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Mai 2008
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2008, DDEE 131 - DASCO 99 - Communication de M. le Maire de Paris sur l’innovation, la recherche et l’enseignement supérieur.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2008


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons donc à la communication sur l?enseignement supérieur, la recherche et l?innovation.

Mes chers collègues, faire en sorte que chaque Parisien ait un rôle dans sa ville et Paris un rôle dans le monde : l?enjeu dont nous débattons aujourd?hui se situe au c?ur de ce double objectif de notre nouveau mandat. A travers l?innovation, la recherche et l?enseignement supérieur, c?est sur le talent de chacun que nous nous appuyons et c?est l?excellence de Paris que nous visons.

Car l?économie a profondément changé ; elle ignore de plus en plus les frontières et elle tend à devenir immatérielle.

La création, la connaissance et la communication sont désormais les fondements de l?économie globale. Nous devons en prendre acte et je compte sur le talent et l?énergie de Jean-Louis MISSIKA pour nous aider à relever ce défi.

Cela commence par une politique universitaire volontariste que nous souhaitons, bien sûr, coordonner avec l?Etat comme avec la Région.

Et quand le Gouvernement n?assumera pas pleinement sa mission, nous prendrons nos responsabilités, comme nous n?avons cessé de le faire depuis 2001.

En sept ans, nous avons consacré plus de 400 millions d?euros au développement universitaire de Paris, ce qui représente un investissement supérieur à celui de l?Etat. Non seulement cet effort ne s?interrompra pas, mais il sera amplifié.

Pour la recherche, l?enseignement supérieur, l?innovation, pour tout ce qui contribue à la compétitivité de Paris, nous nous donnons les moyens de nos ambitions en prévoyant d?y consacrer 1 milliard d?euros. Et nous comptons sur l?impulsion de ce premier milliard pour en mobiliser un second, avec le concours de nos partenaires publics et privés.

Les universités sont, nous le savons bien, une part essentielle de la force de Paris.

Or, la situation est devenue alarmante. Les universités françaises, à Paris comme ailleurs, prennent un retard inquiétant, sanctionné dans les classements internationaux par des rangs indignes d?un grand pays.

Afin de donner à nos universités les armes nécessaires pour revenir dans la course, nous devrons lutter contre le morcellement qui entraîne inévitablement une dispersion des talents et une déperdition d?énergie.

Nous dessinerons donc dans les six années à venir trois grands pôles universitaires parisiens.

Le premier sera celui de la Montagne Sainte-Geneviève et du Quartier Latin. Le deuxième ira de Jussieu à Ivry voire au-delà en passant par Paris-Rive gauche, la bibliothèque François Mitterrand et la Pitié Salpêtrière.

Quant au troisième site, nous aurons la tâche exaltante de le créer. Il se situera dans le Nord-Est parisien et nous souhaitons y travailler en étroite concertation avec Plaine Commune.

Paris sera ainsi dotée de trois centres organisés, ambitieux, dédiés à la vie intellectuelle dans deux de ses dimensions majeures : l?enseignement et la recherche.

Il serait difficilement concevable que le plan Campus lancé en février par le Gouvernement ne contribue pas à la réalisation de cet objectif.

Nous intensifierons également notre effort pour le logement des étudiants et des chercheurs.

Didier GUILLOT, chargé de la vie étudiante mettra en oeuvre en lien avec Jean-Yves MANO notre projet qui prévoit le financement de 4.000 logements étudiants d?ici à 2014.

Nous veillerons aussi à favoriser l?intensité de la vie culturelle et associative des étudiants.

La Maison des initiatives étudiantes, rue de Tournelle, que nous avions créée dans la première mandature, contribue au mouvement de notre Ville.

Nous en créerons trois autres, dans le Quartier Latin, à Paris-Rive gauche, à Ternes dans le pôle Nord-Est.

D?autre part les fonctionnalités de la carte numérique interuniversitaire seront étendues à tous les étudiants.

Innover c?est aussi avoir à l?esprit que l?information ne circule plus selon les mêmes schémas qu?il y a encore quelques années.

On communique aujourd?hui en réseau avec un sens de la vitesse et de la simultanéité qui tend en fait à changer nos rapports à l?espace et au temps.

Paris doit être en avance sur ces évolutions. Nous avons entrepris la mise en place sur l?ensemble du territoire de notre Ville d?un réseau performant de fibre optique.

Toutes nos opérations d?urbanisme, et je sais pouvoir compter bien entendu sur l?engagement d?Anne HIDALGO, toutes nos opérations d?urbanisme continueront de mettre en ?uvre l?installation du très haut débit.

Mais nous devrons aller plus loin avec un objectif.

Dans les quatre ans, l?ensemble de la population parisienne pourra accéder au très haut débit.

La fracture numérique, mes chers collègues, est aussi une fracture sociale.

Elle isole les plus fragiles, elle écarte les plus modestes et les moins informés des réseaux quasi-universels de communication.

Pour mettre l?innovation au service de la justice sociale, nous irons donc au-delà des 400 points d?accès gratuit au Wi-Fi installés pendant le précédent mandat, nous veillerons en particulier à ce que les bailleurs sociaux garantissent à leurs locataires à des tarifs avantageux un accès au très haut débit.

De même, les écoles et les collèges parisiens seront dotés d?espaces numériques de travail offrant aux élèves et aux enseignants des outils modernes et efficaces.

Pour que Paris puisse mettre toutes les chances de son côté, nous devrons faire de ces enjeux un dessein collectif, nous devrons faire émerger une culture de l?innovation, ce qui suppose une intervention publique, énergique et efficace.

Afin d?organiser, de planifier, vous voyez que le mot ne me fait pas peur, et de superviser notre action, une Agence parisienne de l?innovation sera créée.

Elle aura pour mission de faire connaître les jeunes entreprises et de leur faciliter l?accès au marché.

Elle sera soutenue par des structures spécialisées dans le capital risque, le financement et l?accompagnement des P.M.E.

Les entreprises dédiées à l?économie de la connaissance continuerons donc d?être épaulées par la Municipalité surtout à leurs débuts, quand elles ont le plus besoin de soutien financier, matériel et immobilier.

Nous avons depuis 2001 multiplié par huit les surfaces dédiées aux pépinières et aux incubateurs. Nous en avons créé 44.000, dont Paris Bioparc, Paris Innovation villages, les pépinières de Cochin ou de la rue des Haies. Notre objectif est de créer dans les six années à venir 55.000 mètres carrés supplémentaires, notamment dans le secteur de la santé, à travers l?Institut de la vision à l?hôpital des Quinze-Vingts et l?Institut du cerveau et de la moelle épinière à la Pitié Salpêtrière.

Et nous devrons penser au-delà de Paris.

C?est à l?échelle de Paris Métropole que se situent cette ambition et cette exigence.

L?innovation ne se pense pas à l?intérieur de limites artificielles, elle exige un regard large, des ambitions vastes et des projets qui donnent à Paris l?occasion de travailler étroitement avec les collectivités voisines.

Ainsi nous porterons les projets de Bioparc 2 à Ivry ou du Cancer Campus à Villejuif.

Dans la mise en place de ces pépinières et de ces incubateurs, deux dimensions seront essentielles.

L?une concerne le fond, l?autre la méthode.

La première c?est le développement durable. Notre politique de recherche et d?innovation sera non seulement respectueuse de l?environnement, mais elle reposera sur une exigence plus haute encore puisqu?il n?est de développement que durable. Il n?est d?économie moderne que responsable.

Nous soutiendrons tout particulièrement, selon l?application stricte du Plan Climat, les entreprises dédiées aux écoactivités à l?image d?Agoranov, cet incubateur situé dans le 4e arrondissement auquel j?ai rendu visite il y a quelques semaines et qui est un modèle de dynamisme et d?inventivité.

Et la deuxième dimension sur laquelle je veux insister, c?est le partenariat public-privé qui sera la clef de notre politique d?innovation.

Certes, nous sommes plus que jamais attachés à l?essor de la recherche publique et je pense notamment à la recherche fondamentale qui est l?une de nos priorités et je tiens ici, comme je l?avais fait dans le premier mandat, à apporter mon soutien résolu au monde de la recherche publique que nous soutenons et que je continuerai personnellement à soutenir vigoureusement.

Mais innover, cela signifie aussi et peut-être d?abord rénover les schémas de pensée désuets, le public et le privé sont deux forces qu?il faut associer pour la vitalité de Paris.

Nous avons déjà dans le cadre du P.L.U. consacré deux millions de mètres carrés à l?activité économique. J?ai toute confiance en Christian SAUTTER pour accompagner et attirer sur notre métropole les projets économiques qui contribueront à son rayonnement.

Nous ne négligerons pas le levier de la commande publique, afin de faire de Paris une Ville toujours plus accueillante et compétitive.

Mes chers collègues, l?innovation en somme nous invite à la vigilance et à la volonté.

Vigilance parce qu?il s?agit de garder l?attention nécessaire pour être toujours en avance sur notre temps.

Volonté parce qu?une politique de l?innovation doit investir sur les forces de l?intelligence et de la création. N?en doutons pas, pour relever le défi de l?avenir, si nous le voulons, si nous posons les actes efficaces, Paris sera bien au rendez-vous.

Merci.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

Mes chers collègues, il y a donc un débat organisé. Pour commencer ce débat, je donne la parole à M. Jean-François LAMOUR.

M. Jean-François LAMOUR. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, créer des emplois, développer des richesses, attirer les équipes, les projets, les entreprises sur le territoire parisien, s?engager pour l?innovation, la recherche et les universités, ce sont vos propres termes, Monsieur le Maire, sur cela, nous sommes tous d?accord : c?est l?avenir économique et social de Paris qui en dépend.

Mais, vous prétendez avoir réalisé pendant ces sept dernières années de nouveaux équipements universitaires, des réhabilitations, des créations de pépinières et des pôles de compétitivité. Soit, mais nous en serions totalement convaincus si la culture d?évaluation faisait vraiment partie intégrante de votre propos, et si un bilan vérifiable était apporté, ce qui n?est pas le cas.

Je vous pose donc ces premières questions, Monsieur le Maire : quels sont les montants exacts que la Ville a investi pour la rénovation des universités parisiennes ? Combien d?entreprises ont été concernées par les pépinières ? Et combien d?emplois ont-elles permis de créer ?

Je salue, d?ores et déjà, Monsieur le Maire, le soutien que vous apportez enfin au partenariat public/privé, puisque vous prévoyez d?utiliser cet outil performant pour la création de pépinières supplémentaires. Là, c?est certainement le souffle nouveau du libéralisme qui vous a touché. Mais, si je retiens votre volonté d?impliquer la Municipalité dans l?enseignement supérieur, la recherche et l?innovation, je demeure plus circonspect quant à la politique que vous envisagez concrètement. J?en veux pour preuve votre annonce d?un milliard.

Ce milliard, Monsieur le Maire, je ne le trouve nulle part dans votre communication. Il est sûrement désiré, peut-être rêvé, mais véritablement inexistant pour l?instant. C?est si vrai que vous ne prenez même pas la peine de nous en préciser l?origine : Fonds structurels européens, lesquels? Contrat de plan Etat Région, d?autres subventions régionales peut-être ?

Quant au bilan de votre précédente mandature, vous vous réfugiez derrière le sempiternel désengagement financier de l?Etat, alors qu?au travers de la convention U3M, ce dernier a continué d?investir dans ces domaines.

L?Etat a, en effet, lourdement financé la rénovation complète de Jussieu à hauteur de deux milliards d?euros. Il participe au déplacement de Paris VII à Tolbiac. Il a également en charge les personnels des universités. Prétendre que la Mairie de Paris, en ayant consacré 400 millions d?euros au développement universitaire pendant la mandature 2001-2008, a davantage investi que l?Etat est totalement infondé. Dans ces 400 millions d?euros, Monsieur le Maire, vous ne dites pas que la Ville tient compte de la valorisation du foncier mis à disposition, ce qui évidemment fausse la donne.

En outre, il faut ajouter des mesures prises par le Gouvernement pour les doctorants et les chercheurs. Pour les doctorants, l?Etat  a augmenté de 8 % l?allocation de recherche depuis octobre 2007. Mille postes de moniteurs supplémentaires ont également été créés. Dans la même lignée, le mécénat pour les projets de thèse a été complètement défiscalisé. Quant aux chercheurs, l?Etat a multiplié par trois le taux de crédits impôts recherches.

Je veux saluer l?action de Mme Christine LAGARDE et, en particulier, les mesures de défiscalisation des revenus des étudiants, leur permettant de financer une partie de leurs études et d?améliorer ainsi leur niveau de vie. De même que la possibilité pour les personnes assujetties à l?I.S.F. d?investir dans le développement des universités.

Par ailleurs, je vous rappelle, Monsieur le Maire, que le projet d?Aubervilliers que vous soutenez - ce dont nous nous réjouissons - a été initié par l?Etat. Je souligne que les universités Paris IV, V, VI et VII ont bénéficié d?audits financiers par l?Etat pour accéder au système de compétences élargies dès janvier 2009, dans le cadre de la loi sur l?autonomie des universités, portée avec détermination par Valérie PÉCRESSE. Grâce à l?Etat, l?université se modernise à Paris.

Alors, il n?est pas justifié de parler de son désengagement dans son domaine, quand on sait que le plan de modernisation des universités bénéficie de 5 milliards qui seront injectés. Et, Monsieur le Maire, ces 5 milliards, nous savons d?où ils viennent.

Mais revenons plutôt sur le milliard que vous avez apparemment l?intention de consacrer, sur toute votre mandature, à l?enseignement supérieur, à la recherche et à l?innovation. Il est tout de même stupéfiant que vous ne nous donniez pas plus de précisions sur sa programmation budgétaire. Les déclarations de la semaine dernière de Jean-Louis MISSIKA nous indiquent qu?il faudra attendre le mois d?octobre, c?est-à-dire les orientations budgétaires pour le budget 2009 pour en connaître enfin les affectations. Nous attendons l?inscription, Monsieur le Maire, d?environ 80 millions d?euros, dès le budget modificatif de juillet 2008. Ou alors, cela voudrait dire que 2008 demeurera sans nouveau investissement dans ce domaine.

Si le plan U3M a offert à Paris de redessiner son paysage universitaire, nous sommes aujourd?hui à la croisée des chemins. C?est pourquoi je voudrais savoir la part d?investissement qui sera consacrée à la création du nouveau pôle universitaire de Paris Nord-Est.

Il existe une opportunité que je qualifie d?historique pour notre Capitale, celle qui réside dans ce projet situé au nord de Paris. Oui, Paris mérite d?avoir un nouveau Campus, comme ceux existant aux Etats-Unis mais plus près de nous en Allemagne ou en Belgique, et qui accueillent chaque année d?ailleurs de nombreux étudiants français.

C?est justement ce campus dans la ville qui rassemblera 5.000 étudiants, 1.000 chercheurs, où seront implantées des pépinières d?entreprises. Les étudiants et les chercheurs disposeront, non seulement de salles de cours et de logements adaptés mais aussi d?une bibliothèque pluridisciplinaire assortie d?équipements culturels et sportifs.

D?une part, je vous le rappelle, Monsieur le Maire, vos chiffres sont inexacts, puisque au moins dans ce domaine il aurait fallu consacrer effectivement une étude plus approfondie, concernant l?installation de ce nouveau campus.

Mais venons-en, Monsieur le Maire, à une autre partie de votre communication qui concerne les logements étudiants. Vos chiffres, là aussi, Monsieur le Maire, sont inexacts puisque moins de 2.000 logements étudiants ont été effectivement construits jusqu?en 2007. Vous éludez, là aussi, la participation des autres acteurs, et toujours bien sûr de l?Etat dans le cadre du plan U3M. Cette convention a véritablement donné un coût d?accélérateur à la construction de logements. Ce ne sont pas 321 logements étudiants financiers qui ont financés en 1995 et 2000, comme vous le dites dans votre communication, mais plus de 2.000.

Aujourd?hui, vous annoncez un programme de 4.000 logements sur 6 ans, soit 600 par an, mais c?est largement insuffisant. Nous voulons que soit maintenu un vrai niveau d?exigence sur ce dossier crucial, soit 1.000 logements étudiants par an, et, surtout quand on connaît les opportunités foncières, que ce soit le quartier Bercy ou la Porte de Charenton, cela est évidemment possible. Il y a là un potentiel considérable, qui mérite une vraie dynamique d?études et de propositions.

Puisque vous nous dites que vous avez l?ambition d?une politique foncière adaptée à tous ces enjeux, alors, Monsieur le Maire, prouvez-nous que ce milliard servira aussi à cela. Peut-être peut-on espérer également que ce milliard développera les produits d?appel des universités parisiennes. J?entends par là tous les aspects de la vie étudiante, auxquels il faut se consacrer, car la concurrence est rude, y compris au sein des universités françaises.

Il faudra bien sûr renforcer notre réseau de bibliothèques. Vous nous dites qu?il faut lancer une réflexion, mais dans ce domaine la réflexion a déjà eu lieu. Il faut donc développer les outils d?acquisition du savoir, faire en sorte qu?il y ait plus de places de travail assises avec des connexions Internet, repenser les horaires et les jours d?ouverture jusqu?à 22 heures le soir, mais également le samedi et le dimanche.

Il faut travailler effectivement sur la vie associative du monde étudiant. Nous ne disposons dans ce domaine d?aucun bilan sur l?efficacité des subventions aux associations d?étudiants. Vous souhaitez que les maisons des initiatives étudiantes soient développées mais êtes-vous en mesure de nous faire parvenir un rapport d?activité les concernant avant de leur donner plus de moyens ?

Quant au domaine si important de la santé étudiante, on regrette l?absence de propositions dans votre communication, notamment la mise à disposition de locaux pour y installer des dispensaires.

Monsieur le Maire, vous annoncez la création de l?Agence parisienne de l?innovation. Vous n?en précisez ni le montage institutionnel ni le champ de compétences ni les moyens humains et financiers à déployer. Il est d?ailleurs étonnant que cette agence n?intègre pas la question de la recherche et de sa valorisation. Ce ne sont pas des entreprises qui attireront les projets de recherche mais l?inverse. Et dans ce domaine, le territoire parisien, vous l?avez dit, n?est pas suffisamment pertinent pour son développement. Nous comptons là aussi vous faire des propositions dans le cadre du projet Paris Région Capitale.

Je voudrais conclure en vous interrogant sur la structure indispensable à la mise en ?uvre de ce dispositif stratégique. La dernière mandature ne comptait pas moins de quatre adjoints au maire pour tenter de gérer ce secteur, mais ce management ne s?est pas révélé suffisamment efficace.

Aujourd?hui, vous en nommez deux, mais en fait, vous n?annoncez aucune réorganisation des services compétents. Alors, Monsieur le Maire, j?ai deux propositions à vous faire : soit vous créez une Délégation générale à l?enseignement supérieur, à la recherche et à la vie étudiante, soit vous dotez la Ville d?une direction spécifique dédiée à ces dossiers. C?est une annonce de ce type qui rendrait crédible votre plan d?action pour plus de coordination et plus de lisibilité.

J?en reviens à l?essentiel : la feuille de route que vous venez de nous présenter doit être financièrement calibrée. Vous avez déclaré il y a quelques jours dans la presse qu?il y avait urgence à innover, qu?il fallait démarrer très vite, eh ! bien, Monsieur le Maire, donnez-nous un signe fort lors du budget modificatif du mois de juillet. L?attractivité et le rayonnement de Paris dépendent de cette impulsion pour que la Capitale accède enfin dans ce domaine au rang de métropole européenne.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et du Centre et Indépendants).

M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à Mme Karen TAÏEB.

Mme Karen TAÏEB. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, l?ère dans laquelle nous sommes entrés nous rappelle à l?ordre : il s?agit de l?ère de la matière grise, de la haute technologie, de la performance, le tout magistralement orchestré par la compétition.

Vous évoquez à juste titre dans votre communication l?économie de la connaissance et on pourrait même oser parfois plus trivialement : le marché de la connaissance, victime lui aussi de la concurrence. Un marché de plus dans le monde impitoyable des entreprises et des échanges commerciaux. Je vais me permettre d?ouvrir une petite parenthèse et j?aurais souhaité que Mme Christine LAGARDE soit présente, car dans ce monde impitoyable, j?ai envie d?évoquer le dossier de cette boisson énergisante ?Red Bull?, qui fait fi des remarques de nos scientifiques et qui pour un commerce de plus, met en vente cette boisson nocive.

Monsieur LAMOUR, vous vous inquiétez de la santé de nos étudiants : voilà une chose pour laquelle il faut s?inquiéter d?urgence et je remercie notre collègue Jean-Marie LE GUEN d?avoir pris position dans la presse. Je voulais faire cette parenthèse et la fermer.

Je voudrais reprendre les propos d?un professeur de l?Université Paris I Panthéon Sorbonne, qui dit : ?Dorénavant, les universités sont assimilées à des firmes ou à des marques qui se partagent un marché des diplômes dont la valeur sociale est mesurée en fonction des débouchés et des salaires?.

Cela dit, je veux évoquer l?autre versant : le noble, celui de la recherche pour la recherche, au service des hommes et de l?environnement, et rappeler par exemple, que ce sont deux Français qui ont co-découvert le virus du SIDA en 1982 - Willy ROSENBAUM et Jean-Claude CHERMANN de l?équipe de Luc MONTAGNIER -, que l?on doit la première carte du génome humain au généticien français Daniel COHEN, ou plus récemment, que le prix Nobel de physique 2007 a été attribué au physicien français Albert FERT dans le domaine des nanosciences.

Tous ces chercheurs et tant d?autres dans le domaine des sciences, de l?écologie, de la biotechnologie, de la médecine, avec notamment le centre de la vision des Quinze-Vingts ou l?Institut du cerveau et de la moelle épinière que nous inaugurerons l?an prochain et qui accueillera plus de 600 chercheurs à la Pitié-Salpêtrière sur 22.000 mètres carrés me donnent envie de dire : oui ! La recherche française peut être fière, mais pourrait faire tellement plus avec davantage de moyens.

Toute cette matière grise ne mérite pas seulement notre admiration, mais aussi notre volonté politique affirmée. Les chercheurs français contribuent à placer Paris et la France au premier rang et nous nous devons d?être à la hauteur.

C?est avec eux, chaque jour, que Paris créé et invente demain.

Paris se doit d?investir et de parier sur l?avenir et nous nous devons d?être ambitieux pour Paris. C?est pourquoi nous nous félicitons de voir ce milliard d?euros prévu pour l?innovation à la recherche et l?enseignement supérieur.

Cet investissement sur l?avenir passe par une université digne du troisième millénaire, par une aide accrue à la recherche, par une plus grande considération pour nos chercheurs, qui trop souvent aujourd?hui, empruntent le navire de nos universités pour jeter l?ancre là où la recherche se conjugue au présent, autrement dit, avec les moyens importants qui lui sont nécessaires, avec des salaires qui valorisent leurs études et leur statut, avec de vrais financements qui permettent de mener à bien leurs projets.

Avec ce milliard d?euros, Paris Capitale montre l?exemple au Gouvernement. Il suffit tout simplement, comme nous le faisons aujourd?hui, de le prévoir dans son orientation politique et budgétaire.

Alors, M. LAMOUR se félicitait des ?mesurettes? en faveur de la recherche. Je m?excuse, mais demandez leur avis aux chercheurs : ils vous en diront un mot.

Cette énergie que Paris met au service du monde universitaire, avec notamment les 4.000 logements étudiants prévus pour cette mandature qui viendront s?ajouter aux 3.800 que nous avons financés lors de la précédente mandature au service de l?innovation, de la recherche, du renforcement de l?attractivité scientifique et économique de son territoire, doit rejaillir partout et doit être plus qu?amplifiée. Il faut s?en féliciter : dans ce projet, au-delà de ce milliard d?euros, on a cette volonté et ce pari sur l?avenir avec 55.000 mètres carrés supplémentaires de pépinières et d?incubateurs, ce nouveau fonds d?investissement dédié à l?amorçage pour les jeunes entreprises, sans oublier le partenariat avec les villes qui entourent Paris et qui feront le Paris métropole de demain.

Je suis sûre qu?il y aura désormais un avant et un après ce conseil de Paris du 26 mai 2008, car nous signons aujourd?hui un engagement : celui de l?innovation, de l?ouverture sur le monde, celui de Paris acteur de son avenir et de celui du monde, avec cette même exigence pour la justice sociale. Paris a cette volonté d?avancer et le prouve aujourd?hui encore plus qu?hier.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes Mouvement républicain et citoyen, socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste, et ?Les Verts?).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup.

La parole et à Mme Valérie SACHS.

Mme Valérie SACHS. - Monsieur le Maire, mes chers collègues.

Les familles politiques dont notre groupe est la synthèse, libérale, centriste et européenne s?attachent depuis toujours à encourager Paris à développer une véritable ambition économique en phase avec le rythme de l?économie mondiale et à créer un environnement attractif propice à attirer l?investissement et à retenir les ressources humaines financières et technologiques. Quel rôle peut jouer la Ville de Paris pour promouvoir la recherche et l?innovation ?

Nous reconnaissons au maire d?une métropole internationale une force d?impulsion politique qui renforce considérablement ses compétences réelles. Nous saluons par exemple la démarche du maire de New York dans la réforme de la place financière new-yorkaise. Il a réussi à faire la synthèse entre démocrates et républicains, entre la Ville, l?administration fédérale et les élus des trois états impliqués pour ne pas rajouter à la concurrence internationale une concurrence régionale.

La symbolique de proposer ce thème à l?ordre du jour après le logement comme seconde priorité de la mandature est forte et nous l?interprétons comme une réelle volonté du Maire de Paris d?afficher son ambition sans tabou, ?avec audace?. Le hasard du calendrier nous oblige à entendre les communications, votre communication, comme un écho à vos écrits, et face à l?affirmation de votre humanisme libéral, nous ne pouvons que vous souhaiter, Monsieur le Maire, bienvenue parmi nous, bienvenue au groupe Centre, seul vrai refuge pour libéraux, humanistes, et véritables européens !

Nous partageons votre constat de la montée en puissance des villes-mondes par rapport aux Etats. Nous partageons votre crainte de voir Paris décrocher par rapport aux autres métropoles mondiales. Nous aimons croire nous aussi que la compétition économique est devenue celle de l?intelligence, que les fils conducteurs en seront la solidarité, la recherche d?une fraternité entre les hommes et les territoires. Mais les beaux concepts peuvent sonner creux face à la concurrence internationale que se livrent les métropoles entre elles.

Nous regrettons le manque de regard critique sur le bilan de la mandature passée, même si nous reconnaissons bien volontiers que de bonnes choses ont été initiées. Nous craignons une simple rationalisation des projets lancés, même si nous notons avec satisfaction votre engagement ?de concentrer l?effort avec une stratégie volontariste qui place la Ville comme un acteur à part entière?.

Vous nous assurez que Paris s?engagera ?au-delà de ses compétences institutionnelles et de ses limites territoriales?. Votre communication n?est-elle pas prétexte à un positionnement où le Maire de Paris se taille un costume pré-présidentiel sur mesure ?

M. LE MAIRE DE PARIS. - Vous êtes obsédée !

Mme Valérie SACHS. - Oui.

Monsieur le Maire, la stigmatisation du désengagement de l?Etat affaiblit toujours le discours. L?Etat, s?il se désengage, n?en a pas moins doté Paris d?atouts de poids. Dans le cadre de la loi sur la recherche votée en 2006, Paris dispose de réseaux en mathématiques, informatique, biologie, neurosciences, économie, et du pôle de compétitivité mondial Finance Innovation.

La nomination d?un secrétaire d?Etat chargé du développement de la Région Capitale assure que l?Etat assumera son rôle de pilotage stratégique.

Christian BLANC annonce deux projets structurant : la création d?un ?cluster? sur le plateau de Saclay et l?aménagement de la Plaine de France.

Votre communication semble s?inscrire dans une logique parallèle voire alternative et nous craignons que Paris n?en souffre.

Vos ambitions sont-elles compatibles ?

Nous avons bien compris pour l?instant qu?il s?agit uniquement des grandes lignes d?un plan stratégique, mais nous regrettons le peu d?innovation par rapport à la mandature précédente sauf deux ?clusters?, design et innovation urbaine, qui au demeurant semblent prometteurs.

Le développement des trois axes choisis esquisse une économie parisienne de la recherche et innovation à nos yeux trop dirigiste, enfermée dans une architecture de projets qui se déclinent de haut en bas.

Or l?innovation ne se décrète pas.

La Ville se veut opérateur, nous l?imaginons davantage en accompagnateur, en facilitateur.

La méthode semble manquer de vision concertée entre tous les acteurs impliqués et rien ne semble pouvoir modifier significativement le contexte économique parisien.

Vous prenez acte que la nouvelle géographie du développement économique se constitue en un réseau qui dessert les centres névralgiques de la finance, de la recherche et des nouvelles technologies et vous avez raison.

Vous rappelez qu?aux Etats-Unis une start-up lève dix fois plus de capitaux qu?en France mais vous n?en tirez pas toutes les conséquences.

Comment comptons-nous attirer les investissements de recherche dans nos universités parisiennes sachant que les entreprises sont libres de puiser en Chine, en Inde ou en Russie, que le Brésil ou Singapour offrent des réductions d?impôts à ceux qui investissent dans leurs universités ?

Comment allons-nous agir pour pallier le manque de financement en fonds propres qui nous prive d?emplois ?

Soulignons l?avancée de la réforme de l?I.S.F. qui permet d?échanger le montant à verser contre un investissement dans une P.M.E.

Vous avez raison de vouloir faciliter l?amorçage des jeunes entreprises, encourager les incubateurs et les business angels, mais pour avoir un meilleur impact il faut en parallèle encourager la croissance de la gestion d?actifs à Paris.

Toutes les études montrent que les investisseurs préfèrent détenir des actions d?entreprise installées à proximité.

C?est là une chance considérable pour le grand Paris et ses entreprises.

Il faut défendre la place financière parisienne qui est la clé de voûte de l?innovation. L?innovation c?est un continuum entre recherche et développement, entre entreprises et universités, entre politique industrielle et marchés financiers.

Notre rôle politique est de faciliter ces interactions, de contribuer à la puissance de Paris place financière.

La prédominance de la City de Londres n?est pas une fatalité.

Permettez-moi une remarque. Warren BUFFET, investisseur légendaire, était la semaine dernière en Europe pour faire son shopping, pour investir dans des entreprises familiales.

Il a fait escale en Allemagne, en Italie, en Espagne et en Suisse mais pas à Paris. Qu?attendons-nous pour le faire citoyen d?honneur de la Ville ?

Votre communication semble faire du problème social des étudiants la question clé de la recherche et l?innovation alors que l?enjeu nous semble ailleurs, même si les problèmes des conditions de vie et du logement étudiant doivent être réglés.

Vous conviendrez avec moi qu?en ce qui concerne la rénovation des locaux, la Ville de Paris ne fait que sa mission.

Je ne résiste pas à la tentation de proposer mon arrondissement, le 16e, pour accueillir les meilleurs chercheurs étrangers dans des logements de prestige.

Je suis sûre que cette proposition aura l?accord de Claude GOASGUEN, député maire, de Bernard DEBRE, député du 16e Nord, et même de Jean-Yves MANO, votre adjoint.

Comment faire oublier le classement de Shanghai, favoriser la création des start-up et le développement des entreprises existantes?

La loi sur l?autonomie des universités est un bon début. Nous voulons des pôles universitaires attractifs qui attirent les talents du monde entier et des entreprises dynamiques qui retiennent nos jeunes diplômés.

Nous avons tous conscience que les départements d?essaimage et les incubateurs universitaires sont des moteurs à la création des entreprises.

Le Royaume-Uni compte un incubateur par université et 40 % des sociétés de biotechnologies cotées à la bourse de Londres sont issues du ?cluster? de Cambridge.

C?est pourquoi nous partageons vos projets de ?clusters? d?envergure mondiale, de financement à travers des partenariats public privé, d?utilisation de la commande publique, outils dont nous-mêmes vantions les mérites dans notre projet de ?Small Business Act? à la parisienne.

Nous devons encourager les professeurs et les chercheurs à s?impliquer dans les entreprises tout en poursuivant leur carrière universitaire.

Nous pourrons alors attirer et retenir les meilleurs, assurés ainsi de voir leurs travaux valorisés par un retour financier pour eux comme pour leur laboratoire.

Nous recommandons d?associer sans cloisonnement de statut ou de culture chercheurs publics et privés, créateurs d?entreprise et investisseurs capables d?intervenir à chacun des stades de la création jusqu?à l?introduction en bourse.

Paris doit encourager les universités à vocation scientifique et technique à cohabiter avec nos écoles de management sur le principe du M.I.T. de Boston.

En conclusion nous retiendrons les trois mots de Jean-Louis MISSIKA pour résumer votre communication : continuité, amplification, inflexion.

Nous prenons acte qu?il s?agit d?un plan stratégique en cours de finalisation dont certains aspects clés ne sont pas tranchés.

Nous nous interrogeons par exemple sur le montant et l?affectation de l?enveloppe d?un milliard d?euro ou sur la façon dont s?articuleront les compétences de l?Agence de l?innovation par rapport à l?Agence de développement de Paris.

Nous attendrons plus de détails pour nous prononcer sur le pôle Nord-Est mais nous adhérons au principe de recomposition du paysage universitaire parisien.

Nous souhaitons une évaluation systématique des projets prioritaires et des coûts de fonctionnement, une analyse des objectifs, des moyens et des résultats.

Le groupe Centre et Indépendants et moi-même sommes prêts à nous impliquer concrètement sur certains thèmes où nous pensons pouvoir apporter notre expertise.

Nous entendons notre rôle d?opposition comme une force de proposition et de contrôle, une démarche critique mais positive.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et Centre et Indépendants).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à M. Jean-Pierre CAFFET.

M. Jean-Pierre CAFFET. - Monsieur le Maire, mes chers collègues.

Depuis 2001, nous avons placé la recherche et l?enseignement supérieur parmi les axes prioritaires de la politique municipale.

Des mesures importantes ont été prises et les résultats obtenus, excusez-moi de vous le dire, contrastent fortement avec l?atonie des mandatures précédentes.

Je constate que cette politique a été marquée par de vraies réussites et que surtout peut-être elle a joué un rôle essentiel dans le changement des mentalités.

La Municipalité a pleinement fait son travail en finançant les infrastructures universitaires et scientifiques, les réseaux dans les technologies de la communication, et en facilitant les transferts entre la recherche publique et le secteur privé tout en évitant de se substituer aux acteurs.

Il est vrai que ce secteur relève en bonne partie du domaine des compétences de l?Etat, mais, étant donné le manque de vision stratégique des gouvernements successifs depuis 2002 - qu?on se souvienne par exemple du mouvement des chercheurs sous le précédent quinquennat -, nous avons été obligés de prendre ce dossier à bras le corps.

Je tenais néanmoins à souligner ici que, pour notre groupe, cette politique volontariste de notre Municipalité ne doit pas être comprise comme une acceptation du désengagement de l?Etat comme une fatalité et je maintiens ce terme malgré les dénégations du président du groupe U.M.P.

D?ailleurs, j?ai cru comprendre que dans son intervention, Mme Valérie SACHS reconnaissait d?une certaine manière ce désengagement.

L?Etat doit continuer à assumer ses responsabilités et faire face aux difficultés rencontrées dans nos universités et dans le monde de la recherche scientifique.

Le sujet que nous abordons aujourd?hui est en effet décisif pour l?avenir de Paris et de la zone métropolitaine.

Je voudrais d?emblée, au nom du groupe socialiste, radical de gauche et apparentés saluer l?engagement financier sans précédent qui est pris, un milliard d?euros à investir dans les six années avenir.

Nous poursuivons la politique menée depuis 2001 en l?amplifiant et il faut reconnaître je crois et sans esprit polémique le caractère stratégique des enjeux qui sont contenus dans ce document afin de faire de Paris l?un des lieux phare de l?économie et de la connaissance.

En ce qui concerne tout d?abord la mise en place des trois grands pôles universitaires dont deux qui dépassent les frontières parisiennes, il s?agit d?une démarche indispensable car universités et organismes de recherche ont besoin de meilleures conditions de travail et de plus de cohérence, car la grande dispersion que l?on constate actuellement rend difficile les liens nécessaires à la démarche de l?innovation.

Les aides directes et indirectes prévues pour la communauté universitaire et scientifique sont aussi fondamentales, je veux également signaler la place faite à la vie étudiante avec 4.000 logements en perspective ainsi que les crédits qui seront attribués à l?amélioration de leur cadre de vie.

Nous avons besoin d?une telle politique d?ensemble, concertée, capable de prendre en compte tous les facteurs et pouvant créer les complémentarités nécessaires entre les acteurs et les divers pôles dispersés à Paris et dans la métropole.

Entre 2001 et 2008, notre Municipalité a consacré 400 millions d?euros au développement universitaire de Paris et je maintiens que cela a été plus que l?Etat.

Je me félicite que nous allions au-delà dans les six ans qui viennent. Et encore une fois, dans ce dossier, l?Etat doit prendre ses responsabilités en s?engageant sur des projets concrets et avec des financements effectivement dégagés ; je pense notamment au grand pôle universitaire de Paris Nord-Est et à l?extension de l?université de Paris I. Pour le moment, les financements qui sont réunis sont des financements de la Ville et de la Région.

Le deuxième volet de la communication est étroitement lié à la dimension universitaire scientifique et technologique mais aussi sociétale.

Faire de Paris une ville pionnière de l?économie numérique, avec le développement des réseaux sans fils et de fibres optiques, c?est en effet permettre l?accès rapide à l?information, la source indispensable à l?avènement d?une société de connaissance. Equiper les écoles, les services, les équipements municipaux, les espaces publics d?accès au numérique, inciter les bailleurs sociaux à offrir à leurs locataires un accès à des tarifs avantageux sont autant de mesures qui pourront singulariser notre ville en ce qui concerne le développement des infrastructures informationnelles et leur démocratisation. J?insiste sur ce terme ?leur démocratisation?.

A cet égard, je tiens à saluer l?objectif consistant à mettre en place un programme de formation, pour inciter les jeunes en difficulté aux métiers des nouvelles technologies de la communication, car il va de soi qu?une société innovatrice ne peut pas se structurer sur fond de fracture numérique. Il s?agit donc d?une démarche qui, en dehors des bénéfices évidents pour les acteurs de l?innovation, est essentielle pour tous les Parisiens.

L?objectif consistant à faire accéder 80 % des habitants au très haut débit d?ici 2010 est ambitieux, mais nous devons l?atteindre, car cet enjeu est absolument crucial.

Troisième volet de la communication : il concerne, d?une part, le transfert de connaissance de la recherche vers les entreprises et, d?autre part, la diffusion des résultats dans le monde économique et dans la société tout entière. Il s?agit donc de l?accroissement de la capacité d?innovation, de la création de richesse et, j?ose le dire, du progrès social et écologique.

Notre ville, notre région créent encore trop peu d?entreprises innovantes, même s?il existe de brillantes exceptions, et c?est pourquoi nous devons ?uvrer à la création d?un système d?innovation localisé, associant universités, laboratoires publics et entreprises privées autour de termes prioritaires.

La recherche joue un rôle fondamental, car si le processus d?innovation a vocation à se diffuser dans l?ensemble de la société, c?est évidemment dans les résultats de la recherche qu?il puise sa source. C?est pour cela que nous devons poursuivre nos aides ciblées à la recherche fondamentale et, je veux le dire ici, sortir d?une polémique, que je trouve stérile, entre recherche fondamentale et recherche appliquée. Les deux sont aussi utiles à la société.

Je veux également ajouter que Paris soutient depuis 2005 quatre pôles de compétitivité et que nous voulons saluer le souhait de la Ville de s?associer à la création de deux nouveaux pôles de dimension mondiale, consacrés au design, aux métiers de la création et aux innovations urbaines, à la mobilité et au développement durable. Il y a là, bien évidemment, une promesse d?avenir.

Une autre mesure consiste à soutenir les structures de valorisation à l?interface entre la recherche et l?entreprise : incubateurs, qui aident les jeunes entreprises à démarrer, mais aussi pépinières et hôtels d?entreprises qui leur permettent de se confronter progressivement au marché et de se développer.

D?ores et déjà, plusieurs structures rencontrent un succès considérable et, dans six ans, Paris disposera de 50.000 mètres carrés supplémentaires dans divers domaines, dont les éco-activités, qui favoriseront, au-delà de la création d?emplois, l?écologie urbaine mais aussi la dynamisation des quartiers.

Je salue, enfin, la création de l?Agence parisienne de l?innovation qui, en lien avec l?Agence de développement économique de Paris, rendra plus lisible et efficace la dynamique proposée. Celle-ci, cette agence, pourra veiller à l?inclusion de clauses spécifiques dans les cahiers des charges, afin de mobiliser la commande publique parisienne. En outre, il me semble que cette agence devra mener à bien une évaluation de la politique conduite.

Pour conclure, je tenais à vous dire, chers collègues, que nous abordons désormais une seconde phase de notre politique sur ce secteur, avec une stratégie, une véritable stratégie qui nous donne les moyens physiques, financiers et juridiques qui nous faisaient défaut jusqu?à présent.

L?augmentation massive de l?effort budgétaire renforcera le potentiel parisien et francilien dans les années à venir et nous espérons que les crédits européens, régionaux, nationaux et de la sphère privée se conjugueront afin de favoriser cette démarche. Il nous semble que tous les partenaires impliqués doivent jouer le jeu, afin de construire cette communauté, innovatrice à l?échelle de Paris, de l?ère métropolitaine que nous souhaitons tous.

Je le répète, il n?est pas question de se substituer à l?Etat et aux investisseurs privés mais de lancer un mouvement en atténuant une partie des risques pris et en favorisant les partenariats croisés.

La Ville est donc dans son rôle en instaurant un cadre propice à la création d?entreprises de haute technologie et d?emplois qualifiés. Elle ne peut pas gérer les activités de valorisation et de commercialisation à la place des chercheurs et des entrepreneurs. Elle peut et elle doit, en revanche, les aider en termes de financement, de locaux, de compétences juridiques et techniques. L?objectif est de parier sur la force du service public en le mettant en état de concourir au dynamisme de Paris.

Chers collègues, il s?agit donc d?un dispositif global et cohérent qui vous est proposé aujourd?hui et qui vise à encourager l?innovation dans toutes ses dimensions. Les outils de cette politique sont posés et les conditions sont réunies afin de favoriser l?épanouissement des initiatives. Le dynamisme et la prospérité de Paris dépendent beaucoup de cette stratégie.

Notre groupe souhaite donc, Monsieur le Maire, sa totale réussite et nous y prendrons, bien évidemment, toute notre part.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

M. LE MAIRE DE PARIS. - J?ai beaucoup apprécié cette excellente intervention et je me permets de partager les réflexions.

La parole est à Mme Danielle FOURNIER.

Mme Danielle FOURNIER. - Monsieur le Maire, chers collègues, bonjour.

Nous nous réjouissons de ce débat et de la volonté exprimée par le Maire de Paris de poursuivre les efforts et l?engagement de la Ville pour l?innovation, la recherche et l?enseignement supérieur.

Nous souhaitons, à cette occasion, rappeler différents points qui nous semblent particulièrement importants pour que cette politique réponde réellement aux défis qui se posent aujourd?hui à nos sociétés et pour que cette politique soit véritablement au service de toutes les Parisiennes et de tous les Parisiens.

Tout d?abord, à l?heure où la recherche et les établissements d?enseignement supérieur connaissent une marchandisation et une compétition accrues au niveau mondial, il nous apparaît important de souligner que les initiatives pour développer et renforcer ce secteur et la volonté exprimée de développer à Paris les trois grands pôles universitaires, que vous avez décrits rapidement dans l?intervention préliminaire, ne doivent pas laisser de côté les valeurs de coopération et de solidarité avec les pays en voie de développement. Nous défendons la supériorité de la coopération sur la concurrence et pensons que l?attractivité des universités ne peut être basée sur la compétition.

Aussi, les projets qui seront engagés ne pourront être animés uniquement d?une logique économique et compétitive.

Ensuite, nous souscrivons sans réserve au v?u exprimé d?améliorer les conditions de travail et de vie des étudiants.

Nous souhaitons cependant souligner ici que ces investissements ne peuvent et ne doivent en aucune façon n?être destinés qu?à un groupe restreint de chercheurs et doctorants, engagés dans des travaux et activités de recherche évalués sur une simple logique de rentabilité et de revenus.

Le développement de l?enseignement supérieur et de la recherche à Paris ne doit pas uniquement viser une élite triée sur le volet pour bâtir des pôles universitaires et de recherche d?excellence.

C?est pourquoi nous trouvons important d?encourager l?accès au savoir et à la connaissance pour tous, en menant des politiques volontaires pour faciliter l?accès à l?enseignement supérieur, notamment des jeunes en difficulté et des personnes en situation de handicap.

De même, ces initiatives doivent être un outil pour encourager et développer l?éducation tout au long de la vie.

Certaines filières, comme celles des sciences sociales et humaines, ne doivent pas non plus être négligées. Les sciences sociales et humaines, dont il a été fort peu question, apportent un regard critique et distancié sur notre monde et elles sont parmi les disciplines les plus menacées par la réforme des universités qui est en cours, et qui réorganise en profondeur l?enseignement supérieur et la recherche. Il serait souhaitable que la Ville de Paris porte une attention particulière à les soutenir et ne les exclut pas du champ de l?innovation et du développement.

De même, les écoles de la Ville de Paris qui assurent un enseignement supérieur spécialisé, telle l?école Dubreuil par exemple, ont besoin de notre soutien pour se moderniser et avoir les moyens de leurs ambitions. Il faut que la Ville profite de cet effort pour investir davantage dans leur développement.

Nous tenons également, et tout particulièrement, à ce que soient soutenues la recherche et les filières d?enseignement dans le domaine de l?environnement, car ces dernières sont porteuses d?innovation et de développement technologique.

Le recyclage, le traitement de la pollution, les énergies renouvelables, entre autres exemples, sont source pour notre Ville ensuite de créations d?emplois nouveaux et durables car non délocalisables. C?est aussi la garantie d?avoir à terme des personnes compétentes pour mettre en ?uvre une politique conséquente du développement durable que vous avez appelée de vos voeux.

Nous serons également particulièrement vigilants à ce que les 4.000 logements étudiants supplémentaires, prévus lors de cette mandature, soient réalisés dans un souci d?accès à tous, et dans une logique encourageant la mixité sociale de nos quartiers.

Se loger à Paris, quand on est étudiant, est difficile et cher. Faute de logements adaptés en nombre suffisant, la plupart des étudiants sont contraints de travailler pour payer leurs études et leurs logements, parfois au détriment de leurs études, et choisissent ainsi parfois de les poursuivre ailleurs qu?à Paris pour cette raison.

De même, nous souhaitons que l?effort annoncé pour l?amélioration de la restauration universitaire garantisse aux étudiants un accès à une alimentation où les produits issus de l?agriculture biologique auraient toute leur place, ou auraient enfin leur place, ce qui serait une vraie nouveauté.

A propos du deuxième volet de la communication, la volonté de faire de Paris une Ville pionnière dans la révolution numérique et l?innovation scientifique, là aussi on ne peut faire l?économie d?une réflexion et d?un débat sur la finalité et les conséquences de telles innovations.

Aussi, aurions-nous souhaité que soit rappelé ici le principe de précaution, face aux innovations que sont notamment les antennes relais de téléphonie mobiles et le Wi-Fi. Au printemps dernier, par exemple, la Ville a équipé les bibliothèques de bornes Wi-Fi. Actuellement, plusieurs d?entres elles ont été débranchées, à la demande des personnels qui souffraient de troubles divers. Le principe de précaution, c?est aussi le dialogue en amont avec les usagers et ceux qui sont exposés par leur métier à ces technologies nouvelles.

A ce titre, je rappellerai ici notre proposition d?organiser cet automne une conférence de citoyens sur ce thème où un panel représentatif de Parisiens pourra interroger les experts et dialoguer avec les professionnels du secteur, ainsi que les représentants d?associations et d?organismes de recherche qui s?interrogent sur les effets de ces innovations.

Nous souhaitons également rappeler notre attachement aux logiciels libres, seul gage d?un accès pour tous au savoir et aux nouvelles technologies de l?information et de la communication. La Ville de Paris et l?ensemble de ces services doivent se montrer pionniers dans ce domaine. Comme l?ont fait d?autres administrations, la Ville de Paris aurait pu décider de faire le choix du logiciel libre pour le travail de ses agents.

Au-delà, il nous semble important de soutenir les associations du logiciel libre à Paris qui militent pour la diffusion et l?usage de ces logiciels auprès d?associations et des habitants, de manière à exploser d?autres possibilités de partenariat que celui passé avec Microsoft, par exemple.

Il est également important d?accompagner le développement du très haut débit par un développement conséquent des points d?accès libres à Internet, en particulier dans les quartiers défavorisés, les maisons de retraite, les foyers de jeunes travailleurs et de travailleurs migrants, sans oublier les centres d?accueil, notamment de SDF. En la matière, l?équipement est vital, et vous avez évoqué le plan de quatre ans, mais c?est l?usage, le principal. Aussi le soutien aux initiatives qui concernent l?accompagnement dans le long terme est essentiel.

Pour conclure, et pour toutes les raisons que je viens d?exposer, nous souhaitons que cette communication et les initiatives présentées soient l?occasion de réellement poser les questions essentielles suivantes : à qui sont destinées ces innovations? Qu?est-ce que Paris et surtout ses habitants pourront retirer de cette politique initiée par la Ville ?

Trois conditions nous semblent incontournables. Il est souhaitable que soit prisent en compte, sur l?ensemble de ces dossiers, des considérations environnementales et écologiques trop souvent négligées au profit de la rentabilité économique et financière, afin de garantir que ces engagements conséquents de la Ville s?inscrivent véritablement dans un développement responsable et durable de la Ville. Il est nécessaire aussi de rappeler que la production de ce bien public qu?est le savoir scientifique doit se faire en toute indépendance.

Aussi, dans le contexte de réforme des universités, de course à l?innovation en tant que telle, les métiers de la connaissance, de la production et de la transmission du savoir, doivent pouvoir fonctionner sur des valeurs, certes mises à mal actuellement, qui prônent l?indépendance du savoir par rapport aux différents pouvoirs et le placent au-delà de toute utilité marchande et recherche immédiate de la rentabilité. Enfin, les habitants dans leur diversité doivent être placés, me semble-t-il, au c?ur des dispositifs et des réflexions.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à Mme Emmanuelle BECKER.

Mme Emmanuelle BECKER. - Merci.

Monsieur le Maire, chers collègues, la réforme de l?enseignement supérieur et de la recherche qui est mise en ?uvre par la Droite se fait dans de très mauvaises conditions et au détriment de cette même recherche que l?on dit vouloir sauver. Alors que tous s?accordent sur la nécessité de repenser, à la fois l?organisation et le fonctionnement du système français, alors que personne ne peut se satisfaire de son fonctionnement actuel, Valérie PÉCRESSE réalise l?exploit de déstabiliser les équipes de recherches, de démotiver les jeunes chercheurs et d?inquiéter les étudiants.

La réforme passe en force sans tenir compte de l?avis des professionnels eux-mêmes. Nous l?avons encore vu la semaine dernière pour le C.N.R.S. Une concertation était programmée mi-juin mais c?est par la presse que les chercheurs et la direction elle-même apprennent son dépeçage. A la veille de l? ?Academic Pride?, marche de tous les savoirs, je voudrais dire au nom du groupe communiste ma solidarité et mon soutien aux enseignants chercheurs, aux chercheurs et à tous les personnels des établissements de la recherche publique.

Ce contexte dans lequel nous débattons aujourd?hui de nos orientations n?est pas sans importance. Disons les choses clairement : la réforme en cours s?inscrit dans droit fil de la stratégie européenne de Lisbonne, telle qu?elle est définie dès l?année 2000, puis relancée en 2004. Il s?agit de ?faire de l?Europe, dit le Conseil européen de Lisbonne, l?économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde?.

Dans ce cadre, l?Agence nationale de la recherche, créée en 2006, a en charge le financement des projets de recherche tant publics que privés. Elle a aussi en charge leur sélection, mais la Droite n?a pas cru bon de la doter d?un conseil scientifique.

Le contexte, c?est aussi celui de la récente loi relative aux libertés et aux responsabilités des universités, la si mal nommée ! Car, en réalité, la liberté et l?autonomie des universitaires et des chercheurs n?ont jamais été autant remises en cause. Le pilotage de la recherche est progressivement retiré des instances professionnelles et scientifiques pour être de plus en plus livré directement ou indirectement à l?Etat et aux entreprises.

Cette vision de la recherche n?est pas la mienne. Il faut souligner l?effort et l?engagement de notre majorité pour la recherche. Le groupe communiste ne peut que saluer cette audace? Nous aurions aimé voir l?Etat augmenter de près de 40 %, comme nous nous engageons à le faire, son budget dans ce domaine pour les bibliothèques, le logement étudiant, pour l?accueil des chercheurs étrangers, pour le foncier et l?immobilier.

Un milliard d?euros pour la recherche et l?innovation permet déjà de répondre à une grande part des attentes.

Le choix de promouvoir le regroupement géographique des universités est à encourager et peut être un acte de résistance face à un Gouvernement qui impose un Plan Campus sans toutes les concertations souhaitables.

Paris s?oriente vers un travail collectif, associant les différentes composantes de l?Ile-de-France, comme le pôle Paris Nord, et c?est heureux. Il faut, en effet, créer les conditions qui favorisent l?échange, qui permettent la constitution de réseaux ouverts entre la recherche et les entreprises, qui donnent leur chance à l?émergence de projets innovants et qui, en un mot, peuvent être une source de croissance et de création d?emplois. Qui peut être contre ? La nécessité de penser d?autres espaces pour les campus, de sortir de la géographie actuelle de morcellement de l?enseignement supérieur et de la recherche est largement partagée par la communauté universitaire. Les difficultés rencontrées en terme de locaux et d?espace sont réelles pour de nombreuses écoles supérieures et de nombreuses universités. Les espaces favorisant la collaboration et les échanges sont souhaités par les acteurs eux-mêmes.

Notre ambition pour un Paris de l?innovation ne doit pas nous conduire à une vision utilitariste de la recherche. L?économie de la connaissance, conçue dans le cadre de la concurrence de tous contre tous, peut conduire à opposer une ?bonne recherche?, celle qui rapporte à court terme, et finalement une ?mauvaise recherche? dont s?éloigneraient les financements. C?est la vision du Gouvernement, faite de dogmatisme, de lieux communs et de préjugés.

Je voudrais donc, sur le cadre général de cette ambition, insister sur trois points.

Concurrence, disent-ils ! Les chercheurs démontrent tous les jours que leurs pratiques et leurs valeurs mêmes se fondent sur le partage des savoirs et sur la coopération, y compris internationale. La logique de concurrence ou de compétition, dont les résultats sont aujourd?hui évalués par des indicateurs largement contestés, tels que le fameux classement de Shanghai, conduit au nivellement des thématiques de recherche. Promouvoir l?économie de l?immatériel peut donc conduire au meilleur comme au pire. Concurrence ou coopération ? Ce n?est pas neutre pour promouvoir un progrès efficace des connaissances.

Soutiens thématiques, affirme l?Agence nationale de la recherche, qui veille, dit-elle pudiquement, ?à la pertinence économique des projets?, en privilégiant quelques thématiques ciblées, telles qu?écosystèmes ou numérique.

Une bonne recherche, nous disent les scientifiques, est celle dans laquelle ce sont les chercheurs eux-mêmes qui décident, au sein de leurs instances, de l?orientation de leurs travaux. Et l?on doit se garder de la tentation d?imposer de l?extérieur telle ou telle thématique de recherche, se méfier de ces effets de mode qui ne garantissent à terme ni l?insertion professionnelle des jeunes chercheurs ni même l?existence de nécessaires financements dans la durée.

Enfin, la fuite des cerveaux. C?est l?une des menaces agitées pour accélérer le passage à cette nouvelle politique industrielle, mise en ?uvre aujourd?hui, fondée sur un soutien fort à l?innovation dans les secteurs de haute technologie. Et à eux seuls. Mais cela fait aussi largement partie des idées reçues et se focalise sur les flux sortants, en oubliant les flux d?entrée.

Paris reste l?un des pôles les plus attrayants du monde pour les salariés hautement qualifiés. Il suffit de comparer deux indicateurs, qui appartiennent d?ailleurs au suivi de la Stratégie de Lisbonne, et de remarquer l?écart au niveau de la Région Ile-de-France entre le degré d?enseignement atteint et la réalité du marché du travail. Les cerveaux localement employés, comme disent certains, sont plus nombreux que les cerveaux localement produits.

Et pourtant, loin des sirènes de l?économie de l?immatériel, il y a toujours de nombreux diplômés de l?enseignement supérieur soumis à la précarité, voire en marge de l?emploi. Un master pour faire du phoning, c?est aussi cela la réalité aujourd?hui !

Monsieur le Maire, mes chers collègues, notre projet pour la recherche, l?enseignement supérieur et l?innovation doit donc se faire sans oublier ces éléments de contexte et doit nous permettre d?affirmer aussi nos propres ambitions, notre résistance à la politique de réforme de l?enseignement supérieur et de la recherche, telle qu?elle est mise en ?uvre aujourd?hui.

C?est pourquoi la vigilance qui sera la nôtre doit s?exercer dans au moins quatre domaines.

Premièrement, il n?est pas dans nos prérogatives de nous substituer à l?Etat, même si les collectivités locales sont de plus en plus mises à contribution, dans un contexte de réduction des financements nationaux. Nous en percevons tout le risque. Les collectivités riches financeront puissamment la recherche locale, les autres n?y parviendront pas et l?on verra les inégalités territoriales se creuser davantage. Il serait illusoire de croire que Paris puisse alors s?émanciper du contexte national.

La tendance est aujourd?hui à la constitution de pôles de rayonnement et d?attractivité devant bénéficier au pays tout entier. Mais ce postulat, sur la petite musique de l?Europe des régions, oublie un peu vite l?importance d?un engagement fort de l?Etat. Le potentiel de recherche qui est le nôtre n?est d?ailleurs pas parisien ni même francilien mais bien national.

Il nous faudra donc mettre l?Etat devant ses responsabilités et, puisqu?il faut filer la métaphore agricole, disons que l?essaimage de pépinières et de jeunes pousses suppose, par exemple, de négocier l?enracinement de l?Etat au niveau des premiers cycles universitaires. Pour notre part, nous ne devons pas oublier dans ce programme la définition d?un plan de vie étudiante ambitieux sur le logement, la santé ou le sport, un plan capable d?accompagner toujours plus de jeunes dans des études supérieures longues.

Un choix est fait de promouvoir deux grands types de recherche : les biotechnologies et le numérique. Les pépinières sont l?occasion d?encourager les jeunes chercheurs à prendre des risques. Cependant, la crainte majeure est de voir ce travail récupéré par les grandes entreprises dans un échange inégal avec ces jeunes, de ne pas pérenniser les emplois et les implantations. Paris et l?Ile-de-France en sortiraient affaiblies.

Au contraire, un pilotage véritablement démocratique consisterait à promouvoir un partenariat entre collectivités territoriales, instituts de recherche et P.M.E. Ainsi, le fruit du travail de ces jeunes chercheurs pourra être investi dans l?amélioration des infrastructures numériques de la métropole et nous ne serons pas soumis à une concurrence entre opérateurs. Par ailleurs, l?investissement de Paris aura, dans ce cadre, une retombée directe, au-delà de la rentabilité économique. Veillons à ne pas mettre les jeunes chercheurs à la merci de la précarité dans une politique du contrat à court terme.

Deuxièmement, Paris ne doit pas prêter qu?aux riches.

Nos soutiens doivent aller vers l?ensemble des établissements d?enseignement supérieur et de recherche, sans en oublier aucun. Ils doivent bénéficier à toute la recherche, dans toutes les disciplines, y compris à celles n?ayant pas de rentabilité économique immédiate. Il faut donc que ce milliard d?euros irrigue l?ensemble de la recherche et de l?enseignement supérieur parisien.

Troisièmement, les soutiens apportés par la Ville, tant à la recherche publique que privée, devront être assortis de garanties et d?engagements des institutions bénéficiaires, en particulier en termes de recrutements et de ratios entre emplois statutaires et emplois précaires.

Voilà une sorte de clause sociale sans laquelle il n?y a pas non plus de développement durable. Nous sommes ici dans un domaine peu compatible avec la précarité, M. le Maire le soulignait tout à l?heure. Dans leur vie personnelle et dans le financement de leur projet, l?activité des chercheurs exige en effet une assurance à long terme.

Quatrièmement, et ce sera mon dernier point, les missions de l?Agence parisienne de l?innovation devraient s?inscrire dans le cadre de nos ambitions pour Paris Métropole et être pensées en partenariat avec les communes voisines. Il ne doit pas s?agir d?encourager l?innovation et la prise de risque sans définir un outil de pilotage ambitieux, démocratique, en veillant à l?exigence sociale. L?Agence parisienne pour l?innovation ne peut pas n?être qu?une interface entre P.M.E. et multinationales, elle devra favoriser l?émergence de projets novateurs. Mais allons plus loin ! Les bâtiments libérés grâce au regroupement des universités pourraient lui être confiés afin qu?elle ne devienne pas seulement une vitrine prestigieuse de la recherche parisienne mais aussi une institution insérée au c?ur de la population, favorisant les échanges avec les Parisiens ; en d?autres termes, une forme d?université populaire de demain.

Notre véritable défi doit être de promouvoir une véritable innovation, celle de la réduction des inégalités. Mise au service et dans l?intérêt de tous, l?innovation n?en sera que plus nécessaire.

Merci.

(Applaudissements sur les bancs des groupes communiste, socialiste, radical de gauche et apparentés, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Vive la jeunesse et sa créativité ! Mais il faut quand même rentrer dans le cadre !

La parole est à Mme Valérie HOFFENBERG.

Mme Valérie HOFFENBERG. - Merci, Monsieur le Maire.

Monsieur le Maire, mes chers collègues, je me réjouis tout d?abord de constater, Monsieur le Maire, que vous partagez avec le Président de la République l?ambition d?un enseignement supérieur parisien de qualité et que vous apportez aussi votre soutien au Plan Campus initié par la Ministre de l?Enseignement supérieur et de la Recherche.

On ne peut que se féliciter - même si vous partez, Monsieur le Maire ! -, en vous écoutant aujourd?hui, de votre récente conversion au libéralisme.

Libéralisme que l?on retrouve dans votre volonté de renforcer les nécessaires partenariats entre l?université, la recherche, l?entreprise et la Ville de Paris.

Je partage également votre constat sur l?effritement du rayonnement des universités parisiennes, qui attirent de moins en moins d?étudiants et de chercheurs étrangers, et la nécessité d?y remédier. C?est ensemble que nous devons travailler pour que Paris reste une ville de référence pour ses universités et la recherche. Mais pour y parvenir, il me paraît important de ne pas passer outre l?étape indispensable du bilan.

Vous annoncez par exemple vouloir financer la construction de 55.000 mètres carrés d?incubateurs et de pépinières. Or, il me semble essentiel de commencer par faire une évaluation de l?occupation de ces 44.000 mètres carrés déjà construits, ainsi qu?un bilan du nombre d?emplois créés grâce à ces structures. Par exemple, savons-nous si aujourd?hui, il faut construire davantage d?incubateurs pour des chercheurs ou bien de pépinières pour de jeunes entrepreneurs ? Seul ce bilan permettra de répondre à ces questions et de définir aujourd?hui les secteurs d?activité qu?il faut favoriser, car j?ai comme vous à c?ur d?utiliser au mieux l?argent des Parisiens.

Si aider les jeunes entrepreneurs à héberger leur entreprise est important, c?est loin d?être suffisant. Au-delà du fond d?investissement destiné à aider la création des entreprises, il est impératif de les aider à pérenniser leur activité et à s?intégrer dans le tissu économique mondial.

Le libéralisme du Maire de Paris pourrait peut-être le pousser à s?inspirer du modèle américain, en instaurant un ?Small Business Act? à Paris, destiné à soutenir l?activité des nouvelles entreprises, des P.M.E. innovantes en leur réservant une partie équitable des marchés publics parisiens.

Cette démarche est d?ailleurs très complémentaire de la volonté de promouvoir les partenariats public/privé. Là encore, je vous encourage à aller plus loin dans votre démarche en en favorisant l?utilisation, non seulement pour la construction des logements étudiants, mais aussi pour la construction de nouvelles universités et la rénovation des locaux déjà existants. Vous répondrez ainsi aux préoccupations des présidents des universités parisiennes qui souhaitent développer ces modes de financement pour répondre à l?urgence de leurs besoins.

Je me réjouis aussi de la volonté de rénover les schémas de pensée, même s?il semble qu?il reste du travail, et de la dédiabolisation de la présence de l?entreprise au sein de l?université.

Je souhaite que la Ville de Paris encourage la création de ces fondations entrepreneuriales, qui créent des synergies indispensables entre les entreprises et les universités. Ces deux moyens de financement : fondations et PPP, soutenus par un investissement de la Ville de Paris, pourront permettre ainsi la construction de nouveaux locaux pour les écoles de la Ville de Paris, comme par exemple ceux de l?ESPCI ou pour l?école de génie urbain.

Comme le maire, et comme Jean-Louis MISSIKA, j?ai à coeur le développement de ces deux écoles, et je pense que ces deux fleurons de notre ville méritent de pouvoir augmenter le nombre de diplômés, ce qui renforcerait leur rayonnement à l?international, et par-delà même, le rayonnement de Paris.

Il en est de même pour l?Université de Paris Dauphine, et bien qu?elle soit située dans le 16e arrondissement, je suis sûre que tout comme moi, vous avez à coeur son développement. Dauphine pourrait doubler le nombre de ses étudiants si elle disposait de terrains et des moyens nécessaires à la création d?une annexe : Dauphine International, ainsi qu?une cité scolaire qui pourrait accueillir étudiants et chercheurs. Plusieurs possibilités d?extension ont déjà été étudiées par le président de l?université et je vous invite à étudier avec attention et soutenir ces projets qui permettraient la consolidation d?un pôle universitaire dans l?Ouest parisien, absent de votre communication.

Mais au-delà des pôles d?excellence, il y a urgence à encourager une offre alternative à l?université en favorisant la construction d?IUT et de BTS. Pendant trop longtemps, notre pays a valorisé les diplômes au détriment des métiers. Nous devons aujourd?hui aider à la valorisation de ces formations professionnelles courtes qui sont trop peu nombreuses à Paris. Trop de jeunes ne trouvent pas leur place à l?université et souvent, faute de diplômes, se retrouvent au chômage. Nous devons apporter des réponses à ces jeunes qui nous interpellent à juste titre sur leur avenir.

Vous souhaitez aussi améliorer la vie étudiante et c?est une excellente chose. J?ai bien pris note de votre volonté d?améliorer l?accès au sport pour les étudiants. Je regrette néanmoins le manque de précision et de projets détaillés. Que répondre demain aux étudiants qui nous interpellent sur la difficulté de pratiquer un sport à Paris, sur la vétusté des installations et sur l?inadéquation des horaires d?ouverture des installations sportives aux horaires des étudiants ?

Vous souhaitez aussi investir dans la construction de nouveaux logements étudiants, mais la demande est si importante que l?on doit réfléchir à d?autres options. Je vous propose la création d?un office du logement étudiant qui aurait pour mission de faciliter les contacts entre étudiants et propriétaires et d?offrir des garanties de paiement aux propriétaires ou des incitations fiscales pour les impôts locaux.

Enfin, Monsieur le Maire, je ne peux que vous inciter à soutenir l?image de nos universités à l?international en créant une Agence parisienne de l?université destinée à promouvoir nos universités à l?étranger, et qui offrirait aussi des systèmes de bourses complémentaires pour les étudiants qui veulent participer à des programmes d?échange.

Pourquoi pas aussi d?ailleurs vous inspirer des initiatives du Président de la République en invitant de temps en temps des présidents des universités parisiennes à vous accompagner lors de vos déplacements à l?étranger ? Déplacements qui seront sans aucun doute très nombreux étant donné vos nouvelles ambitions politiques nationales.

Enfin, pour conclure, Monsieur le Maire, Paris mérite une politique ambitieuse pour ses universités, mais cette politique ne sera que plus efficace si elle est précédée d?un bilan, si elle est portée par une vision libérale et toujours avec un regard vers l?international.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et Centre et Indépendants).

(Mme Anne HIDALGO, première adjointe, remplace M. le Maire de Paris au fauteuil de la présidence).

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - La parole est à M. Georges SARRE.

M. Georges SARRE, adjoint. - Madame la Maire, mes chers collègues, cette communication pose les principes d?une véritable politique industrielle municipale. Désormais, nous ne nous satisferons plus seulement de lever les obstacles à l?activité économique, par exemple en mettant à la disposition des entreprises des locaux d?activité bon marché : nous irons au-delà.

Nous chercherons également à susciter l?activité, nous aiderons les entreprises à expérimenter leurs innovations avec la nouvelle Agence parisienne de l?innovation.

Nous ferons de la commande publique municipale un levier de l?innovation. Nous créerons un fond de financement des jeunes entreprises innovantes. Nous encouragerons la constitution de nouveaux pôles de compétitivité. C?est là un nouvel élan considérable.

Je salue cette évolution de notre action économique que j?avais encouragée dès l?élaboration en 2006 de la contribution parisienne au schéma régional de développement économique.

Nous serons, les élus de mon groupe et moi-même, particulièrement attentifs à trois éléments.

Cette politique industrielle doit nous permettre de dynamiser l?activité économique et l?emploi dans la capitale. Des pôles légers de compétitivité pourraient être envisagés dans des secteurs inattendus si l?agence parisienne de l?innovation réussit à y enclencher une dynamique. Je pense par exemple au secteur de l?imprimerie, de l?édition et de la reproduction, qui est le premier secteur industriel de notre ville.

Je pense aussi à d?autres secteurs industriels que nous devons développer en matière d?environnement par exemple, ou dans la mécanique de précision, les micro automatismes, les instruments de mesure. Nous devons garder à Paris une industrie à forte valeur ajoutée nécessitant peu d?espace et ne générant pas de nuisances. Néanmoins, notre priorité doit être de faire de Paris la capitale de l?innovation urbaine.

Le succès de Vélib? nous donne une idée des attentes qui existent à l?égard des services urbains. Dans le cadre de ma délégation, des solutions technologiques pourraient être recherchées pour aider les agents de la Ville et de la Préfecture de police à consacrer moins de temps aux contrôles et davantage à la protection des citoyens et à la lutte contre les incivilités.

D?autres projets pourraient encore être envisagés en faveur de la rationalisation du transport de marchandises, de la technologie au maintien à domicile des personnes âgées, etc.

Toujours, néanmoins, nous devrons faire acte de patriotisme économique.

Votre communication décrit l?avènement, à l?échelle de la planète, d?un réseau de métropoles globales dont Paris fait partie. Cet horizon ne peut être nié, mais n?oublions pas que le développement de Paris doit profiter au développement de la France.

C?est pourquoi, je demande que les innovations conçues avec notre soutien soient produites de façon privilégiée dans notre pays. L?Agence parisienne de l?innovation doit tisser des liens avec les usines françaises afin d?orienter prioritairement nos créateurs et nos concepteurs sur le précieux outil industriel dont nous disposons encore. Je me félicite avec enthousiasme de cette communication. Mon groupe et moi-même, avec Mme Karen TAÏEB, en suivrons avec attention la mise en ?uvre.

Je vous remercie.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - C?est moi qui vous remercie, Monsieur Georges SARRE, et je donne la parole à M. Daniel VAILLANT.

M. Daniel VAILLANT, maire du 18e arrondissement. - Merci, Madame la Maire.

Je souhaite tout d?abord me féliciter de la communication du Maire de Paris et revenir plus précisément sur la création d?un nouveau pôle universitaire Nord-Est sur une zone allant de la porte de la Chapelle, dans le 18e arrondissement, à Aubervilliers et Saint-Denis.

De ce point de vue, je me réjouis d?entendre le président M. Jean-François LAMOUR considérer comme une priorité la création de ce pôle universitaire Nord-Est.

Il s?agit là d?une conversion, même si elle est tardive, je veux la saluer parce que pour ce projet au Nord-Est de Paris, dans le 18e, la Ville de Paris, la Région Ile-de-France et les communes d?Aubervilliers et Saint-Denis s?entendront, je le sais, pour mettre en ?uvre cette priorité voulue depuis plusieurs années déjà.

Le projet de créer un campus universitaire intercommunal est né en effet il y a plus de deux ans, Monsieur LAMOUR, de la demande de l?Université de Paris I Panthéon - Sorbonne de lui trouver des terrains pour mener à bien ses projets d?extension et de la demande de nouveaux locaux de l?École des Hautes Études en sciences sociales.

Et si l?on ajoutait alors les projets déjà lancés d?un I.U.T. de Paris VII dans la future Z.A.C. Pajol, la restructuration de Paris IV Porte Clignancourt ou la Maison des sciences de l?homme à Saint-Denis, la volonté de la Ville de Paris est rapidement devenue de créer dans le Nord de Paris un pôle cohérent de recherche et d?enseignement supérieur de dimension internationale susceptible d?accueillir plus de 12.000 étudiants du monde entier.

Je veux remercier Jean-Pierre CAFFET et Danièle POURTAUD pour leur active, convaincante et déterminée action dans la mandature précédente. Ce qui vaut encouragement pour Anne HIDALGO, Didier GUILLOT et Jean-Louis MISSIKA en charge aujourd?hui de ces dossiers.

C?est donc bien à l?initiative de la Ville de Paris et des collectivités concernées qu?ont été inscrits au contrat de plan Etat Région en mars 2007 l?installation de Paris I à Porte de la Chapelle, de l?École des Hautes Études en sciences sociales à Aubervilliers et la Maison des sciences de l?homme à Saint-Denis.

Cette dernière opération n?est d?ailleurs pas nouvelle puisque déjà inscrite au précédent contrat de plan, hélas il avait été décidé par le Gouvernement auquel j?avais l?honneur d?appartenir de ne pas donner une suite favorable, elle n?avait pas été réalisée dans la mandature qui a suivie, c?est-à-dire 2002-2008, faute de financement de l?Etat, Monsieur LAMOUR.

Concernant les deux nouvelles opérations Paris I et l?E.H.E.S.S., il convient de rappeler que le gouvernement de M. de VILLEPIN avait décidé de n?apporter aucun financement.

C?est donc bien la Ville qui, seule, à décider d?acheter à

R.F.F. et à la S.N.C.F. les terrains concernant les locaux d?enseignement de l?Université de Paris I Panthéon - Sorbonne et d?en financer la construction avec la Région, le tout pour un montant de 36 millions d?euros.

N?oublions pas non plus l?engagement financier de la Ville pour qu?un I.U.T. de Paris VII voie le jour dans la Z.A.C. Pajol toute proche ou pour que Paris IV se restructure Porte de Clignancourt.

Nous n?avons pas non plus attendu l?engagement de l?État pour construire du logement étudiant dans tout le 18e. Six résidences étudiantes ont été construites sous la précédente mandature, ce qui représente plus de 500 logements pour étudiants et ces constructions vont se poursuivre.

Au total, cette politique volontariste visant à développer un grand pôle universitaire cohérent et pertinent dans le Nord-Est de Paris représente déjà un engagement financier de la Ville de plus de 160 millions d?euros.

Je veux aussi saluer l?engagement de la Région Ile-de-France qui a d?ores et déjà prévu 21 millions d?euro pour Paris I Porte de la Chapelle, 40 millions pour l?École des Hautes Études en science sociale à Aubervilliers, dix millions pour la Maison des sciences de l?homme à Saint-Denis et sept millions pour l?I.U.T. Pajol.

De son côté l?État ne s?est engagé à ce jour qu?à hauteur de 44 millions d?euros sur ces quatre opérations, dont 28 millions sont gagés sur la vente de constructions universitaires à Paris.

Au final ce ne sont à ce jour que 16 millions d?euros que l?État met sur la table quand la Ville et la Région en apportent à elles deux près de 150.

En conclusion, mes chers collègues, nous ne pouvons que nous réjouir de cette évolution même tardive du Gouvernement et de son ralliement à notre projet qui représente une véritable opportunité pour le 18e et l?ensemble des collectivités concernées.

Mais, comme maire du 18e arrondissement, je resterai extrêmement vigilant pour que cette priorité affichée se concrétise par des actes et des engagements financiers sonnants et trébuchants.

Aujourd?hui force est de constater que nous n?en sommes qu?à des déclarations, opportunes certes, mais il ne faudrait pas qu?elles ne restent qu?opportunes.

Je rappelle enfin que ce projet s?intègre complètement dans le projet Paris Nord-Est et notre volonté de créer des quartiers intercommunaux, ce projet de campus ne saurait donc s?extraire des autres problématiques de cette zone et notamment du projet de liaison C.D.G. Express dont l?État doit s?engager très vite à garantir l?enfouissement comme le préconise la commission d?enquête dans ces conclusions motivées.

Je sais pouvoir compter sur le Maire de Paris et sur vous Madame la Maire pour convaincre l?État d?être plus engagé qu?il ne l?a été jusqu?à maintenant car, bien sûr, comment pourrait-il y avoir un pôle universitaire, notamment sur les terrains tels qu?on les connaît, ceux de terrains de R.F.F. et de la S.N.C.F. si cette ligne devait rester suspendue avec une navette tous les quarts d?heure. Pour un campus universitaire ce serait véritablement contradictoire.

Si la volonté d?aller dans le sens que j?ai rappelé et que je salue de l?État, de la Région et de la Ville est bien confirmée, c?est aussi pour moi une garantie concernant l?enfouissement de cette ligne.

Je vous remercie de cette communication, Madame la Maire.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Je vous remercie et donne la parole à Mme Catherine DUMAS.

Mme Catherine DUMAS. - Monsieur le Maire, mes chers collègues.

Dans votre intervention, Monsieur le Maire, vous précisez à juste titre que la compétition économique est devenue celle de l?intelligence.

Or, je pense que notre réflexion sur la place et le potentiel de Paris en ce domaine ainsi que les projets que nous pourrions envisager pour l?avenir de notre Capitale ne seraient pas complets si nous omettions d?aborder une forme d?intelligence couramment baptisée intelligence de la main.

J?aimerais et je pense que notre Ville s?honorerait de le faire que dans chacune de vos propositions envers les intellectuels, ingénieurs, étudiants ou chercheurs nous puissions trouver le moyen de valoriser une filière économique, patrimoniale, culturelle non négligeable dans notre pays, particulièrement à Paris, à savoir les métiers d?art.

Aussi avec mes collègues nous vous proposons que le projet de nouveau campus dans le secteur Nord-Est de Paris intègre la création ambitieuse et novatrice de la première université française des métiers d?art.

Paris pourrait ainsi, comme vous nous y invitez dans votre communication, renouer avec le rôle historique que la Ville a toujours tenu dans le développement des savoirs.

Car l?image de Paris est étroitement liée à l?histoire et au développement des métiers d?art. Nul ne contestera en effet qu?en matière d?entretien, de valorisation de patrimoine, d?industrie de la mode, du luxe, de la gastronomie et de bien d?autres activités artistiques, les exemples sont nombreux et variés pour montrer que Paris aurait beaucoup à perdre avec le départ ou la disparition de ces métiers de haute technicité qui font la spécificité et la notoriété de la France et de sa capitale dans le monde.

Alors, qu?il s?agisse de l?Agence parisienne de l?innovation, du dispositif de prêts d?honneur et de fonds d?amorçage proposés par Paris Entreprendre, de la politique de valorisation des jeunes entreprises, des projets innovants que vous souhaitez mettre en place sur Paris, les filières de formation et les projets économiques liés aux métiers d?art ne doivent pas être oubliés.

L?Université de Bordeaux a d?ailleurs su faire une place à l??nologie, celle de Tours, à l?Institut Européen d?Histoire et des Cultures de l?Alimentation.

Ainsi notre collectivité pourra assurer de concert la promotion de la culture de l?innovation à laquelle vous nous invitez Monsieur le Maire, en même temps que l?indispensable innovation dans la culture.

Car les professionnels des métiers d?art sont aussi soucieux de promouvoir l?innovation technologique que de conserver les gestes ancestraux qui font la spécificité de leurs métiers.

Ils ont également conscience que pour se développer et susciter de nouvelles vocations ils doivent dépasser l?image d?une formation qui s?arrêterait au B.E.P., au C.A.P. ou au Bac Pro notamment en collaborant activement avec l?université.

Vous le voyez Monsieur le Maire, mes chers collègues, la création que nous vous proposons d?une université des métiers d?art à Paris, outre le fait qu?elle contribuerait à favoriser l?insertion professionnelle de nos futurs diplômés via un rapprochement avec un secteur économique en pleine expansion conforteraient également notre capitale dans un rôle privilégié de vitrine de la France pour l?étranger.

(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et Centre et Indépendants).

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Merci, Madame DUMAS.

Je donne la parole à M. Romain LÉVY.

M. Romain LÉVY. - Merci, Madame la Maire.

Madame la Maire, mes chers collègues, je me réjouis que cette communication, portant sur un domaine essentiel pour l?avenir de notre Ville, intervienne dès le début de la mandature. J?y vois un signe supplémentaire de notre volonté de placer l?innovation, la recherche et l?enseignement supérieur au c?ur de nos préoccupations.

Au moment où l?Etat se désengage de ses responsabilités en ce domaine, il était particulièrement important que nous rappelions que dans une société de la connaissance, la qualité de la recherche est la garantie de la qualité des emplois, de la croissance et de la cohésion sociale.

Elle contribue également à l?attractivité d?une ville. Et pour défendre la place de notre Capitale comme pôle universitaire et de recherches, pour attirer les étudiants et les chercheurs du monde entier, il était essentiel que notre municipalité accroisse encore son investissement dans l?économie de la connaissance.

Il était notamment indispensable de se pencher sur l?avenir du c?ur historique du Paris universitaire et scientifique, afin qu?il reste une référence en termes de rayonnement et d?excellence. Sa tradition et ses formidables potentialités le conduisaient naturellement à prendre toute sa place dans cette nouvelle dynamique, pour autant qu?on lui en donne les moyens et qu?on l?aide à y opérer les rapprochements nécessaires.

Beaucoup a déjà été fait depuis 2001. Je ne m?étendrai pas sur ces réalisations pour être plus succinct, mais je pense en particulier à l?université René Descartes, à Paris II Assas ou à la Chapelle de la Sorbonne. Je veux toutefois insister sur l?affectation du couvent des Cordeliers aux universités, pour qu?elles y développent leurs missions de diffusion de la culture et de l?information scientifique, ce qui constitue un enjeu de taille, alors que les étudiants ont tendance à s?éloigner de ces filières.

Ces actions trouvent leur prolongement dans l?engagement des travaux qui permettront à nos établissements de disposer d?équipements de standing international. Je pense à l?Ecole Supérieure de Physique et de Chimie Industrielle (E.S.P.C.I.) ou encore à la remise aux normes de sécurité de la bibliothèque de la Sorbonne pour laquelle notre ville consacrera plus de 40 millions d?euros.

Toutefois, comme l?a indiqué Daniel VAILLANT, l?enjeu majeur reste bien la volonté d?aider l?université et la recherche parisiennes à se structurer autour de trois grands pôles. Elu du 6e arrondissement, vous ne m?en voudrez pas d?insister plus particulièrement sur la constitution de l?un de ces pôles, autour de la Montagne Sainte-Geneviève. Je pense d?ailleurs qu?il pourrait avantageusement prendre le nom de pôle Quartier latin, ce qui aurait sans doute une plus grande résonance encore dans le monde entier. Devant la dispersion des établissements, il convenait bien de créer ce pôle combinant enseignement et recherche, logements, activités culturelles, incubateurs et pépinières d?entreprises, afin de favoriser les synergies nécessaires.

A ce titre, je ne peux résister à l?envie d?évoquer d?un mot la création de la prochaine pépinière de l?édition et des métiers du livre dans le 6e arrondissement. Elle illustre parfaitement cette même volonté de préserver un ?héritage historique?, non comme un simple vestige du passé mais comme un atout pour l?avenir, un gage de vitalité économique.

L?ensemble des mesures que nous venons d?évoquer prouve que notre municipalité souhaite rester vigilante à ce que la dimension métropolitaine, qu?il convient nécessairement de donner à la politique universitaire, ne se développe au détriment du berceau historique de l?université française que constitue le centre de Paris. Nous recherchons bien la complémentarité.

De la même façon, au moment où certains seraient tentés de séparer dans des pôles géographiquement distincts les sciences humaines, d?une part, et les sciences dites dures, d?autre part, le Quartier latin témoigne du développement harmonieux de la culture scientifique et des sciences humaines dans un même périmètre, et de l?intérêt bien compris de l?interdisciplinarité.

Enfin, il ne me serait pas possible de parler de la recherche et de la connaissance sans aborder la question du devenir des locaux de l?E.H.E.S.S. et de la Maison des Sciences de l?Homme dans le 6e arrondissement. Je forme 2 v?ux, dont j?aimerais que notre collectivité puisse se faire une nouvelle fois l?écho. Tout d?abord que l?implantation de l?E.H.E.S.S., prévue dans le Pôle Nord-Est parisien, puisse se faire tout en préservant un ancrage dans le 6e arrondissement. Une certaine complémentarité doit, là encore, pouvoir être trouvée.

Second point, le devenir même des locaux du boulevard Raspail. Comment ne serait-ce qu?imaginer qu?ils ne servent pas l?avenir à accueillir un lieu de connaissance, d?enseignement ou de recherche ? Nous devrons être particulièrement attentifs à ce point, et s?il devait en être décidé autrement, je souhaite que notre ville use alors de l?ensemble de ses prérogatives pour s?y opposer.

Etant déjà trop long, je ne peux que souligner d?une phrase à quel point il est aussi important que soit proposé, dans cette communication, à côté de la question des équipements universitaires et scientifiques, un plan ambitieux pour le soutien et l?accueil des doctorants ou des enseignants chercheurs.

En guise de conclusion, Madame la Maire, je suis sûr que le pari de l?intelligence que vous avez fait permettra au coeur universitaire et scientifique traditionnel de notre Ville, qu?est le Quartier latin, de se projeter vers l?avenir tout en préservant son identité. Ce sera la contribution, oserai-je dire, du vieux Quartier latin, à l?émergence du Paris universitaire du XXIe siècle.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Merci beaucoup, Monsieur Romain LÉVY.

La parole est à M. LECOQ.

M. Jean-Pierre LECOQ, maire du 6e arrondissement. - Merci, Madame la Maire.

Monsieur le Maire, mes chers collègues, la communication que vous nous présentez aujourd?hui sur des sujets aussi important que l?enseignement supérieur, la recherche et l?innovation, pour l?avenir de notre pays et pour une partie de sa jeunesse, aurait dû être d?essence consensuelle.

Pour quelles raisons ? D?abord, parce qu?il y a urgence. Tout le monde le sait et le constate aujourd?hui, nos universités sont vieillies, ankylosées, de petite taille, si on les compare à leurs homologues américaines, indiennes et chinoises, alors qu?elles recèlent souvent en leur sein des chercheurs et des universitaires de grand renom et de grande qualité.

La loi L.R.U. était une première réponse à leurs problèmes. En leur donnant plus de pouvoir et d?autonomie, le Gouvernement SARKOZY leur a donné plus de moyens pour lutter à armes égales avec leur concurrentes étrangères.

La seconde raison est que tous les gouvernements depuis trente ans ont sous-investi dans le domaine de l?enseignement supérieur. Si, en province, un certain nombre d?investissements en partenariat avec les régions ont été faits,  la situation des universités parisiennes n?est pas brillante. Certes, ponctuellement de grandes opérations ont eu lieu mais les besoins sont immenses et nécessitent que l?on mutualise les ressources de façon coordonnée et intelligente.

Le plan U3M, annoncé par Lionel JOSPIN en 2000, n?a pas permis de progrès notables. Certes, il contenait des crédits substantiels mais il ne traitait pas les deux problèmes majeurs qui conditionnent la rénovation des locaux universitaires. Premièrement, la maîtrise d??uvre confiée aux universitaires, qui leur donne la capacité juridique et financière de mener les travaux de rénovation. Deuxièmement, les locaux tiroirs, c?est-à-dire les locaux qui permettent, en accueillant les étudiants, de pouvoir mener les travaux sur les sites universitaires.

Chers collègues, je vis depuis plusieurs années la rénovation des locaux de la faculté d?Assas pour laquelle la Ville s?est d?ailleurs engagée financièrement, mais rien n?aurait encore démarrer, si la présidence de la faculté n?avait pas réussi, à force de recherches, à mobiliser les locaux nécessaires au démarrage effectif des travaux de rénovation.

Monsieur le Maire, je vous le suggère, si vous voulez réellement, au-delà des déclarations d?intention, coproduire avec les autorités académiques et aider véritablement à la rénovation des universités parisiennes, aidez-les à trouver des locaux intermédiaires pour abriter les étudiants pendant la durée des travaux. Nous le savons, des possibilités existent dans le parc scolaire parisien, dans les lycées et collèges de la capitale, notamment en soirée. Leur mobilisation, certes, n?est pas facile juridiquement mais ne saurait résister à une volonté politique clairement affichée du Maire de la capitale.

Monsieur le Maire, mes chers collègues, dans quelques jours nous connaîtrons les sites retenus au titre du plan Campus et nous ne doutons pas que des sites parisiens soient retenus. Nous souhaitons que la Ville les accompagne et les soutienne financièrement, tout en développant à destination des étudiants de nouveaux services.

Quant au pôle Quartier latin, il existe de fait mais rassemble souvent des entités et des locaux disparates. Là encore, je vous fais une proposition : quand l?E.H.E.S.S. abandonnera ses locaux du boulevard Raspail pour rejoindre le nouveau pôle Paris Nord Aubervilliers, qu?une partie de ces locaux servent à abriter les étudiants des facultés dont la rénovation n?a pas démarré ; c?est d?ailleurs le cas de la Faculté de médecine de la rue des Saints-Pères.

Ensuite, lorsque le jury de Paris Campus aura délibéré, aidez les projets parisiens présentés qui n?auront pas été retenus mais qui présentent un intérêt indéniable. Je pense notamment au campus de la pharmacie et du médicament, présenté par Paris V et qui permettrait sur le site de l?avenue de l?Observatoire de créer un campus au rayonnement international. Dans le cadre de la médecine dentaire et de l?odontologie, il est possible dans les anciens locaux historiques de la rue Garancière de créer un institut de renommée internationale.

Monsieur le Maire, au Quartier latin, vous avez la possibilité en partenariat avec l?Etat et les universités parisiennes de contribuer à un passionnant travail de dynamisation et de transformation des différents sites existants.

Cette tâche ne demande pas une nouvelle conversion de votre part. Ne soyez pas libéral dans ce domaine mais seulement constructif et coopératif. L?intérêt de Paris et son avenir l?exigent.

(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et Centre et Indépendants).

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Merci.

Je donne la parole à Mme Sandrine CHARNOZ.

Mme Sandrine CHARNOZ. - Merci, Madame la Maire.

Madame la Maire, mes chers collègues, cette communication sur l?innovation qui vient de nous être présentée est complète et de grande qualité.

Pour nous, l?innovation ne doit pas être simplement économique. C?est aussi un projet citoyen pour Paris.

Dans le 12e arrondissement, le projet de l?Institut de la Vision et le projet ?PANAMMES?, projet d?aménagements nouveaux pour améliorer l?accessibilité des malvoyants, malentendants et sourds, sont de bons exemples de l?interaction entre le soutien que l?on peut apporter à la recherche et aux entreprises, d?une part, et à la solidarité, d?autre part.

Initié par Christian SAUTTER et poursuivi avec la même énergie et passion par Jean-Louis MISSIKA, l?Institut de la Vision installé au c?ur des Quinze-Vingt rassemble sur un même site des unités de recherche de l?I.N.S.E.R.M. et du C.N.R.S., un service clinique et 2.000 mètres carrés de surface dédiés aux jeunes entrepreneurs pour développer des projets communs très innovants.

A côté, le centre hospitalier d?ophtalmologie poursuit les soins, mais aussi l?enseignement et la recherche, tout en conservant sa vocation initiale d?hébergement des personnes aveugles ou malvoyantes.

Nous devions donc, autour de l?Institut de la Vision, favoriser l?accessibilité de ceux qui étaient les plus concernés par la thématique des lieux, c?est-à-dire les malvoyants, les malentendants et les sourds.

Le projet ?PANAMMES? qui nous tient particulièrement à c?ur dans le 12e expérimente en milieu urbain, autour de l?Institut de la Vision, des dispositifs d?aide à la mobilité des malvoyants et malentendants.

En effet, la loi du 11 février 2005 pour l?égalité des droits et des chances, la participation à la citoyenneté des personnes handicapées, traduit dans le droit l?idée que la chaîne des déplacements doit s?adapter aux personnes en situation de handicap.

Cette loi qui, pourtant, à l?origine, était ambitieuse n?a conduit qu?à quelques évolutions et elle est loin d?avoir permis le décloisonnement nécessaire.

A Paris, nous avons souhaité faire de la ville un laboratoire d?expérimentation pour mettre fin à ces discriminations.

Ce projet ?PANAMMES? illustre un volet important de l?innovation telle que nous la concevons. Ce projet expérimental répond à un cahier des charges établi selon le besoin des utilisateurs, en associant les deux fédérations des malvoyants et des malentendants.

Il s?agit d?assurer son appropriation par les citoyens et de concevoir avec eux ce dont, demain, ils auront réellement besoin.

La Ville devient par ailleurs un laboratoire d?expérimentation, un lieu de test de grandeur réelle, de nouveaux mobiliers, de nouvelles fonctionnalités, de simulations de nouvelles ambiances sonores et lumineuses et ce, pour l?usage de tous.

L?innovation imprègne ainsi la Ville et irrigue la vie des Parisiens, des chercheurs les plus expérimentés jusqu?aux citoyens, y compris ceux qui en sont encore trop souvent exclus.

C?est le Paris de la promotion d?une culture commune, d?une culture commune de l?innovation. C?est le défi d?une ville accessible, compréhensible et lisible pour tous.

L?innovation est ici au service du mieux vivre ensemble et cette expérimentation permettra demain de développer, je l?espère, les technologies pour les aveugles et malvoyants, soit plus de 1,7 million de personnes en France, et pour les malentendants et sourds, soit plus de 6 millions de personnes.

?PANAMMES? permettra d?accélérer la mise en ?uvre de projets dont les freins sont trop souvent les délais entre le laboratoire et la mise sur le marché.

Le handicap est un défi à relever, il pose la question de l?égalité. Et nous avons, Madame la Maire, par ce projet, souhaité que l?innovation et la créativité soient au service du progrès social, au service d?une ville pour tous, par et pour tous ses citoyens.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Merci à vous, Sandrine CHARNOZ.

La parole est à M. Jérôme COUMET.

M. Jérôme COUMET, maire du 13e arrondissement. - Merci, Madame la Maire.

C?est à double titre que j?ai souhaité m?inscrire dans ce débat, d?abord en tant que maire du 13e mais aussi sur un plan, je l?avoue, plus personnel.

En effet, je suis fils d?universitaire. L?évolution de ces dernières années m?inquiète tout particulièrement, l?actualité plus encore. L?actuelle réforme du CNRS heurte, à juste titre, le monde de la recherche ; le manque de moyens alloués par l?Etat plus encore.

Et j?ai bien entendu votre plaidoyer, Monsieur LAMOUR, mais Mme PÉCRESSE ne dispose pas du soutien financier du Gouvernement et, s?il ne faut pas s?interdire toute réflexion sur la modernisation de l?université et de la recherche, l?urgence n?est pas au problème de gouvernance mais bien au manque de moyens pour faire fonctionner l?université, financer la recherche et rénover les bâtiments.

Au passage, et je reprendrai à cette occasion ma casquette de maire d?arrondissement, je souhaite manifester mon incompréhension face à une décision de Mme PÉCRESSE qui va à l?encontre du bon sens.

Nous avions facilité et organisé l?implantation d?une antenne parisienne de l?I.N.R.I.A., au c?ur de la Z.A..C. développement durable de la Gare de Rungis. Implanter cet institut de pointe dans la recherche informatique, à deux pas de l?école Télécom Paris, faisait sens. Dans la dernière ligne droite, Mme PÉCRESSE s?y est opposée, injustement, nous obligeant à abandonner ce beau projet et à reformuler la construction du pôle de bureaux de cette Z.A.C.

Mais cette tribulation inutile, infondée, n?empêchera pas le 13e de devenir le premier arrondissement universitaire de Paris.

A ce propos, je me permets, Monsieur LAMOUR, de vous souligner cet état de fait : quand je vous écoute, vous semblez ignorer tout ce qui s?est passé et va se passer dans le 13e. Je suis à votre disposition pour réparer cette erreur et vous faire visiter le nouveau quartier universitaire de Paris Rive Gauche.

En effet, après Paris I, Télécom-Paris et le pôle des Arts graphiques, le 13e s?enorgueillit d?accueillir aujourd?hui la nouvelle école d?architecture Val de Seine, Paris 7 aussi, cette formidable université pluridisciplinaire, maintenant largement installée, même si plusieurs bâtiments restent encore à construire, et demain l?I.N.A.L.C.O.

Ainsi, le 13e accueillera le plus grand nombre d?étudiants. Et notre travail, avec le concours de la S.E.M.A.P.A., fut d?aider à ces implantations, de largement les financer, à hauteur de 250 millions pour le foncier et la construction, et même de les accompagner, puisque la S.E.M.A.P.A. fut chargée de la maîtrise d?ouvrage déléguée.

Et, plus encore, d?inscrire ce nouveau quartier universitaire dans la ville.

Nous faisons le contraire d?un campus à l?américaine, non pas par idéologie mais tout simplement au nom d?un choix différent. Tout le contraire d?une université en autarcie, repliée sur elle-même. Une université inscrite dans la ville, au milieu des habitations, dans un quartier bien desservi, avec des commerces dont certains sont situés en pied d?immeuble des bâtiments universitaires, avec une correspondance tout particulièrement avec le quartier : une bibliothèque ouverte aux habitants, le conseil de quartier qui se réunit dans les amphis, un programme culturel partagé.

(M. le Maire de Paris reprend place au fauteuil de la présidence).

Et ce travail se poursuit, y compris pour la cohérence des enseignements.

Je prendrai l?exemple de l?I.N.A.L.C.O., les Langues O. Etant donné l?une des caractéristiques du 13e, nous réfléchissons à faire un lien particulier par l?enseignement du chinois. Ainsi, dans le 13e, il sera bientôt possible d?étudier le chinois de la maternelle à l?université, avec y compris des filières d?excellence, une filière scientifique intégrant des cours de mathématiques en chinois.

Je prendrai aussi l?exemple de Paris Bioparc, cette pépinière d?entreprises de 18.000 mètres carrés, spécialisée dans les biotechnologies. Son implantation en plein quartier universitaire n?a pas été choisie par hasard. Bien entendu, cela doit permettre de faire le lien entre l?université et le monde de l?entreprise. Je ne sais pas s?il s?agit d?un souffle libéral, comme le disait M. LAMOUR, mais il s?agit, j?en suis sûr, de pragmatisme, d?intelligence et de bons sens.

Nous poursuivrons en ce sens en développant une deuxième pépinière Biopoarc 2, en lien avec Ivry, en rendant également possible l?implantation d?hôtels d?activité, dédiés aux P.M.E., en accompagnant aussi l?Institut du cerveau et de la moelle épinière qui sera ouvert à la Pitié-Salpêtrière.

Enfin, faciliter la recherche, développer les synergies entre notre ville et l?université, permettre à Paris de rayonner dans le monde, cela passe aussi par un accueil décent des étudiants et des chercheurs, et là aussi, le 13e apportera plus que sa part. Nombre de programmes de logements étudiants sont soit déjà livrés soit programmés et ce lien, nous souhaitons le développer dans notre arrondissement.

Mes chers collègues, le 13e, son nouveau quartier universitaire maintenant bien installé, vont sans nul doute se développer grâce aux efforts engagés par la Ville de Paris en faveur de la recherche et de l?université et je vous en remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur Claude DARGENT, comme vous êtes très intelligent, si vous arriviez à beaucoup concentrer votre message, ce serait bien ; sinon, on va dire que je favorise un groupe, ce qui n?est vraiment pas dans mon état d?esprit !

M. Claude DARGENT. - Je vais aller directement au fait, pour économiser le temps de notre Assemblée.

Les questions qui nous réunissent aujourd?hui devraient, de ce point, créer un consensus.

Et je suis obligé de constater que, malheureusement, les propos de Jean-François LAMOUR tout à l?heure ont un peu fait fi des réalités et de ce que nous avons constaté à Paris depuis plusieurs années, à savoir les graves retards sur toute une série d?établissements universitaires que l?Etat s?était engagé à construire.

Il se trouve que je peux en témoigner comme professeur des universités. La situation matérielle de nos établissements est, chers collègues, une véritable honte. Quand nous accueillons nos collègues étrangers dans le cadre des échanges internationaux, c?est très difficile, parce que nous les sentons atterrés ! Atterrés par les conditions qui sont faites à leurs collègues français lorsqu?ils les découvrent !

Il ne s?agit pas ici de confort. Il s?agit des moyens susceptibles d?assurer que l?enseignement et la recherche, intimement liés au niveau du 3e cycle, puissent se dérouler dans les conditions qui assurent leur succès. Il s?agit de qualité des bibliothèques, d?adaptation des locaux, d?équipements lourds, d?équipements informatiques, de logements étudiants, etc.

Or, il y a urgence !

Il y a urgence parce que de plus en plus de nos étudiants, et pas les moins doués, sont attirés par les conditions de recherche que leur assurent les universités étrangères. Au plan international, partir étudier à l?université de Paris demeure une idée séduisante pour des étudiants du monde entier, mais la concurrence des établissements anglo-saxons est de plus en plus forte. La barrière de la langue constitue pour nous un handicap. Il est essentiel que nous puissions le plus vite possible offrir aux étudiants français et étrangers des conditions d?études enfin alignées sur le standard des pays développés.

L?effort à fournir est considérable !

En conséquence, dans le Plan Campus, qui a été fort justement annoncé, notre ville ne doit pas être oubliée. Elle représente 20 % du potentiel national de chercheurs et la Région Ile-de-France, 40 %. Or, en l?occurrence, le Directeur général de l?enseignement supérieur l?a rappelé il y a peu, on n?est pas dans une logique du saupoudrages, donc les chiffres que je viens d?indiquer devraient conduire à ce que, sur les 10 projets annoncés dans le cadre du Plan Campus, 2 au moins se situent dans Paris intra muros et 4 dans la région.

Pour terminer, je prendrai un exemple simple, pour montrer que Paris est plutôt défavorisé très souvent par rapport aux universités de province, contrairement à ce que l?on pourrait croire.

Les enseignants statutaires des universités de province disposent en général d?un bureau dans leur université, ce que l?on peut considérer, chers collègues, comme minimal ! Il faut savoir que ce n?est pas le cas en Ile-de-France ! Comme mes collègues, alors que nous dirigeons, pour certains d?entre nous, des thèses, nous ne pouvons pas recevoir, dans notre université, nos étudiants dans un bureau. Aujourd?hui, en 2008 !

Tout cela est tout simplement inimaginable !

Chers collègues, notre université est aujourd?hui à la croisée des chemins. Soit un effort considérable est fourni très rapidement, la Ville y est prête, au-delà même de ses strictes compétences, au-delà même de son territoire propre - cela a été dit -, mais l?effort principal se trouve fatalement, compte tenu de ses ressources, de la responsabilité de l?Etat. Ses dirigeants actuels doivent prendre la mesure du jugement que l?Histoire prononcerait sur leur action, s?il s?avérait que c?est au début du XXIe siècle que l?Université de Paris, qui rayonne depuis toujours sur l?ensemble de la planète, se trouvait clairement distancée, pour la première fois depuis des siècles, par ses homologues étrangères. L?enjeu est là !

Merci.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Vous êtes un exemple, Claude DARGENT. On peut dire beaucoup de choses intelligentes en très peu de temps. Vous allez d?ailleurs inspirer les deux adjoints qui vont répondre au nom de l?Exécutif.

Je donne d?abord la parole à M. Jean-Louis MISSIKA.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint au nom de la 2e Commission. - Je voudrais me féliciter de la richesse et de l?intérêt très grand de l?ensemble des interventions. Il y avait beaucoup de choses ; il y avait des propositions, des idées. On va faire la synthèse de tout cela et je pense que l?on va pouvoir enrichir le projet qui est un des projets phares de la mandature.

Avant de rentrer dans le détail des interventions, je voudrais commencer par répondre à Jean-François LAMOUR parce que j?ai été très surpris de son intervention. Son discours était un discours de défense et d?illustration de la politique universitaire de l?Etat plutôt que celui d?un conseiller de Paris.

Je voudrais lui proposer une citation d?André Malraux. J?espère qu?elle lui ira droit au c?ur. Il avait coutume de dire : ?La politique est manichéenne, mais il ne faut pas en rajouter?.

Je trouve que vous en avez rajouté beaucoup. J?ai remarqué en revanche que nombre des interventions du groupe U.M.P.P.A. avaient une tonalité beaucoup plus positive.

Daniel VAILLANT a très bien montré que le projet ?Paris Nord-Est? était dû à l?initiative des collectivités locales, notamment de Paris et de Plaine-Commune, que son inscription au précédent contrat de plan Etat-Région a été pilotée par les collectivités locales et que l?Etat n?a pas tenu ses engagements de financement sur le C.P.E.R. 2000-2006, sur ce projet.

C?est bien de se rallier à un projet, mais, en même temps, reconnaître la paternité de ce projet n?est peut-être pas une mauvaise chose.

Puis, il faut faire attention à l?enthousiasme des convertis. Il y a trois grands pôles universitaires à Paris : le pôle Rive-Gauche de Jussieu à Ivry, le quartier latin et, bien sûr, le projet Paris Nord-Est. La Ville de Paris doit tenir équilibrée la balance de ses investissements entre ces trois grands pôles et ne pas considérer qu?il y a un seul projet prioritaire qui serait celui de Paris Nord-Est.

Vous dites que l?Etat a rempli tous ses engagements. C?est faux ! L?Etat n?a pas rempli tous ses engagements. Et c?est, par exemple, Bernard SAINT-GIRON, le Directeur de l?Enseignement universitaire, qui l?a reconnu publiquement devant la commission des finances de l?Assemblée nationale, avouant des retards de 400 millions d?euros de crédits de paiement non dépensés au titre du C.P.E.R. 2000-2006. Ces retards accumulés sont peut-être à l?origine du refus de l?Etat de faire un bilan de la convention 2000-2006 qu?il a signé avec la Ville sur les investissements universitaires de la première mandature, bilan que la Ville de Paris réclame à corps et à cris depuis un certain temps.

Ce qui montre que lorsque vous demandez une évaluation et un bilan, vous avez tendance à dire : ?Faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais?.

La faiblesse de l?engagement de l?Etat est patente. En octobre 2005, l?ensemble des présidents d?université est venu à l?Hôtel de Ville autour du Maire de Paris pour dénoncer le désengagement de l?Etat. L?absence d?investissements dans les universités parisiennes est reconnue par tout le monde ; par les responsables universitaires et par les responsables politiques.

C?est Jacques CHIRAC qui promettait, en 1994, que plus personne ne travaillerait en milieu amianté, fin 1996, dans les universités parisiennes. Je vous rappelle qu?aujourd?hui on doit attendre environ 2012 pour la fin du désamiantage de l?Université de Jussieu. On a trois ans de retard sur la bibliothèque Sainte-Barbe, cinq ans de retard sur l?I.N.A.L.C.O., etc.

On se rend bien compte que, peut-être parce que les caisses de l?Etat sont vides, il y a une tendance à retarder les projets de la part de l?Etat en matière d?investissements dans l?enseignement et la recherche.

Vous avez cité le plan ?Campus?. C?est un élément intéressant. On nous dit que ce sont 5 milliards d?euros. En réalité, nous avons vu, pour le moment, 3,8 milliards d?euros issus de la vente des actions E.D.F. par l?Etat. 3,8 milliards d?euros et non pas 5 milliards d?euros. On attend avec impatience de connaître la source du 1,2 milliard d?euros supplémentaire.

Ces sommes vont être placées dans un fonds par Bercy et ce sont les revenus de ce fonds qui vont être investis dans l?université et la recherche. Le calcul est relativement simple. Cela fait environ 200 millions d?euros par an. 200 millions d?euros par an divisés par dix projets, cela donne 20 millions d?euros par an et par projet.

Si Paris n?obtient qu?un projet, ce qui est malheureusement envisageable, cela veut dire qu?il y aura 120 millions d?euros d?investissements au cours des six prochaines années, à travers le plan ?Campus?. Il faut bien mettre en regard le chiffre global annoncé qui est de 5 milliards d?euros avec une réalité sur six ans de 120 millions d?euros d?investissement par projet du plan ?Campus?.

Enfin, troisième élément dans votre intervention, vous vous inquiétez de l?affectation du milliard d?euros qui est prévu par la Municipalité. Vous avez une vision à la fois comptable, bureaucratique et inefficace de la dépense publique, ce qui me surprend beaucoup de votre part.

Comme l?a très bien dit la conseillère d?opposition Valérie HOFFENBERG, on doit évaluer les besoins pour dépenser intelligemment l?argent des contribuables parisiens. Au lieu de cela, vous faites une sorte de péréquation du milliard, de telle manière que l?on se retrouve avec 80 millions d?euros qui devraient être dépensés avant la fin de l?année.

Que fait-on s?il n?y a pas matière à dépenser immédiatement ces 80 millions d?euros ? Se retrouve-t-on dans une logique purement bureaucratique consistant à dire qu?il faut vite dépenser cet argent avant la fin de l?année ?

Or, nous devons faire un travail de préfiguration des missions de l?Agence Parisienne de l?Innovation. Déjà, deux groupes de travail ?uvrent sur ce sujet et nous vous présenterons les résultats de ces travaux avant la fin de l?année.

Il faut faire un travail d?identification des besoins et cette identification des besoins est complexe. C?est pourquoi nous allons lancer un appel à projets concernant les pépinières et les incubateurs sur la Ville de Paris parce qu?on ne décide pas par décret de créer des incubateurs et des pépinières. Ce sont les chercheurs, les jeunes entrepreneurs, les jeunes diplômés qui doivent être capables de dessiner le contour des besoins et des nécessités du futur investissement dans le domaine des pépinières et des incubateurs.

Je crois que l?on est dans un domaine où il faudrait un consensus ; il faudrait que tout le monde tire dans la même direction ; il faudrait que l?Etat, la Région et la Ville de Paris puissent se concerter. Aujourd?hui, nous sommes dans une situation où nous avons mis sur la table une feuille de route, nous avons défini un cahier des charges, des objectifs. Nous avons montré comment nous voulions atteindre ces objectifs et c?est ainsi que le travail doit être mené.

Vous aurez, le moment venu, c?est-à-dire à l?automne, la répartition budgétaire, la répartition de l?investissement qui nous paraît souhaitable au cours de la fin de l?année 2008 et de l?année 2009.

J?en viens aux autres interventions. Romain LÉVY a raison d?insister sur l?importance du pôle Quartier Latin, étant entendu que ce pôle recouvre non seulement les 5e et 6e arrondissements, mais également, pour partie, les 13e et 14e arrondissements.

Il y a quelque chose d?assez inquiétant dans la phrase prononcée par Valérie PÉCRESSE quand elle parle d?installer les ?sciences dures? au Sud et les ?sciences humaines et sociales? au Nord. Cette phrase est doublement préoccupante. Elle est préoccupante parce qu?il y a l?oubli du c?ur de l?université parisienne qui se situe au Centre de Paris. Or, le c?ur de l?université parisienne ne doit pas être négligé. Nous avons un immense travail de rénovation et de recomposition du tissu urbain à engager dans le quartier latin et la Montagne Sainte-Geneviève. Il y est fait largement allusion dans la communication, et plus particulièrement en ce qui concerne, par exemple, une école prestigieuse de la Ville de Paris qui est l?Ecole Supérieures de Physique et de Chimie Industrielle.

D?autre part, il y a dans cette phrase quelque chose d?étrange, qui consiste à dire qu?il faut séparer les sciences dures des sciences humaines alors qu?en réalité toutes les grandes universités de recherche du monde entier combinent sciences dures et sciences humaines et sociales.

C?est la raison pour laquelle la Ville de Paris, qui a une politique universitaire, n?est pas seulement la roue de secours de l?État, Monsieur LECOQ, chargée de trouver des locaux tampons à sa place pour le déplacement des étudiants pendant que l?on est en train de rénover des locaux.

La Ville de Paris qui a une politique universitaire défendra fermement le fait qu?aussi bien dans le pôle Nord-Est que dans le campus Rive Gauche ou qu?au centre de Paris bien évidemment, cette pluridisciplinarité qui est une des forces de l?université parisienne soit maintenue.

Je signale pour ceux que les détails intéressent que la communication met en avant le concept de bipôle, ce qui montre la façon dont nous concevons le travail au niveau de Paris métropole.

Par exemple, le fait que Telecom ParisTech doive s?agrandir et aller sur le plateau de Saclay ne signifie pas que la totalité de Télécom ParisTech doive déménager de Paris vers Saclay.

Ce qui est vrai, c?est que vu de Shanghai, de New York ou de Tokyo, Paris Centre, Saclay et Marne-la-Vallée ne font qu?un mais cela ne doit pas nous empêcher de nous concerter entre collectivités avec la Région, avec l?État pour que l?aménagement de ce grand ?cluster? de Paris métropole soit un aménagement intelligent, et que l?on ne déshabille pas Paris pour habiller Saclay.

Je voudrais remercier Mme Sandrine CHARNOZ d?avoir évoqué le projet ?PANAMMES? parce je crois qu?il préfigure assez bien une des missions essentielles de l?Agence parisienne de l?innovation.

Ce projet ?PANAMMES? qui est un projet articulé à l?Institution de la Vision et à l?hôpital des Quinze-Vingts est une zone d?expérimentation en milieu urbain pour tester des dispositifs d?aide à la mobilité aux personnes handicapées.

Cette notion d?expérimentation sera au coeur du travail de l?Agence parisienne de l?innovation, c?est-à-dire la capacité de concevoir des prototypes, de tester ces prototypes, de faire ce que l?on appelle la preuve du concept qui est un jalon essentiel dans la création d?une jeune entreprise innovante et qui est souvent une étape difficile à franchir.

On a tendance à ne s?intéresser aux jeunes entreprises innovantes qu?à partir du moment où elles ont trois ou quatre ans d?âge, c?est-à-dire à partir du moment où elles ont fait tout ce travail essentiel de démonstration de l?utilité sociale et de l?utilité économique de leur innovation.

Pour revenir à l?intervention de Jean-Pierre LECOQ, je souhaite ajouter qu?en matière de locaux tampon, Paris a fait plus que son devoir : Boucicaut pour Paris VI, Championnet pour Paris IV, la rue du Pré pour l?E.H.E.S.S. et l?E.P.H.E.

En ce qui concerne la rénovation de Paris II Assas, la Ville a investi 7,2 millions d?euros et les travaux ont déjà commencé.

J?insiste sur le fait que Paris ne peut pas être conçue comme une simple roue de ce secours de l?État en matière de locaux tampons.

Nous avons à définir et à mener une politique universitaire et une politique de recherche territoriale et nous le ferons au cours de cette mandature, nous chercherons à montrer en quoi les idées que nous défendons sont des idées pertinentes.

Je vais conclure rapidement en disant que s?agissant de la fracture numérique soulignée par plusieurs intervenants, l?attractivité numérique d?une ville n?est pas seulement l?accès à des réseaux haut débit, mais c?est aussi une population qui sait s?en servir, inventer de nouveaux usages, qui a une compétence professionnelle dans l?économie numérique et qui est homogène dans ses usages numériques.

La lutte contre la fracture numérique est un élément totalement intégré à cette politique de l?innovation que j?appelle de mes voeux et sur lequel nous allons travailler tout au long de cette mandature.

Je vous donne rendez vous pour parler investissements, crédits de fonctionnement au mois d?octobre, c?est-à-dire au moment où nous présenterons le budget et les différents résultats des appels à projet que nous allons lancer au cours de l?été.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup.

Pour nous parler de vie étudiante, je donne la parole à M. Didier GUILLOT.

M. Didier GUILLOT, adjoint, au nom de la 7e Commission. - Merci, Monsieur le Maire.

Pour répondre à M. Jean-François LAMOUR, à propos de la question du regroupement des délégations ou de l?administration, je ferai un constat simple : sous la mandature de M. Jean TIBÉRI il y avait 48 adjoints, on peut difficilement faire plus, mais pas d?adjoint à la vie étudiante.

Je pense que cela a eu une influence sur le fait qu?il n?y a bien eu que 320 logements réalisés de 1995 à 2001 pour les étudiants, ce qui est comparable au nombre de logements qui vont ouvrir en septembre dans les trois résidences universitaires du 18e, trois parmi huit résidences qui ouvrent cette année.

Nous sommes dans la continuité pour nous de l?effort fait dans la première mandature et dans l?amplification puisque nous allons passer de 3.800 logements à 4.000 qui seront financés dans la prochaine mandature, 4.000 logements neufs, je le précise pour les polémiques qui pourraient avoir lieu sur la nature de ces logements.

Je précise également à Mmes Emmanuelle BECKER et Danielle FOURNIER en réponse aux inquiétudes qui pourraient exister encore quant à la nature de ces logements que l?effort de la Ville en matière de logements étudiants porte d?abord évidemment sur du logement à critères sociaux.

Nous veillons à cela depuis le début avec le C.R.O.U.S. et c?est donc quelque chose de très important pour les questions de mixité sociale à Paris.

Deuxième chose, sur le logement, nous avons parlé de 4.000 logements. Nous pouvons évidemment faire plus et nous souhaitons faire plus, c?est un minimum, nous espérons être entendus par Valérie PÉCRESSE qui a fait une offre très intéressante au Département des Yvelines.

Espérons que cette offre de convention avec ce département pourra s?étendre à d?autres départements de la Région Ile-de-France, à commencer par Paris. Nous sommes évidemment partants pour une telle signature.

Sur la question de la restauration, je dirai à Mme Valérie HOFFENBERG que Paris-Dauphine est effectivement une belle université. La Ville de Paris a participé à la rénovation de son restaurant.

Sur les engagements de logement de prestige dont Mme SACHS a parlé, il y a des projets dans les trois lettres d?intention de Plan Campus qui sont intéressants et sur lesquels on pourra s?appuyer, je pense à Paris Centre Universités ou à Paris Universitas, ces logements seront plutôt situés dans le cadre historique notamment la Cité internationale.

Nous serons là aussi en appui à ces deux grands projets, un sur Paris-Rive gauche et l?autre sur la Cité internationale.

D?une façon générale, s?agissant des très nombreux projets figurant dans le Plan Campus dont on ignore lesquels seront retenus, la Ville de Paris sera très attentive et interviendra, non pas en substitution mais en appui et nous veillerons projet par projet à voir comment nous pourrons aider. L?effort en matière de vie étudiante est évident quand on lit les trois projets.

Sur les écoles d?art, je ne reviens pas sur ce qu?a dit Mme DUMAS, l?effort de la Ville a été évident déjà sur la précédente mandature qui a sauvé les grandes écoles d?art de la Ville de Paris.

Sur le sport, M. CHERKI avait lancé sous le mandat précédent avec les Présidents d?université une grande réflexion pour créer un G.I.P. sur le sport universitaire. C?est un effort sur lequel nous allons nous appuyer pour permettre la pratique du sport amateur dans le monde étudiant à Paris et aussi le sport de très haut niveau comme nous venons de le voir avec l?U.P.M.C. Paris VII.

Sur Paris Nord-Est, par rapport à ce qui a été dit par Daniel VAILLANT et Jean-Louis MISSIKA, j?ai rencontré M. SALVATOR, le maire d?Aubervilliers, et le Président de l?E.P.H.E. la semaine dernière. Une chose est évidente pour tous ces acteurs : c?est bien parce que la Ville de Paris s?est impliquée dans ce projet, en a été moteur que l?attractivité pourra être forte et que les écoles et les universités susceptibles de s?agréger à ce projet viendront le faire.

Nous sommes attachés à la pluridisciplinarité sur ce nouveau campus dont a parlé M. MISSIKA, mais nous sommes aussi très fiers de voir que, pour rejoindre ce que disait Mmes FOURNIER et BECKER, nous avons là un vrai pôle des sciences humaines et sociales, qui font partie de l?excellence de la place parisienne.

Sur la question de la maison des initiatives étudiantes, je propose à la présidente de la 7e Commission d?organiser une visite pour les élus et M. LAMOUR, si cela les intéresse, de la Maison des initiatives étudiantes. Ce sera mieux que tout rapport d?évaluation auquel je suis également prêt. Je sais que des dizaines de milliers d?étudiants sont déjà passés et sont déjà des ?praticiens? de ce lieu, lieu d?incubation de la vie culturelle et associative. De mon point de vue, c?est une réussite et c?est pourquoi nous en créons trois nouvelles sous cette mandature.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Beaucoup de choses dites en peu de temps. Deux nouveaux adjoints qui viennent de s?exprimer. Tout cela est aussi lié à l?attractivité économique de Paris.

Je voudrais que M. Christian SAUTTER nous dise un mot.

M. Christian SAUTTER, adjoint. - Monsieur le Maire, le président M. Jean-François LAMOUR et Mme Valérie HOFFENBERG ont souhaité qu?une évaluation soit faite de la politique menée pendant la première mandature.

Si la deuxième commission veut se pencher sur cette question, si elle veut interroger la Chambre de Commerce, qui est un partenaire important, et un certain nombre de responsables de projets, tel le professeur SAHEL pour l?Institut de la Vision, je crois que nous pourrions tous en tirer bénéfice.

Je ne reprends pas la liste des locaux, mais je dirai qu?en avril 2001, lorsque j?ai voulu faire le tour des implantations pour aider les entreprises innovantes, une après-midi m?a suffit, puisqu?il y avait un appartement rue Geoffroy-Saint-Hilaire, dans le 5e arrondissement, et la remarquable pépinière Soleillet de la Chambre de Commerce et d?Industrie. Pour visiter les pépinières et incubateurs qui existent aujourd?hui, je pense qu?il faudrait plus de temps.

Vous m?avez interrogé sur le nombre d?emplois, je peux vous dire que 3000 emplois directs ont été créés durant la mandature grâce à ce dispositif. Mais j?insisterai plutôt sur la partie qualitative, c?est-à-dire que 80 % des entreprises innovantes qui ont été hébergées et accompagnées ont réussi et parmi celles qui sont sorties des incubateurs et des pépinières, 80 % se sont implantées sur Paris.

Voilà, Monsieur le Maire, après l?impulsion de la première mandature, je veux me féliciter de l?accélération qui est en cours et dire que je travaillerai avec Jean-Louis MISSIKA, y compris pour attirer de jeunes entreprises et de moins jeunes entreprises innovantes de l?étranger, pour contribuer au rayonnement international de Paris.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup.

Un grand merci à tous les élus, parce que j?ai trouvé le débat intéressant, même s?il y a parfois des incompréhensions et des enjeux différents.

Je remercie aussi l?Exécutif, en particulier MM. Jean-Louis MISSIKA et Didier GUILLOT. Néanmoins, tous les adjoints, sentez-vous extrêmement mobilisés par cette belle ambition. J?assume complètement le fait d?avoir voulu que la première séance du Conseil de Paris ait pour point central le logement, et la deuxième, l?innovation, la recherche et l?enseignement supérieur. Cela est vraiment fondamental. Si vous n?avez pas le détail des projets, c?est parce que l?on est au début du mandat. Au début du mandat, j?entends que l?on montre la volonté, que l?on cherche des solutions et que l?on ne perde pas de temps.

Si le premier mandat m?a appris quelque chose, c?est que quand on reporte la réflexion, l?élaboration à deux ou trois ans, cela sort trop tard.

Merci beaucoup à tous de vous impliquer dans cette ambition qui nous dépasse et, bien sûr, contrôlez au fur et à mesure que les engagements pris correspondent bien à cette dynamique que nous voulons créer. C?est bien le rôle de tous les groupes, et notamment de l?opposition, de veiller à ce que ce milliard... D?ailleurs, Monsieur LAMOUR, je vous précise que ce milliard est celui des finances de la Ville de Paris. Nous comptons bien en mobiliser un second auprès de partenaires publics et privées, mais pour ce milliard-là, nous ne demandons pas à l?Etat, à l?Europe ou aux entreprises privées, c?est pour en avoir un deuxième. Tout cela est un travail passionnant.

Merci à tous.