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Avril 1996
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1 - Jumelage de Paris et de Rome.

Débat/ Conseil municipal/ Avril 1996



L'Assemblée, debout, applaudit l'arrivée de M. Jean TIBÉRI, Maire de Paris, et de M. Fransesco RUTELLI, Maire de Rome.

M. Jean TIBÉRI, Maire de Paris. -Mes chers collègues, merci de votre présence.
Monsieur le Maire et cher ami, Monsieur l'Ambassadeur, Mesdames et Messieurs les Conseillers, Mesdames, Messieurs, chers amis.
Les Parisiens, leur Conseil et leur Maire sont heureux et surtout fiers d'accueillir aujourd'hui en cette année du 40e anniversaire, celle du jumelage entre nos capitales, M. Francesco RUTELLI, Maire de Rome.

(Vifs applaudissements de l'Assemblée).
C'est pour moi un grand honneur de vous recevoir, cher collègue et ami, pour une session extraordinaire du Conseil de Paris en compagnie de son Excellence, M. l'Ambassadeur d'Italie à Paris, de votre délégation que je tiens à saluer tout spécialement.
Je sais qu'en Italie la campagne électorale a commencé et que ses contraintes ne permettent guère à un élu de s'éloigner.
Je suis d'autant plus sensible à votre présence à tous. Au nom des Parisiennes, des Parisiens et de tous les élus, je tiens à vous en remercier.
Voilà plus de deux ans, Monsieur le Maire, qu'à la tête de cette ville merveilleuse, que le monde entier regarde comme la Ville Éternelle, vous vous attachez avec persévérance et efficacité à la rendre toujours plus dynamique, plus attrayante, plus fascinante.
Je sais que vous nourrissez pour elle une grande ambition et je voudrais, à l'occasion de ce 40e anniversaire, vous adresser mes voeux les plus sincères et les plus chaleureux pour l'entier succès de votre belle entreprise.
Rome est la ville avec laquelle Paris a choisi, il y a 40 ans, de s'unir fraternellement. Depuis, nos deux villes sont soeurs jumelles, soeurs par le coeur, mais aussi soeurs par l'esprit ; cet esprit de liberté et de démocratie pour les Romains comme pour les Parisiens est une valeur, bien entendu, essentielle.
Il y a quarante ans, nos deux villes faisaient le serment solennel de toujours se tenir l'une à côté de l'autre, au-delà des clivages de la vie politique, des difficultés conjoncturelles, des fléaux de notre temps, et de poursuivre ensemble leur chemin vers un monde meilleur. C'est ce serment que nous désirons renouveler aujourd'hui.
Il y a quarante ans, se réunissaient ici, devant une assemblée composée, comme aujourd'hui, de représentants de Paris et de Rome, M. Jacques FÉRON, Président du Conseil municipal de Paris, que je suis heureux d'avoir aujourd'hui à mes côtés...

(Applaudissements sur tous les bancs de l'Assemblée).
... et Salvador REBECCHINI, Maire de la capitale italienne...

(Applaudissements sur tous les bancs de l'Assemblée).
... auquel je tiens à rendre hommage. Ils se réunissaient pour signer l'engagement solennel que constitue un serment de jumelage.
En quarante ans, le monde a évolué. Autrefois, nous formions le voeu de vivre ensemble dans un monde qui ne connaîtrait plus la guerre, alors que les perspectives d'une économie renaissante s'ouvraient à nous. Aujourd'hui, nous savons que ni la paix ni la prospérité économique ne sont jamais acquises, que les hommes ne sont pas infaillibles et que les richesses naturelles de notre environnement, que nous avions crues un moment inépuisables, peuvent s'altérer et se raréfier. Nous savons que l'eau que nous buvons, que l'air que nous respirons ont besoin d'être préservés, et cela plus encore dans des agglomérations aussi grandes que celles de Rome et de Paris.
C'est pourquoi nous avons besoin plus que jamais de nous unir, d'échanger nos savoir-faire et nos expériences pour que nos concitoyens aujourd'hui et nos enfants demain, puissent jouir pleinement d'un patrimoine intellectuel et culturel qui ne serait qu'un héritage illusoire s'il ne s'accompagnait d'un patrimoine écologique inaltéré.
Vous souhaitez, Monsieur le Maire, infléchir de façon particulièrement volontariste l'avenir de Rome qui est, sans aucun doute, l'une des villes du monde les plus appréciées des touristes et celle qu'entre toutes les Parisiennes et les Parisiens préfèrent.
Je voudrais profiter de cette année 1996, de ce 40e anniversaire, pour vous adresser mes voeux les plus sincères et les plus chaleureux de bonheur et de succès dans votre entreprise ambitieuse.
Quand ils arrivent à Rome, émerveillés, enchantés, fascinés, les Parisiens ne se sentent jamais dépaysés. C'est sans doute que Rome et Paris se ressemblent comme deux soeurs jumelles. Qui ne serait frappé, en effet, se promenant le long des berges de la Seine et du Tibre, de cette similitude entre Paris, construite autour de l'île de la Cité, et Rome qui s'étend de part et d'autre de l'île Tibérine.
Cet attrait qu'éprouvent les Parisiens pour Rome rejoint le goût qu'ont les Français pour l'Italie, ses hommes et sa culture.
N'est-ce pas l'Italie qui nous a donné ces Verdi et Rossini, qui sont encore aujourd'hui régulièrement à l'affiche des salles parisiennes ? N'est-ce pas elle qui produit les plus grands chefs d'orchestre, tel Claudio ABBADO, et les meilleurs metteurs en scène, comme Giorgio STREHLER ? Et Je ne parle pas, dans un autre domaine, des grands couturiers de Rome qui rivalisent de talent avec les Parisiens.
Aujourd'hui, comme hier, les Italiens savent faire preuve d'une vitalité étonnante dans le monde des arts et dans celui de l'industrie, et si nous souhaitons coopérer avec nos amis Romains, c'est aussi parce que nous admirons profondément leur créativité, leur faculté d'adaptation, leur goût et un sens esthétique séculaire dont témoignent des siècles de chefs-d'oeuvres.
Nous avons concrétisé, hier, notre volonté de coopérer sur le plan technique en signant deux protocoles d'accord, l'un avec l'Atelier parisien d'urbanisme, l'autre avec la société "ATAC/COTRAL", filiale des Chemins de fer italiens et la Régie autonome des transports parisiens.
Ces accords établissent une libre association entre nos deux municipalités en matière de transport et d'urbanisme, deux préoccupations fondamentales pour les grandes villes, à l'aube du XXIe siècle.
Aujourd'hui, nous allons réaffirmer de façon peut-être plus symbolique, mais tout aussi forte, une union née il y a maintenant quarante ans.
Je vous remettrai tout à l'heure, Monsieur le Maire, la Médaille commémorative que nous avons choisie de vous offrir pour célébrer l'anniversaire de ce jumelage. Cette médaille représente le Sceau de Paris, c'est une nef qui jamais ne coule. Ce Sceau, nous l'avons choisi comme figure emblématique, parce qu'elle nous représente, nous, Parisiens, et parce qu'elle nous somme de nous garder toujours dignes et droits face aux nombreuses vicissitudes de l'Histoire, de nous garder droits, mais sans rigidité, de nous adapter avec souplesse et fermeté aux courants qui traversent notre chemin.
En vous donnant cette médaille, nous vous offrons une partie de nous-mêmes, cette qualité purement latine, sans doute, que nous avons avec Rome en partage. Ce présent, nous vous le donnons comme le signe d'une ouverture. Nous voulons, en effet, que pour les Romains, Paris soit une ville encore plus accueillante, plus ouverte. Elle le sera, bien sûr, tout au long de l'année 1996 où de nombreuses manifestations culturelles se dérouleront sous les couleurs romaines et où la coopération technique en matière d'urbanisme et de transport, déjà amorcée, entrera dans une nouvelle phase ; nous y veillerons tous les deux.
Mais elle continuera de l'être au-delà de cette date anniversaire. Et, pour en témoigner, je vous remettrai tout à l'heure la carte de jumelage qui permettra aux Romains d'accéder gratuitement aux musées municipaux parisiens.
C'est, Monsieur le Maire, ce que je tenais à vous dire en ce jour anniversaire.
Je me réjouis, ainsi que tous les Parisiens j'en suis sûr, de confirmer aujourd'hui le serment prononcé il y a quarante ans, et je vous remercie, Monsieur le Maire, Monsieur l'Ambassadeur, Mesdames et Messieurs les Conseillers, de votre visite à laquelle nous sommes tous, du fond du coeur, particulièrement sensibles.
Vive Rome ! Vive l'amitié entre nos deux cités !

(Applaudissements sur tous les bancs de l'Assemblée).
Mon cher collègue, voici la Médaille commémorative du 40e anniversaire de notre jumelage, ainsi que la carte d'accès aux musées parisiens, symboles de notre volonté d'ouverture et de notre souhait de coopération.

(L'Assemblée, debout, applaudit).

M. Francesco RUTELLI, Maire de Rome. -Cher ami Jean TIBÉRI, Monsieur le Maire, Mesdames, Messieurs qui nous faites aujourd'hui ce grand honneur, en ce jour où nous célébrons le 40e anniversaire du jumelage entre ces deux villes, ces deux grandes capitales de démocratie et de civilisation, merci de votre initiative intelligente.
Je pense que nous devons regarder aujourd'hui l'avenir et l'intérêt de nos concitoyens, mais nous devons également rappeler les valeurs de notre Histoire, de notre Histoire commune en particulier. Nous devons regarder aujourd'hui l'avenir et pour cela, nous avons signé des accords concrets qui intéressent nos concitoyens. Nous avons ainsi donné un suivi à la visite, très appréciée, de l'ancien Maire, M. Jacques CHIRAC, dans notre ville.
Nous devons nous rappeler les valeurs de notre Histoire, chers amis, et cela nous pouvons, nous, Italiens, l'apprendre de votre expérience nationale française, parce qu'il n'y a pas d'avenir sans mémoire. Je répète que c'est l'une des leçons les plus importantes que votre expérience nationale, dans toute son histoire, peut donner à l'Europe, mais aussi à notre pays.
Nous savons qu'il n'y a pas de modernité sans amour et sans connaissance de l'Histoire et de l'environnement.
Nous savons aussi qu'il n'y a pas de conservation sans transformation dans les villes et dans la vie des personnes.
Nous sommes deux villes qui témoignent chaque jour du fait que les cités sont à l'origine du changement, mais aussi le lieu de l'exclusion, de la souffrance, des problèmes. Hier, il y a eu ce sommet sur la question du travail, à Lille, peut-être est-ce le problème numéro un, notamment pour les jeunes, en Europe et dans ma ville.
Les villes sont les lieux de la discussion démocratique, centralisation-décentralisation ; chez nous, nous discutons des fédéralismes, des responsabilités locales et enfin de la responsabilité nationale.
Je pense que nous sommes ici, avec cette séance solennelle que vous avez voulu organiser, Monsieur le Maire de Paris, parce que nous croyons aux valeurs de la politique, la politique entendue comme bonne administration ; d'ailleurs, "politique" est un mot grec qui signifie exactement "la vie dans la cité", la vie dans la "polis".
Je me souviens que dans l'Encyclopédie, Diderot écrivait à propos de ce mot, qui est toujours lié aux valeurs de la cité, de la ville, qui est un mot latin : "urbanitas", qui vient de "urbs". Rome est sans doute la "urbs" par excellence. Diderot parlait dans l'Encyclopédie, en décrivant le mot "urbanitas", d'une urbanité romaine.
Cette urbanité romaine, mes chers amis, est à votre service. Mais elle est surtout, je pense, au service de la politique, d'une politique transparente.
Alors, Monsieur le Maire, merci pour cette merveilleuse hospitalité qui confirme toutes les "lealtà et fraternità". Cela veut dire en italien qu'elle ne sera jamais mise en discussion entre nous.
Je veux rappeler des mots que votre prédécesseur, M. CHIRAC, a dit au Campidoglio, quand il est venu le 21 avril, date du "Noël" de Rome, il y a deux ans. Il a prononcé une phrase du Général de Gaulle : "En dépit des vicissitudes, des disputes et parfois des conflits, l'Italie et la France se tiennent pour ce qu'elles sont, je veux dire deux filles d'une même famille naturellement plus rapprochées l'une de l'autre qu'elles ne le sont d'aucun pays de l'univers."
Permettez-moi de rappeler aujourd'hui, peu de semaines après sa disparition, un autre grand homme de France, de votre patrie, qui a laissé son héritage historique en Europe et dans cette ville, et auquel je veux rendre hommage : je veux parler de François Mitterrand.
Je pense que dans l'histoire de votre ville, dans l'histoire de votre civilisation, il y a une grandeur des hommes, des personnalités, une grandeur que nous devons toujours apprécier et respecter.
Hier, nous avons signé des accords concrets, vous l'avez dit, Jean TIBÉRI, pour la culture, pour l'accès aux monuments de nos villes pour nos citoyens, pour des manifestations extraordinaires, pour le transport, pour l'urbanisme.
Nous sommes très heureux de pouvoir obtenir la collaboration et la coopération de vos techniciens.
Pour notre métro, par exemple, nous avons beaucoup à apprendre. En effet, il faut que nous arrivions à une conclusion positive pour que les touristes de Rome à Paris et de Paris à Rome puissent utiliser les transports publics dans nos deux villes.
Sur l'urbanisme, nous avons pu établir une coopération, mais aussi en ce qui concerne les rues commerçantes, l'école, ainsi que d'autres thèmes concrets.
Vous avez eu des mots très gentils, peut-être trop généreux, en ce qui nous concerne, sur les changements que nous sommes en train de réaliser dans notre ville. Nous sommes venus ici pour dialoguer et pour apprendre, pour dialoguer sur les choses qui concernent la modernisation, la qualité environnementale, la lutte contre la pollution, la qualité de la vie : la vie sociale, institutionnelle, environnementale, de modernisation, de convivialité, si je puis dire d'"urbanitas".
Aujourd'hui, chers amis, la délégation de la "Giunta" et du "Consiglio Comunale di Roma" vous rappelle avec combien d'intelligence et d'amour la France a accueilli ici, au cours de son histoire, Pétrarque, Leonardo di Vinci, Garibaldi. Et aussi Sandro Pertini, ancien Président de la République, qui est venu ici quand il était exilé pendant la dictature en Italie.
Je voudrais rappeler des mots de Stendhal qui, au cours de ses promenades dans Rome, disait : "Pour moi, quand je suis à Rome, il est des jours où si l'on m'annonçait que je suis roi de la terre, je ne daignerais pas me lever pour aller jouir du trône."
A d'autres moments, il disait : "Quand on est à Rome, on y reste !"
Montaigne, lui, disait que Rome était "communis patria", c'est-à-dire que chacun y est comme chez soi.
Aujourd'hui nous sommes chez nous. Vous tous, vous serez à Rome dans une ville qui vous appartient.
Aujourd'hui, Monsieur le Maire, je vous remets une médaille spéciale. En effet, chaque 21 avril le "Campidoglio" prépare une médaille commémorative. Cette année, nous avons décidé qu'elle ne ne serait pas comme les autres années.
On nous avait proposé de célébrer le centenaire du grand architecte Pietro da Cortona, qui a beaucoup fait pour notre ville. Nous avons pourtant décidé que sur la médaille cette année serait gravé votre Hôtel de Ville, pour commémorer le 40e anniversaire du jumelage. Cette médaille, que je remettrai au Pape et au Président de la République - comme le veut la tradition, il existe seulement trois médailles d'or - et quand je remettrai la médaille d'argent ou de bronze aux personnalités qui vont venir au Campidoglio, cela leur rappellera ce que le jumelage signifie pour nous.
Je vais donc vous remercier. Nos deux villes sont jumelées, nous sommes tous frères dans nos deux villes, frères au niveau de nos amitiés personnelles, et c'est dans cet esprit, Monsieur le Maire, que je vous remets la Médaille d'Or du jumelage, la Médaille d'Or du 21 avril, vingt jours avant. C'est ce qu'on appelle "una anteprima". C'est "l'anteprima" de l'amitié, de la fraternité.

(L'assemblée, debout, applaudit).