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Octobre 2002
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51 - 2002, DPA 316 - Autorisation à M. le Maire de Paris de signer les protocoles d'accord avec le cabinet d'architectes "REICHEN et ROBERT", d'une part, et la société "Marc MIMRAM", d'autre part, relatifs à la résolution de leurs marchés et à leur indemnisation dans le cadre de l'opération concernant la réhabilitation de la piscine Molitor (16e)

Débat/ Conseil municipal/ Octobre 2002


Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Nous passons au projet de délibération DPA 316 concernant une autorisation à M. le Maire de Paris de signer les protocoles d'accord avec le cabinet d'architectes "REICHEN et ROBERT", d'une part, et la société "Marc MIMRAM", d'autre part, relatifs à la résolution de leurs marchés et à leur indemnisation dans le cadre de l'opération concernant la réhabilitation de la piscine Molitor (16e).
La parole est à M. BLET.
M. Jean-François BLET. - Madame la Maire, la piscine Molitor est une splendeur architecturale unique en son genre en France. Dès septembre 1989, la mise à mort de ce joyau Art Déco conçu par Lucien POLLET fut programmée. La concession consentie par la Ville ne fut pas renouvelée. Les entrées furent murées, les bassins laissés à l'abandon, les ferronneries livrées aux vandales. Sciemment, délibérément, on laissa ainsi s'échouer le paquebot Molitor en attendant que les pilleurs d'épave se manifestent. Les promoteurs Meunier furent les premiers. Ils n'envisageaient ni plus ni moins que de raser les bâtiments pour construire un hôtel de grand rapport. Or, le 27 mars 1990, le Ministre de la culture, Jack Lang décide de l'inscription de l'ensemble à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, torpillant ces desseins destructeurs. En 1991, un appel d'offres est lancé. Apparaît alors le projet de REICHEN et ROBERT qui programmait la destruction du bassin d'hiver. Le projet n'est pas retenu, mais ce n'est que partie remise, en 1996 nouvel appel d'offres qui n'est qu'un habillage visant à adopter le projet, récupéré entre-temps par Meunier Promotion, de REICHEN et ROBERT. En termes juridiques, c'est un peu un détournement de pouvoir.
Le projet REICHEN et ROBERT associé au projet de MIMRAM, est cette fois retenu. Le saccage de la piscine Molitor s'annonce ainsi imminent.
La délibération autorisant la signature des marchés avec les architectes en vue de la restructuration du site occupé par la piscine Molitor, est adoptée par le Conseil de Paris le 7 juillet 1997.
Associations et riverains de tout le 16e arrondissement se mobilisent pour la conservation de ces bâtiments emblématiques. La délibération est attaquée devant le tribunal administratif par l'association de défense des piscines Molitor, Jean-Yves MANO, alors simple conseiller de Paris d'opposition, et Laure SCHNEITER, conseillère écologiste, pour absence d'information des élus.
Le 5 août 2000, Catherine TASCA émet un avis défavorable au permis de démolir de la piscine Molitor, l'ampleur des démolitions étant jugée trop importante. Un mois plus tard, le tribunal administratif annule la délibération du 5 juillet 1997 considérant que les élus n'ont pas pu se prononcer en toute connaissance de cause.
Le projet REICHEN, ROBERT et MIMRAM est donc abandonné et la Ville de Paris se trouve dans l'obligation d'indemniser les architectes. La délibération de ce jour porte ainsi sur le montant de cette indemnisation et sur le protocole d'accord qui a été passé avec les architectes.
Notons toutefois que REICHEN et ROBERT toucheront la coquette somme de 1.199.530 F et MIMRAM 742.237 F. Les méthodes à la hussarde de l'ancienne municipalité coûtent cher à la nouvelle équipe municipale.
Avec l'abandon du projet hôtelier, l'espoir d'une réhabilitation complète revient. Le futur maire de Paris, Bertrand DELANOË, en pleine campagne municipale, prit l'engagement public, sur place, de sauver cette piscine et de créer une commission intégrant les associations chargées de définir un projet d'aménagement. Une fois élu, il fait inscrire une ligne de crédit d'études au premier budget municipal pour évaluer la situation.
L'optimisme était alors de rigueur.
En septembre 2001, Jean-Yves MANO déclarait ainsi, je le cite : "Le bassin d'été sera maintenu, nous ne ferons ni des appartements ni des hôtels. Les Parisiens verront revivre Molitor, je vous l'assure".
Cet enthousiasme fut rapidement tempéré. Les rapports des 3 études commandées concluaient en effet à une dégradation excessive du béton du bassin d'été et à la nécessité de renforcer les armatures métalliques du bassin d'hiver. En outre, les chlorures de piscine corroderaient le béton ce qui nécessiterait de coûteux traitements spécifiques. Pour une réhabilitation à l'identique, l'addition s'avérerait ainsi particulièrement chlorée de sodium, c'est-à-dire salée en termes non chimistes, puisqu'elle atteindrait 55 millions d'euros, la construction d'une piscine neuve étant évaluée à 30 millions d'euros.
Pour mémoire, je rappellerai que les travaux de réfection de la piscine étaient estimés à 5 millions de francs en 1989. Le coût de réhabilitation aurait considérablement grimpé de 356 millions de francs en 13 ans. Sans sous-estimer l'importance des dégradations actuelles, il y a de quoi rester perplexe.
Au moment où les trois rapports d'études étaient communiqués, un expert du bureau de contrôle SOCOTEC, répondant à un architecte porteur d'un projet alternatif, apportait des conclusions beaucoup plus optimistes considérant que la structure des piscines étaient totalement récupérable. Les problèmes liés à l'action du chlore pourraient en effet être tout à fait surmontés en utilisant des bétons à expansion. Il existerait ainsi des procédés simples pour redonner à Molitor son apparence d'origine.
Face à de telles divergences de point de vue, notre perplexité ne peut que s'accentuer. La Mairie de Paris aurait, si l'on en croit certains échos de presse, déjà abandonné tout espoir de sauver l'ensemble actuel. La presse s'est ainsi fait l'écho de démarches menées pour rechercher des cofinancements du côté de la mairie de Boulogne et de la Région Ile-de-France et des objectifs de destruction des deux bassins existants et de reconstruction d'un nouveau bassin.
Quelques éléments Art Déco tels des mosaïques, des vitraux et des garde-corps métalliques seraient sauvegardés, mais la charpente, les étages et les cabines qui font le charme et la poésie de Molitor devraient être détruits.
Confirmez-vous ces prédictions alarmistes ? La piscine Molitor, chef d'?uvre en péril, vit-elle ses derniers instants en dépit de toutes les assurances, de tous les engagements que nous avons pris y compris devant les Parisiens et nos électeurs ?
Les associations auxquelles une participation à une commission avait été promise se sentent flouées, et l'opacité qui entoure le projet est jugée suspecte. Le culte du secret ne devrait plus avoir cours. Afin de respecter les engagements pris et chasser les fantasmes qui entourent la réouverture tant attendue de la piscine, deux mesures s'avèrent indispensables.
D'abord la réalisation d'une nouvelle contre-expertise menée par les associations sur l'état des bassins et des bâtiments.
Ensuite, la mise en place d'un comité de pilotage intégrant les associations sur le devenir de cet ensemble exceptionnel.
Il faut que ces mesures soient prises. Il faut que la clarté soit faite et que ce chef d'?uvre unique d'une période parmi les plus brèves de l'histoire de l'art architectural, la période arts déco puisse être enfin sauvegardée.
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Pascal CHERKI, quand nage-t-on à Molitor ?
M. Pascal CHERKI, adjoint, au nom de la 7e Commission. - Pour l'instant, on nage dans l'espérance.
Après cette longue intervention de notre collègue BLET, qui est très complète et qui m'éclaire car je ne suis pas un spécialiste du béton, je voudrais porter à la connaissance de l'Assemblée les éléments suivants :
La réhabilitation de la piscine Molitor en l'état faisait partie du contrat d'engagement de la mandature, elle n'est pas faite pour des raisons sportives, mais nous envisageons la réhabilitation de cette piscine dans un aspect patrimonial. Cela peut être des équipements d'autres natures, des immeubles anciens.
Sur cette base, nous avons dit que pour sauvegarder le patrimoine parisien, nous étions disposés à envisager la réhabilitation de la piscine Molitor. Quand nous avons eu concrètement en main les dossiers techniques, il se trouve que trois études contradictoires ont toutes conclu à une dégradation importante du béton qui rendait plus complexe que ce que nous avions pu penser à l'époque, au vu des informations parcellaires, la restauration de la piscine à l'identique.
Comme nous sommes dans la démarche de tenir nos engagements du contrat de mandature, nous sommes amenés à lancer des études importantes de façon à pouvoir chiffrer le coût, non pas d'une reconstruction identique, malheureusement, pour l'instant, en l'état des éléments et je tiens copie de ces trois études...
M. Jean-François BLET. - Volontiers !
M. Pascal CHERKI, adjoint, rapporteur. - Nous les ferons transmettre à tout membre du Conseil de Paris qui le souhaiterait.
Il appartient donc de poursuivre les études complémentaires et d'arriver à un chiffrage ; c'est la raison des chiffrages que nous avons avancés, ils ne sont pas faits pour préparer les esprits à la non-réhabilitation de la piscine Molitor, mais pour les éclairer sur le montant financier important de cette opération qui, de toutes les manières, en l'état actuel des éléments que nous avons de l'état du béton, de l'évolution des normes de construction, nous conduit à dire, en toute honnêteté, au Conseil, que nous essaierons de nous rapprocher le plus possible de l'esprit d'origine de la piscine Molitor, en gardant, dans le cadre de cette opération, le plus d'éléments d'époque.
Mais, en l'état actuel, au vu des informations techniques que nous avons en notre possession, nous ne sommes pas en mesure de pouvoir dire que nous reconstruirons à l'identique.
Compte tenu de l'importance symbolique de ce dossier et des sommes mobilisées, il est normal que nous prenions le temps d'une réflexion approfondie, circonstanciée et la plus contradictoire possible.
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Merci. Monsieur BLET ?
M. Jean-François BLET. - Juste un mot, les piscines créées par l'architecte POLLET à Paris sont au nombre de trois : celle de Pontoise dont on sait quel rôle exemplaire elle a joué lors de la nuit blanche, réhabilitée intégralement de A à Z, qui est un petit joyau.
La piscine Pailleron qui va l'être, alors que vous avez tenu le même discours sous la mandature précédente, que cette piscine ne pouvait être réhabilitée, la solution étant de tout raser. Mes collègues socialistes avaient voté sa démolition, un A.B.F. courageux l'a inscrite à l'inventaire.
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - On ne veut pas détruire Molitor !
M. Jean-François BLET. - C'est l'équivalent de ce qu'est une cathédrale pour la période gothique. Il y a peu de monuments de cette ampleur et de cette importance de style arts déco à Paris.
La préservation de monuments emblématiques pour une période architecturale et historique est importante pour un quartier.
Molitor, toutes les amours de jeunesse qui se sont nouées autour de cette piscine, si vous aviez vu les photos du bassin de Molitor dans les années 20...
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Nous sommes tous d'accord sur cette option.
M. Jean-François BLET. - Ce n'est pas une chose qui doit être jugée à l'aune de petites opérations de reconstruction et de réhabilitation habituelles.
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Nous ne sommes pas dans cet esprit de petites opérations cosmétiques, nous vous rejoignons sur les propos que vous venez de tenir. Le Maire tient à ce qu'on puisse nager rapidement à Molitor, mais pas au détriment de ce bâtiment, de son architecture, il le rappelle fréquemment dans toutes ses réunions.
L'objectif recherché est de maintenir ce joyau et de permettre aux Parisiens et aux Parisiennes de pouvoir y nager rapidement.
Je vous propose de passer au vote...
Pascal CHERKI, un mot...
M. Pascal CHERKI, adjoint, rapporteur. - Un mot, même si nous ne sommes pas nombreux en séance.
En ce qui concerne la piscine Pailleron, je ne peux pas dire que mon collègue MADEC était un forcené, il demandait qu'on réfléchisse à la reconstruction de la piscine Pailleron et de la patinoire pour lesquels nous allons engager 130 millions de francs.
Premièrement, Roger MADEC était pour la réhabilitation de la piscine Pailleron.
Deuxième élément, je vous redis que je ne suis pas un spécialiste de ces questions techniques, vous m'avez l'air d'être à la pointe de ces questions-là, je suis tout à fait disposé à vous communiquer les trois études et à contribuer à nous éclairer encore mieux que ce que nous sommes éclairés. Ces études ne sont pas secrètes.
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DPA 316.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2002, DPA 316).
Mes chers collègues, nous allons suspendre la séance, je vous remercie beaucoup pour le travail de toute cette journée.
Je remercie les fonctionnaires de la séance de nous avoir accompagnés d'une façon aussi professionnelle et nous nous retrouvons demain à 9 heures.
La séance est suspendue.