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Octobre 2002
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180 - 2002, DLH 10 - Autorisation à M. le Maire de Paris de consentir au dépôt par la R.I.V.P. d'une demande de permis de construire en vue de la réalisation d'un programme mixte comportant environ 90 logements sociaux destinés aux jeunes et aux étudiants sur la parcelle située 2-4, rue Bruneseau (13e)

Débat/ Conseil municipal/ Octobre 2002


M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Nous passons à l'examen du projet de délibération DLH 10 autorisant M. le Maire de Paris à consentir au dépôt par la R.I.V.P. d'une demande de permis de construire en vue de la réalisation d'un programme mixte comportant environ 90 logements sociaux destinés aux jeunes et aux étudiants sur la passerelle située 2-4, rue Bruneseau, dans le 13e.
Il y a une question de M. BLET qui est relayée par M. RIOU, et ce sont MM. ASOULINE et MANO qui répondront.
M. Alain RIOU. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, si l'on devait établir la liste des lieux les plus laids de notre Capitale, les moins attrayants, nul doute que le secteur Masséna-Bruseneau figurerait en bonne place. Traversé par la balafre du périphérique, abandonné par les activités qui s'y étaient développées, isolé par le cordon ferroviaire de la gare de Lyon, enclavé aux confins de Paris et d'Ivry, c'est un territoire morne et délaissé.
(Mme Mireille FLAM, adjointe, remplace M. Christian SAUTTER, adjoint, au fauteuil de la présidence).
C'est pourtant dans ce cadre rieur que l'on nous propose d'engager un programme d'environ 90 petits logements sociaux destinés aux jeunes et étudiants, qui plus est sur l'emprise la plus excentrée, à l'extrême limite communale, entre bretelles d'accès au périphérique, activités et friches. Une localisation pour le moins délicate, ainsi qu'il est précisé avec un euphémisme de circonstance dans l'exposé des motifs de la délibération.
Certes, l'objectif ambitieux de 3.000 logements pour étudiants d'ici 2006, légitime au regard des difficultés des étudiants pour se loger à Paris, impose de se saisir de toutes les opportunités possibles pour réaliser des opérations de logements étudiants. Mais, choisir les parcelles les plus excentrées, les plus difficiles, pour y loger des jeunes et des étudiants est aberrant.
Doit-on considérer les étudiants comme des citoyens de seconde zone ? Alors que ces jeunes gens connaissent des difficultés sur le plan matériel, nul besoin d'en rajouter dans le symbolisme en les reléguant dans des zones cul-de-sac, sous prétexte qu'un complexe cinéma vient d'ouvrir à proximité.
D'autres options d'implantations doivent ainsi être envisagées, d'autant plus que l'aménagement de l'ensemble du secteur est actuellement à l'étude. Le lancement de ce programme apparaît donc tout à fait prématuré et relève d'avantage d'une conception charcutière de l'urbanisme qui consiste à découper les opérations en tranches que d'une planification concertée. Certes, le projet de l'architecte Yves Lion sur le secteur Masséna-Bruneseau intègre ce programme mais ce projet n'a été avalisé ni par notre assemblée, ni par le Comité permanent de concertation de la Z.A.C. "Paris-Rive gauche". En outre, quel crédit doit-on lui accorder ?
Sur un secteur d'environ 30 hectares, est envisagée l'implantation de tours de 25 étages, soit 75 mètres de haut environ, accueillant bureaux et logements. Si ce projet devait être retenu, ce serait ainsi un retour aux trente peu glorieuses pour l'urbanisme parisien. La construction de tours à Paris a en effet été arrêtée en 1974 par Valery GISCARD d'ESTAING qui constatait les erreurs des piteuses opérations Front de Seine, Montparnasse, Place des Fêtes et Olympiades.
Construire une tour n'a rien de scandaleux en soi, certains gratte-ciel sont même des chefs-d'?uvre architecturaux, mais pourquoi oser une nouvelle rupture avec la forme urbaine parisienne ? Pourquoi renouveler l'expérience de cet urbanisme fonctionnaliste qui nie la rue dans sa fonction d'espace de sociabilité ? En outre, un précédent serait créé au niveau parisien, ce qui pourrait justifier l'implantation de tours et de barres dans d'autres secteurs de la Capitale, mais également au niveau régional. Une brèche dans laquelle certaines communes limitrophes ne manqueraient pas de s'engouffrer serait ainsi ouverte.
L'architecte maquille pourtant son projet derrière le concept galvaudé du développement durable et se livre à cet effet à un périlleux exercice dialectique. Avec ces tours érigées dans des parcs, on aurait ainsi, je cite : "un quartier bio dans un environnement censé n'être qu'une nuisance". Ce qui justifierait ce label bio seraient des études allemandes montrant qu'on arrive à une optimisation énergétique à partir d'immeubles d'une "certaine grande hauteur" en plein sol. Soit, mais je crains que les études allemandes ne s'interrogent guère sur la qualité de vie des habitants dans le quartier Masséna.
De même, un jardin sur dalle pourrait être exemplaire de la vocation "bio" du site. En outre, dans dix ans, les voitures feraient moins de bruit, la pollution serait nécessairement moins forte, le périphérique toujours aussi fréquenté mais de façon moins agressive. Au lieu d'oser un pari pascalien sur les progrès de l'industrie automobile et de la conduite d'automobilistes enfin pacifiés, il serait certainement plus judicieux pour l'avenir du quartier de supprimer l'échangeur d'Ivry, ce qui ouvrirait de nouvelles perspectives d'aménagement, et d'ériger des murs anti-bruits le long du périphérique.
La réflexion sur l'aménagement du secteur devrait également intégrer l'arrivée à moyen terme du tramway boulevard Masséna. Pourrait ainsi voir le jour un véritable boulevard urbain, le long duquel des opérations de logements, dont des logements étudiants, et des logements sociaux, seraient réalisés. Les étudiants se trouveraient ainsi plus proches du futur quartier universitaire et bénéficieraient d'un environnement d'une qualité nettement supérieure au no man's land dans lequel il est envisagé de les parquer.
Madame la Maire, si le programme qui nous est présenté nous semble intéressant dans son contenu, le choix de sa localisation nous paraît totalement prématuré compte tenu de l'état d'avancement limité des réflexions sur l'aménagement de ce secteur de la Z.A.C. "Paris-Rive gauche".
Alors que le quartier doit constituer un modèle de développement durable, il est évident que le programme présenté va à l'encontre de tous les préceptes présupposés par ce concept. Une maturation est ainsi indispensable.
Certes, le déficit en logements sociaux pour étudiants est alarmant mais l'urgence ne nous autorise pas à l'incohérence.
Madame la Maire, mes chers collègues, je vous remercie. Nous nous abstiendrons sur cette délibération.
Mme Mireille FLAM, adjointe, présidente. - Pour répondre, je donne la parole à M. David ASSOULINE.
M. David ASSOULINE, adjoint, au nom de la 7e Commission. - Je vais dire deux mots et Jean-Yves MANO va répondre peut-être aussi plus sur le plan de toutes les évocations techniques exposées par M. RIOU.
Vous savez, théoriquement dans cette Assemblée tout le monde est d'accord pour qu'il y ait du logement étudiant. La grosse difficulté depuis que j'ai pris mes fonctions c'est de trouver du foncier et de permettre que les programmes puissent avancer rapidement pour remplir notre contrat de mandature qui est de 3.000 logements sociaux étudiants en 5 ans. C'est une vraie bagarre de tous les jours.
Et quand on trouve un endroit possible, comme Bruneseau, qu'on étudie pendant un an - parce que cela fait un an qu'on discute de ce projet - qu'il a été amélioré, ce n'est pas le projet à l'identique proposé au début, car au début il était proposé du logement exclusivement étudiant. On a vu que dans le secteur il serait bon de faire 50 % de logements étudiants et 50 % de logements pour jeunes travailleurs en formation et pour jeunes travailleurs. A l'arrivée nous proposons ce projet qui est aussi un pari.
Vous avez parlé de tours, cela crée une confusion pour ceux qui ne connaissent pas le dossier. C'est du R+2. Il y a 90 petits studios pour étudiants et jeunes travailleurs. R+2 ce ne sont pas des tours de 17 étages ou je ne sais quoi. Donc si vous avez un problème par rapport à l'aménagement général du secteur, il est légitime de le poser mais en l'occurrence ce projet là est un projet à taille humaine.
Je vous demande de réfléchir à cela, la Z.A.C. "Rive gauche" avec l'université qui va s'y implanter a besoin de logements étudiants à proximité. Les étudiants ne comprendraient pas que l'on fasse un pôle universitaire aussi important dans le 13e et que tous les logements étudiants soient proposés partout sauf dans le 13e.
Nous avons un contrat à remplir, pour qu'il y en ait un minimum dans le 13e, or le problème avec le foncier c'est que pour rentabiliser l'ensemble il nous faut de l'activité économique, de l'activité commerciale, etc... etc... à l'arrivée on ne me propose pas beaucoup de logements étudiants dans le secteur, parce que ce n'est pas rentable.
Nous n'allons pas atteindre les objectifs qui sont dans le contrat U3M si à chaque fois qu'un endroit est trouvé on soulève des arguties. Donc je vous demande - et c'est très politique - de soutenir de tels projets. Pour arriver à 3.000 il nous faudra beaucoup, beaucoup de patience et de ténacité. C'était un des dossiers qui nous permettait d'engranger une centaine de logements étudiants en programmation pour l'année 2002 et ne pas prendre trop de retard pour remplir notre objectif.
Donc je vous demande de retirer cette abstention pour montrer votre volonté d'être, de façon concrète et pas en général, pour le logement social étudiant à Paris.
Mme Mireille FLAM, adjointe, présidente. - Merci, Monsieur ASSOULINE.
Monsieur MANO, vous avez la parole pour un complément d'information.
M. Jean-Yves MANO, adjoint, au nom de la 8e Commission. - C'est toujours un bonheur d'écouter la perception de l'urbanisme parisien de M. BLET, via n'importe quelle délibération. M. ASSOULINE a raison en disant que c'est un petit immeuble, R+2, et nous étions partis dans un descriptif de tours de 25 étages...
Je pense que ce quartier d'ailleurs méritait une évolution, c'est vrai et la conception que l'on a du site que l'on propose vient du fait que ce quartier est en évolution, c'est pour cela que nous avons maintenu la programmation de logements étudiants.
Il est vrai que vient d'ouvrir juste à côté un complexe de cinéma de 14 salles, que cette zone, tout en ayant des caractéristiques particulières que nous intégrons dans le projet, notamment au niveau de l'isolation phonique, sera demain tout à fait viable et c'est à ce titre là que nous avons proposé cette possibilité de construire du logement étudiant et du logement pour jeunes travailleurs.
Je rassure M. ASSOULINE, je suis convaincu que par la mobilisation des uns et des autres nous arriverons à notre objectif de 3.000 logements étudiants à la fin de la mandature.
Mme Mireille FLAM, adjointe, présidente. - Merci, Monsieur MANO.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DLH 10.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2002, DLH 10).