2002, nous avons collectivement l'impérieuse obligation d'être vigilants en ce qui concerne les risques de crues importantes de la Seine et de son bassin versant à Paris.
On vous l'a dit, vous l'avez sûrement lu, les crues de la Seine sont habituellement lentes, répétitives, prévisibles grâce aux décalages que l'on constate entre les pluies et la survenue de la crue à Paris. Mais une crue de 1910 est toujours possible, bien qu'exceptionnelle. On sait qu'une telle situation résulterait de très fortes précipitations concentrées sur trois ou quatre jours sans discontinuité et intéressant l'ensemble du bassin en amont de Paris, qui s'abattraient sur des sols complètement saturés.
Or actuellement les sols sont gorgés d'eau, les nappes sont très hautes, et à la moindre pluie, les rivières sont très réactives, on l'a vu au mois de décembre ou de janvier, puisque la Seine a brusquement monté de 2 mètres en 24 heures.
L'Etat, responsable de la prévention, les collectivités locales responsables de l'information, soucieuses du bien-être de leur population, les grands acteurs publics, les grands services publics ont bâti, au cours des décennies passées un système, un dispositif de lutte contre les crues, qui allient prévision, prévention, information et protection.
Ce système et ces dispositifs nous sont apparus aujourd'hui insuffisants.
Effectivement le risque de crues centenaires a été manifestement sous-estimé, ainsi que leur impact sur la vie et l'économie francilienne, comme le disait M. le Préfet de police, infiniment plus sensibles peut-être qu'en 1910.
Des études récentes des Grands Lacs de Seine, et les études du P.P.R.I. montrent que les dommages seraient importants, entre 4,5 et 12 milliards d'euros, ce qui est extrêmement préoccupant.
On a laissé se concentrer dans les sous-sols d'immeubles et dans les constructions nouvelles ces dernières années, des fonctions de logistique et de pilotage qui pourraient grandement souffrir de même, M. le Préfet de police l'a indiqué, que les transports publics R.A.T.P., S.N.C.F., les réseaux, gaz, électricité, eau, certains services de santé et même certains services de la Ville et ce sont donc de sérieuses difficultés auxquelles nous devons faire face, en prévision bien entendu.
Tout cela n'est qu'hypothétique et actuellement je tiens à dire que le niveau de la Seine est plus bas qu'en janvier de l'année dernière.
Une très sérieuse mobilisation est à l'?uvre, vous l'avez dit, Monsieur le Préfet, autour de Jean-Pierre DUPORT, de la Préfète de la Défense, Madame MERLI, et à la Ville autour du Secrétaire général de la Ville, par exemple, M. Pierre GUINOT DELERY, ainsi que des adjoints concernés. Nos objectifs sont :
- de prévenir les crues au maximum par des aménagements et des précautions nécessaires, notamment par des règlements et servitudes adaptées,
- de renforcer les dispositifs opérationnels,
- de minimiser les effets, les dommages causés par des inondations incompressibles, sur les personnes et les biens.
Vous l'avez dit, certains aménagements ont été faits depuis 1910, à la fois par les Grands Lacs de Seine pour le stockage, la régulation des eaux de la Seine et des autres rivières en amont, par le Port et la Ville pour l'amélioration de l'écoulement des eaux en Seine, des dispositifs de veille et d'information, etc.
Encore une fois, c'est insuffisant. Nous travaillons donc à améliorer les choses et nous le faisons sur trois axes, à la fois : monter des plans de prévention à hauteur des risques encourus, développer l'information et des fiches de conduite à tenir destinées à l'ensemble des Parisiens et des acteurs économiques, mettre en ?uvre une organisation opérationnelle de gestion des crises, organisation plus adaptée et plus efficace.
Je vais conclure, Monsieur le Maire.
Vous en serez d'accord, ceci est un sujet grave sur lequel la Ville n'a jusqu'ici pas eu beaucoup à s'exprimer.
Nous tenons à dire combien à la fois nous sommes mobilisés et combien nous essayons le plus vite possible d'atteindre une efficacité et une sensibilisation des Parisiens qui rendent nos dispositifs extrêmement efficaces.
Je ne peux que renchérir sur ce qu'a dit M. le Préfet de police, et dire que ces temps-ci se réunissent des groupes de travail partenariaux avec les grands services publics, avec les services de l'Etat et les autres collectivités locales, ce qui montre qu'effectivement, nous avançons. Il faut espérer que la crue de 1910 ne montre pas le bout de son nez dans les prochaines semaines, bien sûr...
Mais même si elle était là, nous serions prêts, en tout cas bien plus prêts que ces derniers mois et ces dernières années où, manifestement, ce risque a été sous-estimé.
M. LE MAIRE DE PARIS. - C'est exact. Je vous remercie beaucoup.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement des citoyens et "Les Verts").
Je me permets d'ajouter une phrase : c'est que depuis le cri d'alarme lancé par le Préfet DUPORT, je suis soucieux et en même temps un peu rassuré.
Depuis, et cela remonte à quelques mois, avec le Secrétariat général de la Ville, et l'ensemble des structures de l'Etat, les réponses qui m'ont été données pour faire face à l'éventuel risque me rassurent un peu.
Je reste donc extrêmement préoccupé. L'année qui commence va être difficile à passer de ce point de vue. Il importe, pour le moins, que l'on soit prêt et que l'on soit en anticipation. Il ne suffit pas, Monsieur DESTREM, d'acheter des bottes. Le côté "cité lacustre" pourrait nous plaire... Venise est une belle ville... et en plus, cela réglerait les problèmes des voitures. Même pour faire plaisir à Denis BAUPIN, je ne souhaite pas du tout cette difficulté.