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Octobre 2002
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27 - Vœu déposé par MM. René DUTREY, François FLORES et les membres du groupe "Les Verts" concernant les méthodes de consolidation des carrières souterraines

Débat/ Conseil municipal/ Octobre 2002


M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Pour en finir avec la 3e Commission, nous passons maintenant à l'examen de 3 v?ux.
Le premier concerne le v?u référencé n° 1 dans le fascicule, il est présenté par M. DUTREY.
M. René DUTREY. - Je vous remercie, Monsieur le Maire.
Le sous-sol de Paris est un gruyère. L'exploitation des carrières sous Paris a commencé à l'époque gallo-romaine, on a extrait du sous-sol de Paris de la craie, du gypse, du sable et du calcaire grossier.
Le calcaire grossier a servi à construire les immeubles dans lesquels pour beaucoup nous habitons aujourd'hui.
Ces carrières de calcaire ont été laissées à l'abandon, en état de fin d'exploitation. Elles n'ont fait l'objet d'aucune cartographie. Il a fallu attendre 1777 et la création de l'Inspection générale des carrières pour qu'une cartographie et de premières consolidations puissent être effectuées. L'exploitation des carrières a été interdite à partie de 1810, partiellement, et complètement en 1880.
Pendant 130 ans les consolidations des carrières de calcaire ont été réalisées en pilier maçonné. Cela représente 90 % des consolidations. Cette méthode ancestrale consiste assez simplement à soutenir le ciel de la carrière par des piliers en pierres calcaires, donc de la même pierre que la carrière, appareillés au mortier de ciment, répartis régulièrement. Cela a l'avantage d'utiliser de la pierre identique. Seuls les joints sont apportés de l'extérieur et ils ne représentant que 1/50e du volume.
Depuis les années 60 une nouvelle méthode est apparue qui est la méthode dite d'injection... Est-ce que je pourrais avoir du silence ?...
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Allez-y, Monsieur DUTREY, continuez, ne vous laissez pas troubler.
M. René DUTREY. - Je subis un certain brouhaha, bien que je sois difficilement "troublable".
La méthode d'injection consiste à remplir le vide résiduel de la carrière en effectuant un forage et en remplissant cette carrière par un coulis de béton constitué de béton et de cendres volantes de charbon résidus de combustion des centrales thermiques. Il faut savoir que très souvent ces cendres de charbon sont chargées de métaux lourds, arsenic, cadmium, plomb.
Cette méthode est beaucoup décriée en ce moment, entre autres par les cimentiers qui viennent de créer une commission internationale dans le cadre de la recherche sur les métaux lourds dans les ciments et plusieurs sociétés scandinaves ont interdit l'utilisation de ce type de ciment dans la consolidation des carrières.
Cette méthode d'injection pose d'autres problèmes, entre autres celui de l'imperméabilisation des sols de carrière. Normalement les eaux se répandent à travers les couches géologiques et ruissellent à travers le calcaire grossier jusqu'à la nappe phréatique. Contrairement à la méthode des piliers maçonnés laissant le ruissellement des eaux s'effectuer, les injections entraînent des détournements du ruissellement, et donc des accumulations d'eau stagnante.
On a des exemples assez récents sous la Z.A.C. "Guilleminot", la Z.A.C. "Montsouris", suite à des injections qui ont entraîné des petits effondrements. Sous le réservoir de Montsouris, la S.A.G.E.P. a même été obligée de percer les injections pour permettre au ruissellement de s'effectuer à nouveau.
De plus, ces injections étant faites un petit peu à l'aveuglette, cela déborde sur les propriétés voisines. On peut citer les carrières classées de Port Mahon, qui ont bénéficié d'une injection dégoulinante sur toute une partie du site.
Et pour finir cette méthode d'injection empêche toute possibilité de contrôle. A partir du moment où l'on ne peut plus descendre dans la carrière il n'y a plus aucune possibilité de contrôler l'évolution du site.
L'objectif de ce v?u est assez simple. Il demande qu'une étude soit commandée par la Ville de Paris pour estimer clairement l'efficacité et les impacts sur l'environnement de ces consolidations par injection de béton et deuxièmement pour que les méthodes de consolidation soient intégrées dans le futur plan local d'urbanisme.
Il paraît assez normal d'intégrer les sous-sols de notre Capitale dans l'évolution et dans le cadre du développement durable. C'est sûr que le sous-sol cela ne se voit pas, on y porte souvent peu d'attention mais notre Ville s'est quand même construite grâce et sur ce sous-sol. La qualité des méthodes de consolidation effectuée aujourd'hui détermine grandement la stabilité de notre sol pour demain.
Je crois que dans une logique de développement durable qui nous anime tous nous nous devons d'intégrer à la réflexion sur l'évolution de notre Ville le respect de son sous-sol.
Je vous remercie.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.
La parole est à Denis BAUPIN.
M. Denis BAUPIN, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire.
Quelques éléments de réponse à M. DUTREY.
D'abord pour rappeler qu'il y a trois types d'origine des désordres souterrains que l'on peut connaître à Paris. Premièrement les anciennes carrières de calcaire grossier, deuxièmement les anciennes carrières de gypse et enfin la dissolution de poches de gypse elles-mêmes en profond de ces vides souterrains.
Deux méthodes sont principalement employées - vous l'avez rappelé - la consolidation par injection et la consolidation par pilier maçonné. Cette dernière méthode pour l'instant n'est appliquée que dans le cadre d'anciennes carrières souterraines de calcaire grossier et dans tous les autres cas c'est la méthode par injection qui est pour l'instant employée.
Il faut d'ailleurs noter que cette méthode par pilier maçonné n'est pas abandonnée, elle reste prescrite et pratiquée notamment souvent sur la rive gauche. Mais aujourd'hui l'Inspection générale des carrières qui dépend de la Direction de la Voirie et des Déplacements de la Ville de Paris ne privilégie aucune méthode et laisse le choix aux pétitionnaires entre toutes les techniques réalisables sur la parcelle considérée.
En ce qui concerne les remarques que vous avez faites sur la méthode d'injection, je voudrais d'abord rappeler que cette méthode est utilisée dans toute la France pour combler des vides souterrains. Donc elle n'est pas spécifique à la Ville de Paris.
En ce qui concerne la pollution due au ciment, il nous est indiqué que les ciments utilisés aujourd'hui dans les coulis d'injection sont des ciments normalisés qui obéissent à des cahiers des charges très lourds. En particulier le caractère inerte de ces ciments est vérifié et ces ciments sont normalisés et ne peuvent pas contenir des métaux lourds ni des substances organiques susceptibles de polluer la nappe. De même d'ailleurs que les matériaux ajoutés au ciment pour constituer le coulis.
En ce qui concerne les interrogations que vous portez sur l'évolution des circulations d'eau, en règle générale les carrières souterraines se situent au-dessus de la nappe phréatique, sinon elles auraient déjà été envahies d'eau et donc leur exploitation aurait été impossible dans ce cas-là. Le problème de la circulation d'eau dans la carrière ne devrait pas se poser. Il existe cependant des cas - vous avez raison d'insister là-dessus - où une couche d'argile plastique a permis la subsistance d'une nappe perchée qui peut transiter par les carrières mais il convient de noter que dans ce cas la consolidation par pilier maçonné s'accompagne du comblement par du remblai et que cette méthode aussi pourrait entraîner des modifications de circulation d'eau.
Enfin, en ce qui concerne la vérification du procédé, lorsque la technique de consolidation par injection est prescrite par l'Inspection générale des carrières, elle est systématiquement accompagnée d'une obligation de faire des forages de contrôle après les travaux pour vérifier que les vides ont été comblés et que la résistance du terrain est adéquate.
Ainsi la méthode de consolidation par injection est celle pour laquelle la vérification est aujourd'hui la plus développée. Rappelons enfin que cette technique qui est en amélioration constante est utilisée par la Ville de Paris dans la quasi-totalité de ses opérations, que ce soit sous voie publique ou sous bâtiment, non seulement parce que c'est une technique qui a fait ses preuves mais surtout parce que bien souvent c'est la seule qui soit adaptée dans le cadre des dispositions techniques existantes.
Bien évidemment, vous proposez par votre v?u la réalisation d'une étude pour estimer l'efficacité et l'impact sur l'environnement des consolidations par injection. Je donne un avis favorable à ce v?u. Je pense même que cette étude pourrait être élargie à la consolidation par pilier maçonné pour laquelle certaines questions techniques sont aujourd'hui mal résolues.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, du Mouvement des citoyens, communiste et "Les Verts").
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Avis favorable donc.
Je mets donc aux voix, à main levée, la proposition de v?u déposée par le groupe "Les Verts".
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
La proposition de v?u est adoptée. (2002, V. 118).