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Juillet 2002
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Conseil Municipal
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103 - Vœu n° 31 déposé par MM. GAREL et BOUTAULT, au nom du groupe "Les Verts" demandant la nomination de José BOVÉ au rang de citoyen d'honneur de la Ville de Paris

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2002


M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Nous passons à l'examen du voeu n° 31 demandant la nomination de José BOVÉ au rang de citoyen d'honneur de la Ville de Paris.
Ce v?u est déposé par M. GAREL qui, j'imagine, va le défendre.
M. Sylvain GAREL. - Merci, Monsieur le Maire.
Je ne doute pas qu'il y aura la même unanimité pour ce v?u que pour celui sur les cinémas parisiens !
Il n'est pas nécessaire de revenir sur la personnalité de José BOVÉ que tout le monde connaît dans cette salle. C'est un symbole très connu dans le monde de la lutte contre la mondialisation libérale. C'est l'une des personnes qui est aujourd'hui parmi les plus connues sur notre planète. Depuis quelques semaines, il a été incarcéré à la prison de Villeneuve-Lès-Maguelone près de Montpellier. Le procureur a demandé d'attendre la fin des élections présidentielles et législatives pour faire exécuter cette condamnation. C'est l'un des premiers actes de ce nouveau gouvernement d'avoir laissé faire, d'avoir laissé José BOVÉ se retrouver derrière les barreaux, pour un acte qui était quand même un acte tout à fait symbolique, le démontage d'un "Mac-Donald" pour contrer la façon dont les Etats-Unis via l'O.M.C. avaient interdit aux exportations françaises en particulier de roquefort, de pouvoir se poursuivre sans surtaxes. Cette incarcération est d'autant plus scandaleuse qu'il y a aujourd'hui d'autres syndicalistes paysans, qui ont commis des actes plus graves comme avoir saccagé des bureaux de Ministre ou avoir attaqué des réunions politiques y compris des réunions politiques des "Verts", et qui n'ont jamais été poursuivis, ni condamnés.
Pour protester contre cette incarcération, le groupe "Les Verts" demande que José BOVÉ devienne citoyen d'honneur de la Ville de Paris. C'est une forme de soutien qui a été déjà faite dans plusieurs municipalités en France.
Nous souhaitons que José BOVÉ soit fait citoyen d'honneur de la Ville et que, dès sa libération, il soit reçu par le Maire de Paris et tout les élus qui le souhaitent à l'Hôtel-de-Ville.
M. Philippe SÉGUIN. - Si les auteurs de ce v?u sont vraiment persuadés de ce qu'ils avancent, je me demande si leur initiative n'est pas trop modeste.
Si on s'en tient aux considérants du v?u, se contenter de faire de M. BOVÉ un citoyen d'honneur de la Ville de Paris est largement insuffisant.
Je crois qu'il faudrait qu'il aille au-delà, qu'il pose, comme on dit, habituellement, un acte fort et vraiment significatif.
Quel acte serait plus fort et plus significatif que celui qui consisterait à débaptiser solennellement le boulevard Mac-Donald...
(Applaudissements et rires sur tous les bancs de l'Assemblée)
... et à lui donner le nom de José BOVÉ.
Pour ce qui nous concerne, il va de soi que nous voterons contre la proposition fût-elle amendée dans ce sens.
(Applaudissements et rires sur tous les bancs de l'Assemblée).
Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci. La parole est à M. VUILLERMOZ.
M. Jean VUILLEMOZ. - Monsieur le Maire, au-delà de l'estime évidente que l'on peut porter à José BOVÉ, pour le combat qu'il mène face à la mondialisation capitaliste, on peut l'appeler libérale, si on veut, face aussi au combat qu'il mène contre la mal bouffe, je crois qu'il est tout à fait déplacé, je pèse mes mots, et j'aurais vraiment voulu trouver d'autres mots que de comparer José BOVÉ à Mumia ABU-JAMAL.
Mumia ABU-JAMAL est dans les couloirs de la mort aux Etats-Unis depuis 21 ans maintenant. Il en est sorti seulement l'an passé. Je pense que le fait d'avoir fait cet acte au niveau de la Ville de Paris, de le reconnaître comme citoyen d'honneur a pu, quelque part, contribuer modestement à cette avancée. Il faut, bien sûr, poursuivre notre action.
Monsieur le Président, je pense qu'il ne faut pas tourner en ridicule le fait qu'un homme ou une femme puissent être déclarés citoyens d'honneur de la Ville de Paris. Je pense que c'est important.
En ce qui concerne José BOVÉ, évidemment, je crois qu'on ne peut le comparer ni à Mumia ABU JAMAL, ni à Picasso qui avait été proposé comme citoyen d'honneur de la Ville de Paris, il y a longtemps déjà. Vraiment, c'est déplacé. Nous ne voterons pas ce dossier. Nous pensons qu'il faut laisser faire l'histoire. Si des hommes se révèlent et qu'à un moment donné, il y a des événements exceptionnels, dont ils sont les auteurs, qui font qu'ils méritent cet honneur, à ce moment-là, nous verrons. Evidemment la condamnation dont José BOVÉ est victime aujourd'hui est peut-être excessive mais c'est une affaire de justice et chacun peut le dire et en penser ce qu'il veut.
Nous ne voterons pas ce v?u pour les raisons que je viens d'exprimer.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - La parole est à Karen TAÏEB.
Mme Karen TAÏEB. - Nous sommes, au Mouvement des citoyens, restés perplexes devant ce v?u.
Le 4 décembre dernier nous votions comme l'a rappelé Jean VUILLERMOZ un v?u décernant ce titre au journaliste américain Mumia ABU JAMAL, détenu aux Etats-Unis au terme de ce qui apparaît comme une erreur judiciaire.
Nous votions ce v?u car la figure de Mumia ABU JAMAL est devenue, de par le monde, emblématique de la lutte contre le racisme et la peine de mort. De plus, comme l'a rappelé M. VUILLERMOZ, Mumia ABU JAMAL est dans les couloirs de la mort.
Et si on remonte à un passé plus lointain, quand on consulte les archives de la Ville, le Président de Tchécoslovaquie Edvard BENES aurait été nommé citoyen de la Ville en 1934 et Pablo Picasso en 1971.
Etre citoyen d'honneur de Paris, nécessite d'avoir rendu des services éminents à notre Capitale, à la France, voire à l'humanité.
Je crois qu'il ne faudrait pas galvauder ce titre qui a été, pour le moins, décerné avec parcimonie dans le passé.
Concernant le v?u dont il est question aujourd'hui, je m'interroge sur sa pertinence. José BOVÉ combat la mondialisation libérale et c'est un choix politique que partagent les élus du Mouvement des citoyens. Mais le démontage illégal d'un fast-food et la destruction tout aussi illégale de quelques champs de maïs transgénique constituent-ils des faits d'armes tels qu'ils doivent être récompensés ? José BOVÉ purge une peine de prison consécutive à un acte délictueux qu'il revendique et assume.
De plus, une déclaration récente achève de nous renforcer dans notre conviction : s'exprimant à la télévision sur la vague de violences antisémites qui s'est déroulée en France, notamment à Paris, vague que notre Conseil a vigoureusement condamnée, M. BOVÉ a, de manière indécente, évoqué l'hypothèse que les incendies de synagogues et autres actes de violence pourraient avoir été commandités par les services du Mossad israélien.
Ces propos inqualifiables et parfaitement irresponsables rappellent la vieille théorie du complot. Je conclurai par une question : de tels propos riment-ils avec l'honneur ?
Pour notre part, la réponse est claire : nous voterons contre ce v?u.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - La parole est à Patrick BLOCHE.
M. Patrick BLOCHE. - Je souhaiterais rejoindre à la fois les propos de Jean VUILLERMOZ et de Catherine TAÏEB pour effectivement regretter que dans les considérants de ce v?u, on ait fait référence au vote qu'a exprimé notre Assemblée pour faire de Mumia ABU JAMAL un citoyen d'honneur de la Ville de Paris.
De fait, je ne rajoute rien aux excellents arguments qui ont été développés. Je souhaitais seulement indiquer que le groupe socialiste et radical de gauche ne votera pas ce v?u.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - La parole est à M. David ASSOULINE.
M. David ASSOULINE, adjoint. - Pour ce qui concerne les appréciations portées sur la condamnation de José BOVÉ, il n'appartient pas à notre Conseil de se prononcer sur quelque décision de justice que ce soit.
Le Maire de Paris connaît bien José BOVÉ, qu'il a déjà reçu personnellement à l'Hôtel-de-Ville, sans qu'une publicité excessive soit faite d'ailleurs. C'est, de plus, grâce à l'intervention de Bertrand DELANOË que José BOVÉ a pu entrer sur le territoire brésilien lors du Forum de Porto Alegre de janvier dernier.
Le Maire de Paris estime José BOVÉ et reconnaît l'importance de la cause qu'il défend sans porter de jugement sur les moyens utilisés pour y parvenir.
Pour ce qui concerne l'élévation au rang de citoyen d'honneur de la Ville de Paris, il convient de rappeler que cette distinction est particulièrement rare et que sa vocation est d'apporter à l'intéressé un soutien symbolique dans le cadre de son combat.
Il s'agit d'abord de préciser que José BOVÉ n'a pas sollicité cette distinction. Je ne suis pas certain qu'elle soit particulièrement utile à son combat.
En tout cas, cette distinction, d'un autre côté, n'apporterait rien à la Ville de Paris.
Je vais vous dire, entre autres, que le v?u de notre collègue contribue à créer un parallèle maladroit et malheureux avec le cas de Mumia ABU JAMAL condamné à mort en attente d'exécution dans une prison américaine, auquel le Conseil de Paris s'est honoré à accorder solennellement cette distinction.
José BOVÉ, dont la peine est somme toute plus mesurée, ne pourra qu'être embarrassé lui-même par ce parallèle.
Pour toutes ces raisons, il me semble que le retrait de ce v?u s'impose. C'est une demande.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - La parole est à M. GAREL.
M. Sylvain GAREL. - Monsieur le Maire, effectivement, j'entends bien ces arguments mais ce sont des arguments qui ne tiennent pas par rapport au v?u écrit.
Je ne parle pas du tout des déclarations qu'a pu faire José BOVÉ ici ou ailleurs, sur d'autres sujets.
(Protestations sur touts les bancs de l'Assemblée).
Je peux m'exprimer ou ce n'est pas possible ?
Je n'évoque pas cela dans mon v?u et je ne souhaitais pas que ce soit un sujet de débat.
Deuxièmement, je parle dans mon v?u de Mumia ABU JAMAL uniquement pour dire que Mumia ABU JAMAL a lui aussi été fait citoyen d'honneur de la Ville et nous avons été les premiers à soutenir ce v?u qui a été présenté par le groupe communiste parce que cela me semblait être une bonne idée. Bien sûr, il n'y a pas plus de rapport entre José BOVÉ et Mumia ABU JAMAL, qu'entre ce dernier et Picasso.
Comme l'a dit David ASSOULINE, c'est un soutien symbolique à une action. Nous pensons que l'action de BOVÉ contre la mondialisation est une action nécessaire. C'est pourquoi nous maintenons ce v?u.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u n° 31 déposée par MM. GAREL et BOUTAULT.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
La proposition de v?u n° 31 est repoussée.