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Janvier 2003
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58 - 2003, DAC 91 - Communication de M. le Maire de Paris relative à la culture

Débat/ Conseil municipal/ Janvier 2003


M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons donc à la communication sur la culture.
Mes chers collègues, au moment d'entamer ce débat sur la politique culturelle à Paris, j'ai envie de vous citer ces mots d'Albert Camus : "Sans la culture et la liberté relative qu'elle suppose, la société n'est qu'une jungle. C'est pourquoi toute création authentique est un don à l'avenir".
Les Parisiens savent bien ce que procure cette sensation indéfinissable qui naît de la passion pour le beau, pour l'émotion qui peut surgir à chaque coin de rue car, à Paris, il n'y a pas une culture, mais des cultures, appelées à se féconder mutuellement.
L'attention que la cité porte à cette dynamique est forcément révélatrice d'un choix philosophique car la culture, c'est aussi un fondement du lien social et démocratique.
C'est pourquoi, au même titre que la solidarité, que la création d'activités pour l'emploi ou le combat contre la pollution, l'enjeu culturel est au c?ur de la civilisation urbaine.
Concrètement, quel peut être le rôle de notre collectivité ?
Il s'articule, selon nous, autour de quatre priorités : favoriser une création diverse, inscrire l'art dans la ville, démocratiser l'accès à la culture, mais aussi décentraliser ses différentes formes d'expression.
Le 104, rue d'Aubervilliers traduit bien cette volonté de soutenir des lieux collectifs où les artistes se rencontrent et établissent un lien direct avec les citoyens. La réhabilitation de cet espace exceptionnel des anciennes Pompes funèbres sera dédiée à l'art vivant et à la pluridisciplinarité.
Intégré à la vie de son quartier, ce site ouvrira en 2006. Il aura évidemment une tonalité internationale, s'ouvrant à des créateurs de toute origine et accueillant un public, lui aussi, bien sûr, cosmopolite.
A Paris, chaque genre artistique, chaque discipline participe de l'identité de notre Ville. C'est pourquoi la Municipalité nourrit une ambition particulière pour le théâtre, la danse, la musique et le cinéma.
Comment ne pas mentionner, ici, la formidable réussite du théâtre du Rond-Point, que nous soutenons activement depuis 2001, en partenariat avec l'Etat. C'est Jean-Michel RIBES et son équipe qui portent avec énergie et talent ce projet. En ne programmant - et c'était un choix de prendre ce risque avec le Ministère de la Culture, au départ - en faisant ce choix de ne programmer que des ?uvres contemporaines, ce lieu crée un appel d'air formidable, stimule l'écriture et offre des perspectives inédites à de jeunes créateurs. Et le public est très nombreux au rendez-vous.
Le même souffle doit influer sur notre action en faveur de la diffusion musicale. Je veux d'ailleurs confirmer, aujourd'hui, notre attachement à la création d'un auditorium susceptible d'accueillir l'Orchestre de Paris.
Le dialogue en cours avec le Ministre de la Culture, Jean-Jacques AILLAGON, avec le Président de la Région, Jean-Paul HUCHON, devrait conduire assez rapidement à des avancées réelles sur ce dossier majeur.
Quant au cinéma, chacun connaît la relation ancienne, profonde et quasi amoureuse qui lie les Parisiens au septième art. En 2002, nous avons créé la "Mission cinéma" qu'anime avec talent Régine HATCHONDO. Sa vocation est de nourrir sans cesse ce lien privilégié, notamment en préservant la formidable diversité des salles parisiennes, dont l'offre est quasi unique au monde.
Nous souhaitons aussi que Paris serve de cadre à un événement cinématographique annuel. C'est dès juillet 2003 une manifestation d'envergure, "Paris Cinéma", présidée par COSTA-GAVRAS, qui sera créée dans notre Capitale et nous confirmons, bien entendu, notre soutien actif, enthousiaste au Forum des images, qui cultive et anime la mémoire audiovisuelle de Paris. C'est d'ailleurs sous son impulsion que se déroulent, depuis l'été 2001, la formidable opération "Cinéma au clair de lune", et ainsi, de la Butte-Montmartre au parc Montsouris, chacun peut redécouvrir en plein air des chefs-d'?uvre ayant Paris pour décor et, là aussi, le public est très, très nombreux au rendez-vous.
Précisément, la rue s'impose de plus en plus comme un espace privilégié de l'expression artistique dans la vie du XXIe siècle. Ce mouvement illustre la volonté des habitants de se réapproprier leur cité, toutes générations confondues. Ceci dessine peu à peu une ville plus fluide, plus accueillante et je vous le dis, plus dynamique mais aussi plus inattendue quand elle sait s'ouvrir à l'inspiration et à l'imaginaire.
Comment encourager cette évolution ? En offrant aux différents talents la possibilité d'investir l'espace citadin, en inventant des lumières originales pour accentuer la beauté de Paris et en mettant l'accent sur l'esthétique urbaine.
Je n'en citerai qu'un seul exemple : la création de la ligne de tramway sur les Maréchaux sud. Cette opération emblématique donnera lieu à la réalisation de nombreuses ?uvres pérennes tout le long du tracé et elle affirmera une attention très forte à la conception et au graphisme des véhicules et des gares.
De manière plus large, de "Paris-Rive gauche" jusqu'aux opérations de réhabilitation dans le Nord et l'Est, cette volonté artistique s'appliquera à tous nos projets urbains.
Mais évoquer la rue, c'est aussi aborder la place qu'elle consacre aux arts vivants et je veux insister, en particulier, sur les arts du cirque dont le regain trouve à Paris une expression particulièrement forte.
La polyvalence de ses acteurs, leur qualité artistique ont incontestablement contribué à renouveler ce genre. C'est pourquoi nous avons voulu que les aides de la Municipalité concernent aussi bien les jeunes compagnies que les grands chapiteaux traditionnels.
Dans mon propos liminaire, j'ai parlé de démocratiser la culture. En effet, l'accès à l'émotion artistique ne peut pas être réservé à un petit nombre. "Un beau désordre est un effet de l'art", disait Boileau. A Paris, le succès de "Nuit-blanche" vient en écho à cette inspiration. 500.000 personnes se sont appropriées des créations contemporaines que certains avaient, prématurément et imprudemment, qualifiées d'élitistes.
Reconnaissons d'ailleurs que nous avions nous-mêmes sous-estimé une telle affluence et qu'il faudra en tenir compte afin d'améliorer les prochaines éditions.
Quant aux musées parisiens, le public s'est montré, là aussi, très réactif. La fréquentation des musées parisiens a augmenté de 30 % depuis l'instauration de la gratuité des collections permanentes en 2001.
Poursuivre et amplifier ce mouvement implique de s'ouvrir à toutes les cultures sans parti pris. Le cas de la Gaîté lyrique est très révélateur. En 1991, ce magnifique théâtre à l'italienne fut transformé en une Planète magique plutôt éphémère. Très vite en effet, le site a du fermer ses portes, révélant un gouffre à la fois culturel et financier. Après tous ces atermoiements, la Gaîté lyrique va enfin retrouver son rôle dans le paysage culturel au c?ur de Paris ; elle deviendra en effet un pôle consacré à la promotion des musiques nouvelles ainsi qu'aux arts issus des nouvelles technologies.
Ce panorama d'une ville en appétit de culture serait incomplet si je n'évoquais la diversité et la décentralisation des expressions. Oui, la notion de proximité s'applique aussi à la découverte, à l'initiation, à la pratique de tous les genres artistiques.
Depuis 2001, vous le savez, les mairies d'arrondissement disposent de crédits importants pour l'animation culturelle. Grâce à cette initiative, de nombreux projets ont pu voir le jour qu'il serait trop long d'énumérer ici ; toutes ces créations légitiment plus que jamais le soutien de notre collectivité à l'égard des jeunes compagnies, des talents en devenir. Ce principe doit s'appliquer aussi aux pratiques amateurs qui désignent l'envie de chaque Parisien de pratiquer lui-même une activité créatrice.
La nécessaire modernisation des conservatoires répond à cette préoccupation, mais, au-delà, nous procédons également à un inventaire précis de ces pratiques. Dès lors, il sera possible de proposer une information plus pertinente aux citoyens et d'encourager les passerelles entre tous les acteurs concernés ; je pense en particulier au monde associatif.
Au moment de conclure, je veux remercier très chaleureusement Christophe GIRARD et Sandrine MAZETIER pour leur dynamisme, leur imagination, leur non-conformisme, leur capacité à mettre en ?uvre une politique culturelle qui tout à la fois met en exergue le patrimoine, qui investit des crédits nouveaux pour le patrimoine et qui, en même temps, est totalement innovante, prend des risques. Je les encourage à continuer à y mettre tant de passion, de générosité et de talent.
L'action culturelle nécessite une capacité permanente à inventer et à capter les aspirations de cette ville créative. J'attache par exemple beaucoup d'intérêt à ce que la bande dessinée trouve à Paris la place qui lui revient. Cet art, qui conjugue beauté du graphisme et force du récit, a révélé de nombreux talents et des oeuvres reconnues partout dans le monde. Alors, dans ce domaine comme dans tous les autres, tentons sans complexe de favoriser l'émulation, l'émergence des idées, les tendances, la rencontre des influences et le bonheur de créer.
Chers collègues, je voudrais vous parler aussi d'architecture, mais j'ai parlé beaucoup d'urbanisme, des ateliers d'artistes et certainement que Christophe GIRARD en parlera, du patrimoine j'en ai dit un mot, mais Sandrine MAZETIER s'exprimera tout à l'heure. En fait, je ne voudrais pas être trop long, il me faudrait des heures pour exprimer à la fois ce que Paris inspire comme envie d'une politique culturelle et toutes les potentialités de cette ville, ne doutez pas du dynamisme de la Municipalité dans le domaine.
Victor Hugo disait : "Des cheminées de Paris, naissent les idées de l'univers".
Oui, tentons de dessiner une ville qui ose et qui sache conjuguer culture et démocratie, générosité et convivialités.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et "Les Verts").
Mes chers collègues, nous allons donc maintenant ouvrir le débat général.
Mme Nicole BORVO a la parole.
Mme Nicole BORVO. - Mes chers collègues, je me réjouis bien entendu que notre Assemblée puisse débattre des engagements de notre collectivité dans le domaine de la culture en nous exposant les actions qui seront entreprises sur la mandature.
On ne le dira jamais assez, l'éducation, la pratique, l'accès aux arts et aux cultures sont des clés pour devenir des êtres libres. Ils participent à l'épanouissement personnel, à la construction de la personnalité. C'est aussi un moyen de développer sa capacité de résistance critique à tout modèle culturel achevé et imposé, la résistance critique tout court dirais-je. C'est s'ouvrir au monde et donc aux autres. C'est un formidable facteur pour agir dans la société, pour exercer sa citoyenneté.
La culture est plus que jamais une question politique centrale. Politique car la culture s'énonce avec ségrégation, précarité, exclusion, urgence sociale, mais elle s'énonce aussi avec métissage, mixité sociale, solidarité, intégration, identité et citoyenneté.
Je dois vous dire, Monsieur le Maire, mon regret de n'avoir pas trouvé dans votre communication la notion de "politique municipale culturelle". Cela aurait certainement permis de porter plus fortement le sens et les valeurs qui sous-tendent une politique culturelle municipale au service de tous les Parisiens.
Les inégalités criantes dans ce domaine témoignent de l'enjeu que constitue une véritable démocratisation de l'accès à des pratiques culturelles. Une politique publique forte en direction des Parisiens est donc un élément déterminant pour combattre cet état de fait. Et les orientations politiques sont là pour nous montrer qu'il y a bien des politiques qui s'affrontent en la matière.
L'enjeu mérite donc un échange sans concession.
Il faut bien le reconnaître, les exigences qui ont présidé voilà maintenant quatre décennies à la création d'un Ministère de la Culture sont loin d'être réalisées. Il y a bien quelque part échec quant à la démocratisation culturelle et quant à l'élargissement des publics, et notre Ville-Capitale n'échappe pas à ce constat malgré son foisonnement de lieux de création de renommée internationale.
L'égalité de tous devant la culture à laquelle se rattache la notion de "service public culturel" lancée par Jean VILAR demeure malheureusement encore aujourd'hui un objectif à atteindre.
Les Parisiennes et les Parisiens ont longtemps souffert d'absence de politique publique les concernant. En effet, les dépenses culturelles des majorités précédentes, loin de favoriser l'accès de tous à l'éducation et aux pratiques culturelles et artistiques, se sont plutôt attachées, par leur conception des cultures dites légitimes et élitistes, à reproduire les inégalités sociales.
Nous avons fait ce constat et je dois dire que vous avez donné des signes de votre volonté de concevoir les choses différemment, en désacralisant les lieux, en affichant une convivialité dans les lieux inédits. Je partage avec vous le constat du succès de "Nuit-blanche", de la capacité des Parisiens à vivre leur ville avec appétit et curiosité.
Mais, bien évidemment, quand on parle de démocratisation, on sait bien qu'il y a un travail en profondeur qui est nécessaire pour rendre les cultures accessibles à toutes et tous. C'est ainsi d'ailleurs que le contrat d'alternance proposait des actions de politique culturelle que je voudrais évoquer.
La création d'une carte "Paris Culture" et de "chèques culture" destinés aux familles, aux jeunes et aux étudiants ;
Le développement et la modernisation des bibliothèques-médiathèques ;
Le renforcement de l'enseignement artistique dans les écoles maternelles, primaires et les collèges ;
Le développement des pratiques amateurs.
Or nous sommes aujourd'hui en mesure de constater que ces priorités n'ont pas les efforts budgétaires nécessaires pour se concrétiser de façon dynamique. Il est vrai que beaucoup de ces engagements nécessitent des crédits de fonctionnement que vous souhaitez malheureusement contenir pour être en situation de réaliser les investissements nécessaires aux grands chantiers que vous évoquez dans votre communication. Nous avons déjà eu l'occasion de livrer notre point de vue sur cette question. Il ne s'agit pas d'opposer. L'accès aux biens culturels existants est une nécessité et je partage ce point de vue. De nouveaux chantiers sont absolument nécessaires, je partage aussi ce point de vue, mais nous souhaiterions, pour notre part, qu'un juste équilibre soit trouvé afin que des efforts plus conséquents soient consacrés aux questions de la politique culturelle municipale, au fonctionnement des équipements municipaux et à la création de nouveaux lieux.
Je pense plus particulièrement à la situation des bibliothèques d'arrondissement. Comment concevons-nous la priorité accordée au développement de la lecture ? Les besoins sont immenses sur le territoire et l'état des lieux existant nécessite un effort financier beaucoup plus soutenu tant il est vrai que les bibliothèques municipales ont été laissées à l'abandon et que les personnels ne voient pas d'amélioration dans leurs conditions de travail avec notamment une modernisation rapide de leurs outils d'intervention.
Le sentiment d'abandon des agents de la D.A.C. est perceptible. Ils ont le sentiment que leur statut de "fonctionnaires" les disqualifie d'emblée et qu'on les prive des moyens nécessaires pour assurer leur mission de service public de la culture. Le mouvement de grève qu'ils ont enclenché hier illustre le malaise profond qu'ils vivent.
Faut-il avancer à pas lent dans le domaine de l'informatisation si nous voulons favoriser une fréquentation plus importante ?
Un seul exemple, la bibliothèque Picpus : elle possède un seul terminal de base de données pour 8 personnes et 5 terminaux pour 35 ! Bien sûr pas d'accès à Internet ou Intranet ! Les crédits consacrés à l'acquisition de D.V.D. n'ont permis que la constitution d'un fonds de 400 par bibliothèque. Vous imaginez la frustration des publics qui finissent par renoncer et s'éloigner de ces lieux publics, alors que pour beaucoup de jeunes notamment, ces lieux sont indispensables à leur première découverte du plaisir de lire pour éveiller leur curiosité et leur créativité.
Dans le domaine du livre, nous regrettons que les liens à construire avec les petits éditeurs, les libraires et les écrivains ne fassent pas l'objet d'une réflexion et d'actions plus affirmées. A l'image de la "mission cinéma" créée en 2002, ne convient-il pas d'envisager "une mission livre" ? Celle-ci pourrait permettre de définir, développer et coordonner une vraie politique audacieuse du livre et de la lecture à Paris.
J'évoquerai également la situation de l'offre en matière de conservatoires municipaux. L'offre, nous le savons, est insuffisante. Nous avons noté les objectifs pluriannuels de rénovation et d'extension des locaux. Mais j'étais déjà intervenue lors d'une séance du Conseil de Paris sur cette question.
Paris dispose de 17 conservatoires municipaux et les enfants du primaire bénéficient d'une initiation à la musique. La mise à l'étude d'une politique tarifaire modulée en fonction des ressources des familles est une bonne chose car facteur d'égalité et d'accessibilité. Les difficultés rencontrées par de nombreuses familles pour inscrire leurs enfants au conservatoire ou dans des associations qui dispensent des formations musicales constituent un véritable parcours du combattant.
Monsieur le Maire, vous parlez dans votre communication de "paradoxe" propre à la Capitale : une offre culturelle importante et un fossé entre ceux qui la saisissent et ceux qui ne se sentent pas concernés. Mais est-ce vraiment un paradoxe quand celles et ceux qui ne se sentent pas concernés ont la perception très nette d'en être exclus en disant "ce n'est pas pour nous".
D'où l'importance, vous avez raison, de s'ouvrir à toutes les facettes de la culture. Mais pour nous, il s'agit aussi d'être attentifs au désir d'expression culturelle des populations en valorisant davantage la démarche artistique plutôt que la seule dimension sociale ; problème que nous rencontrons malheureusement quand il s'agit d'évoquer par exemple les projets initiés dans les quartiers politique de la ville.
Combien de projets artistiques émanant de ces quartiers doivent mettre en avant les objectifs sociaux pour pouvoir être financés ?
Nous retrouvons là la séparation institutionnalisée entre pratique professionnelle et pratique amateur. Tout ce qui touche au professionnel relève de la culture et tout ce qui touche aux pratiques amateurs relève de la jeunesse, de l'action sociale...
Et pourtant, l'appel à projet 2003 a généré 323 projets pour 12 quartiers politique de la ville. Cela donne la mesure de l'attente des habitants et des potentialités créatrices en ?uvre dans ces quartiers. Les associations qui les portent mesurent toute l'importance de la pratique culturelle collective notamment pour les jeunes, dans une logique d'appropriation et non dans une logique de consommation. La créativité qui s'exprime dans les quartiers où l'on vit mal est grande. C'est souvent là que se trouvent des lieux créatifs comme la maroquinerie dans le 20e, "La Flèche d'Or". Ce que l'on appelle la "culture urbaine" est en devenir et c'est une chance pour Paris, car elle fait appel à l'imagination, à l'expérimentation, à l'innovation. Il faut davantage la valoriser et contribuer à son développement.
Comme moi, vous avez pu constater que ces lieux, ces petites salles, ces cafés-concerts, ces lieux alternatifs font l'objet d'un harcèlement administratif. La fermeture de la Flèche d'Or en décembre dernier, les menaces qui pèsent sur le Batofar, Glaz'art et bien d'autres, montrent la fragilité et les difficultés à enraciner des liens nouveaux, conviviaux, entre les artistes et les populations riveraines. Ces exemples sont là pour nous rappeler combien la place des artistes qui oeuvrent dans un rapport nouveau de proximité, de réalité sociale, est fragile sans un accompagnement public fort et en l'occurrence sans un accompagnement municipal.
Monsieur le Maire, ces derniers exemples doivent nous interroger quant à l'utilisation qui sera faite du doublement du budget de la culture. Il y a lieu, et c'est notre souhait de prendre la mesure des besoins quotidiens culturels des Parisiens non satisfaits qui méritent d'avoir une approche plus souple quant aux crédits de fonctionnement afin d'être plus dynamique pour notamment moderniser et améliorer les conditions d'accès des Parisiens à de nombreux équipements publics de la Ville de Paris et la création de nouveaux lieux.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs du groupe communiste).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.
La parole est à Mme MACÉ de LÉPINAY.
Mme Hélène MACÉ de LÉPINAY. - Merci, Monsieur le Maire.
Monsieur le Maire, c'est avec avidité que nous attendions votre projet culturel. En effet, depuis votre élection et malgré la grande visibilité médiatique de votre adjoint Christophe GIRARD, il est bien difficile de discerner les axes qui guident votre politique.
Les dispositions prises pour accroître, dites-vous, la transparence comme la suppression du vote des subventions sur ligne au budget primitif n'ont fait que rendre moins claires les relations entre la Ville et ses plus grandes institutions culturelles.
Avons-nous beaucoup plus parlé du Châtelet, de l'Ensemble orchestral ou de l'A.D.A.C. au Conseil ?
Non. En réalité, les délibérations les concernant sont passées en catimini vers minuit à l'issue de séances exténuantes. Où est la transparence ? Les institutions en question sont maintenant parfois déstabilisées par un vote tardif de leur subvention. Où est l'efficacité ?
Monsieur le Maire, ne le cachons pas, les dix-sept pages de cette communication n'annoncent rien de spectaculaire, rien de vraiment nouveau et ne confortent pas nos institutions. Les références budgétaires y sont floues et le calendrier des opérations, me semble-t-il, irréaliste.
En revanche, elles dénotent votre souhait d'encadrer et de contrôler l'activité artistique dans tous les domaines.
Les affirmations contenues dans le préambule laissent à penser que les Parisiens seraient loin de la culture. Pour qui veut y porter une attention bienveillante, il semble au contraire qu'ils sont de plus en plus intéressés par leur histoire, par les arts en général.
Les initiatives associatives sont nombreuses dans tous les quartiers qu'il s'agisse de défense de patrimoine, de chorales, d'opérations portes ouvertes, d'ateliers d'artistes, de groupes de théâtre et d'animation, etc.
N'oublions pas d'ailleurs, si l'on veut justement estimer cette appétence des Parisiens, tout ce qui se fait, par exemple, dans les centres d'animation de la Ville et les multiples offres culturelles dues à l'Etat, aux centres culturels étrangers, à des opérateurs privés.
L'offre de spectacles, de concerts, de cinéma est foisonnante et variée.
Les Parisiens y sont attentifs. Comment d'ailleurs sans cela auriez-vous expliqué la curiosité suscitée par la "Nuit-blanche" ?
Je ne pourrai pas, Monsieur le Maire, aborder tous les points que vous évoquez. Mes collègues Catherine DUMAS, Roxane DECORTE et Pierre-Christian TAITTINGER aborderont certains aspects particuliers.
Je voudrais porter à votre crédit les projets concernant les archives, institution essentielle, très bien défendue par votre adjointe, Mme CHRISTIENNE.
Je veux aussi relever la poursuite de l'effort pour le patrimoine parisien. Votre adjointe, Mme MAZETIER, a pris sa délégation avec beaucoup d'énergie et de passion. L'inventaire de nos richesses ainsi que l'établissement de la carte archéologique me semblent des points positifs. Nous suivons avec beaucoup d'attention, en particulier ma collègue Claire de CLERMONT-TONNERRE, la réforme de la Commission du Vieux-Paris.
Je me réjouis de la poursuite de la rénovation de nos églises, mais pourquoi faire croire que l'on aurait voulu masquer l'état de la tour nord de Saint-Sulpice et de la tour Saint-Jacques ? C'est évidemment pour des raisons de sécurité et d'études que ces tours ont été échafaudées.
Si j'approuve les travaux dans les musées, je m'interroge sur leur exécution. Qu'en est-il précisément du Petit-Palais, de Cernuschi, du musée d'Art moderne, de l'extension de la Maison de Balzac ? Le calendrier semble bien optimiste et les moyens seront-ils vraiment débloqués dans le courant de cette mandature ? Rien n'est dit sur le fonctionnement des musées, sur leur politique d'exposition, sur leur action éducative. En matière d'arts plastiques et d'art dans la ville, sauf le grand projet du tramway, rien de très nouveau par rapport à ce que nous avions engagé. La fontaine de Chen Zen et le manège Bublex ont été décidés par la mandature précédente. Que sont devenus les projets de "Paris-Rive gauche" ou de l'avenue de Flandre ? La Forge est une opération qu'il faut mettre à notre crédit. Oserez-vous développer un tel projet au 6, passage Dantzig, aux abords de "La Ruche" ? Laissez-vous augmenter sans broncher le loyer des artistes d'"Immanence", au 21, avenue du Maine ?
Concernant la musique, la communication est peu prolixe. Sont à peine mentionnés l'Orchestre de Paris et l'Ensemble orchestral. Rien sur une politique d'ensemble.
Nous nous réjouissons que la Ville ait pris une attitude positive pour la construction d'un grand auditorium qui manque à la vie musicale et je m'étonne qu'il ne soit même pas fait allusion à la Fête de la Musique, événement pourtant si populaire.
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et radical de gauche).
La Gaîté lyrique devrait ouvrir pour une animation temporaire. Comment a été choisi M. BONGIOVANNI ? Quelles sont les conditions juridiques de son choix et de l'exercice de sa mission ? Quelle sera l'enveloppe globale qui sera consacrée à la Gaîté lyrique ? Nous avons besoin là aussi de transparence. Pour ce qui concerne le théâtre et la danse, peu de projets nouveaux. Seul ce projet de reprise en main des théâtres d'arrondissements dans lesquels curieusement est intégrée la Maison de la poésie, institution originale voulue par Jacques CHIRAC. Alors que M. GIRARD proclame vouloir laisser libres de leur politique les acteurs culturels, que veut dire le paragraphe qui leur est consacré totalement antinomique d'ailleurs avec leur ancrage dans leurs quartiers respectifs ?
On nous dit que la Ville entendrait congédier le responsable d'un théâtre ? Je ne peux croire à cette ingérence. Mais si cela était vrai, je souhaiterais connaître par quelle procédure, délégation de service public, appel à projet, ou autre, son successeur sera nommé. Là aussi, nous attendons de la transparence.
La danse a trouvé depuis de nombreuses années une place importante à Paris. Vous nous annoncez un événement. Nous l'attendons avec impatience, alors que le festival et le concours international qui existaient ont purement et simplement été supprimés.
Le cinéma est un pan important de votre politique et je tiens à souligner votre dynamisme en la matière, continuation de l'action de la Municipalité précédente.
Si nous participons au maintien en activité du "Brady", qu'avez-vous fait, Monsieur le Maire, pour d'autres salles ? Le Kinopanorama a disparu sans bruit et les salles U.G.C. Convention, sauvées, il y a quelques années, sont en mauvaise posture. Qu'allez-vous faire pour maintenir ces salles de quartier ?
Le chapitre "s'ouvrir au monde" m'a fortement déçue. Comme toujours, vous confondez communication et action. "Paris-plage" et "Nuit-blanche", opérations sympathiques, ne font pas une politique. Personne ne vous avait attendu pour monter une saison théâtrale anglaise ou russe. La saison russe du Châtelet permet, en ce moment même, à Paris, d'accueillir le magnifique théâtre Mariinski, les expositions internationales de nos musées ont attiré des milliers de visiteurs, les partenariats réguliers avec Rome, Moscou, Berlin ou Kyoto permettaient des échanges fructueux tant pour des opérations de prestige que pour des opérations impliquant les bibliothèques ou les élèves des conservatoires. Tout cela a été balayé et les perspectives nouvelles semblent inexistantes.
En conclusion, Monsieur le Maire, votre communication assez peu originale et lacunaire est constituée d'une liste de pétitions de principe. Elle dénote un dirigisme d'une autre époque et un manque d'attention aux acteurs culturels de Paris, en particulier aux fonctionnaires de la Direction des Affaires culturelles qui ne sont même pas évoqués dans cette communication.
Comment imaginer de doubler le budget de la culture alors même que ceux qui doivent le mettre en ?uvre ne sont ni écoutés, ni encouragés ? Les fonctionnaires administratifs ou les corps scientifiques ont besoin de moyens et de considération pour rendre le meilleur service à nos concitoyens.
Votre politique paillette ne peut remplacer une politique de fond. La "Nuit-blanche" ne peut escamoter 364 jours de créativité et de culture parisienne. Votre programme ne nous fait pas passer de la nuit à la lumière.
L'avis des amis berlinois ou new-yorkais de M. GIRARD, votre médiatique adjoint, n'est pas pour nous un critère d'évaluation de votre politique. Ce qui importe, c'est le rayonnement de notre Ville et le service aux Parisiens.
(Applaudissements sur les bancs du groupe U.M.P.).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Au moins sur la culture, moins de sectarisme aurait été bien.
Surtout quand je pense à tout ce qui a été fait en matière culturelle sous la responsabilité de Mme MACÉ de LÉPINAY. J'ai été, en tant que Président de groupe, plus respectueux, plus gentil.
C'est peut-être parce qu'il y a maintenant une dynamique très forte. Par exemple, après l'échec catastrophique de l'ancienne équipe, et qui a coûté des sommes astronomiques aux contribuables parisiens, avec Christophe, et toute l'équipe, nous avons été dynamiques sur la Gaîté lyrique. C'est sans doute pour cela que Mme MACÉ de LÉPINAY, personne tout à fait sympathique au demeurant, a été ce matin un petit peu différente de ce que je connaissais mais ce n'est pas grave.
En tout cas, je ne veux pas qu'on utilise politiquement le personnel de la Ville.
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et radical du gauche).
Le personnel de la Direction des Affaires culturelles est un personnel extrêmement estimable qui fait du bon travail. Il y a une bonne directrice, et je n'aime pas que des propos politiciens tentent de les instrumentaliser dans une bagarre majorité/opposition. Ce n'est pas digne.
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et radical du gauche).
M. Claude GOASGUEN. - C'est incroyable, c'est le contraire !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Non, non... c'est exactement cela.
Madame TAÏEB, vous avez la parole.
Mme Karen TAÏEB. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, en préambule, je voudrais dire que les propos de Mme MACÉ de LÉPINAY sont pour le moins étonnants surtout pour moi qui préside la 9e Commission, où je peux assurer et témoigner de la qualité de notre Commission et dire à quel point tout se passe bien.
Rares sont les moments où il y a des divergences entre nous. Je reste très étonnée...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Moi aussi.
Mme Karen TAÏEB. - Cela étant dit, le projet culturel pour la mandature répond à nos v?ux de faire de Paris le centre d'un art vivant, à la fois riche de son passé, et tourné vers l'avenir.
C'est ce vers quoi tend la politique culturelle de notre mandature : préserver notre patrimoine. Vous avez déjà souligné le travail de Mme MAZETIER qui est remarquable et favorise la création et là je me tourne vers Christophe GIRARD, car c'est effectivement la politique qui a été choisie.
J'en veux pour preuve le nombre impressionnant de dossiers étudiés par la Direction des Affaires culturelles et celui des subventions que nous votons ici dans l'hémicycle : 50 % de plus qu'en 2001.
Rendre l'art visible et présent dans la ville, donner leur place aux pratiques nouvelles et aux formes actuelles, faire notamment de la Gaîté lyrique un lieu d'accueil pour les musées actuels et les arts numériques, c'est une véritable avancée et c'est surtout une réponse attendue par les artistes français, pionniers en ces domaines.
De même, le développement des arts de la rue et du cirque, que nous avons toujours considérés comme essentiels, est une manière de rendre leur noblesse à des pratiques innovantes et populaires de l'art.
Ce qui doit passer par la réappropriation des espaces publics, des esplanades, et doit se fonder sur une politique de subventions favorisant la nouveauté et je dirai même l'audace.
Cela implique un accueil des jeunes artistes par la création de locaux, d'ateliers, par la mise en place de bourses, afin de leur permettre de travailler dans les meilleures conditions.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, vous avez raison... Ecoutez Mme TAÏEB, qui n'est pas sectaire et qui reconnaît les mérites de tout le monde, y compris des élus de l'opposition. Mais écoutez-là au moins. Elle est un exemple.
Allez-y, Madame.
Mme Karen TAÏEB. - Mais si Paris reste un phare en matière culturelle, tout n'est pas lumineux, deux pôles restent encore dans l'ombre, je veux parler du cinéma et de la musique classique. Bien sûr, nous pouvons nous féliciter du choix qui a été fait pour le cinéma "Le Brady" qui vient d'être sauvé in extremis par une subvention votée hier à l'unanimité. Mais combien de salles parisiennes sont-elles en train d'agoniser ?
C'est donc une politique de sauvegarde et de réhabilitation du cinéma de quartier qui est nécessaire. La Ville doit acquérir les salles menacées, rénover celles qui en ont besoin. Il n'est pas acceptable que des quartiers entiers soient privés de cinéma et que les grands multiplexes résument l'offre de cinéma dans une Ville qui reste pour le Septième Art un des derniers bastions d'ouverture et de richesse.
Pour ce qui est de la musique classique, peut-on accepter que Paris soit privé d'une salle de concert ? L'Orchestre de Paris ne saurait rester itinérant et j'ai bien entendu ce matin votre volonté d'agir, je dirai notre volonté d'agir.
Dans une précédente communication, je disais que la culture est un dû. Paris se doit d'offrir aux Parisiens un accès à la culture par delà les projets d'ampleur régionale ou nationale. L'enjeu est aujourd'hui de réussir une véritable démocratisation de la culture en dehors de toute démagogie. Des événements comme "Nuit-blanche" ont remporté un énorme succès. C'est la preuve que les Parisiens sont prêts, dès que l'invitation leur est faite, à fêter la culture. Et cette "Nuit-blanche" doit être la source lumineuse qui permettra au 364 autres nuits de sortir de l'obscurité.
Pour faire descendre la culture dans la rue, la rendre accessible au plus grand nombre, il nous faut réfléchir aux moyens de répondre à l'indéniable attente des Parisiens en la matière. Continuons d'écouter d'une oreille attentive le message des associations qui sont des porteurs de projets, qui sont des puits d'idées neuves et qui connaissent le terrain et, de ce fait, tissent les liens entre Paris et les Parisiens.
N'oublions pas les petites scènes privées qui ont du mal à joindre les deux bouts et qui sont souvent les relais de cette culture de proximité qui nous est chère. N'oublions pas non plus le développement des bibliothèques de quartier. Il est urgent d'aménager leurs horaires, avec une ouverture le dimanche et certains soirs, d'y augmenter les moyens matériels, pour qu'elles puissent jouer leur rôle de diffuseur du savoir. Il n'est pas normal que la bibliothèque de Beaubourg soit le seul lieu offert aux Parisiens pour répondre à leurs besoins en terme d'horaires et de libres accès aux multimédias.
Nous devons également concentrer nos efforts sur les offres tarifaires car la culture est trop souvent perçue comme trop chère. La gratuité de certains musées doit être étendue à l'ensemble du dimanche et les opérations, telles que "prenez une place, venez à deux" pour le théâtre, élargies à d'autres secteurs.
Quant aux équipements de proximité, qui permettent à chacun une pratique de l'art, une approche vivante de la culture, je crois, à l'instar du 104, rue d'Aubervilliers, qu'il s'agit de créer ou du moins d'aider à la création de lieux de ce genre.
L'enjeu est immense. Il est de préserver la double dimension de Paris, qui est sa spécificité et son originalité : celle d'une capitale au rayonnement universel, et celle d'une ville jeune dont la population aspire à profiter de l'exceptionnel patrimoine qui l'entoure comme à découvrir les formes de la création contemporaine. Il est de notre devoir de nous montrer à la hauteur de cet enjeu, et de travailler sur les deux plans à la fois. C'est à cette condition que Paris poursuivra sa vocation de ville-lumière pour le monde et restera surtout une ville à vivre pour les Parisiens.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs des groupes du Mouvement des citoyens, socialiste et radical de gauche, communiste et "Les Verts").
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup de cette excellente intervention.
La parole est à Patrick BLOCHE.
M. Patrick BLOCHE. - Merci, Monsieur le Maire.
S'il y a bien un domaine où l'alternance du printemps 2001 doit imprimer tout particulièrement sa marque tout au long de présente mandature, c'est bien celui de la culture.
Vous avez souhaité, Monsieur le Maire, en faire une priorité de la politique municipale et, à cette fin, vous avez des engagements financiers qui ont déjà trouvé leur traduction puisque le budget de la culture pour 2003 est en augmentation de 12 % par rapport à celui de 2000.
La rupture avec la gestion passée est déjà sensible. Pour cela, il fallait créer de nouveaux équilibres et c'est la mission que vous avez confiée à vos deux adjoints, Christophe GIRARD et Sandrine MAZETIER, dont le groupe socialiste et radical de gauche tient à saluer l'action.
Repenser pour refonder, tel est donc leur mandat, tel est aussi le nouveau mandat de la Direction des Affaires culturelles.
Une nouvelle politique culturelle parisienne doit, de fait, agir à plusieurs niveaux.
Le premier, le plus classique et reconnu par tous, est celui de la mémoire collective et patrimoniale. Les ?uvres capitales de l'humanité disait Malraux. Mais le syndrome patrimonial frappe vite et fort. La tentation est grande de tout garder, de ne rien détruire, sauf quand cela concerne le XXe siècle, de tout conserver dans l'état que l'on juge originel, même si cet état originel peine souvent à être défini.
Il faudrait ainsi, selon certains, retrouver les impacts de balles sur la façade de l'église Saint-Roch en souvenir de la répression du mouvement royaliste du 13 Vendémiaire an III, car sa restauration les a par négligence rebouchés. L'importance de la notion de patrimoine doit donc se lire d'abord dans son rapport avec la politique de notre temps. Elle doit donc être source de création et non signe de repli. Le patrimoine ne vaut que par l'interprétation que l'on en donne et ce qui sous-tend les démarches qui le transmettent.
C'est le choix que vous avez fait, Monsieur le Maire, et que les Parisiens ont validé de manière éclatante en assurant le succès de "Nuit-blanche". Cette réussite ne saurait bien entendu éclipser d'autres initiatives toutes aussi essentielles comme l'informatisation des bibliothèques patrimoniales ou la gratuité dans l'accès aux collections permanentes des musées parisiens.
Un autre niveau d'élaboration de la politique culturelle est celui des cultures au pluriel, c'est-à-dire celui des pratiques sociales des groupes auxquels chacun appartient. C'est le champ cultivé en communs, les identités collectives. C'est une orientation nouvelle de la politique municipale illustrée par plusieurs initiatives. Elles sont nombreuses et je me contenterai de citer "Barbès-Café", "Envie d'amphi" ou encore le festival "@rts Outsiders".
Un troisième et dernier niveau est celui plus personnel qui pourrait être "ma culture". Beaucoup de compagnies théâtrales qu'il faut aider s'attachent à l'expression de l'aventure personnelle et quotidienne des citoyens ordinaires à travers la retranscription de propos, la mise en scène de récits ou encore l'édition de paroles. On est ici dans le champ d'une politique de la ville qui doit savoir soutenir et financer les actions en faveur de cette reprise de la parole.
La politique culturelle innovante qui est inscrite dans la communication que vous nous avez présentée, Monsieur le Maire, crée, encourage et tisse ainsi des liens entre ces trois niveaux. Entre l'appartenance à l'espèce humaine, l'intégration dans plusieurs groupes et l'existence individuelle de chacun. Au contraire du multiculturalisme, il s'agit de considérer que les Parisiens ont des appartenances multiples des échelles d'actions qui vont du local à l'international. D'un côté, je participe au carnaval de mon quartier, de l'autre je vais applaudir des textes du répertoire contemporain au théâtre du Rond-Point, ce qui ne m'empêche pas de soutenir l'art nouveau italien par une pétition sur l'Internet.
Certaines formes d'art émergentes relèvent déjà de cette démarche : les arts de la rue, par exemple qui bénéficient d'un soutien significatif de la Ville parviennent à défendre une ligne artistique, participent à une reconquête et une réappropriation de l'espace urbain, touchent un public nombreux à l'occasion de fêtes populaires et peuvent contribuer à mettre en valeur un élément du patrimoine architectural.
Un axe essentiel de la nouvelle politique culturelle parisienne vise évidemment à conquérir de nouveaux publics. Car ils existent ces publics potentiels qu'il faut démarcher, mieux disposer, embarquer dans l'aventure de la création. Et puis il y a cette immense soif commune, celle d'apprendre, de créer, de s'exprimer, d'échanger des mots, de la couleur, des sons à faire exploser le périmètre d'intervention de la D.A.C.
Vaste chantier, Monsieur le Maire, qui ne devra naturellement pas oublier ces professionnels dont beaucoup sont, de façon insupportable, précarisés et qui attendent plus d'intérêt porté à leurs conditions de travail et à l'évolution de leur statut.
La confiance que les Parisiens comme nos concitoyens accordent au livre comme vecteur privilégié de la culture nous interpelle à plus d'un titre.
La politique menée en faveur de la lecture publique a eu de solides résultats.
Le réseau des bibliothèques et des médiathèques, dont la fréquentation est continuellement exponentielle, maille cependant inégalement le territoire parisien à l'Est comme à l'Ouest.
Il faut donc une ambition nouvelle qu'illustre d'ailleurs la construction prévue de 2 médiathèques dans le 15e et dans le 20e.
Dans une société qui donne à l'accès aux connaissances un prix plus fort qu'aux connaissances elles-mêmes, qui exige toujours de savoir mieux apprendre tout au long de la vie, les bibliothèques doivent prendre dans notre cité une place toujours plus importante. Plus que l'école, dont la mission est avant tout d'éduquer, la bibliothèque doit être le lieu de toutes les mixités, entre les groupes sociaux, entre les générations, entre les classes sociales.
Cette ambition mérite un grand plan pluriannuel pour les bibliothèques et comme le livre a cette importance, ne devrions-nous pas être plus imaginatifs encore pour aider le réseau des librairies indépendantes à se moderniser et à se maintenir dans notre ville ?
Prenons un autre domaine où l'engagement de la Municipalité parisienne est une novation : celui de la politique en faveur des musiques actuelles.
Celle-ci ne saurait naturellement se limiter à la construction de lieux de diffusion, elle doit investir dans des lieux de répétition, proposer des soutiens publics qui ne se traduisent pas tous par des subventions mais aussi par des formations à la production et à l'économie du secteur, par des conseils juridiques qui accompagnent la démarche des musiciens.
Le ratage parisien a été à cet égard exemplaire : pas ou peu de lieux de répétition, aucune diffusion, pas de collaboration avec les institutions nationales comme le centre de ressources IRMA, seulement quelques aides limitées à la subvention.
De fait, le projet porté à la Gaîté lyrique fait figure de révolution.
On retrouve là toute l'importance des lieux, lieux de production et de diffusion, qui conditionnent la place de l'artiste dans la cité et pour Paris quelquefois son retour, je pense tout particulièrement aux plasticiens.
Cela va de la réalisation de ces ateliers d'artistes, qui manquent cruellement ou qui, pour les existants, sont parfois illégitimement occupés, au développement des lieux d'accueil et de résidence.
La résidence, une dimension absente jusqu'à présent, tout particulièrement pour les artistes chorégraphiques, de la politique culturelle parisienne.
Les lieux, ce seront naturellement de manière emblématique pour cette mandature, outre la Gaîté lyrique que j'ai déjà évoquée : le 104, rue d'Aubervilliers, la Maison des Métallos et les Trois Baudets. Un comité de pilotage commun à ces 4 établissements pourrait être d'ailleurs utilement créé pour fédérer toutes les énergies.
Les lieux, c'est aussi ce précieux réseau des théâtres privés parisiens, à la fois unique et fragile lorsqu'il s'agit des petites scènes ou des moyennes scènes qu'il faut entretenir, équiper et moderniser.
Sachons prioritairement pallier les insuffisances du fonds de soutien au théâtre privé en posant les bases d'une action ambitieuse et protectrice.
Et puis, il y a ces lieux fort divers que l'on nomme intermédiaires, alternatifs où, dans un cadre le plus souvent pluridisciplinaire, s'inventent les émotions nouvelles de notre temps.
Là, les disciplines se "pacsent", les projets se nouent au fil des rencontres et se créent avec le public dans le temps long de la fabrication. Ils ont nom "Le Plateau", "Ars Longa", ou encore, jusqu'à peu, "Batofar".
Il m'aurait fallu sans doute plus de temps pour évoquer d'autres sujets qui ont ou qui doivent faire l'objet de réorientations nécessaires, qu'il s'agisse du développement des pratiques amateurs ou des politiques tarifaires, qui trop souvent reléguant le public dans le rôle de consommateurs assistés, doivent laisser la place au "chèque culture", dispositif qui a le mérite de laisser la demande exprimer ses désirs, opérer ses choix, sans contrainte de calendrier.
De même, qu'il me soit permis de vous féliciter, Monsieur le Maire, pour les choix salutaires que vous avez opérés en ce qui concerne la politique de la ville dans le domaine du cinéma et notamment dans sa dimension festivalière.
Egalement, je souhaiterais que subsiste, si nous parlons de festivals, le concours qu'organisait tous les deux ans le Festival international de la danse de Paris.
Monsieur le Maire, mes chers collègues, alors qu'hier notre Conseil pensait à travers le P.A.D.D. un projet global pour le Paris de demain, inscrivons-y une politique culturelle conçue avant tout comme circulation, comme une voix qui élargit l'horizon, qui relie le plus proche au plus lointain et, pour citer Michel SERRE, comme "un chemin qui, pas à pas, nous emmène de voisinage en voisinage dans un voyage qui nous fait découvrir une culture voisine, puis une autre qui l'est un peu moins".
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, "Les Verts" et du Mouvement des citoyens).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.
La parole est à Mme de FRESQUET.
Mme Elisabeth de FRESQUET. - Merci, Monsieur le Maire.
Monsieur le Maire, chers collègues, ambitieux, votre projet culturel l'est assurément. Sa présentation flatteuse laisse même à penser que Paris ne faisait plus rien depuis des lustres et qu'il était besoin de tout bâtir sur le néant.
Ce procédé, qui emprunte un peu trop à la facilité, m'oblige à souligner que vos prédécesseurs ne sont pas restés inertes et qu'ils ont, tout comme vous, eu la volonté de faire de Paris l'une des capitales culturelles du monde.
La culture n'appartient ni à la gauche, ni à la droite. Elle est notre patrimoine commun et chacun d'entre nous sur ces bancs a conscience de la nécessité de valoriser avec la plus grande efficacité les atouts et les attraits exceptionnels de la ville-lumière.
J'observe d'ailleurs que la fréquentation touristique ne subit pas de variations brutales selon que la Ville est dirigée par un maire de gauche ou par un maire de droite...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Les alternances sont rares pour la gauche !
Mme Elisabeth de FRESQUET. - Je souhaitais souligner cette continuité tout simplement parce que la réalité ne peut être contestée au-delà de la décence.
Je tenais, avant d'aborder le dossier sur le fond, à remercier, à féliciter la Direction des Affaires culturelles qui, dans des conditions d'effectifs réduits, parvient à donner réalité aux directives municipales et à être un interlocuteur privilégié et efficace des associations et des acteurs culturels.
Je le dis d'autant plus sincèrement que le contenu de votre communication les concerne très directement.
Sa lecture laisse d'ailleurs songeur tellement le champ de vos actions est vaste et touche à tout.
Tout y passe, l'art au c?ur de la ville, destiné à mieux prendre en compte la place des artistes, c'est-à-dire à leur attribuer des ateliers, soutenir leurs projets... Chose très nouvelle s'il en est !
Quant à la transparence, elle suggère un procès d'intention particulièrement mal placé sur lequel je ne désire même pas m'appesantir.
Je vous souhaite d'ailleurs, Monsieur le Maire, bonne chance dans l'attribution des locaux en rez-de-chaussée ; leur faible quantité va vous obliger à arbitrer difficilement entre deux nécessités : la présence de commerces de proximité et l'installation d'ateliers.
L'inscription de l'art dans l'espace public constitue une initiative intéressante à laquelle nous souscrivons dans son principe.
Je ne reviendrai pas sur vos intentions sur la Gaîté lyrique, dossier sur lequel je me suis déjà largement exprimée. Vous connaissez nos réserves sur le devenir de ce lieu que nous aurions souhaité dédier au "Tout-Paris lyrique".
S'agissant de la musique, la réalisation d'un grand auditorium mérite d'être rapidement tranchée. Paris est en effet la seule Capitale qui ne dispose pas de grande salle symphonique digne de ce nom.
L'Orchestre de Paris pratique le nomadisme dans des conditions indignes. Pleyel présente des avantages indéniables, mais "Que ce soit là, à la Villette, à la Gaîté lyrique, au Grand Palais ou ailleurs, que ce soit quelque part Bon Dieu !" pour reprendre la formule de Jacques JULLIARD dans une de ses récentes chroniques.
M. Christian SAUTTER, adjoint. - Cela vaut Michel SERRE !
Mme Elisabeth de FRESQUET. - Coup de chapeau aux arts du cirque, aux nouvelles formes de théâtre et de chorégraphie, à condition que les moyens ne soient pas dispersés, que les événements, présumés non élitistes, ne visent pas paradoxalement le public le moins nombreux et le plus choyé.
J'espère que votre "mission cinéma" saura faire la preuve de son efficacité, c'est-à-dire pourra faire plus et mieux que ce qui est déjà fait et qui est loin d'être négligeable.
Souhaitons que la polémique autour des deux festivals soit définitivement enterrée, la rivalité que vous avez suscitée ayant été particulièrement malencontreuse. Les échos dont je dispose me laissent à penser qu'à vouloir concurrencer ce qui existe vous avez réussi à annihiler les initiatives les plus abouties. Il vaudrait mieux, dans un souci d'efficacité, faire jouer la complémentarité, la Ville de Paris s'occupant de préserver son parc de salles en centre-ville et aidant à la mise en place d'une politique tarifaire plus attractive.
La recherche à tout prix de l'événementiel, la multiplication des "Paris-plage" déclinés à toutes les sauces, cinéma aujourd'hui, gastronomique, folklorique peut-être demain, va finir par nous laisser à penser que vous cherchez plus à vous mettre en scène qu'à satisfaire une demande du public.
Dans le même ordre d'idées, "Paris capitale de la création" qui se déroule actuellement risque de rater sa cible. Le choix des lieux d'exposition - grandes enseignes, grandes marques, galeries d'art - ne permet pas à mon sens de présenter la création contemporaine au plus large public. La sélection des espaces est celle des initiés, celle de l'élite parisienne et je serais intéressée de connaître avec précision la sociologie des visiteurs.
Je crois plus généralement qu'à force de privilégier la création et les expressions artistiques actuelles vous oubliez la valorisation du patrimoine et la promotion des enseignements artistiques. Certes, cette démarche est moins "paillettes", moins flatteuse, mais elle permet de renforcer le lien entre les Parisiens et leur Ville.
L'inventaire que vous avez décidé de réaliser avec le concours de la Commission du Vieux-Paris et le futur Comité d'histoire est évidemment un préalable nécessaire. J'ajoute qu'il ne serait pas inintéressant d'associer les Parisiens eux-mêmes à cette initiative, les conseils de quartier constituant des lieux d'évocation et des relais appropriés.
Au-delà, je souhaite vivement que des plaquettes recensant les attraits culturels et touristiques de chaque arrondissement soient mises à la disposition des habitants et des visiteurs. On pourrait envisager qu'elles soient distribuées dans les mairies, dans les hôtels et dans tous les lieux fréquentés par le public.
Des plaques pourraient encore être apposées sur les immeubles afin de signaler le classement du petit patrimoine populaire. Pour ne prendre qu'un exemple il serait intéressant que les habitants du 15e arrondissement sachent que la crémerie du 10, rue Lecourbe est inscrite à l'Inventaire tout comme l'une des boulangeries de la rue du Commerce. Petites choses certes, mais qui participent pleinement de l'histoire de nos quartiers et de l'amour que leur portent les Parisiens. Le succès de "Amélie Poulain" n'est-il pas tout entier dans ce besoin de proximité, d'attachement viscéral à sa rue, à sa place, à son espace de vie quotidienne ?
Vous le soulignez, l'enseignement artistique mérite d'être fortement encouragé : on ne peut pas admettre plus longtemps que seuls 18.000 jeunes fréquentent les conservatoires. Il faut créer d'autres lieux, moins institutionnels, moins conventionnels, afin que tous les enfants soient sensibilisés à la musique. Nous verrons, à l'usage si l'idée de carrefour constitue une bonne ou une mauvaise idée.
Plus largement, je pense que l'aménagement des rythmes scolaires permettrait de dégager des plages horaires favorables au développement de l'enseignement artistique et de l'apprentissage de l'histoire de l'art et de mettre en synergie tous les acteurs - associations, musées, professeurs.
Avant de conclure, je souhaiterais attirer votre attention sur la nécessité de mettre en place un nouveau support d'information. Vous pouvez toujours multiplier les initiatives mais le plus difficile est de le faire savoir et d'atteindre le public le plus large.
Le Journal à Paris, les panneaux lumineux, les colonnes Moris, Internet, ne suffisent pas, loin de là. Il faudra bien un jour que nous réfléchissions à la création d'une télévision parisienne spécifique consacrée pour l'essentiel à la diffusion de reportages sur les activités culturelles de la Ville, qu'elle en soit l'initiatrice ou pas, d'ailleurs.
M. Jacques BRAVO, maire du 9e arrondissement. - Et Paris-Câble !
Mme Elisabeth de FRESQUET. - Je suis convaincue que vous ne pourrez pas tout faire, qu'il vous faudra faire des choix. Votre programmation budgétaire, un doublement en fin de mandature, ne permet pas d'atteindre les objectifs que vous poursuivez : plus 12 % en 2 ans. Nous sommes bien loin de respecter les premiers termes du contrat et il ne vous reste que 4 années pour réaliser la totalité de la montée en charge.
Vous serez obligé de faire des coupes sombres et l'espoir que vous avez suscité risque bien de se transformer en une multitude de déceptions.
Vous souhaitez, Monsieur le Maire, réveiller la Belle au bois dormant, méfiez-vous de son humeur changeante, n'est pas prince charmant qui le veut.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs du groupe Union pour la démocratie française).
M. Christian SAUTTER, adjoint. - Ah !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Cela n'a rien à voir avec la dernière remarque, je voudrais simplement vous dire que d'abord à titre personnel - je ne sais pas ce qu'en pense l'équipe - je suis très très opposé à une télévision Mairie de Paris, j'y suis opposé pour des raisons de culture politique et pour des raisons financières aussi. Donc ne comptez pas sur moi pour faire une télévision Mairie de Paris. Cela me paraît d'ailleurs extrêmement d'un autre âge et pas du tout opportun sur le plan de la culture politique. Bien !
M. Christophe LEKIEFFRE. - Bravo !
M. LE MAIRE DE PARIS. - A propos de nomadisme de l'Orchestre de Paris, je voudrais quand même que l'on se rappelle que l'Orchestre de Paris effectivement errait. Par ailleurs, qui a décidé et mis de l'argent pour que l'Orchestre de Paris soit installé pour quelques années, avec travaux payés par la Ville et par l'Etat, au théâtre Mogador ? Et puisque vous m'amenez à cela, j'ai écrit il n'y a pas longtemps au Ministre de la Culture pour lui demander que la convention qui permet à l'Orchestre de Paris d'être au théâtre Mogador soit prolongée jusqu'à ce que soit livré l'auditorium. Je signale que c'est notre décision politique et nos investissements.
Alors quand même - et je vous signale aussi qu'avant le changement de Gouvernement pour l'auditorium, la décision a été prise. Simplement l'Etat n'avait pas dit que c'était la Mairie de Paris qui allait payer à sa place.
J'entretiens les meilleures relations avec le Ministre de la Culture mais il fait ce qu'il peut avec un budget qui a été réduit.
M. Jean TIBERI, maire du 5e arrondissement. - Il fallait le laisser à Pleyel, Monsieur le Maire !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Vous tombez bien vous ! Et pourquoi n'avez-vous pas fait jouer le droit de préemption ?! Si j'avais été Maire de Paris moi quand Pleyel a été vendu, j'aurais fait jouer le droit de préemption...
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, du Mouvement des citoyens, communiste et "Les Verts").
... et actuellement l'auditorium existerait ! C'est incroyable !
M. Jean TIBERI, maire du 5e arrondissement. - C'est faux, c'est faux, c'est complètement faux !
M. LE MAIRE DE PARIS. - A l'époque j'étais dans l'opposition et je vous ai demandé de faire jouer votre droit de préemption.
M. Jean TIBERI, maire du 5e arrondissement. - C'est tout à fait inexact !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Enfin, chère Madame de FRESQUET, je voudrais vous dire que je crains que sur "Paris-Capitale de la création" votre bouderie ne soit pas plus fondée que votre bouderie...
M. Jean TIBERI, maire du 5e arrondissement. - Quel mensonge ! Mentir à ce point là il faut le faire !
M. LE MAIRE DE PARIS. - ... précédente sur "Paris-plage" car "Paris-Capitale de la création" est non seulement un immense succès, provisoire peut-être, mais c'est aussi une dynamique économique considérable dont je suis un peu étonné que vous l'ignoriez.
M. Jacques DAGUENET. - Et oui !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Bien ! La parole est à M. RIOU.
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Il fallait le faire !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Pas du tout, seul le Maire de Paris peut faire jouer son droit de préemption. Le moindre étudiant informé du droit communal sait cela. A l'époque je vous l'ai demandé. Vous l'avez refusé.
M. Jean TIBERI, maire du 5e arrondissement. - Monsieur le Maire, non.
M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. RIOU.
Une seconde, Monsieur RIOU, je donne la parole à M. TIBERI, si vous le voulez bien.
Allez-y, Monsieur TIBERI.
M. Jean TIBERI, maire du 5e arrondissement. - D'abord, merci de me donner la parole.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Mais bien sûr !
M. Jean TIBERI, maire du 5e arrondissement. - C'est nouveau. Vous me l'aviez retirée.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je vous la donne beaucoup plus souvent que vous ne me la donniez à l'époque.
M. Jean TIBERI, maire du 5e arrondissement. - Je vous la donnais toujours.
M. Claude GOASGUEN. - Hélas !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Voyez le B.M.O. Vous verrez.
M. Jean TIBERI, maire du 5e arrondissement. - Comment pouvez-vous travestir la vérité à ce point ? J'ai passé un accord, alors que j'étais maire, avec Mme TRAUTMANN pour l'achat de la salle Pleyel. C'était un accord que nous avions, officiel.
Vous ne pouvez pas me reprocher de ne pas l'avoir suivi. C'était un accord que j'avais passé selon lequel la Ville achetait la salle Pleyel pour une somme de 35 millions. La somme était fixée par Mme TRAUTMANN. Et l'Etat s'engageait à faire les travaux de restauration intérieurs.
Au dernier moment, sans que Mme TRAUTMANN en soit informée, je le crois parce que je crois à sa bonne foi, et sans que la Ville en soit informée, le Gouvernement c'est-à-dire le Ministère des Finances, croyant faire une bonne opération, a vendu au plus offrant la salle Pleyel, à 65 millions.
Nous avons vivement protesté, Mme TRAUTMANN aussi.
En voulant faire une petite opération de 30 millions, le Gouvernement de l'époque a privé l'Orchestre de Paris d'une salle, qui était la salle Pleyel. Il va s'engager maintenant dans une opération qui va porter sur des centaines de millions.
Alors, vous ne pouvez pas dire que c'est la Municipalité, la responsable. C'est le Gouvernement de l'époque qui a voulu faire cette opération.
Je n'ai pas mis en cause M. SAUTTER, je dis que c'est le Ministère des Finances qui a cru faire une bonne opération financière, alors que c'est un désastre financier, et qui a privé la Ville de Paris de la salle Pleyel, qui était un lieu idéal.
(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P. et Union pour la démocratie française).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je vous l'ai dit à l'époque, Monsieur TIBERI, si j'avais été Maire de Paris, moi, j'aurais, comme le droit me donnait la possibilité de le faire, j'aurais préempté la salle Pleyel et aujourd'hui, l'Orchestre de Paris serait salle Pleyel. Je vous l'ai dit à l'époque.
Souvenez-vous. Regardez dans le B.M.O. Il fallait que vous osiez préempter. Vous ne l'avez pas fait, je le regrette.
La parole est à M. RIOU.
M. Alain RIOU. - A la différence de l'oratrice précédente, je ne vais pas échauffer la salle au sujet de l'auditorium.
Avec le recul de près de deux ans de mandature, l'occasion nous est donnée de dresser un premier bilan de la politique culturelle initiée par la nouvelle majorité.
Ce bilan est positif, surtout lorsqu'on le compare à la politique culturelle calamiteuse de la précédente majorité.
La désignation de notre collègue, Christophe GIRARD, au poste d'adjoint chargé de la Culture, a été un signe fort de la Municipalité. Les attaques violentes et infondées dont il a été l'objet de la part, entre autres, de Pierre BERGÉ, chiracophilo-mitterandolâtre, ex-satrape de l'Opéra-Bastille, d'Alain MINC, celui qui a prévu la "finlandisation" de l'Europe par l'U.R.S.S., deux ans avant son effondrement, ou de Pierre BENICHOU, amuseur poussif, intellectuel et violent, sont déjà des signes de sa grande qualité.
En nommant un Vert à la Culture, la nouvelle majorité a pris le parti d'une culture pour tous, désacralisée, désanctuarisée, d'une culture de proximité rendant sa juste place aux initiatives locales.
Somme toute, ce qui s'affirme à Paris depuis deux ans c'est, enfin, une politique ancrée dans des valeurs, au service de toute la population, sans discrimination ni condescendance, faisant la part belle aux arts nouveaux et aux événements festifs populaires.
Ainsi le Journal des Arts a-t-il écrit récemment que Paris avait acquis, depuis un an, grâce à ses propres efforts, un vrai statut de capitale culturelle.
Le nombre d'initiatives nouvelles mises en place, leur qualité témoignent de cette volonté affirmée de rendre la culture accessible à tous. Le succès populaire qu'elles ont rencontré, en montrant la justesse des choix posés, a stigmatisé les lacunes d'une ville ayant perdu son âme culturelle au fil de plus de vingt ans de politiques uniquement élitistes.
Tenter de dresser le bilan de l'ensemble de l'action culturelle à Paris est impossible tant les initiatives se sont multipliées. Rappelons seulement les quelques réalisations les plus symboliques de la volonté de la nouvelle majorité et de l'influence des Verts au sein de cette dernière.
Le succès, légitime, remporté par les opérations de portée nationale et internationale "Paris-plage" et "Nuit-blanche" ne doit pas masquer celui d'opérations, certes moins médiatisées, telles que "L'été parisien", "cinéma au Clair de Lune" ou la gratuité des expositions permanentes des musées de la Ville, qui sont autant d'exemples de la démocratisation d'une culture allant au devant de la population.
Dès sa deuxième édition, l'opération "Paris-plage" a rencontré un très grand succès, tant populaire qu'auprès de la presse. Mais, alors que le sable, les galets, le gazon, les transats et les oriflammes ont surtout intéressé cette dernière et entraîné un grand succès de curiosité - ce dont les Verts se félicitent -, il est apparu que la qualité de "Paris-plage" a tenu, pour sa plus grande part, aux animations culturelles auxquelles ont été consacrés 40 % du budget total de l'opération.
La première édition de "Nuit-blanche" a essuyé les plâtres, mais laisse présager un long avenir pour cette manifestation dont le succès a dépassé toutes les prévisions les plus optimistes.
Sans doute serons-nous amenés à étendre ces initiatives dans le temps et dans l'espace pour les rendre accessibles au plus grand nombre, même et surtout au-delà du centre historique de la Capitale.
Le projet culturel pour la mandature apparaît comme la réaffirmation des grands principes jusque là défendus. Aux actions phares s'adjoignent nombre de projets intégrant l'art dans le quotidien, amenant la culture aux portes de chacun. Le rayonnement culturel de la Capitale a de beaux jours devant lui quand se réaliseront les projets de médiathèques, la rénovation du Petit-Palais, la nouvelle vocation de la Gaîté lyrique, l'art dans la rue le long du trajet du tramway, le 104, et la Maison des Métallos.
Cette politique de grands projets ne nous ferait pas négliger celle de la culture de proximité qui tient la place dominante dans ce projet culturel pour la mandature.
Ainsi, la création de nombreux ateliers d'artistes, la promotion des arts de la rue et du cirque, la mise en valeur des squats et communautés d'artistes, le respect et le soutien des artistes de rues, des intermittents du spectacle non indemnisés ou au R.M.I., la redéfinition des missions des conservatoires d'arrondissement (même si elle n'en est qu'à ses balbutiements pour cause apparemment de manque de personnel), l'émergence de lieux de proximité de création, de répétition, de diffusion, d'exposition ou de formation devraient être autant d'étapes nécessaires pour le développement d'une culture novatrice, ambitieuse offrant des espaces d'expression pour toutes les cultures institutionnelles, associatives et alternatives.
Nous voulons, par ailleurs, vous féliciter du triplement des crédits d'acquisition d'?uvres au bénéfice du musée d'Art moderne.
Je veux également dire un mot de l'excellente politique conduite par Pénélope KOMITÈS dans le domaine du handicap et de la culture. Ainsi, un audit sur l'accessibilité des sites culturels est lancé et un groupe de travail culture et handicap pour l'accessibilité aux contenus culturels est mis en place, et une charte sera signée.
Pourtant, malgré sa qualité, il faut émettre néanmoins certaines réserves concernant certains aspects du projet culturel au sens large.
Je m'étonne du contenu du volet concernant la valorisation de la culture scientifique. Ce dernier champ semble de la compétence de Danièle AUFFRAY, adjointe chargée des nouvelles technologies et de la recherche, tâche dont elle s'acquitte avec rigueur et sens de l'initiative. Nous serions désolés de voir ainsi sa délégation vidée d'une partie de sa substance.
Comment, sur ce terrain, ne pas parler des Assises de la culture scientifique et technique qui, à son initiative, se sont déroulées en janvier 2002 à l'Hôtel de Ville ? En terme d'initiatives municipales à venir et sans être exhaustif, il aurait fallu évoquer, par exemple, le soutien au projet de Mutualité Arts, Sciences, Social, Culture et enfin la volonté d'organiser avec les mairies d'arrondissement et les conseils de quartier des débats et controverses portant sur la place des sciences dans la société.
Je m'étonne aussi du peu de place faite à la valorisation du patrimoine industriel de la Capitale, par exemple la Halle Pajol, enfant pauvre d'une culture souvent tournée vers un passé plus lointain ou un présent plus contemporain.
Pour courageuse et indispensable qu'elle soit, et malgré ses limites, la politique culturelle menée par la Municipalité a un coût, et un coût beaucoup plus élevé que celui de la politique indigente de la précédente majorité.
Le retard accumulé par la Capitale est énorme, surtout lorsque l'on compare sa vitalité culturelle à celle d'autres capitales européennes. La majorité s'est engagée à doubler le budget de la culture hors dépenses de personnel d'ici à la fin de la mandature afin de combler ce retard. Or ce doublement semble mal engagé au regard de l'évolution du budget de la culture ; et quand bien même serait-il réalisé qu'il ne suffirait sans doute pas à financer l'ensemble du "projet culturel pour la mandature".
Si le budget de la culture a effectivement augmenté de 12 % depuis 2000, il a connu une baisse de 27 millions de francs entre 2001 et 2002 et stagne en 2003. La courbe n'est que légèrement ascendante. Aujourd'hui, pour atteindre le doublement, le budget de la culture devrait augmenter de 20 % chaque année jusqu'à la fin de la mandature, alors qu'il n'a augmenté que de 12 % en deux ans. Autant dire que la tâche semble ardue. Je m'interroge d'ailleurs sur le vote du budget 2007 qui atteindrait nos objectifs, mais ne serait qu'un budget fictif en raison des échéances électorales. "Les Verts" avaient proposé le doublement du budget global de la culture, le portant à 10 % du budget de la Ville (soit 3,4 milliards de francs d'alors).
La validité de cette suggestion semble confirmée par l'ambition du projet culturel pour la mandature et la montée des revendications syndicales qui s'inquiètent de la diminution des frais de fonctionnement. D'ailleurs, la C.F.D.T. et la C.G.T. de la Direction des Affaires culturelles de la Ville appelaient à la grève les 25 et 27 janvier. Ils souhaitent obtenir plus de moyens de fonctionnement, des revalorisations salariales. Or ces derniers sortent du champ du doublement du budget (hors dépenses de personnel). Il ne s'agira pas de doubler le budget en rognant sur les dépenses de fonctionnement et les salaires.
A cet égard, Monsieur le Maire, votre communication reste muette sur les personnels chargés de mettre en ?uvre l'ambitieuse politique culturelle que vous nous présentez. Et pourtant, les manques d'effectif s'accentuent, alors que la charge de travail augmente : au niveau des services centraux, le Bureau des enseignements artistiques et le Bureau des ressources humaines sont particulièrement concernés ; dans les bibliothèques, des postes vacants ne sont pas pourvus tandis que les fermetures plus tardives ne s'accompagnent pas des moyens humains suffisants, notamment en ce qui concerne les effectifs de la surveillance. Nous sommes aussi en droit de nous sentir préoccupés par la gestion du patrimoine et des archives. La précarité de nombreux agents devrait y être résorbée.
Ainsi les destructions d'archives semblent s'intensifier et obéir davantage à des impératifs de gestion des stocks qu'à des impératifs scientifiques. Enfin, il est de notoriété publique que deux archivistes sont "placardisés" depuis leur témoignage sur la réalité du massacre du 17 octobre 1961, une pratique qui s'apparente à un harcèlement moral incompatible avec notre éthique et avec le respect du droit même. Nier le problème, comme vous le faites, Monsieur le Maire, ne peut contribuer à le résoudre.
Pour le patrimoine, un mot de la piscine Molitor. Ce cas est symptomatique d'une dérive et du risque qui pèse sur le patrimoine parisien. Nous avons vu apparaître, pour la première fois, lors de la signature du contrat particulier Ville-Région, une proposition de déclassement d'un monument inscrit à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques. Cette "crise" nous renseigne utilement sur le peu de considération d'une partie de l'Exécutif pour le patrimoine parisien. Nous redoutons que ce cas ne fasse école, quels moyens aurions-nous alors d'assurer la conservation, la restauration et la mise en valeur de notre patrimoine ?
Par ailleurs, nombre de projets ont pris un retard certain du fait du manque de moyens, à l'image de celui pris sur le traitement du dossier des conservatoires, ou encore de la carte culture pour les Parisiennes et les Parisiens ou d'une réforme en profondeur des conditions tarifaires pour les publics les moins favorisés. D'ailleurs, nous attendons de Christophe GIRARD la plus grande fermeté en la matière pour que ses vues s'affirment dans des délais raisonnables.
D'autre part, il ne faudrait surtout pas céder aux sirènes de la privatisation à outrance. Si un mécénat discret de certaines opérations peut être raisonnablement envisagé, il ne peut être question de recourir à un sponsoring ou parrainage, en particulier dans le domaine de la culture. Le mécénat est en principe une action désintéressée, sans contrepartie, le sponsoring est une pure action publicitaire dans l'intérêt direct des entreprises. Nous ne pouvons pas non plus raisonnablement envisager un gel du budget culturel, comme l'avait suggéré incongrûment l'U.D.F. qui, à force de vouloir faire baisser les impôts, est prête à engager le service public dans une impasse...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Vous êtes en train de prendre le temps du groupe "Les Verts", alors qu'il y a deux autres inscrits ; il ne leur restera pas-grand-chose.
M. Alain RIOU. - J'ai fini.
Aussi, le financement de la politique culturelle à Paris devrait passer par d'autres biais. Nous avons suggéré à de multiples reprises l'augmentation de l'impôt, ou tout au moins de certains d'entre eux, qui semble la seule solution pour "habiller Pierre sans déshabiller Paul". Rappelons que seul, le candidat socialiste à la Mairie de Paris s'est plus ou moins engagé à ne pas augmenter les impôts et que le contrat de mandature entre nous vise des engagements de moyens et de résultats. Il faut, en la matière, prendre nos responsabilités et quitter cette forme d'aveuglement.
Donnons-nous les moyens de mettre en place à Paris une véritable politique culturelle de proximité exigeante, jusque dans les coins les plus reculés, les plus oubliés voire les plus sacrifiés de la Capitale ; créons durablement des événements à fort contenu culturel et festif à la mesure de son dynamisme et de son rayonnement international ; insufflons du sens aux projets pour qu'ils soient porteurs de valeurs républicaines de tolérance, de partage, de liberté et d'équité. Il nous appartient de rendre la Ville à ses habitants, à ses visiteurs, de la faire connaître et aimer. Il est plus que temps de nous doter des moyens de nos ambitions légitimes d'offrir la culture en partage à tous et à chacun.
Monsieur le Maire, mes chers collègues, je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs du groupe "Les Verts").
M. LE MAIRE DE PARIS. - Quand vous proposez des dépenses, laissez-en un petit peu pour les espaces verts, la lutte contre la pollution, le logement social.
Quant à l'engagement qu'en fin de mandature, le budget de la culture aura doublé, hors dépenses de personnel, cet engagement sera tenu, comme tous les autres. Mais je crains que vous ne soyez dépensier avec les crédits de la Ville, tout pour la culture, comme vous l'avez été pour le temps car il ne reste plus que 3,22 minutes pour les deux orateurs Verts qui s'exprimeront tout à l'heure.
La parole est à Catherine DUMAS.
(Mme Anne HIDALGO, première adjointe, remplace M. le Maire de Paris au fauteuil de la présidence).
Mme Catherine DUMAS. - Merci, Monsieur le Maire.
Monsieur le Maire, je ne suis pas d'accord avec vous. Aujourd'hui, le mot culture ne fait pas obligatoirement écho à Paris.
Les villes telles que Rome, Londres, mais aussi Barcelone ont, à ce jour, une longueur d'avance.
Les quelques propositions qui apparaissent dans votre communication et qui ne sont pas dépourvues d'intérêt sont complètement occultées par les deux opérations phares qui résument votre bilan culturel depuis votre élection, je veux parler de "Paris-plage" et de "Nuit-blanche". Maigre bilan, maigres projets.
Vous surfez sur ce qu'ont fait vos prédécesseurs ; bien sûr, il vous fallait justifier ce pourquoi vous avez été élu, faire rêver les Parisiens. Il vous faut aussi laisser votre empreinte, d'où votre dernière idée lumineuse, exploiter la Saint-Valentin pour que les Parisiens puissent se dire "Je t'aime" sur les panneaux d'affichage de la Ville. C'est, si je puis me permettre, la cerise sur le gâteau.
Ne vaudrait-il pas mieux investir l'argent des contribuables parisiens dans le domaine culturel plutôt que dans des opérations à paillettes ?
Pour ma part, je propose de remettre le livre dans le circuit des investissements culturels. Aujourd'hui, le livre rencontre de grandes difficultés, tout d'abord dans l'édition et la distribution. La disparition ou la survie de beaucoup d'éditeurs est un problème délicat auquel il convient d'apporter les inflexions nécessaires. Le nombre de librairies de quartier a diminué de façon inquiétante, soit la librairie a purement et simplement disparu, soit elle a été remplacée par un Point Presse où quelques livres, généralement des best sellers, sont proposés, sans personnel compétent pour conseiller l'acheteur.
La Ville de Paris doit entreprendre une démarche de soutien aux librairies, encourager les événements locaux au profit de ces commerces de proximité.
Aussi, il me semble nécessaire de relancer le livre au format de poche qui vient de fêter ses 50 ans.
Monsieur le Maire, je vous propose de créer "La très grande librairie du livre de poche" : une opération ambitieuse, populaire, qui consiste à redonner aux Parisiens le goût à la lecture en s'adressant à un public de 7 à 77 ans.
Je m'explique : un événement unique en Europe consacré seulement au livre de poche.
Ce concept consiste à mettre en valeur les livres au format de poche par thème et par auteur. Il pourrait toucher de ce fait le plus grand nombre de Parisiens.
Cet événement ponctuel, soutenu par les partenaires médias et financiers, pourrait être renouvelé chaque année dans un lieu dit itinérant à savoir dans un quartier différent de la Capitale et devrait être décliné de façon permanente dans certains lieux publics : mairies, cafés, stades, métros, etc., sous des formes à déterminer.
D'autre part, tous les événements que parraine déjà la Ville de Paris pourraient être associés à cette opération. Un partenariat avec l'Education nationale serait également à envisager, et ce sera l'objet de ma deuxième réflexion.
S'il est bien une préoccupation que les élus parisiens doivent avoir, c'est d'inciter les enfants à la lecture.
Il faut mettre en contact les enfants avec le livre dès le plus jeune âge.
Toutes les initiatives prises dans ce sens doivent être soutenues et encouragées.
Des aides pourraient être attribuées aux lieux de lecture qui offriraient aux enfants des animations adaptées.
De même, et sans empiéter sur les compétences de l'Education nationale, il me semble important de soutenir les enfants en difficulté dans leur apprentissage de la lecture.
Le livre doit être utilisé comme un moyen d'intégration en soutenant les littératures étrangères et francophones dans les bibliothèques.
A ce sujet, vous nous avez appris, hier, que vous souhaitiez mettre en ?uvre une grande réforme des rythmes scolaires. J'espère qu'elle consacrera un large part à la culture.
Enfin, Monsieur le Maire, comme d'autres villes étrangères ont su le faire, développons la lecture publique de la poésie dans les lieux conviviaux, dans les parcs et jardins en période estivale.
Nos amis Romains apprécient ces initiatives qui contribuent à l'animation des quartiers, créent un lien social et attirent de nouveaux publics qui ne sont pas toujours lecteurs habituellement.
A l'heure de la décentralisation, je vous propose, Monsieur le Maire, la décentralisation de la lecture. Servons-nous de la particularité, de la richesse et de la diversité de nos arrondissements.
Pour finir, Monsieur le Maire, permettez-moi de suggérer d'utiliser à bon escient vos talents de communicateur au profit de ce "vecteur de la connaissance" qu'est la lecture. Les Parisiens n'en demandent pas plus, les élus U.M.P. non plus !
(Applaudissements sur les bancs du groupe U.M.P.).
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Marie-Pierre de LA GONTRIE, vous avez la parole.
Mme Marie-Pierre de LA GONTRIE, adjointe. - Madame la Maire, mes chers collègues, une politique culturelle c'est, je crois, accepter la liberté des créateurs, prendre le risque de l'erreur, faire preuve d'une certaine ouverture d'esprit, refuser l'a priori, c'est une ambiance intellectuelle.
Depuis de nombreuses années, nous constations, pour la regretter, l'atonie de la vie culturelle à Paris et j'ai trouvé tout à l'heure, je le lui aurais dit affectueusement, le Maire de Paris excessivement sévère avec Mme MACÉ de LÉPINAY qui, au fond, a parfaitement traduit la conception qui était celle de la mandature précédente concernant la politique culturelle. D'ailleurs, il se trouve que nous avons gagné les élections municipales !
Pourquoi à l'époque avoir fait preuve d'une telle surdité face à la faiblesse de l'accueil des plasticiens à Paris ? Comment, à l'époque, n'avoir pas perçu l'attente des Parisiens sur l'ouverture de l'espace public ?
L'art fait partie de la vie, l'art fait partie de la Ville ! Les arts de la rue n'avaient pas droit de cité à Paris. "Nuit-blanche" notamment, mais pas seulement, commence à répondre à cette attente.
Pourquoi cette frilosité face à l'élaboration de projets partagés avec d'autres partenaires, d'autres collectivités. Vous le comprendrez, j'évoquerai les partenariats avec la Région.
Nous n'avons jamais pu, au Conseil régional, mettre en place de partenariats intelligents avec la Ville de Paris. Je rassure mes collègues : il ne s'agissait pas d'ostracisme politique, j'entretiens les meilleurs rapports culturels avec le Département de Seine-et-Marne comme avec le Département de la Seine-Saint-Denis.
Je crois qu'aujourd'hui il convient de témoigner de la conception renouvelée de la Ville dans l'approche de ces partenariats, qu'il s'agisse des rapports avec les arrondissements ou avec la Région. Le concept de coproduction que le Maire de Paris a développé depuis son arrivée à l'Hôtel-de-Ville s'étend aussi au champ de la culture. C'est notre conviction : un rôle nouveau doit être celui de la Capitale, nous devons entamer une démarche nouvelle, Paris n'est pas une entité à part, elle a une responsabilité particulière mais elle doit travailler en relation avec ceux qui l'entourent.
Nous avons précédemment manqué bien des occasions dans cette Municipalité que, Dieu merci, le nouvel adjoint à la Culture et le Maire de Paris ont su rattraper. Des occasions manquées, des occasions ratées.
Désormais, la Ville de Paris est partenaire du Centre d'art contemporain dans le 19e, "Le Plateau". Je n'ai jamais compris pourquoi la Ville de Paris avait refusé d'en être partenaire.
Aujourd'hui, la Ville de Paris fait partie du réseau des villes refuges d'accueil des écrivains persécutés. Je n'ai jamais compris pourquoi la Ville de Paris avait refusé d'être partenaire.
Aujourd'hui, la Ville de Paris bâtit une politique ambitieuse dans le domaine du cinéma et elle le fera également avec la Région.
Aujourd'hui, nous travaillons de manière sérieuse et concrète sur le 104, rue d'Aubervilliers et sur la Gaîté lyrique. Que de débats que nous n'avons pu avoir au-delà d'approches symboliques et financières avec la Ville de Paris alors !
Vous l'avez compris, le groupe socialiste, au nom duquel notamment je m'exprime, mais également le Conseil régional se réjouissent de cet état d'esprit nouveau qui permettra d'amplifier notre action culturelle au plus près de l'attente des Parisiennes et des Parisiens, mais j'ai envie de dire surtout au plus près des besoins des créateurs.
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et radical de gauche).
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Merci beaucoup, Marie-Pierre de LA GONTRIE.
La parole est à Nicole AZZARO.
Mme Nicole AZZARO. - Merci, Madame la Maire.
En contrepoint de l'intervention d'Alain RIOU qui a dressé le premier bilan de deux ans de la politique culturelle de notre majorité, je voudrais intervenir sur la partie de votre intervention intitulée "soutenir le cinéma" dont j'aurais souhaité qu'elle s'intitule "soutenir l'audiovisuel".
Bien sûr, aider à la rénovation et donc à l'existence même des salles indépendantes, qui sont souvent des salles de quartier est essentielle. Parce que ces salles sont un élément de la culture de proximité que nous voulons et que, sans cette aide, elles ne survivraient pas. Mais également parce qu'elles mettent à l'affiche des films d'auteurs qui n'auraient aucune possibilité de figurer au programme très marketing des salles multiplex.
Vous nous annoncez la création d'un événement cinématographique dès 2003. Là encore, j'aurais aimé qu'il s'agisse d'un événement audiovisuel d'envergure ouvert non seulement à tous les publics, mais aussi à tous les films, qu'ils soient films de cinéma, films de télévision ou films d'amateurs.
Dans la politique culturelle que vous nous proposez, je regrette les absences de la vidéo et de la télévision. Pourtant, il s'agit là de moyens d'expression et de communication contemporains, populaires et capables de porter tout autant que le cinéma des contenus artistiques.
L'existence et le rôle du Forum des images ne suffisent pas à refléter l'importance de la télévision et de la vidéo dans la création artistique et dans l'expression de la créativité.
Une politique volontariste en matière d'audiovisuel doit offrir aux Parisiennes et aux Parisiens une ou plusieurs chaînes locales répondant à leurs besoins de connaissances, d'informations et d'expression.
Des chaînes de quartier pour relayer l'information micro-locale, aux chaînes communautaires répondant aux besoins de solidarité de leurs membres ou ressortissants, en passant par les chaînes associatives d'information, d'expression et aussi de création, toutes ont leur pertinence et leur légitimité pour Paris et sa Région.
Notre Capitale étant une des seules en Europe à ne pas disposer d'une offre de télévision locale, la création, le développement et la réussite de telles offres télévisuelles font heureusement parties des objectifs de la Municipalité. Mais alors, pourquoi se contenter des demi-mesures proposées par le rapport "Missika" ?
Explication : par convention, la chaîne du câble "Paris-Première" est tenue d'assurer la diffusion de programmes d'actualités parisiennes. Cela fait déjà plusieurs années que cette chaîne n'honore plus ses obligations en la matière. Le rapport "Missika" propose donc un décrochage local quotidien pour permettre la diffusion de programmes locaux et associatifs. Mais cela est inacceptable.
Il n'est pas concevable que les associations qui portent des ambitions fécondes en matière de télévision communautaire, de quartiers, de création se contentent de quelques minutes accordées par "Paris-Première", et ceci d'autant plus, cela devrait vous plaire, Monsieur le Maire, que les projets de fondation ex-nihilo de chaînes seraient moins onéreux que le financement des tranches horaires fournies par "Paris-Première".
Il paraît éminemment normal que la Ville de Paris mette à disposition des habitants les moyens de communication nécessaires à leur information, à leur connaissance et leur expression.
La création de chaînes parisiennes doit se faire sans attendre la mise en ?uvre de la T.N.T., la télévision numérique terrestre, prévue pour 2004. Ceci permettra la création de 9 canaux nouveaux.
On se demande alors pourquoi la création d'une chaîne culturelle parisienne ne fait pas partie de la politique culturelle que vous nous présentez. Imaginez une chaîne de télévision culturelle, gratuite, locale, qui bénéficierait à tous les Parisiens et également au Grand Paris. Elle permettrait de faire connaître, découvrir, partager et aimer la création artistique qui anime Paris et ses alentours.
Paris s'honorerait, en rattrapant son retard et en mettant enfin à la disposition de ses habitants, d'une part une chaîne de télévision urbaine couvrant tout ce qui est créatif à Paris et, d'autre part, en offrant un canal de diffusion aux associations, reflets de la diversité sociale et culturelle de notre Ville.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs du groupe "Les Verts").
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Merci.
La parole est à Roxane DECORTE.
Mme Roxane DECORTE. - Merci, Madame la Maire.
Madame, la Maire, mes chers collègues, la culture constitue ce fil essentiel qui relie les femmes et les hommes à travers les générations. La culture est un terrain fondamental de l'égalité des chances, un enjeu majeur de notre vie collective.
La culture, c'est d'abord la culture pour tous. L'accès au meilleur doit être effectivement ouvert à tous et pas seulement "disponible".
Aussi permettez-moi de me demander pourquoi votre intention, je cite : "d'atteindre un plus large public est placée à la fin de votre projet culturel ?".
En effet, cette intention mérite de constituer la base maîtresse d'une politique culturelle et artistique bien comprise. Force est de constater que nombre d'actions culturelles ne connaîtraient pas les échecs que l'on sait si le défi de la réconciliation entre l'excellence et le public était au c?ur de toute politique culturelle.
La démocratisation de la culture repose sur l'élargissement des pratiques. Véritablement, l'absence dans 19 arrondissements sur 20 de classes à horaires aménagés, comme on peut en trouver presque partout en province, est la carence la plus criante.
Quant la réforme des rythmes scolaires sera-t-elle enfin initiée à Paris permettant ainsi à plus de 15.000 élèves d'être concernés par un apprentissage artistique à l'école (d'éveiller leur sensibilité) ?
La culture doit également aller au devant des Parisiens. L'expérience des champs de la sculpture, du Pont des Arts ou encore l'initiative locale de la rue Léon dans le 18e arrondissement, indiquent une direction qui mérite des initiatives innovantes et ambitieuses, symbole d'une plus grande proximité avec les Parisiens.
La rue, autrefois lieu de relations sociales par excellence est trop souvent un lieu de séparation. Elle mérite une reconquête. Il s'agit de retrouver une culture populaire où l'on ouvre les rues parisiennes aux différentes expressions artistiques : expositions d'artistes, défilés de marionnettes.
La deuxième inquiétude qu'il m'appartient de souligner, c'est qu'on puisse croire encore que l'action culturelle s'élabore par l'adjonction d'institutions nouvelles, dont non seulement les charges de fonctionnement auront des conséquences redoutables, mais surtout dont l'invention semble faire fi d'une réalité qu'il faudrait pourtant prendre en compte sans tarder et avec des moyens substantiels, cette fois.
Je m'inquiète surtout de ce qui restera en termes de moyens après l'ouverture de vos institutions nouvelles, à ces initiatives informelles, transversales, à ces créations spontanées à ces expérimentations, à ces lieux informels qui sont le plus souvent porteurs d'une modernité, de démarches novatrices, de nouvelles pratiques, de nouvelles approches que peuvent leur envier certains équipements institutionnalisés.
Dans ce prolongement, j'évoquerai un thème qui me tient à c?ur en tant qu'élue mais aussi en tant qu'usager. Les cafés-concerts de Paris constituent un réseau d'offre culturelle de proximité indispensable à Paris, d'un point de vue aussi bien artistique que social et économique. Ils créent du lien social si nécessaire dans la Ville et permettant l'émergence de nouveaux talents (Yann TIERSEN, Bénabar, Dikes...). Bien que leur activité soit principalement culturelle (devant avoir la licence d'entrepreneur de spectacle), ils continuent à être considérés par les services de police comme uniquement des débits de boissons. Ces lieux de vie et de culture parisiens connaissent des difficultés quotidiennes, aussi il est important que chacun joue le jeu, sans aucune démagogie et en évitant de faire courir le bruit d'une liste noire des établissements dans le collimateur de la Préfecture de police.
Enfin pour conclure, je tiens à préciser qu'à aucun endroit de votre communication ne figure le mot intégration. Or, la culture doit être considérée plus que jamais comme un moyen de lutte privilégié contre l'exclusion. Ne faut-il pas faire beaucoup plus dans les quartiers où le tissu social s'est disloqué ? Je pense en particulier au 18e arrondissement qui fait figure de creuset musical tant pour le rai, le mouvement hip-hop ou le rap, où il y a tant de talents musicaux à la recherche de lieux d'expression.
A aucun endroit de votre communication, je n'ai lu le mot "francophonie". Or, face à la culture anglo-saxonne favorisée par l'usage universel de l'anglais, il convient de défendre et de promouvoir la langue et les cultures d'expression française. Pour se donner les moyens de préserver sa renommée internationale, Paris doit appliquer au domaine culturel son ambition de "capitale de la francophonie".
Force est de constater que décidément vous privilégiez l'hégémonie de l'événementiel, c'est-à-dire une politique culturelle par trop plaquée sur une politique de communication.
Votre politique culturelle repose sur une spectacularisation plutôt que sur des actions de fond, à long terme et sans démagogie, à l'image de Marcel Landowski dont la devise consistait à installer des actions culturelles de proximité dans le temps.
Je vous remercie de votre attention.
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Merci.
La parole est à M. BLISKO.
M. Serge BLISKO, maire du 13e arrondissement. - Merci, Madame la Maire.
Je voulais simplement, en quelques minutes, dire combien la communication "culture", que vous avez présentée, Monsieur le Maire, montre à quel point le changement impulsé depuis deux ans, commence à se traduire à la fois dans les intentions bien sûr, dans les actes et aussi dans les résultats.
L'intention parce que je crois que nous avons tous, collectivement, dit que la culture était au c?ur de notre projet.
La culture est quelque chose de compliqué à définir, dans une grande ville comme Paris. C'est une somme de rencontres individuelles, de consommation de biens et de lieux culturels, un attrait aussi international de Paris, des pratiques collectives, la construction de réseaux nouveaux et des performances de haut niveau.
Tout cela se mélange dans ce qu'on appelle culture, par rapport à ce que j'écoute depuis ce matin.
Quelqu'un a parlé de la Belle au bois dormant, qui se réveille lentement, trop lentement, devant des millions de Parisiens, de Franciliens. Devant les citoyens français, j'ose dire du monde, soyons modestes, se met en place cette culture nouvelle où, à la fois, il y a respect du patrimoine et développement, et puis respect de notre passé prestigieux mais aussi place à l'expérimentation, à la nouveauté, à la découverte des pratiques culturelles du XXIe siècle.
De ce point de vue, je voudrais saluer l'écoute, l'action de Christophe GIRARD, de ses collaborateurs, de la Direction de l'Action culturelle, l'impulsion du Maire de Paris, qui y est pour beaucoup.
Je voudrais dire qu'emblématique était, pour nous, la réussite que beaucoup ont citée.
A un détail d'importance près - sans vouloir faire de l'humour noir - sur "Nuit-blanche" : c'était un moment formidable de rencontres, de découvertes, de cheminements nouveaux, et puis de réappropriation et même d'appropriation par les Parisiens venus nombreux, et même au-delà, de Parisiens venus de partout.
Je voudrais vous faire part de mon témoignage, de ma satisfaction en tant que maire du 13e, d'avoir pu contribuer à mieux faire connaître quelques lieux magiques de notre arrondissement.
Je voudrais en profiter pour donner un coup de chapeau à M. Jean BLAISE, à son équipe, et à toute l'équipe de la Ville de Paris, qui ont contribué à cette réussite.
Je crois néanmoins que la réussite très marquante de notre action culturelle, depuis deux ans, doit être amplifiée et confortée, d'abord financièrement, bien évidemment, et sans rentrer dans le détail précis des calculs de M. RIOU.
D'un point de vue budgétaire, il faut faire progresser un certain nombre de dossiers. Il faut en tenir compte avec une sorte de discrimination positive en tenant compte de ce que les arrondissements dits périphériques et populaires, qui n'ont pas une histoire culturelle, au sens classique, très riche, ont quand même d'importants besoins.
C'est sans doute dans ces arrondissements que se crée la culture de demain et d'aujourd'hui.
D'autres sont plus gorgés d'édifices et d'histoire, d'édifices prestigieux qui nécessitent de lourdes dépenses pour être maintenus en état et même améliorés.
Il n'empêche que je pense qu'il ne faut pas comparer les deux. Il faut deux échelles. D'un côté peu de patrimoine, peu de théâtres privés ou publics, peu d'établissements de la Ville de Paris.
Heureusement, parce qu'il y a une politique antérieure, il y a des bibliothèques réparties, à quelques disparités près, sur tout le territoire. Il n'en reste pas moins que ces lieux avec même les reconversions de lieux qui n'étaient pas faits pour être des lieux culturels au début, on le sait assez, sont aujourd'hui les lieux de création de demain.
Voilà ce que je voulais dire sur ces inégalités. Je voudrais aussi terminer sur une petite réflexion sur la place des mairies d'arrondissement et pour être précis des équipes d'arrondissement, ce qui est essentiel. Nous avons, vous le savez, depuis deux ans un budget d'animation culturelle d'arrondissement.
Cela me fait un peu penser au pain, à la boulangerie, autre spécialité parisienne, Madame la Maire. Pour faire du bon pain, il faut de la bonne farine, du sel et du levain. Je n'en dis pas plus, mais je ne sais pas très bien qui est le sel ou le levain dans nos mairies d'arrondissement. En tout cas, je voudrais profiter de ce débat pour nous interroger, pour que nous nous interrogions ensemble, sur l'articulation nécessaire entre les initiatives d'arrondissement et celles de la Mairie de Paris. Je ne suis pas sûr que la simple dévolution d'une ligne budgétaire importante d'animation culturelle de proximité soit la solution, du moins résume l'ensemble des opérations qui peuvent être faites, situées dans un arrondissement, portées par une association, voire par l'équipe d'arrondissement.
Souvent c'est très lourd financièrement, techniquement et il nous faut une aide qui n'est pas simplement financière, mais aussi morale, technique, intellectuelle de la mairie centrale et des services de la D.A.C. qui mériteraient d'ailleurs d'être étoffés.
Depuis deux ans, par exemple dans le 13e, nous organisons une journée italienne qui est devenue semaine italienne consacrée à la vie culturelle de l'Italie d'aujourd'hui avec à la fois les chansons, le cinéma. Nous organisons un festival Fellini au mois de septembre. Tout cela est très fréquenté, pas simplement par les Parisiens de l'arrondissement. Cela va bien au-delà. Il faut bien se rendre compte que même une initiative d'arrondissement rejaillit à juste titre sur tout Paris.
Plusieurs de mes collègues ont insisté aussi sur l'urgence de sortir les conservatoires d'arrondissement de la crise et de leur manque d'investissement. Je ne saurais que souscrire en plaidant évidemment pour le conservatoire du 13e. Je le rappelle, c'est aussi l'objet du débat de rappeler des faits précis et factuels qui nous embêtent et que l'on devrait corriger. Plus de 400 enfants n'ont pas pu trouver place dans ce conservatoire faute de place et il faut donc le reconstruire au plus vite.
Je sais, Madame le Maire, que je dois à regret, parce qu'il y a beaucoup de choses que j'aurais voulu dire, mais elles ont été excellemment dites par des orateurs comme Patrick BLOCHE, conclure en répétant la fierté retrouvée que j'ai moi-même et que je retrouve chez beaucoup de Parisiens devant ce Paris qui bouge, avance et expérimente.
Permettez-moi de vous remercier de cette impulsion et de terminer en insistant sur l'importance de la rencontre, le métissage qui marque le Paris d'aujourd'hui. Je cite Amadou HAMPATÉ BA, écrivain malien qui déclarait : "la beauté d'un tapis vient de la diversité de ses couleurs. Ainsi en va-t-il de toute l'humanité.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et radical de gauche).
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Merci et ainsi en va-t-il de Paris.
Je donne à la parole à M. Roger MADEC.
M. Roger MADEC, maire du 19e arrondissement. - Madame la Maire, en complément des interventions des autres orateurs de mon groupe, je vais plus particulièrement centrer mon propos sur la thématique patrimoniale.
Je souhaiterais tout d'abord profiter de ce débat consacré aux questions culturelles pour me féliciter de l'institution d'une délégation de l'adjoint au Maire chargé du patrimoine et aussi de la création d'une délégation au patrimoine qui marque tout l'intérêt du Maire de Paris et de son Exécutif pour mieux prendre en compte cette dimension dans l'action municipale.
Je souhaiterais aussi, alors que se déroulait la semaine dernière, dans cet hémicycle, un débat sur la décentralisation, que me soient précisés ou clarifiés la place et le rôle de l'Etat dans la gestion et la mise en valeur du patrimoine parisien. Quelles sont les responsabilités respectives, y a-t-il un effort particulier de l'Etat à Paris dans un contexte de réduction des crédits à accorder au Ministère de la Culture ?
Un rapport commandé par Catherine TASCA soulignait notamment la dégradation de l'état général des Monuments historiques, la gestion insatisfaisante des crédits qui sont alloués à la restauration et à leur entretien et la sous-consommation de ces budgets. Il était en particulier expliqué que le manque d'entretien chronique des Monuments historiques entraînait des dégradations importantes nécessitant ensuite des réparations lourdes et coûteuses.
Pour rentrer d'avantage dans la communication qui nous a été présentée, je tiens à souligner le souci de respecter un équilibre entre les arrondissements et n'oublions pas les arrondissements dits périphériques et les arrondissements de l'Est parisien comme ce fut le cas trop longtemps.
En effet, au-delà du grand projet emblématique du 104, rue d'Aubervilliers, porté par le Maire de Paris, déjà bien avant son élection, et moi-même, appuyé, poussé en avant par M. Christophe GIRARD et Sandrine MAZETIER, je relève des propositions visant à la mise en valeur du patrimoine des arrondissements de l'Est parisien qui n'étaient pas jugés dignes d'intérêt ou d'être valorisés et abandonnés au profit du centre historique de Capitale.
Je note par exemple avec intérêt le souhait de faire de la lumière au-delà de ses fonctions traditionnelles, un instrument de mise en valeur notamment des quartiers des portes de Paris, dans les quartiers situés en secteur "politique de la ville", à l'orée des bois ou aux abords des canaux.
Il n'y a, à l'heure actuelle, quasiment pas d'illuminations dans l'arrondissement dont j'ai la charge et qui est un arrondissement en devenir. Il y a, autour du canal, des beaux projets. Je pense que le plan d'éclairage et d'illumination de Paris peut être mis en pratique. Je fais toute confiance dans la volonté de Sandrine MAZETIER pour que le projet d'illumination du bassin de la Villette soit retenu.
Tout au long de cette communication, je note le souci permanent de démocratisation de la culture et du patrimoine et d'en faire bénéficier tous les Parisiens. A ce titre, je voudrais revenir sur ce qui me paraît être une mesure capitale de ce début de mandature : la gratuité des collections permanentes des musées. Elle doit contribuer à fidéliser le public qui fréquentait l'un ou l'autre des musées parisiens, inciter ces visiteurs à découvrir tous les autres, et enfin conquérir de nouveaux publics, en particulier le jeune public souvent rétif et aussi les familles socialement défavorisées qui ne pouvaient supporter les frais d'accès des musées.
Peut-être conviendrait-il cependant de mieux faire connaître cette mesure car souvent les touristes comme les Franciliens ou même les Parisiens ignorent si tel ou tel musée appartient à l'Etat, à la Ville, à un propriétaire privé et, par conséquent, quelle est la politique tarifaire.
Je note également avec satisfaction, la volonté de moderniser les infrastructures existantes notamment des musées du Petit-Palais et du musée Cernuschi, dont les rénovations, plus que nécessaires, étaient fréquemment évoquées, promises, annoncées, mais remises. Les musées parisiens ont encore une image de musées d'atmosphère, mais aussi parfois de belles endormies, reflétant un certain manque d'ambition des municipalités précédentes. Je suis persuadé que ces rénovations et ces aménagements donneront un nouvel élan, une nouvelle dynamique aux établissements parisiens, une nouvelle approche de la culture et notamment celle des musées.
Ce constat vaut également pour les bibliothèques. On tombe véritablement des nues lorsque l'on apprend qu'aujourd'hui certaines bibliothèques parisiennes ne sont pas toujours pas informatisées. Assurément, dans ce domaine, comme dans d'autres, la Municipalité actuelle est obligée aujourd'hui de remédier aux conséquences d'un manque d'ambition ou d'anticipation de plus de 25 ans de gestion dépassée dans le domaine de la culture.
J'ai bien conscience que cette modernisation est un travail de longue haleine, c'est certainement un chantier à l'échelle de la mandature et sans doute d'une mandature supplémentaire, mais c'est tout le sens de l'engagement que nous avons pris devant les Parisiennes et les Parisiens en faveur de l'amélioration du service rendu.
Je terminerai enfin en évoquant un sujet peu abordé, mais qui fait écho à l'actualité et aux manifestations organisées par les archéologues, événement suffisamment rare pour qu'il soit souligné, qui fait suite à la décision du Gouvernement de réduire de 25 % la taxe en faveur de l'archéologie préventive. En regrettant cette décision qui illustre le peu de cas fait par le Gouvernement actuel de la science, de la culture et de la recherche, je souhaiterais savoir quelles en sont les conséquences au niveau parisien.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, "Les Verts" et du Mouvement des citoyens).
Mme Anne HIDALGO, première adjointe, présidente. - Merci, Monsieur MADEC.
La parole est à M. Pierre-Christian TAITTINGER.
M. Pierre-Christian TAITTINGER, maire du 16e arrondissement. - Madame la Maire, mon intervention se situera dans le cadre qui est un peu flou de la décentralisation et du futur pouvoir que l'on partagera avec les arrondissements.
Là aussi, je crois que la vie culturelle devrait pouvoir prendre une dimension supplémentaire à la hauteur des souhaits et des espérances des habitants.
Depuis plusieurs années, avec des moyens très modestes, aujourd'hui un peu augmentés mais de façon encore insuffisante, s'était développée une action culturelle de proximité originale et diverse. Les mairies jouaient alors à ce moment-là le rôle de passeur d'art, lieu de vie, lieu de création.
Je rappellerai qu'en 2002, dans l'arrondissement que j'ai l'honneur d'animer avec mes amis, nous avons fait 320 manifestations et réuni un public de 70.000 personnes, ce qui pour un arrondissement de 160.000 habitants me paraît une activité qui mériterait d'être encouragée. Et nous l'avons fait sans gêner la mission des musées, sans réduire les activités des galeries, nous entendions simplement participer à un mouvement qui, je vous le rappelle, avait été innové par André Malraux.
Ce cheminement s'est poursuivi - en dehors de l'intérêt porté par les habitants de nos quartiers et de nos villages - dans une indifférence complète en particulier de la presse et des médias.
Il est indispensable qu'une évolution intervienne et qu'un autre intérêt partant de la Municipalité parisienne s'affirme, en particulier en nous facilitant les moyens d'information et de publicité normale autour de ces manifestations.
Madame la Maire, il n'est pas normal qu'une journée du livre et de la lecture, qu'un salon de peinture ou de sculpture, qu'un concert, que l'année Victor Hugo ne puissent bénéficier des moyens de publicité de la Ville de Paris. J'avais fait des demandes pour obtenir les panneaux lumineux, cela m'a été refusé, ce qui me paraissait évidemment ne pas du tout aller dans le sens que nous souhaitons tous d'une culture de proximité.
Alors, je dirai à notre collègue adjoint chargé des Affaires culturelles qu'au-delà de la brillance apparente de la politique qu'il nous propose, il y a un certain nombre de domaines qu'il faudrait cerner de façon très précise pour leur apporter des réponses pratiques.
En particulier, la nécessité de créer des ateliers d'artistes, qui reçoit totalement notre appui. Je me permettrai de lui rappeler que dans ses services nous avons déposé un projet depuis huit ans, ce qui prouve qu'il y a des continuités dans la réflexion, de création d'ateliers d'artistes dans une rue du 16e. La Ville de Paris nous a répondu de façon amusante en achetant un grand immeuble en face, alors qu'on aurait pu construire une vingtaine d'ateliers à un coût beaucoup moins élevé ; et comme cet immeuble est occupé, il ne donnera le jour à des logements sociaux que dans quelques années.
Sur l'intensification de l'achat des oeuvres d'art, je n'ai pas trouvé une volonté très grande dans vos propos. Or nous avons besoin de donner des signes forts et des signes courants. Je rappellerai à notre Assemblée, que c'est grâce à la Ville de Paris qu'un jour de défaillance de la culture officielle, nous avons pu racheter "Les dormeuses" de Courbet. Et puis, c'est une façon de manifester notre soutien, notre encouragement à des créateurs qui sont touchés par la crise du marché de l'art et par des achats qui proviennent surtout à l'heure actuelle de l'étranger.
Une autre question est posée pour laquelle je n'ai pas trouvé de réponse dans votre communication. Nous avons dans la Capitale un certain nombre de grandes manifestations d'antiquaires qui viennent présenter, peut-être de façon moins brillante que la célèbre Biennale mais qui attirent un public nombreux, des oeuvres françaises de notre patrimoine. A l'heure actuelle, ces salons sont petit à petit menacés de disparition.
(M. le Maire de Paris reprend place au fauteuil de la présidence).
Je soulignerai également l'effort qui est fait par l'adjointe chargée du Patrimoine à propos des églises, mais je constate qu'elle n'a pas réussi totalement à convaincre la Direction des Finances par rapport aux travaux nécessaires qui devraient être réalisés.
Il en est de même pour les conservatoires où j'attends qu'il y ait une définition de la politique des conservatoires plus nette, plus précise. Les conservatoires connaissent un grand succès, mais nous aurions besoin dans le 16e d'un deuxième conservatoire et il est déjà très difficile de bien faire vivre le premier. Nous avons eu des problèmes de dégâts provoqués par la construction même de ce bâtiment et nous n'avons pas encore de solution de la part de la direction depuis déjà plusieurs années.
Derrière les mots, derrière les belles déclarations, je rappellerai à M. l'adjoint chargé de la Culture que l'on ne bâtit pas sur du sable et que les gens dont l'Histoire retient le nom sont les seuls bâtisseurs.
Et puis aussi, si nous pouvions, Monsieur le Maire, ne pas toujours passer notre temps à regarder en arrière, sur ce qui n'a pas été fait, mais essayer de regarder en avant, sur ce que nous devrions ensemble réaliser, je pense que ce serait bien. Je n'ai jamais vu, par exemple, à propos de Notre-Dame, quand on a commencé la construction de la cathédrale, de reproches des habitants disant : "Mais comment se fait-il ? Vous vivez sur des chapelles et des églises qui remontent à peu près au IVe siècle ! Vous arrivez trop tard ! Il faut faire une cathédrale à Paris !". Tout ceci me paraît comme des évidences et nous gagnerions du temps et dépenserions moins d'efforts à ne pas nous critiquer toujours sur ce que nous aurions pu faire, alors que nous avons devant nous de grands objectifs.
Je vous dirai simplement : profitons de cette année, de cette révolution que peut être la décentralisation, pour essuyer, Monsieur l'adjoint chargé des Affaires culturelles, le miroir légèrement embué de l'action culturelle que vous nous proposez, et provoquer, ce que nous souhaitons tous, un élan espéré.
(Applaudissements sur les bancs du groupe U.M.P.).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je vous remercie de la part de sagesse qu'il y avait comme toujours dans votre intervention. Je souhaite qu'on s'en inspire sur tous les bancs de l'Assemblée, y compris ceux qui vous sont le plus proche.
La parole est pour une minute à M. BRAVO ; c'est tout ce qu'il reste à votre groupe, je suis désolé.
M. Jacques BRAVO, maire du 9e arrondissement. - J'ai plutôt le rythme du marathonien que du sprinter, mais en quarante secondes je voudrais remercier Christophe GIRARD des efforts qu'il a développés pendant un an pour libérer par une solution efficace deux squats culturels du 9e qui vont permettre maintenant (et c'est la deuxième partie de ce que j'avais à dire en un mot) d'intégrer le handicap dans la politique culturelle.
Je suis très fier que la Ville de Paris, Monsieur le Maire, à travers l'action d'Olivier DEY et d'Emmanuel LABORIT, contribue à ce que cette communauté puisse apprendre le langage des signes.
En vous disant merci.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, "Les Verts" et du Mouvement des citoyens).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je ne regrette pas de vous avoir laissé vous exprimer... moins d'une minute.
Et maintenant, ce que vous attendez tous - ce que, moi, j'attends avec impatience évidemment - je donne la parole à Christophe GIRARD.
Cher Christophe GIRARD, vous avez la parole et, tout à l'heure, Sandrine.
M. Christophe GIRARD, adjoint, au nom de la 9e Commission. - Monsieur le Maire, mes chers amis, vous savez déjà tout, le Maire de Paris l'a très bien dit tout à l'heure, j'interviendrai donc sur des points peut-être plus précis sur lesquels vous avez posé un certain nombre de questions.
Je rassure M. TAITTINGER, la politique culturelle de la Ville de Paris n'est pas que du champagne, nous regardons en avant, en direction du futur.
M. Claude GOASGUEN. - Ce n'est pas très bon.
M. Christophe GIRARD, adjoint, rapporteur. - Atteindre un plus large public.
La création et l'innovation sont au c?ur du projet culturel parisien, je tiens à l'affirmer tranquillement. Il est de notre responsabilité d'élus de favoriser l'excellence dans tous les domaines.
Je rappelle que le Journal des Arts, qui n'est pas un journal d'extrême gauche, a titré la semaine passée : "Paris a repris pied sur la scène internationale".
Je ne négligerai pas pour autant la notion de proximité utilisée par beaucoup d'oratrices et d'orateurs, le souhait de concerner un large public, d'imaginer les diverses manières d'aller à sa rencontre mais attention à ce que ce mot ne devienne pas non plus un fourre-tout. Gardons une ligne culturelle forte car les demandes sont grandes et nous partirions dans une dispersion trop large.
L'urgence aujourd'hui est celle de se consacrer à une réflexion où l'art et le spectateur ou l'amateur se rejoignent. La nouvelle Maison des Métallos est un bon exemple de cet engagement et je signale la bonne collaboration avec le maire d'arrondissement, M. Georges SARRE, ce qui montre que pour les grands établissements parisiens que nous restaurons, que nous faisons revivre, cela se fait en bonne concertation dans le cadre de la décentralisation vers les mairies d'arrondissement.
Vis-à-vis des institutions culturelles, de nombreux français, vous le savez, éprouvent ce que j'appelle un défaut de familiarité. Favoriser de manière multiforme l'approche des arts est de ce fait un objectif quotidien, un vrai travail de Pénélope.
Voici quelques exemples qui je l'espère illustreront mon propos.
Pour les ateliers d'artistes, nous avons engagé un travail important. Aujourd'hui le parc existant est constitué de 825 ateliers et 600 demandes sont actuellement recensées avec un taux de rotation malheureusement très faible.
Deux exemples concrets : nous avons engagé une campagne de mobilisation des locaux vacants, transférés à la S.I.E.M.P., dans le cadre de la résorption de l'habitat insalubre. Egalement une autre opération, cette fois-ci dans le 13e, pour 18 ateliers est en cours d'arbitrage dans ce que nous appelons "la Terre aux Curés".
En 2003, en inscrivant l'art dans l'espace public nous ferons de la Ville une scène ouverte. Nous travaillons d'ailleurs en bonne intelligence avec Martine DURLACH, en charge de la politique de la ville et son chargé de mission culture, Jean-Christophe AGUAS - dont je salue l'intelligence. A partir d'avril-mai et jusqu'à l'automne 2003 le chantier du tramway sera l'occasion d'un événement simple, marquer les 17 futurs points d'arrêt du tramway avec des ?uvres spécialement créées pour cela par 5 artistes majeurs. Une campagne documentaire, commandée elle aussi à des artistes, sera parallèlement menée. Des associations et des acteurs locaux participeront à la valorisation des boulevards des Maréchaux sud avec les artistes.
Au printemps 2004 une exposition en plein air sera ainsi installée sur la totalité des tracés du tramway autour des ?uvres documentaires.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Très bien !
M. Christophe GIRARD, adjoint, rapporteur. - D'autres événements bien évidemment auront lieu, jusqu'en 2006, en vue de l'accueil des ?uvres pérennes et je salue aussi la bonne intelligence de relation et d'échange que j'ai pu avoir avec Jean-Pierre CAFFET puisque, comme vous le savez, l'urbanisme ne peut pas être exclu de la vie culturelle et de ces projets.
Pour répondre à M. TAITTINGER sur non pas l'éventuelle buée sur mes lunettes mais sur l'art contemporain...
M. Pierre-Christian TAITTINGER, maire du 16e arrondissement. - Le miroir, le miroir.
M. Christophe GIRARD, adjoint, rapporteur. - ... le musée d'Art moderne de la Ville de Paris - qui d'ailleurs est dans le 16e arrondissement, donc je crois qu'il peut largement en bénéficier - a vu son budget d'acquisition d'?uvres tripler, ce qui fait que ce musée est aujourd'hui quasiment au niveau du centre Pompidou en matière de crédits d'achat. Je crois que l'on peut être fier que la Ville de Paris soit dotée d'un tel musée de niveau international aujourd'hui et envoie ainsi un signal très fort à l'art contemporain et aux jeunes créateurs.
Les arts de la rue sont un autre exemple d'utilisation de l'espace public comme une scène offerte à l'art. Dès le premier semestre 2003 nous lancerons l'opération "itinérance rue", il s'agit d'une programmation régulière, en liaison avec les arrondissements, basée sur des résidences artistiques dans les quartiers.
Bien loin d'une logique festivalière il s'agira de promouvoir les arts de la rue comme discipline artistique à part entière, de créer un véritable travail en concertation avec les arrondissements, de permettre aux compagnies professionnelles de développer un projet in situ.
Une première expérience a été menée dans le 18e arrondissement. Un spectacle impromptu a été créé, présenté dans le marché de l'olive par une compagnie de danse du 18e, elle pourrait se renouveler par une résidence plus longue associant les habitants, les commerçants du marché et les associations de quartier.
Mais je pourrais également citer des projets beaucoup plus classiques comme par exemple le soutien que nous apporterons au Ch?ur de Laurence EQUELBE, "Accentus", dont on fête aujourd'hui les 10 ans.
Concourir au développement de la lecture est un objectif essentiel. Il s'agit - comme l'indique la communication de M. le Maire - de rattraper l'énorme retard pris en la matière.
En réponse à Nicole BORVO, du groupe communiste, ouvrir les bibliothèques, informatiser, augmenter les crédits d'acquisition, sont des objectifs sérieux et nécessaires que toute l'équipe municipale soutient autour de Bertrand DELANOË.
Je me réjouis également de l'annonce que le Maire vient de faire ce matin qui concerne la lecture aussi autour de la bande dessinée. Projet qui nous est cher. Il s'agit de faire aimer la lecture, les livres et la création si chère à nos jeunes générations.
En ce sens le développement des relations entre les bibliothèques, les milieux scolaires, me paraît essentiel et en étroite collaboration à la fois avec Clémentine AUTAIN pour les jeunes et Eric FERRAND pour les affaires scolaires, nous sommes en train d'imaginer un certain nombre d'initiatives, bien que nous soyons évidemment inquiets et attristés de la diminution par deux du budget du Ministre de la Culture pour les fameuses classes A.P.A.C., car les vocabulaires, les usages de parole, sont autant de mondes qu'il faut apprendre si l'on veut que s'établisse à nouveau la transmission de la commune valeur.
Parallèlement, souhaitant tenir - si vous me permettez l'expression - les deux bouts de la chaîne, je souhaiterais - c'est une action ambitieuse - que cette idée de promouvoir la littérature contemporaine soit menée de manière concertée par les bibliothécaires, les éditeurs et les libraires.
"Nuit-blanche" : j'ai entendu à plusieurs reprises le mot "paillettes", mais je crois que vous avez tort de chercher à caricaturer cette opération car aujourd'hui un certain nombre de capitales qui sont des capitales très patrimoniales - je pense en particulier à Prague, mais également à Bruxelles qui est une scène très vivante - souhaitent faire "Nuit-blanche" et souhaitent le faire avec nous comme nous l'avons fait.
Par ailleurs - et je crois là faire plaisir à mon excellent collègue Christian SAUTTER - "Nuit-blanche" a été également un exemple de dynamisme économique. J'ai reçu des lettres à la fois de la Chambre de commerce de Paris mais également de la Fédération des restaurateurs et des brasseries parisiennes pour nous dire que cette nuit-là les restaurants et les brasseries de la Capitale ainsi que les cafés ont fait leur plus gros chiffre d'affaires de l'année. Donc je n'ai pas honte à ce que "Nuit-blanche" soit une opération culturelle qui a permis à beaucoup de découvrir des artistes internationaux français comme Pierric SORIN, Claude LEVEQUE, un grand musicien comme Pierre HENRY, immense musicien français, que "Nuit-blanche" ait été une nuit culturelle mais également une nuit de dynamisme économique. Je crois que l'on est capable de soutenir et développer la culture à gauche en étant raisonnable et responsable économiquement également.
Pour le cinéma...
M. Christian SAUTTER, adjoint. - Très bien !
M. Christophe GIRARD, adjoint, rapporteur. - ... vous avez entendu le Maire annoncer l'opération qui va avoir le mérite de regrouper un certain nombre d'initiatives de grande qualité qui étaient jusqu'à maintenant peut-être un peu trop parsemées par la Ville, je pense aux rencontres internationales du cinéma au Forum des images en novembre, je pense à l'opération "Clair de lune" avec ces formidables projections populaires dans tous les arrondissements de Paris, je pense également à la volonté de voir les Parisiens et les petits et jeunes Parisiens devenir eux aussi des cinéphiles et ne pas être seulement des consommateurs de multiplex ou de télévision, mais de s'intéresser au cinéma d'art et d'essai, au cinéma de création comme l'est par exemple le documentaire ou le court métrage.
Alors donner sa chance à la création, tel est l'objectif majeur du projet de la Gaîté lyrique qui vise à favoriser l'émergence de nouveaux talents à la rencontre avec le public, tout comme la Maison des Métallos ou le futur théâtre des Trois Baudets. Quelqu'un faisait remarquer que la francophonie n'était pas mentionnée, je crois que c'est faux, le théâtre des Trois Baudets est, en effet, le meilleur exemple de valorisation que nous porterons pour la chanson française et je me réjouis que nous le fassions pendant cette mandature.
En ce lieu, la Gaîté lyrique, dédié aux musiques actuelles, numériques, les semi-professionnels pourront, comme dans des villes comme Lille, côtoyer des artistes professionnels et bénéficier d'infrastructures et de locaux adaptés. La création d'un tel équipement est complémentaire, à nos yeux, du réseau d'éducation artistique que nous voulons développer, notamment à travers les conservatoires.
Je salue ici, si vous me le permettez, l'excellence du travail que nous avons fait parce que le travail culturel ne peut se faire de façon isolée. Je le fais en étroite collaboration, pour le patrimoine avec Sandrine MAZETIER mais également Marie-Pierre de LA GONTRIE qui a la charge de la culture à la Région et qui permet que les demandes de subvention soient dorénavant plus transparentes quand elles parviennent sur nos bureaux, mais également Lyne COHEN-SOLAL qui a en charge les métiers d'art et avec laquelle nous avons fait un certain nombre d'opérations qui, je crois, plaisent aux Parisiens et à l'ensemble des acteurs économiques de la Capitale. Tout comme avec le tourisme sous l'autorité de Jean-Bernard BROS.
Je peux donc confirmer à Mme MACÉ de LÉPINAY, mon prédécesseur, que transparence, efficacité mais aussi utilisation sévère et rigoureuse des deniers publics sont en effet nos règles d'élus et si son souhait était que je devinsse sectaire, eh bien, c'est loupé, car la culture est l'affaire de tous, en tout cas cela devrait l'être.
J'aimerais ajouter, pour en terminer, qu'il s'agit en somme d'un grand pari de s'appuyer sur la création des artistes, d'où qu'ils viennent, et de permettre au c?ur de la Ville, dans les quartiers, une mise au jour de la culture dont est porteuse la population dans sa diversité.
Croyez-moi, il n'y a pas de honte à faire rêver les Parisiens et je remercie particulièrement Mme FONT, la Directrice des Affaires culturelles, pour la rapidité avec laquelle elle s'est emparée des dossiers qu'elle a trouvés à son arrivée, qui sont des dossiers très anciens dans leurs dysfonctionnements ; les membres de mon Cabinet ; les sous-directeurs de la D.A.C. ainsi que les chefs de bureau comme Mme Aude TOULOUSE à la musique ou M. Jean VANDENBORG à la lecture, pour l'excellence du travail qu'ils mènent.
Je tiens à remercier également les maires d'arrondissement pour leurs encouragements mais aussi leur sens des responsabilités car ils savent que nous ne pourrons pas tout faire, et leurs adjoints à la culture qui eux-mêmes portent des projets de proximité de très grande qualité.
J'en terminerai par remercier l'excellence des conseillères à la culture du Maire de Paris, Mme Laurence PASCALIS, Marie-Laure CHEREL et Virginie GADENNE qui nous ont beaucoup aidés à préparer cette communication et le travail.
Je remercie, bien entendu, le Maire de Paris et, pour en terminer, la 9e Commission et sa présidente, Mme Karen TAÏEB et tous ceux qui y siègent, qu'ils soient de droite comme de gauche car je crois que c'est, en effet, ensemble que nous pourrons faire en sorte que la culture apporte aux Parisiens beaucoup plus de bonheur, d'intelligence, de connaissance et que nous vivrons ainsi dans un Paris culturel fort.
Merci.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, du Mouvement des citoyens, communiste et "Les Verts").
M. LE MAIRE DE PARIS. - Lorsque vous choisissez de privilégier votre côté fédérateur, je vous trouve excellent.
Si, si, il était bon !
Ah bien sûr, il peut être encore meilleur, c'est vrai mais cela, c'est parce qu'il n'atteint jamais son seuil. C'est chaque fois meilleur.
Bravo, Monsieur GIRARD.
La parole est à Sandrine MAZETIER.
Melle Sandrine MAZETIER, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire.
Je vais m'associer à tous les remerciements que vient de formuler mon excellent collègue Christophe.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Vous ne répétez pas tout.
Melle Sandrine MAZETIER, adjointe. - Tout ce que nous avons fait et tout ce que nous ferons à l'avenir tient, d'abord et avant tout, à l'énergie, à la conviction, au dévouement des personnels de la D.A.C., incarnée bien entendu au premier plan par sa directrice Hélène FONT.
Dans le cadre de ma délégation, la D.A.C. est extrêmement importante, en particulier le Bureau des édifices cultuels, la conservation des ?uvres d'art civiles et religieuses et tous les personnels des musées, des bibliothèques patrimoniales.
Je dois également saluer, en ce qui me concerne, la Direction du Patrimoine et de l'Architecture, la Direction de l'Urbanisme, la Direction du Logement et de l'Habitat et, bien entendu, les personnels de la Commission du Vieux-Paris.
Je les remercie d'autant plus que si l'on peut caractériser notre ambition, c'est d'avoir toujours les pieds sur terre et la tête dans les étoiles. C'est grâce à eux qu'on peut se permettre cela, ces deux exigences et ces deux luxes.
Les pieds sur terre parce qu'il faut être exigent, il faut être vigilant sur les moyens, sur le déroulement des opérations.
Je ne voudrais pas faire de peine à Pierre-Christian TAITTINGER mais il y avait un important rattrapage.
Il ne s'agit pas de critiquer ce qui s'est fait dans le passé mais de dire ce qui est, l'état de la situation quand nous sommes arrivés. De nombreux orateurs l'ont pointé. Roger MADEC a parlé de la situation des musées, de l'état du patrimoine.
Il ne s'agit pas de se cacher, Madame MACÉ de LÉPINAY, les échafaudages à Saint-Jacques ou à Saint-Sulpice n'étaient pas là pour cacher les façades mais bien pour des problèmes de sécurité. Le problème, c'est qu'ils n'étaient pas là non plus pour abriter des travaux, puisque les travaux n'étaient pas engagés.
Donc, encore une fois, il ne s'agit pas de critiquer mais de donner la mesure de l'énorme effort, qui prendra des années, de rattrapage en ce qui concerne le patrimoine à Paris et, d'une certaine manière aussi, en ce qui concerne l'action culturelle parce que, de nombreux orateurs l'ont constaté, ce qui est vrai pour le patrimoine l'est pour tous les équipements culturels à Paris, que ce soit les bibliothèques, les conservatoires et c'est à cela que nous sommes confrontés.
On nous reproche peut-être de faire de la paillette ou d'être dans l'hégémonie de l'événementiel. Eh bien, c'est tout l'inverse. Nous passons nos journées, à la Direction des Affaires culturelles, en particulier, à travailler sur des choses pas du tout brillantes, pas du tout exaltantes mais absolument indispensables, qui sont les moyens de base pour que les Parisiens puissent accéder à la culture, à la lecture, à la musique, à tous les arts et à toutes les pratiques culturelles, et c'est tout l'honneur des services que de s'attacher à remédier aux carences importantes que nous avons trouvées à notre arrivée.
Les pieds sur terre parce que nous voulons aussi être ancrés dans nos territoires, dans notre histoire et dans toutes leurs dimensions.
Tout à l'heure, Serge BLISKO disait qu'il y avait des arrondissements sans histoire parce qu'il n'y avait pas de monument. Eh bien, parce que nous avons décidé d'avoir les pieds sur terre, nous avons aussi décidé de partir à la reconquête de l'histoire des Parisiens, de tous les Parisiens, y compris l'histoire qui ne s'est pas incarnée dans des monuments, dans des pierres mais dans des pratiques, dans des parcours, dans des mémoires, qui n'était pas toujours valorisée comme elle l'aurait dû.
Et c'est à cette reconquête que nous nous attachons et, là encore, ce n'est ni de l'événementiel, ni de la paillette, c'est de la nécessité historique, c'est de la justice, pas seulement sociale, c'est de la justice historique et c'est une manière de reconnaître aussi toutes les histoires de Paris et les patrimoines de Paris.
La tête dans les étoiles, parce que selon la belle expression de M. TAITTINGER, nous souhaitons être des passeurs d'art, d'histoires, de connaissances, et tous les problèmes auxquels nous sommes confrontés ne doivent pas nous empêcher de rêver à un Paris où le patrimoine et la culture ne seront pas opposés, comme certains d'entre vous, collègues de l'U.M.P., ont essayé de le faire, mais s'articuleront de manière harmonieuse pour intégrer tous les Parisiens, tous les visiteurs de Paris, et donner accès à chacun à l'histoire, à la beauté, à tous les patrimoines de Paris.
Roger MADEC faisait allusion à la lumière ; c'est important car il y avait aussi du rééquilibrage à faire. Il avait, je crois, dans son arrondissement, deux illuminations pour, dans d'autres arrondissements du centre de Paris, près de 40. Cela donne toute la disproportion, pas seulement en termes d'éclairage, mais aussi en termes d'attention aux différents patrimoines et en termes d'objectifs que nous nous fixons.
Oui, nous pensons et nous nous battons pour le droit à la beauté pour tous et pour révéler la beauté ou pour créer de la beauté là où il n'y en a pas, là où il n'y en a pas suffisamment en tout cas. Le plan lumière y contribuera, mais aussi la commande publique qui a été évoquée par exemple sur les trajets du tramway et dans tous les sites G.P.R.U., je l'espère ; en tout cas, le patrimoine architectural, urbain, historique, y contribuera.
Mme Elisabeth de FRESQUET s'est proposée que les Conseils de quartier aient une place dans cet effort. Je dois lui dire qu'ils en ont déjà une peut-être insuffisante, mais, dans les travaux que nous évoquions hier du plan d'aménagement et de développement durable de Paris, tous les conseils de quartier s'associent à ce que Paris sera demain. Nous avons veillé à ce qu'il y ait dans les légendes et les cartes que chaque conseil de quartier établit, un item entier consacré au patrimoine qui invite les conseillers de quartier, les habitants de quartier, à se promener dans leur quartier et à découvrir, à redécouvrir ou à appréhender des lieux, des paysages urbains qu'ils méconnaissaient et qui ne sont pas suffisamment valorisés. C'est un premier effort qui devra s'accompagner d'autres, je vous le concède.
La tête dans les étoiles, c'est aussi un grand travail avec les associations, les sociétés d'histoire et d'archéologie locales, mais toutes les associations qui travaillent sur le patrimoine, mais certaines de manière assez méconnue.
Je pense par exemple aux clubs de prévention spécialisés qui, de manière méconnue, travaillent souvent sur l'histoire de leur quartier et sur la photographie ancienne, sur des rallyes ; je pense à ce qui se passe à Belleville par exemple.
La tête dans les étoiles, c'est l'idée que demain, il n'y aura pas de frontière matérielle et immatérielle entre tous les quartiers de Paris. "Paris-plage", que certains ont considéré comme une opération paillettes, c'était aussi une façon incroyablement efficace d'abolir les frontières immatérielles qui existent entre les quartiers de Paris, d'abolir ces frontières qui font que certains Parisiens ne vont pas dans les musées, ne vont pas dans les beaux quartiers historiques. Cet été, ils y étaient.
Le Maire de Paris racontait une anecdote sur un passager de "Paris-plage", j'ai envie de dire une passante de "Paris-plage", qui découvrait la beauté de l'île Saint-Louis, qui disait : "C'est formidable, merci". Il se passe tous les jours dans Paris ce type de petite révolution culturelle, pas paillettes, pas événementielle, mais fondamentale, et c'est toute la politique que nous menons patrimoine et culture, et tous nos collègues, main dans la main, sous l'égide du Maire de Paris qui nous incite à faire toujours mieux, toujours plus fort et toujours plus haut.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et "Les Verts").
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, mes chers collègues.
Je veux d'abord m'associer aux remerciements qu'ont exprimés Christophe GIRARD et Sandrine MAZETIER à toutes les équipes qui nous entourent et qui font que cette politique avance.
Je voudrais remercier absolument tous les Conseillers, quels qu'aient été les propos, les polémiques - d'ailleurs, sans polémique sur la culture on s'ennuierait. Tout cela était très parisien et c'est très bien.
Je crois que de tout cela, nous pouvons faire de la dynamique, de la créativité et de la productivité, pour que cette ville soit intelligente et ose accepter l'imprévu, ce qui me paraît la moindre des choses en matière culturelle.
J'ai envie de dire, mais c'est une boutade, s'il y avait une seule raison de nous rendre heureux d'être des élus de Paris, c'est bien ce que Paris représente du point de vue de l'intelligence, des valeurs, des idées et aussi de l'art.
Je suis heureux que le Conseil de Paris, j'y tenais, ait consacré un long moment à parler de culture ; c'est à la fois un devoir et aussi un plaisir, je crois, pour tous les élus de la Capitale.