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Septembre 2008
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2008, V - Question d'actualité posée par le groupe socialiste, radical de gauche et apparentés à M. le Maire de Paris relative au désengagement de l'Etat dans les quartiers "politique de la ville".

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2008


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la question du groupe socialiste qui est posée par Roger MADEC.

M. Roger MADEC, maire du 19e arrondissement. Monsieur le Maire, depuis 2001, la Mairie de Paris a entrepris un véritable rééquilibrage de son action au profit des quartiers longtemps délaissés et des secteurs les plus en difficulté. Le Plan local d'urbanisme illustre parfaitement ces orientations en privilégiant le logement social dans les quartiers qui en étaient les plus dépourvus ou en favorisant le développement économique des arrondissements au plus fort taux de chômage.

La politique de la ville menée durant ces années a permis d?accentuer cet effort en ciblant et priorisant les actions indispensables à une meilleure cohésion sociale et à un développement territorial plus harmonieux. Ces travaux et ces projets, qui concernent plus particulièrement un ensemble de 14 quartiers "politique de la ville" parisiens sont en effet une partie essentielle de la réponse apportée aux enjeux du vivre-ensemble, de sécurité, et de cohésion sociale au bénéfice de quartiers et de populations fragiles.

Pour autant, ces efforts sont tels qu?ils nécessitent la mobilisation de toutes les parties prenantes à cette politique. La Ville a répondu fortement à cette exigence et ses actions ont été envisagées dès le départ en étroite collaboration avec l'ensemble des autres intervenants que sont la Région et l'Etat.

Aujourd'hui, cependant, le recul de l'engagement de l'Etat les menace de façon de plus en plus alarmante. L?annonce du Comité interministériel des villes du 20 juin dernier, d'un resserrement de la géographie prioritaire de plus de 2000 quartiers à seulement 215 ont fortement inquiété les huit arrondissements de la Capitale concernés par la politique de la ville.

En effet, aucun territoire parisien n'est mentionné dans cette liste. A titre d'exemple, le fait que le Gouvernement n'ait, contrairement à ses engagements, toujours pas pris sa part du financement de la requalification de la résidence Edmond Michelet engagée par la Ville de Paris dans le 19e arrondissement s'avère très pénalisant sur la poursuite des travaux. La situation est identique pour la rénovation du quartier Saint-Blaise dans le 20e arrondissement, dont le cofinancement, également promis, est toujours bloqué. Plus globalement, ce désengagement ne peut qu?aggraver la lente détérioration de notre tissu social, de son vivre-ensemble, de son contrat social, et poser la question même de l'existence d?une politique de la ville dans notre pays.

Je voudrais également rappeler, au moment où les quartiers Riquet et Curial-Cambrai ont connu les événements dramatiques de ces dernières semaines, que je trouve particulièrement inconvenant que l'Etat se désengage, excepté en ce qui concerne l'intervention de la police de ces quartiers. La seule venue de Mme Fadela AMARA certes sympathique la semaine dernière, à grands renforts médiatiques, n'apporte aucune solution aux difficultés des habitants de ces secteurs.

C'est pourquoi, Monsieur le Maire, les élus du groupe socialiste et radical de gauche vous demandent de bien vouloir rappeler à l?Etat ses engagements pris précédemment afin d'éviter qu'une nouvelle fois encore, les Parisiens et les Parisiennes déjà les plus en difficulté ne fassent les frais des arbitrages et des incohérences de la politique gouvernementale.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Mme STIEVENARD a la parole.

Mme Gisèle STIEVENARD, adjointe. - Chers collègues, je remercie Roger MADEC et le groupe socialiste et radical de gauche d'attirer l'attention sur les orientations inquiétantes du Gouvernement en matière de politique de la ville. Elus du 19e, nous savons bien combien le rééquilibrage en faveur des quartiers populaires est une impérieuse nécessité qui doit recevoir l'appui indispensable de l'Etat.

Les données socio-économiques de nos 14 quartiers populaires prouvent, s'il était besoin, la nécessité d'un projet social et urbain ambitieux et dans la durée. Il s'agit là de 300.000 habitants avec des taux de chômage, des taux de personnes au R.M.I., de population à bas revenu, deux fois supérieurs à la moyenne parisienne. Nous avons là aussi une forte proportion de familles monoparentales, des indicateurs inquiétants sur les retards scolaires et sur le nombre de personnes sans diplôme.

Ces indicateurs sont tout à fait comparables à ceux observés dans d'autres départements. Il serait donc profondément injuste d'écarter nos territoires parisiens. En effet, nous sommes confrontés à une entreprise de détricotage de la politique de la ville. Nous avons déjà évoqué cela ici concernant les gels de crédits opérés sur les subventions aux associations.

J'ai d'ailleurs écrit au Préfet à ce sujet et je n'ai pas obtenu de réponse. Je crains vraiment, en 2009, qu'un grand nombre d'associations se trouvent en situation de crise. Cela est complètement aberrant, car si nous voulons faire tenir le lien social dans ces quartiers, ce sont des acteurs indispensables. Et puis, il y a l?A.N.R.U., qui est aux abonnés absents sur deux grosses opérations concernant la cité Michelet-Curial-Cambrai et le quartier Saint-Blaise, où l?on est devant une absence totale de mixité dans l'habitat, un urbanisme difficile de tours, de barres, sur dalle, etc.

Pour autant l'A.N.R.U. tarde à concrétiser les engagements financiers. 23.300.000 euros sont attendus pour Michelet sur un projet de plus de 150.000.000 euros et près de

10.000.000 euros sont attendus pour Saint-Blaise, sur un projet global de 55.000.000 euros. Deux courriers ont été envoyés à l'A.N.R.U., en décembre 2007 et avril 2008, sans réponse à ce jour.

Il y a aussi le resserrement et la réduction drastique de la géographie prioritaire, avec de nombreux quartiers qui disparaissent, et notamment ceux du territoire parisien. Tout cela nous paraît déraisonnable. On ne peut pas simplement se reposer sur le droit commun et les seules collectivités locales. L'Etat doit être présent à travers la solidarité nationale.

On pourrait penser que les efforts se portent sur les communes les plus démunies, mais on voit bien à travers ce qui se passe sur la dotation de solidarité urbaine qu'il s'agit là encore de priver de crédits de péréquation un grand nombre de communes sur les 717 actuellement soutenues, sans que pour autant les autres obtiennent des moyens supplémentaires.

Nous demandons simplement que les actes soient mis en cohérence avec les discours nationaux, et j'interpelle Mme AMARA - je lui ai d?ailleurs demandé une audience -, car il est urgent que nous ayons une réponse positive à nos demandes et relances répétées auprès de l'A.N.R.U. et des différents ministères concernés, puisqu'il s'agit de répondre a l'attente des Parisiens.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup.