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2008, Voeu relatif à l'achat de Mobicartes destinées à l'ensemble des soldats français en mission en Afghanistan déposé par le groupe U.M.P.P.A.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2008


 

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint, président. - Nous allons maintenant examiner le voeu n° 36 relatif à l'achat de Mobicartes destinées à l'ensemble des soldats français en mission en Afghanistan et qui a été déposé par le groupe U.M.P.P.A.

Je donne la parole à Jean-Didier BERTHAULT.

M. Jean-Didier BERTHAULT. - Merci, Monsieur le Maire.

Un bref rappel historique dans le contexte de ce voeu, puisque chaque année, nous avons pour habitude de commémorer, dans le cadre de la Libération de Paris sur le parvis de l'Hôtel de Ville, un élément essentiel de l'histoire de notre ville. Pour se souvenir que le 24 août 1944, c'est le capitaine Dronne qui entrait dans Paris à la tête d'une partie de la 9e compagnie du régiment de marche du Tchad, à la demande du général Leclerc qui commandait la deuxième division blindée, même régiment qui sera décoré ensuite de la Croix de la Libération.

Le 18 août dernier, un soldat de ce régiment tombait dans une embuscade en Afghanistan aux côtés de huit de ses compagnons du 8e RPIMA et d'un légionnaire du 2e régiment étranger de parachutistes. Cet événement tragique nous rappelle les liens de notre ville avec un des régiments ayant participé à sa libération.

En tant qu'élu parisien, et à ce titre représentant de l'ensemble de la population parisienne et des valeurs universelles que Paris incarne, notre rôle n'est évidemment pas de prendre position sur une question qui relève de la défense nationale. Dans d'autres lieux cela a été fait, à l'Assemblée nationale notamment la semaine dernière.

Mais il s'agit pour nous d'affirmer notre solidarité vis-à-vis de militaires actuellement en mission dans des circonstances difficiles que nous connaissons.

Certains d'entre eux sont parisiens, je vous le rappelle mes chers collègues, d'autres ont leur famille qui habite notre Ville.

En facilitant la seule possibilité qu'ils ont de pouvoir communiquer avec leurs proches, nous avons le pouvoir de leur apporter aussi un soutien moral. C'est la raison pour laquelle je souhaite que ce v?u puisse être adopté puisque, dans ce que j'ai appelé Mobicarte d'une façon générale, c'est en fait techniquement possible.

Nous pouvons effectivement passer aujourd'hui par les trois opérateurs qui sont prêts à nous fournir ces cartes si notre assemblée en décide ainsi. Pour les questions logistiques également, je souhaite dire à l'Exécutif municipal que, m'étant rapproché des autorités militaires, elles acceptent d'assurer toute la logistique.

Il n'y a ni problèmes logistiques ni problèmes matériels et techniques empêchant notre assemblée de pouvoir délibérer favorablement.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et Centre et Indépendants).

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint, président. - Je vous remercie.

La parole est à Odette CHRISTIENNE.

Mme Odette CHRISTIENNE. - Merci, Monsieur le Maire.

Chers collègues, qui n'a pas été sous le choc lorsque nous avons appris la mort le 19 août dernier de nos jeunes soldats en Afghanistan ? Mais les réactions, essentiellement de compassion, relevaient du sentiment plus que de la compréhension des faits.

La stupeur manifestée par certains d'entre nous a surpris.

Nous faut-il donc découvrir ce qu'est un soldat ? Ce porteur d'un idéal civique où l'abnégation et le dévouement à l'intérêt général sont fondamentaux ?

On aimerait de la part de chacun la prise de conscience que le métier des armes a sa spécificité, et, lorsqu'on apprend l'envoi en opération de jeunes soldats qui ne seront aguerris que par l'affrontement sur le terrain, ne pas découvrir la réalité d'une guerre que dans les circonstances de l'embuscade de Saroubi.

Il faut savoir qu'un soldat s'interroge forcément sur la mort et aussi, disons-le, sur le sens de la vie à l'horizon de la mort.

Ecoutons deux rescapés qui veulent bien une dose de compassion mais surtout le respect de ce qu'ils sont.

L'un est adjudant-chef, réagissant à certaines attitudes apitoyées : "Nos camarades sont morts au combat. Nous sommes malheureux mais nous avons une mission à accomplir et cet incident ne nous fera pas douter de notre mission."

L'autre est lieutenant, blessé et père de trois enfants : "Il ne faut pas nous faire passer pour des victimes, nous sommes des acteurs, pas des faibles." Il demande le respect.

Pourquoi n'avoir pas réagi pour les soldats morts en Côte-d'Ivoire au cours de novembre 2004 ? Pourtant, pas moins de 20.000 militaires sont déployés sur l'ensemble du globe en opérations extérieures, sur pas moins de 18 théâtres dont l'Afghanistan bien sûr mais aussi le Tchad, la Côte d'Ivoire, le Liban, le Kosovo ou la Bosnie.

De surcroît, les opérations de sauvetage de ressortissants français kidnappés par des pirates ne manquent pas, comme en avril dernier lors de l'affaire du Ponant ou au large de la Somalie le 15 septembre où les Français ont été libérés grâce aux actions du Commandement des opérations spéciales.

Dans les circonstances actuelles, ne croyez-vous pas que les militaires engagés en Afghanistan et sur d'autres théâtres d'opérations ont davantage besoin que l'on se préoccupe de leur équipement ?

Certes, une réforme de l'armée était très utile, mais avec l'ambition de déployer des forces françaises, des forces de présence ou d'OPEX, bilatéral ou multilatéral, ne peut-on poser plutôt la question des restrictions budgétaires ?

C'est peu dire que nous avons besoin de soutenir notre armée, mais pas avec des Mobicartes.

Conscient de ce problème, Bertrand DELANOË a décidé de créer une Délégation aux questions de défense chargée de promouvoir le lien entre l'armée et la collectivité parisienne à un moment où la défense devient globale, c'est-à-dire économique, sociale et culturelle et dont je sais qu'elle a été approuvée par la plupart des groupes politiques.

Les correspondants défense des différents arrondissements montrent un intérêt évident pour ces questions. C'est pourquoi nous avons décidé d'organiser une première conférence sur la politique de défense qui sera assurée par le général CAILLE, délégué militaire départemental de Paris afin de mieux faire connaître à nous, élus, étant donné les questions qui sont posées, les problématiques propres à la Défense. J'ai réuni plusieurs fois déjà les correspondants défense des 20 arrondissements pour définir les projets propres à cette délégation pour la nouvelle mandature.

L'attribution de Mobicartes ne paraissant pas appropriée face à cette situation, l'avis est donc négatif.

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint, président. - Merci, Madame.

La parole est au président GAREL pour une explication de vote.

M. Sylvain GAREL. - Je suis aussi consterné par la question que par les termes de la réponse. Je propose simplement de transformer ce v?u dans le but d'utiliser cet argent pour acheter des billets Kaboul Paris pour les soldats français.

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint, président. - Je donne la parole pour une explication de vote à Mme Catherine VIEUCHARIER.

Mme Catherine VIEU-CHARIER, adjointe. - Monsieur le Maire, d'abord je voudrais dire l'émotion que cela a été pour moi lorsque je me suis rendue aux Invalides aux obsèques des dix soldats décédés. Je peux vous assurer que c'était vraiment extrêmement émouvant. Je tiens à dire cela.

La deuxième chose est que nous sommes contre la présence de troupes en Afghanistan, la troisième chose que je voudrais dire quand même, parce que je l'ai déjà dit en Commission est que je suis de Castres, de ce fait, je connais bien le huitième RPIMa.

Ce que je trouve lamentable, c'est que les soldats, avant de partir en mission, sont obligés d'aller acheter dans les grandes surfaces environnantes le matériel dont ils ont besoin quand ils sont sur site : des duvets parce que ceux fournis ne sont pas convenables, des chaussettes parce qu'ils en ont besoin, etc., et je ne parle que de ce genre de choses.

Vous savez qu'il y a une polémique aussi sur les munitions et sur l'armement. Je trouve que vous venez de mettre le doigt dans une drôle d'affaire et qu'il faudrait se préoccuper de choses un peu plus hautes en matière d'armée et de Défense.

Nous voterons contre votre proposition.

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint, président. - Monsieur BERTHAULT, si vous voulez dire deux mots, faites le rapidement.

M. Jean-Didier BERTHAULT. - Comme à chaque réponse d'un voeu il est de tradition que l'on explique notre position.

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint, président. - Je vous en prie.

M. Jean-Didier BERTHAULT. - Je le ferai de façon tout à fait sereine, j'ai été très attentif aux propos de Mme CHRISTIENNE.

Je la remercie de tous ces détails. Je pense simplement que nous sommes exactement tombés dans le débat dans lequel il ne fallait pas que nous sombrions.

Si j'ai pris toutes les précautions oratoires en présentant ce v?u pour dire qu'il ne s'agissait en aucun cas de prendre position sur une histoire qui ne nous concernait pas, mais d'afficher un geste de solidarité vis-à-vis de familles et si j'ai précisé vis-àvis de familles qui sont aujourd'hui parisiennes, c'est parce que je connais des situations personnelles Madame, qui me touchent de près, et je sais exactement ce que nos militaires aujourd'hui peuvent avoir comme confort et ce que nous pouvons apporter en tant qu'assemblée parisienne.

Je ne parlerai pas des propos de M. Sylvain GAREL qui font honte à notre Assemblée. Je trouve qu'aujourd'hui la réponse que j'ai eue à ce v?u, Madame, ne méritait pas de votre part un tel sectarisme.

(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et Centre et Indépendants).

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint, président. - Bien.

Je mets aux voix, à main levée, le voeu.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le voeu est rejeté.

(M.François DAGNAUD, adjoint, remplace M. Pierre SCHAPIRA, adjoint, au fauteuil de la présidence).