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Mars 2002
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16 - VI - Question d'actualité de Mme Cécile RENSON et des membres du groupe "Rassemblement pour la République et apparentés" à M. le Maire de Paris sur les conditions d'exercice de la médecine libérale

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2002


M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la question d'actualité de Mme Cécile RENSON et des membres du groupe "Rassemblement pour la République et apparentés" à M. le Maire de Paris sur les conditions d'exercice de la médecine libérale.
La parole est à Cécile RENSON pour le groupe "Rassemblement pour la République et apparentés".
Mme Cécile RENSON. - Monsieur le Maire, se faire soigner à Paris devient de plus en plus difficile et ce pour trois raisons :
D'abord, l'exercice libéral s'y révèle périlleux, difficile et dissuasif.
Les médecins généralistes se font agresser régulièrement, un chirurgien a été poignardé, des pharmaciens sont tous les jours attaqués dans leur officine.
Les couloirs de bus, malgré le v?u adopté par notre Conseil, ne sont autorisés que pour les médecins capables de démontrer l'urgence de leur intervention. C'est dire que leur voiture doit être équipée d'un gyrophare ou bien qu'il faut que l'hémorragie du patient embarqué s'extériorise vraiment par la portière !
(Protestations sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement des citoyens et "Les Verts").
Enfin, après avoir dépassé les embouteillages, le praticien arrive au chevet de son patient. Trop content de trouver une place de stationnement, il doit s'acquitter du paiement, certes minimum mais obligatoire, à l'horodateur le plus proche, et il doit éviter une aire de livraison car, caducée ou non, son véhicule risque la mise en fourrière.
On comprend la baisse constante de la démographie médicale libérale, d'autant qu'une réglementation absurde empêche désormais le praticien d'installer son cabinet dans un local commercial.
Monsieur le Maire de Paris, savez-vous que vous perdez vos médecins libéraux ?
Deuxièmement, en ce qui concerne le secteur hospitalier, le Maire de Paris, Président du Conseil d'administration de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, comprend-il la colère des agents hospitaliers qui travaillent déjà en sous-effectif et avec des moyens réduits, alors que le passage aux 35 heures va aggraver ces dysfonctionnements ?
Les tâches administratives sont telles qu'actuellement le temps moyen infirmier que reçoit chaque patient à l'hôpital est de douze minutes par jour. En l'absence de création d'un nombre suffisant de postes, la réduction du temps de travail va forcément amputer ces douze minutes (je cite Le Quotidien du Médecin du 14 mars dernier).
Enfin, Paris devait innover une grande politique de prévention.
La prévention du cancer n'est pas prévue. Il n'est question que de dépistage, ce qui n'est pas pareil, mais avec quels médecins et quels personnels infirmiers ?
La prévention de la toxicomanie est laissée à des associations telle que l'Association des pères qui luttent contre le crack. Il est vrai que la gauche est plus que plurielle, sinon franchement divergente dans le domaine de la toxicomanie, malgré les propos volontaristes de M. LHOSTIS...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Chère Madame, vous avez largement dépassé votre temps.
Mme Cécile RENSON. - Enfin, pour le Sida, si une campagne d'affichage a souligné avec réalisme qu'on meurt encore du Sida à Paris, que faites-vous pour aider l'association "Action Traitement" composée de membres personnellement concernés, dont le rôle d'écoute et d'information est particulièrement efficace, qui se veut un lieu de partage et de soutien et qui occupe un local tout à fait inadapté, sans sanitaire, sans point d'eau, sans endroit propre à la confidentialité ?
Monsieur le Maire, je crois votre compassion sincère, je l'aimerais efficace. Nous ne vous demandons pas d'être aussi créatif que le premier Maire de Paris, puisque c'est à lui que nous devons la carte "Paris-Santé" et le Samu social, mais si les banderoles de dimanche dernier demandaient au Gouvernement de rendre la santé aux patients, nous vous demandons au Conseil de Paris, de rendre la santé aux Parisiens.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour la République et apparentés", "Démocratie libérale et indépendants", "Ensemble pour Paris" et Union pour la démocratie française).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Franchement, si jamais ils l'ont perdue et s'il faut leur rendre la santé, ce n'est quand même pas mois, en un an, qui les ai rendus malades !
(Rires sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement des citoyens et "Les Verts").
Pour le reste, par rapport au Sida, ce n'est pas de la compassion, c'est de la conviction, Madame.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, "Les Verts" et du Mouvement des citoyens).
Mme Martine DURLACH, adjointe. - Très bien.
M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. Alain LHOSTIS.
M. Alain LHOSTIS, adjoint. - J'ai envie de dire que tout ce qui est excessif est vain.
Quand on dit qu'il faut rendre la santé aux Parisiens, je crois qu'il faut déjà rétablir certaines vérités. La santé des Parisiens est plutôt meilleure que dans le reste de la France et il paraît que nous avons le meilleur système de santé au monde ; c'est donc déjà quelque chose d'important.
Mais vous n'avez pas parlé de l'essentiel, Madame, c'est que cela cache des inégalités dont vous portez, avec vos amis, en grande partie la responsabilité. En effet, la santé des plus aisés est bien meilleure que celle des plus pauvres. Une espérance de vie de huit ans les sépare, vous n'en avez pas parlé, c'est un constat dramatique que nous tentons, nous, peu à peu, de corriger. Et nous voulons effectivement permettre à tous d'accéder sans barrage à l'offre de soins.
Si la carte "Paris-Santé" avait réglé un certain nombre de problèmes, la C.M.U. et les dispositifs mis en place à Paris depuis un an représentent une nouvelle et réelle avancée. Mais ce qui rend difficile l'accès aux soins à Paris, c'est l'importance du secteur 2, c'est-à-dire un dépassement d'honoraires par les médecins. Or le secteur 2 ne pose pas des problèmes seulement aux plus pauvres, mais également aux couches moyennes qui ne peuvent pas, par exemple pour les femmes, se payer des gynécologues à 400 ou 500 F la consultation.
C'est aussi le fait d'être obligé d'avancer l'argent et donc de payer ces dépassements. Il convient de rappeler que, près de 1 généraliste sur 2 et plus de 2 spécialistes sur 3, sont en dépassement d'honoraires dans la Capitale.
C'est aussi une inégale répartition géographique : 37 médecins pour 10.000 habitants dans le 8e et à peine 8 médecins pour 10.000 habitants dans le 20e.
Cette situation de l'offre médicale ambulatoire place les Parisiens en situation différente face à l'accès aux soins.
Nous essayons de corriger les effets des politiques antérieures, notamment celles du plan "JUPPÉ". C'est vrai, nous enregistrons un embouteillage dans les hôpitaux, avec les urgences, d'où notre volonté d'apporter des solutions en renforçant l'action des centres de santé que vous n'aidez plus depuis 25 ans et en organisant mieux les hôpitaux de Paris.
Vous avez critiqué mon action volontariste. Il faudrait vous entendre ! Ce que vous faites de l'autre côté de la place de l'Hôtel-de-Ville, vous l'oubliez en passant ici. Le Conseil d'administration de l'A.P.-H.P. a voté le plan stratégique à une très large majorité, avec le vote de l'ensemble des Conseillers de Paris toutes tendances confondues. Je suis très curieux de savoir comment vous nous expliquez votre position aujourd'hui.
Nous voulons améliorer la prise en charge de la santé mentale. Ce point a été évoqué à propos d'une question, vous n'avez jamais rien entrepris de ce point de vue.
L'organisation de l'offre ne suffira pas à améliorer notoirement l'état de santé. Il faut une politique active de prévention. Nous renforçons le rôle de la médecine scolaire. Concernant le dépistage des cancers, nous allons mettre en place celui du cancer du sein dès cette année.
Notre action sur le Sida, nous la revendiquons, ainsi que sur les maladies sexuellement transmissibles et sur la tuberculose qui est réapparue. J'en ai parlé à l'instant, nous avons créé une "Mission Toxicomanie", nous ne nous sommes pas contentés de discours. Il faut agir sur les déterminants de la santé, c'est-à-dire sur la vie des Parisiens, sur l'alimentation, sur la politique du logement, sur la lutte contre les nuisances sonores et la pollution atmosphérique, notamment en matière de transport. C'est ce que nous faisons avec la nouvelle équipe. Nous sommes donc engagés dans la mise en place d'une politique de santé publique à Paris, et ce sera bien la première fois.
(Applaudissements sur les bancs des groupes communiste, socialiste et radical de gauche, du Mouvement des citoyens et "Les Verts").