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Juillet 2006
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Conseil Municipal
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2006, Voeu déposé par Mme Lyne COHEN-SOLAL, M. Patrick BLOCHE et les membres du groupe socialiste et radical de gauche relatif au transfert des cendres d’Alfred Dreyfus au Panthéon.

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2006


 

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Nous passons maintenant à l?examen du v?u référencé n° 87 dans le fascicule, déposé par le groupe socialiste et radical de gauche, relatif au transfert des cendres d?Alfred Dreyfus au Panthéon.

Monsieur BLOCHE, vous avez la parole.

M. Patrick BLOCHE. - Je voudrais défendre ce v?u dont l?initiative revient, effectivement, à Lyne COHEN-SOLAL, parce que j?attends de fait, en défendant ce v?u la réponse de l?Exécutif et le fruit, si j?ose dire, en séance d?un échange très productif que nous avons eu ces derniers jours.

Je le présenterai en quelques mots. Je dirai que son intitulé l?explique par lui-même, puisque c?est un v?u dont l?initiative revient à Lyne COHEN-SOLAL qui est devenu un v?u des membres du groupe socialiste et radical de gauche, qui vise à ce que le Maire de Paris demande au Président de la République que les cendres d?Alfred Dreyfus soient transférées au Panthéon l?année du centenaire de sa réhabilitation et alors qu?un colloque a eu lieu récemment à l?Hôtel de Ville sur l?affaire Dreyfus.

Voilà ce v?u, Monsieur le Maire, exposé on ne peut plus brièvement.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.

Madame CHRISTIENNE, vous avez la parole.

Mme Odette CHRISTIENNE, adjointe. - Nous remarquons que 100 ans après la réhabilitation d?Alfred Dreyfus par la Cour de cassation et comme l?avait prévu Charles Péguy, les résonances de sa lutte pour que justice lui soit rendue perdurent et mobilisent encore le monde intellectuel et politique.

La Mairie de Paris prend toute sa part dans les commémorations de cette réhabilitation. Le 9 mai dernier, hommage fut rendu à Alfred Dreyfus devant la statue boulevard Raspail.

Le 6 juillet, dans les salons de l?Hôtel de Ville, M. le Maire accueillait un important colloque ?Alfred Dreyfus, histoire, mémoire, justice et raison d?Etat?.

Pourquoi cette actuelle mobilisation ? Par-delà le mensonge d?Etat, l?affaire Dreyfus fut en effet le révélateur, le point de fixation de tensions idéologiques qui s?étaient développées 20 ans après la défaite de 1870 et taraudaient la France : nationalisme exacerbé, antisémitisme, lutte de classe.

Alfred Dreyfus en fut la victime et chacun de nous est attaché à ce que les idéaux civiques qui l?ont soutenu dans sa résistance à l?île du Diable et, plus tard, dans sa lutte pour qu?on lui rende son honneur, demeurent dans les mémoires.

En cette période de commémoration, des personnalités politiques ont souhaité le transfert des cendres au Panthéon, d?autres n?y sont pas favorables.

L?affaire Dreyfus appartient indubitablement à l?héritage républicain. Elle constitue une référence démocratique, un modèle de combat pour la justice et la résistance à l?oppression. Et il n?y a aucun doute sur la dimension particulière de cet épisode de l?histoire de France, quand les élites savantes se sont fédérées pour que s?affirme l?état de droit contre la raison d?Etat.

Et nous reconnaissons les héros de l??Affaire?, les acteurs volontaires qui se sont levés pour dénoncer la coalition de l?armée, des ligues et des sacristies. Ils ont noms : Bernard Lazare, Zola, Scheurer-Kestner, Anatole France, Daniel Halévy, Clémenceau mais aussi le colonel Picard, Gabriel Monod, Lucien Herr et, bien sûr, Jaurès.

Beaucoup de ceux qui se sont battus pour le respect du droit de la justice et de la vérité ont alors cher payé de leur combat. Zola, lui, ne connaîtra pas ce qu?il appelait ?l?apothéose de la justice?, ?le droit reconquis, glorieux et souverain?, lors de la réintégration d?Alfred Dreyfus dans l?armée.

Ce combat s?écrit donc légitimement dans la lignée des combats que le Panthéon a vocation de célébrer. Le 4 juin 1908, avec l?entrée des cendres d?Emile Zola au Panthéon et l?hommage rendu le 13 juin 1998 pour le centenaire de ?J?accuse?, Alfred Dreyfus a trouvé sa place dans cette enceinte.

Le Panthéon est un lieu de fierté nationale, celui des personnages emblématiques dont les voix se sont élevées pour que la connaissance, les progrès scientifiques, la justice et les droits civiques soient partagés par tous.

Détestable fut l?injustice dont Alfred Dreyfus a été victime, immenses ont été son courage et sa détermination pour en triompher et l?hommage qui lui sera rendu le 12 juillet 2006 à l?Ecole militaire exprimera l?attachement des Français à cette personnalité hors du commun et renouvellera les excuses des institutions pour les erreurs passées.

C?est pourquoi l?Exécutif propose un amendement à ce v?u. Plutôt que le transfert des cendres au Panthéon, et comme le Maire l?a évoqué dans son discours lors du colloque du 6 juillet, nous proposons le transfert de la statue d?Alfred Dreyfus du boulevard Raspail à l?Ecole militaire.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Oui, Monsieur BLOCHE ?

M. Patrick BLOCHE. - Je remercie Odette CHRISTIENNE de l?intérêt qu?elle a porté à notre v?u et de sa réponse très complète. Etant moi-même présent dans la salle des fêtes de l?Hôtel de Ville lorsque Bertrand DELANOË a ouvert le colloque consacré à l?affaire Dreyfus, le 6 juillet dernier, je réponds très positivement à sa demande de transformer notre v?u en un v?u visant non pas au transfert des cendres du capitaine Dreyfus au Panthéon mais à ce que le Maire de Paris écrive au Président de la République pour que, comme il l?a lui-même demandé, la statue du capitaine Dreyfus ne soit plus boulevard Raspail mais dans la cour de l?Ecole militaire, là où elle avait été prévue initialement.

C?est un v?u transformé et amendé.

M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Chacun a compris ?

Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u déposée par le groupe socialiste et radical de gauche, amendée par l?Exécutif.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

La proposition de v?u est adoptée. (2006, V. 280).