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Septembre 2008
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2008, Voeu déposé par M. Christophe GIRARD et les élus du groupe socialiste, radical de gauche et apparentés proposant d'honorer la mémoire de Rainer Maria Rilke en donnant son nom à une bibliothèque municipale.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2008


 

M. François DAGNAUD, adjoint, président. - Nous en avons pratiquement terminé. Nous examinons le v?u n° 43, déposé par le groupe socialiste et présenté par Philippe DUCLOUX, sur l?attribution du nom de Rainer Maria Rilke à une bibliothèque municipale.

M. DUCLOUX a la parole.

M. Philippe DUCLOUX. - Oui, Monsieur le Maire.

Effectivement, un petit peu de poésie, cela va faire du bien !

Rainer Maria Rilke fut sans doute l?un des plus grands poètes de langue allemande de la première moitié du XXe siècle. Son oeuvre est une longue méditation sur les événements essentiels de l'existence humaine. Né à Prague en 1875 et mort en Suisse en 1926, il doit sa notoriété en France à un recueil "Les lettres à un jeune poète", dans lequel il parle de la mort mais aussi de l'amour, de la solitude et de la création, avec une profondeur qui fait encore de ce texte une source d'inspiration majeure pour toute une jeunesse en quête de spiritualité sans dogme.

Grand voyageur, la France a occupé une place importante dans sa vie et particulièrement Paris qui, de toutes les villes d'Europe, est celle où il a le plus souvent et le plus longuement séjourné. En tout, huit séjours de durées inégales entre 1902 et 1925, représentant au total sept ans de sa vie.

A Paris, Rilke a été secrétaire et ami de Rodin, sur qui il écrira une monographie qui est toujours une référence sur le grand sculpteur.

Il a traduit en allemand entre autres auteurs : André Gide et Paul Valéry et des poèmes de Mallarmé et de Verlaine. Il aimait profondément notre langue et notre ville, au point que la dernière partie de son ?uvre est composée pour une large part de poèmes écrits en français.

L?un de ses derniers recueils s?intitule "Tendres impôts à la France" et son unique roman se déroule essentiellement à Paris.

Sans pouvoir m?étendre sur sa vie, Monsieur le Maire, et mes chers collègues, il serait important, vu la richesse des liens de Rainer Maria Rilke avec notre culture et notre ville, que nous lui rendions un hommage digne de ce nom.

Et c?est pourquoi, sur proposition de Christophe GIRARD, le groupe socialiste, radical de gauche et apparentés a voulu présenter ce v?u, afin que sa mémoire soit honorée en donnant son nom à une bibliothèque municipale, pourquoi pas dans le 11e arrondissement.

Je vous remercie.

M. François DAGNAUD, adjoint, président. - Merci.

M. Christophe GIRARD a la parole.

M. Christophe GIRARD, adjoint. - Rapidement pour vous dire que cette idée est née d'une promenade dans Paris avec Edmonde CHARLES-ROUX qui me faisait remarquer que, étrangement, Rilke, qui avait vécu à Paris si longtemps, n'était pas honoré.

Je me suis empressé de vérifier et ensuite, constatant cette carence, de nous proposer, à nous, l'ensemble du Conseil de Paris, au Maire de Paris, en effet, d'honorer Rilke.

J'aimerais vous lire quelques lignes de Marguerite Yourcenar. Après ce que j?ai entendu comme intervention, là, sur les bancs, j'étais un petit peu attristé du niveau.

Extrait de la préface de Marguerite Yourcenar de "Un poème à la nuit".

"Si ce poète, habitué aux visitations angéliques, s?est voulu insubstantiel, humble, dépouillé jusqu'à la transparence, c?est qu?il se savait né pour transmettre, pour écouter, pour traduire au risque de sa vie, ces secrets messages que les antennes de son génie lui permettaient de capter. Enfermé dans son corps comme un homme aux écoutes dans un navire qui sombre, il a jusqu?au bout maintenu le contact avec ce poste d?émission mystérieux situé au centre des songes.

Du fond de tant de dénuement et de tant de solitude, les privilèges de Rilke et son mystère lui-même sont le résultat du respect, de la patience et de l?attente aux mains jointes. Le souvenir de Rilke est maintenant devenu pareil à cette brise qui rouvre, comme une rose de Jéricho, le coeur desséché des solitaires. Parce qu'il fut triste, notre amertume est moins grande. Nous sommes moins inquiets parce qu?il vécut sans sécurité. Nous sommes moins abandonnés parce qu'il fut seul. Voici dix ans que Rilke est entré dans cette terre où le fossoyeur de ses comptes espérait creuser assez avant pour rencontrer Dieu. Et, déjà, l'?uvre de ce poète a pris figure d'ange et porte aux malheureux le rafraîchissement de ses propres larmes". C'est donc la préface de Marguerite Yourcenar dans "Poème à la nuit".

M. François DAGNAUD, adjoint, président. - Merci, Christophe, de cette parenthèse enchantée.

(Applaudissements).

Je mets aux voix, à main levée, le voeu.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le voeu est adopté. (2008, V. 157).