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Conseil Municipal
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2008, III - Question d'actualité présentée par le groupe "Les Verts" relative à la situation dans le 19e arrondissement et les moyens à mettre en œuvre pour un bien vivre dans tous les quartiers.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2008


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Je passe à la question du groupe "Les Verts".

M. Yves CONTASSOT a la parole.

M. Yves CONTASSOT. - Depuis plusieurs mois, des incidents plus ou moins graves se répètent dans le 19e arrondissement. Les affrontements entre bandes pour le contrôle du territoire deviennent de plus en plus violents. Le principal lieu de confrontation est d'ailleurs situé dans un quartier GPRU. Et depuis 2001, sous l'impulsion de Martine DURLACH, ancienne adjointe en charge de la Politique de la ville, un travail très important a été réalisé et je tiens à lui rendre hommage, compte tenu des circonstances dans lesquelles elle a tenu à accomplir son mandat.

Cependant, chacun sait que cela n'a pas été suffisant pour enrayer la spirale sociale toujours plus forte, pour lutter contre les trafics de toutes sortes qui constituent une économie parallèle et pour stopper la violence. Les dernières déclarations effectuées par des responsables politiques sont convergentes. Il faut plus de policiers.

Alors, "Les Verts" ne font pas dans l'angélisme, ne nient pas qu'il faille parfois avoir recours aux services de police, cependant ils constatent que les causes les plus profondes de la situation ne sont pas touchées par cet appel au seul renforcement policier. De même, ils constatent que ces quartiers ne sont qu'un immense chantier de rénovation, accentuant encore hélas l'impression d'être hors la ville. De même, il est choquant de constater la nécessité de développer des lieux de rencontre culturels, socioéducatifs, en pointant l?Etat pour ses carences, tout en poursuivant une politique de séparation dès la plus jeune enfance ; on ne protège pas en isolant.

"Les Verts" ont proposé que la Ville de Paris ose innover en matière sociale à travers le revenu parisien d'existence pour toutes et tous. Les "Verts" ont fait voter un Plan climat qui prévoit de lutter en même temps contre les injustices sociales et environnementales par la réhabilitation des logements sociaux. Les "Verts" ont suggéré des renforts importants d'effectifs en matière de prévention, constatant les faibles présences sur le terrain.

Sur toutes ces propositions, sauf pour le Plan climat, nous avons enregistré une fin de non-recevoir et, pour le Plan climat, nous attendons, évidemment, les réalisations qui vont prendre un certain temps.

Nous avons pris note, Monsieur le Maire, de vos déclarations de ce matin concernant les écoles, même s?il reste à en préciser les moyens. Aussi, aimerions-nous savoir ce que la Mairie de Paris entend promouvoir comme action concrète pour faire reculer la misère sociale et culturelle dans ces quartiers. Nous aimerions notamment savoir quels moyens seront mis en ?uvre en matière de prévention pour renforcer les équipes de terrain, quels effectifs supplémentaires seront décidés pour assurer les activités périscolaires ambitieuses, tant il est patent qu'il faut commencer à agir dès le plus jeune âge, quelles structures d?aide aux familles monoparentales notamment pour le soutien scolaire et l?aide aux tâches administratives, quel calendrier de réhabilitation des immeubles sociaux, etc.

Quant à vous, Monsieur le Préfet de police, nous aimerions que vous nous disiez comment vous envisagez de recréer enfin une véritable police de proximité, seule à même de prévenir certains dérapages.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

Madame Anne HIDALGO, vous avez la parole.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe. - Merci, Monsieur le Maire.

Je vais répondre en faisant un point très concret sur la situation, notamment dans le 19e, puisqu'un comité de pilotage a été réuni sous la présidence de M. le Maire de Paris et du Maire du 19e, réunissant de nombreux adjoints, des acteurs locaux, M. le Préfet de police, le Procureur de la République et cette réunion a été, je crois, fructueuse. Nous tiendrons d'ailleurs ce type de réunion selon un rythme mensuel ; la prochaine aura lieu à la mairie du 19e arrondissement.

D'ores et déjà, la Mairie de Paris et du 19e ont pris plusieurs engagements.

D'abord, le renforcement des moyens du centre social J2P, du club de prévention AJAM et de l'Antenne Jeunes Solidarité, qui elle aussi a été annoncée.

Nous avons également prévu le développement de la vidéo-protection dans les squares Petit et Buttes-Chaumont, qui a été proposée en complément du plan de la Préfecture de police qui concerne la voie publique.

Pour agir aussi en priorité auprès des 10-15 ans, plusieurs démarches éducatives sont envisagées, par exemple, la prise en charge des élèves exclus temporairement ou définitivement, des actions de communication en partenariat avec l?Education nationale. Je pense que M. le Préfet de police évoquera les mesures qui relèvent de son autorité. Le Procureur de la République a aussi indiqué qu'il réunirait le 29 septembre le Groupement local de Traitement de la Délinquance, qu'il expérimenterait sur un quartier, à déterminer en concertation, un territoire pilote pour une meilleure coopération entre les acteurs pour agir auprès des jeunes. Il a également exprimé son souhait d'étendre au 19e le dispositif en direction de la parentalité qui a été engagé et mis en ?uvre dans le 18e.

Et puis, bien sûr, il y a le développement aussi de réponses pénales graduées. L?Education nationale a fait part de son souhait d?engager également des actions en matière de citoyenneté et d'interculturalité, d?ailleurs avec des associations, comme la Ligue de l'Enseignement, qui se sont proposées.

Et enfin, les associations locales, d'une part, et, pour ce qui est du 19e arrondissement, les représentants de la communauté juive, d'autre part, ont aussi fait part de leur souhait d'engager des actions en partenariat avec les Pouvoirs publics, pour permettre aux familles, aux enfants et aux jeunes de se rencontrer, même lorsque les enfants fréquentent des écoles différentes et notamment à travers les activités sportives.

La mairie du 19e a indiqué qu'elle prendra, bien évidemment, toute sa part pour mettre en place des actions qui participent à l'amélioration du vivre ensemble.

Monsieur CONTASSOT, la réponse doit être globale, bien évidemment. Il ne peut pas y avoir un seul levier pour agir. Si j'ai pris cet exemple, c'est d'abord que votre question concernait le 19e, mais ce qui se passe dans le 19e peut nous permettre aussi d'inventer des méthodes, appliquées non pas à chaud mais à froid, dans des quartiers qui connaissent aujourd'hui des difficultés.

En tout cas, je pense que les différents leviers mis en ?uvre par tous les acteurs administratifs, associatifs, politiques, police ou encore Procureur de la République, sont de nature sans doute à améliorer la situation dans le 19e et dans les quartiers qui connaissent les mêmes difficultés.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à M. le Préfet de police.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Merci, Monsieur le Maire.

Il n'était pas prévu, je crois, que la Préfecture de police soit interrogée sur la situation dans le 19e, mais cela donnera sans doute plus de spontanéité à ma réponse. C?est ce que souhaitait sans doute M. CONTASSOT. Certains évoquent le respect, d'autres la spontanéité. Moi, je suis prêt à répondre à toutes les préoccupations des différents groupes de cette Assemblée.

S'agissant du 19e, comme vient de le dire Mme HIDALGO, il est évident que la réponse qui doit être apportée est une réponse globale, et j'ai, pour ma part, à deux reprises, eu l'occasion de me déplacer dans cet arrondissement et de participer, comme cela vient d'être rappelé, à la réunion dont vous avez pris l'initiative, Monsieur le Maire, à l?Hôtel de Ville.

Le paradoxe de la situation, c'est que la situation, puisque vous avez évoqué, Monsieur CONTASSOT, l'évolution de la délinquance - est plutôt relativement satisfaisante sur le plan global, puisque, là comme ailleurs, la délinquance a baissé, y compris depuis le début de l'année.

Néanmoins, ce serait inconvenant de considérer que nous avons parfaitement réglé toutes les situations.

Comme vous l'avez dit, nous avons connu depuis le début de l'année des incidents particulièrement regrettables. Et ce que je dois déjà signaler, pour l'information du Conseil, c'est que la police a travaillé, puisque, s'agissant des deux agressions de la rue Petit, les auteurs présumés ont été interpellés dans des délais relativement brefs, inférieurs à 15 jours, et notamment, ce qui vous fera, je pense, très plaisir, grâce à la vidéo-protection ; je pense à l'affaire de la rue Petit pour laquelle j'ai pu montrer aux uns et aux autres, la photographie des cinq personnes qui étaient les agresseurs et qui ont été arrêtées.

S'agissant du coup de couteau qui a été à l'origine d'une grave blessure d'un jeune garçon, là aussi, nous avons pu très rapidement interpeller les agresseurs. Il est triste d'ailleurs de voir que l'un d'entre eux n'avait que 15 ans et était déjà connu pour un nombre de faits assez considérables.

Au-delà de ce travail au quotidien, je pense qu'il convient, au niveau de la police, de poursuivre le travail qui est fait de manière structurelle, puisque vous avez évoqué les phénomènes de bande et l'économie souterraine. Vous savez que nous avons pris l'initiative depuis l'année dernière d'un plan "drogue" et il est évident que le 19e et le 18e arrondissement, notamment mais parmi d'autres, sont prioritaires.

Sur la présence policière par ailleurs, nous avons renforcé la présence tout au cours de l'été et chaque jour 65 îlotiers auxquels s'ajoutaient 11 V.T.T.istes ont sillonné le 19e arrondissement. La compagnie de sécurisation et les B.A.C. sont également très souvent intervenues et, après la visite de Mme ALLIOT-MARIE au mois de juillet dernier, nous avons donné des consignes pour que cette présence policière soit renforcée.

Voilà ce qui est fait côté police.

Bien sûr, cet arrondissement - j'aurai l'occasion d'en parler et de présenter notre dispositif au mois d'octobre prochain - sera l'objet d'une attention, comme tous les arrondissements, sur la mise en place de la vidéo-protection. Comme chacun des arrondissements, nous aurons à y installer entre 50 et 70 caméras. Par ailleurs, comme vous l?avez vu, M. le Procureur de la République a pris l'initiative d'un G.L.T.D. à l?image de ce qui s'est passé dans le 18e arrondissement et qui devrait conforter ce que l?on fait pour le plan "drogue". Je suis convaincu qu'il y a une grosse problématique drogue et je vais jusqu'à dire que, s'il y a quelquefois davantage d'agitation, c'est tout simplement parce que nous nous préoccupons du démantèlement des réseaux de trafic de stupéfiants, ce qui génère quelquefois quelques réactions.

Voilà ce que je voulais vous dire.

Au-delà de cela, s'agissant du volet de la Ville et des autres partenaires, je ne pense pas que la police ait un rôle uniquement répressif. Nous devrons et nous serons associés à tout le travail de prévention qui doit être fait, car je suis tout à fait conscient que si des enfants de 14 ou 15 ans sont dans la situation où ils se trouvent actuellement, ce n'est pas forcément une question de police.

Je disais, et je reprends cette formule, dans la réunion que M. le Maire avait programmée à l'Hôtel de Ville, qu'il y a aussi un autre service public qui pourrait être mieux accepté dans le cadre du vivre ensemble : le service de police.

Je suis fier d'être à la tête d'un service public qui est un service public au service des plus faibles très souvent et je trouve assez regrettable - bien sûr, aucune personne ici n'est responsable de cela, mais c'est l'état que nous constatons - que ces policiers reçoivent des pierres. Dans la catégorie des gens qui sont mal acceptés dans le cadre du vivre ensemble, il y a la police.

Il serait bon, là aussi, que dans la prévention, que dans le travail préparatoire fait, dans le travail éducatif que nous avons programmé - nous en avions parlé dès la réunion du 1er juin à la mairie du 19e avec M. MADEC -, on explique à nos jeunes concitoyens ce qu'est exactement la police et quel est son rôle. Voilà ce que je voulais signaler et préciser de façon tout à fait impromptue sur votre question non prévue pour le Préfet de police.

(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et Centre et Indépendants).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.