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Juin 2001
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96 - QOC 2001-154 Question de M. René LE GOFF et des membres du groupe "Démocratie libérale et indépendants" à M. le Maire de Paris à propos de l'implantation de centres d'accueil et de soins dans le cadre de la lutte contre la toxicomanie

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2001


Libellé de la question :
"M. René LE GOFF et les membres du groupe "Démocratie libérale et indépendants" connaissent les efforts déployés par la Municipalité dans le domaine de la toxicomanie qui relève aussi bien de la compétence du Département de Paris. Ils s'adressent donc à la Municipalité, au Conseil général et, plus précisément, à M. le Maire de Paris.
Au cours de la dernière séance, le Conseil municipal a débattu sur la sécurité, sujet prioritaire de préoccupation pour les Parisiennes et les Parisiens, ayant donné lieu à quelques interventions sur le sujet de la toxicomanie. M. le Maire de Paris a indiqué qu'il convenait de conclure au plus vite la convention thématique concernant "La lutte contre la toxicomanie" prévue par le contrat parisien de sécurité.
Il a également précisé : "la lutte en matière de toxicomanie est d'abord et avant tout un problème de santé publique. Les toxicomanes sont des personnes malades avant d'être des délinquants (dans la mesure où ils contreviennent à la loi de 1970). C'est pourquoi notre collectivité a notamment veillé à renforcer le soutien qu'elle apporte aux clubs et équipes de prévention agissant dans les quartiers sensibles : dans le budget primitif adopté en avril dernier, les moyens qui leur sont affectés sont en hausse de 70 %. Mais 1'usage des drogues et des stupéfiants est à l'origine de nombreux actes de délinquance et de criminalité. C'est aussi une source de troubles pour le voisinage".
Il se trouve que la presse a repris la volonté de la majorité municipale de lutter contre ce fléau et "Le Figaro" n'a pas hésité à titrer ; "Drogue ; les centres d'aide et de soins vont se multiplier". Et c'est face à cette volonté que de nombreux habitants du 10e arrondissement ont réagi en rappelant que le Maire d'arrondissement, M. Tony Dreyfus, n'avait pas hésité en 1998 à imposer l'ouverture d'une boutique d'accueil des toxicomanes rue Beaurepaire, à moins de 50 mètres d'une école, contre la volonté des riverains.
Si le 10e arrondissement est touché par la toxicomanie, il ne doit pas l'être plus que les autres si on en croit le dernier rapport publié par la Préfecture de police signalant simplement 4 délits en 2000 concernant les stupéfiants sur un total parisien de 2.821 ! Et encore le nombre de délits recensés a doublé par rapport à l'année précédente...!
Comme M. René LE GOFF et les membres du groupe "Démocratie libérale et indépendants" l'ont plusieurs fois déclaré, la rue Beaurepaire est une erreur "de casting" ayant conduit à l'implantation d'une boutique d'accueil des drogués là où il n'y avait pas de toxicomanes, dans un quartier tranquille près de plusieurs écoles. La toxicomanie est un sujet sérieux qui concerne tout le monde et c'est pour cette raison qu'il faut être vigilants.
M. le Maire de Paris a précisé que les toxicomanes sont des malades avant d'être des délinquants et il a raison. C'est pour cela que les centres d'accueil et de soins doivent être médicalisés et que le choix des implantations de tels centres doit être fait avec beaucoup de rigueur et en pleine concertation avec les riverains. Dans le 10e arrondissement, par exemple, il aurait été plus judicieux de le faire dans les hôpitaux suivant l'exemple de ce qui avait été fait à "Fernand-Widal". Par ailleurs, le choix des associations spécialisées et subventionnées doit être réalisé avec de vrais critères médicaux par le Ministère de la Santé.
Sans exploiter ou faire exploiter l'aspect passionnel du malaise des riverains de la rue Beaurepaire, M. René LE GOFF et les membres du groupe "Démocratie libérale et indépendants" souhaitent informer le Conseil de Paris de la vive inquiétude des habitants du quartier "Saint-Vincent-de-Paul" qui aimeraient connaître avec précision la destination des locaux du 75, rue de Maubeuge et du 11, rue d'Abbeville, appelés "Maison Blanche". Le 75, rue de Maubeuge a longtemps bénéficié de l'effet Beaurepaire retardant l'échéance de l'implantation d'un dortoir (traduction sleeping..) pour toxicomanes, mais il semble que de façon rampante l'activité aurait démarré. Et ceci est surprenant considérant la concentration d'au moins 6 établissements scolaires à proximité.
Dans un souci de transparence, M. le Maire de Paris accepte-t-il de consulter les riverains à chaque fois qu'il sera décidé d'implanter un centre d'accueil et de soins pour les toxicomanes et de les informer de la décision prise (missions de l'établissement, date d'ouverture, mode de fonctionnement...) ou bien pense-t-il que le sujet est trop sérieux pour être débattu avec les habitants du quartier concerné ? Et pour être complet quelle est l'utilisation prévue pour les locaux situés au 75, rue de Maubeuge et au 11, rue d'Abbeville ?"
Réponse (M. Alain LHOSTIS, adjoint) :
"Nous souhaitons effectivement développer notre action en faveur de la prévention des conduites addictives et apporter toute l'attention nécessaire à la prise en charge médico-sociale des toxicomanes.
La toxicomanie est avant tout l'expression d'une souffrance psycho-affective, sociale dont les dimensions sont à la fois sanitaire, sociale, économique et politique. C'est pour cette raison - et parce que nous pensons que l'être humain se construit dans sa relation à l'autre - que nous ne réduisons pas l'usager de drogue à un malade dont le sort relève exclusivement de la médecine ou un délinquant dont le sort relèverait de la justice. Il en va autrement évidemment de ceux qui vivent et s'enrichissent du trafic.
Nous sommes convaincus que la prévention des conduites addictives, celles qui conduisent à la dépendance aux produits licites ou illicites, est de la responsabilité de tous. Prévenir l'échec scolaire, offrir aux jeunes la possibilité de s'intégrer dans le monde des adultes, notamment par des emplois qualifiés, leur permettre de trouver un sens à l'existence, les aider à se structurer dans un monde en perte de repères tout cela contribue, en donnant du lien social, à prévenir les conduites à risques.
Il est aussi de notre responsabilité de venir en aide à celles et ceux qui sont devenus toxicomanes. Il s'agit là aussi d'un problème de santé publique.
La politique de réduction des risques mise en place depuis une dizaine d'années a permis de réduire de manière très significative les décès par overdose, a fait reculer la contamination par le VIH, et freine aujourd'hui la propagation de l'hépatite C. Je juge pour ma part cela de manière très positive. C'est la raison pour laquelle nous entendons contribuer pour la part qui nous revient à cette politique. Nous sommes favorables à la création de nouveaux lieux d'accueil pour les toxicomanes, répartis de façon harmonieuse entre les différents arrondissements, dans un souci de mixité sociale et de solidarité entre les quartiers parisiens. Ces lieux d'accueil représentent souvent la première porte qui s'ouvre sur des droits sociaux, sur l'accès aux soins, et, pour certains, peut-être le chemin pour se sortir de la dépendance. Nous entendons également encourager l'implantation de distributeurs de seringue afin de réduire les risques d'échanges, vecteurs de contamination.
Tout ceci se fera bien évidemment en concertation avec les représentants de l'Etat, avec les élus et les habitants. Il en va de la sécurité et de la tranquillité des populations auxquelles nous sommes particulièrement sensibles.
Concernant votre demande sur le local du 75, rue de Maubeuge dans le 10e arrondissement, il n'a pas vocation à accueillir des toxicomanes. En revanche il existe sur ce site un projet visant à y installer des lits infirmiers pour le S.A.M.U.-social où seraient accueillies des populations en grande difficulté. Ce projet, qui serait financé par l'assurance maladie, sera étudié en étroite relation avec la mairie du 10e. Cet équipement répondra à la volonté d'améliorer l'accès aux soins et la prise en charge des personnes en situation de grande exclusion."