Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Juin 2001
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
> Type de document (Débat / Délibération)  

44 - 2001, DFAE 64 - Communication de M. le Maire de Paris : "Paris, Capitale de l'euro"

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2001


M. LE MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, il m'a été fait remarquer de manière tout à fait pertinente qu'il fallait commencer à l'heure, tenir les horaires, etc.
Moi, je vous signale qu'hier, on vous a un peu attendus pour commencer les questions d'actualité.
Je m'adresse à ceux qui sont là, évidemment. Souvent, quand on fait des remarques, elles s'adressent justement à ceux qui ne sont pas là pour les entendre. Je vais peut-être l'écrire.
En tout cas, merci à ceux qui sont là.
Sans attendre et sans pénaliser justement ceux qui font l'effort d'arriver à l'heure, nous allons poursuivre l'ordre du jour de la séance qui porte maintenant sur Paris, capitale de l'euro. Je vous ai écrit à ce sujet, c'est pourquoi je ne vais pas reprendre l'ensemble des éléments que je vous ai transmis dans cette communication écrite.
Je crois que c'est un enjeu extraordinaire sur le plan culturel et, en même temps, un rendez-vous de vie quotidienne avec les Parisiens, où une collectivité locale quelle que soit son orientation politique doit se donner les moyens, concrètement, de tenter de faciliter la vie de ses concitoyens. C'est pourquoi je me permettrai, ce matin, avant de vous écouter, de rajouter juste quelques remarques.
Le premier janvier prochain donc, tous les pays de la zone euro adopteront définitivement cette nouvelle monnaie, même si le franc continuera à circuler jusqu'au 17 février. C'est donc à une véritable révolution économique, politique mais aussi culturelle que nous devons nous préparer. En effet, l'utilisation de l'euro représente pour l'ensemble des Français un changement majeur dans leur vie quotidienne.
Dès à présent, le Gouvernement organise et programme des campagnes de communication mais la Ville de Paris, en tant que telle, a un rôle à jouer : rendre aussi simple que possible cette étape inédite, assurer ce changement dans la transparence et garantir la stabilité des prix des services municipaux. C'est la confiance de nos concitoyens qui est au c?ur de cet enjeu. C'est aussi leur capacité à suivre le mouvement, quel que soit leur âge ou leur condition sociale.
Pour relever ce défi, tous les moyens d'information sans exception dont dispose la Ville seront mobilisés.
Dès les prochaines semaines, nos concitoyens seront sensibilisés à l'utilisation quotidienne de l'euro par une campagne très ambitieuse. Elle s'appuiera sur des supports divers : les 600 panneaux d'information municipaux, le 36.15 Paris ainsi que le site Internet de la Ville, un numéro spécial "allo euro" ou encore "Paris le Journal", à l'intérieur duquel une brochure détachable sera insérée à l'automne prochain.
Par ailleurs, la Ville s'apprête à lancer un marché public d'achat de calculettes destinées à faciliter la conversion des prix. Elles seront diffusées en particulier auprès des personnes âgées et des enfants.
J'ajoute qu'un appel à projet sera prochainement adressé aux artistes de la Capitale. L'idée est de concevoir des cartes postales diffusées très, très largement et proposant des moyens mnémotechniques simples sur les paiements en euro.
Enfin, un clip pédagogique sera diffusé au Parc-des-Princes à l'occasion de chaque manifestation, de septembre à décembre mais j'imagine qu'il sera peut-être opportun de prolonger au-delà de décembre.
Ce dispositif global prévoit aussi des antennes d'information dans chaque mairie d'arrondissement. Elles accueilleront une exposition "demain l'euro" d'ici la fin de l'année, et plusieurs bus itinérants euro proposeront une information didactique aux Parisiennes et aux Parisiens.
Dans un souci d'efficacité, nous avons également souhaité intensifier nos partenariats avec des acteurs stratégiques : la Banque de France bien sûr mais aussi d'autres institutions telles que la Poste, l'Ordre des experts comptables et aussi la Chambre des Métiers et la Chambre de Commerce et d'Industrie, qui est d'ailleurs présente dans les ateliers de l'euro.
Autre condition de succès de l'opération : bien cibler les messages en fonction des publics visés. Dans cette optique, les enfants apparaissent comme de formidables ambassadeurs de l'événement. Ainsi, dans les centres de loisirs, les jeunes parisiens seront conviés à un concours "un slogan pour l'euro" et des classes de découverte thématiques sont d'ores et déjà prévues.
De plus, j'ai souhaité que la dimension inter-générations soit bien prise en compte afin que les plus jeunes puissent contribuer à faciliter l'adaptation de leurs aînés et c'est pourquoi une formation spécifique sera dispensée autour du thème "les enfants expliquent l'euro aux adultes" - c'est peut-être parce que je vieillis et que j'ai envie d'être aidé - et parmi ces adultes, je pense en particulier aux seniors, au service desquels la Ville a choisi de conduire une action volontariste.
A l'initiative du C.A.S.V.P., des conférences et des visites d'information seront organisées dans les clubs de retraités. D'ici la fin de l'année, 34 ateliers "si l'euro m'était compté" proposeront aux seniors une initiation pratique sous forme de simulation d'achat.
Par ailleurs, en collaboration avec l'Institut national de retraite active, 100 retraités volontaires et formés visiteront, dès septembre, une trentaine de sites où séjournent des Parisiennes et des Parisiens très âgés.
Pour ce qui concerne les personnes en situation de précarité, le C.A.S.V.P. assurera la formation d'administrateurs bénévoles auxquels il fournira tous les moyens pédagogiques adaptés.
Le changement d'unité monétaire implique également des mesures concrètes à destination des personnes qui souffrent de handicaps divers. Ainsi, les déficients visuels, qui représentent environ 2 % de la population parisienne, soit près de 40.000 de nos concitoyens. La Ville a donc décidé de soutenir financièrement le programme euro vision France, initié par le ministère des finances, qui développe des méthodes de formation à distance et des outils de reconnaissance tactile.
Pour les déficients auditifs, et je vous rappelle que ce sont 100.000 personnes concernées à Paris, des supports spécifiques ainsi qu'une cassette vidéo en langue des signes seront bientôt disponibles.
Telles sont, mes chers collègues, les grandes lignes du dispositif adopté pour l'information sur le passage à l'euro. Dans un souci de transparence, de stabilité et de simplicité, la Ville entend négocier ce rendez-vous autour de trois principes :
- le double affichage des prix en francs et en euros. C'est la meilleure façon pour l'usager de se familiariser à la nouvelle monnaie. C'est pourquoi ce double affichage se prolongera au-delà du premier janvier 2002 ;
- la stabilité des prix des services municipaux ;
- enfin, la conversion simplifiée de ces prix. Il s'agira de fixer un montant rond aussi souvent que possible et toujours à l'avantage de l'usager. Pour le paiement des horodateurs par exemple, l'objectif est de pouvoir l'acquitter avec une seule pièce de monnaie, soit un demi-euro, ce qui nous permettra en plus d'amplifier notre politique en faveur du stationnement résidentiel et pour dissuader les Parisiens d'utiliser leur véhicule automobile privé.
C'est à travers de telles initiatives que chaque citoyen adoptera peu à peu cette nouvelle monnaie et l'intègrera à ses actes quotidiens. Consommer, sortir, s'acquitter de tel ou tel paiement peut s'apparenter à une réalité soudain angoissante lorsqu'on remet en cause des références très anciennement ancrées. Cela fait sourire la plus jeune des maires adjoints mais il faut prendre cela très au sérieux. C'est cet inconfort qu'il faut juguler en intervenant sur chaque levier, sur chaque lieu susceptible de le générer.
Cette véritable scène, dans laquelle chacun apprend ; mais contribue aussi à transmettre, traduira aussi à l'élan de notre collectivité à travers la sensibilisation des 40.000 agents municipaux.
J'y vois la condition d'une pleine réussite de toutes les opérations comptables programmées pour les prochains mois. Je rappelle en particulier que la mutation des systèmes informatiques et financiers constitue un processus très lourd auquel nous nous sommes préparés. Ainsi dès décembre prochain, le budget primitif, pour 2002, sera voté et exécuté en euro.
Voilà, mes chers collègues, les quelques informations que je souhaitais ajouter à l'occasion du débat de ce matin. Christian SAUTTER vous apportera toutes les précisions complémentaires sur ce vaste dispositif. Je veux d'ailleurs le remercier chaleureusement ainsi que l'ensemble des services concernés pour le travail considérable qui a été réalisé et qui vise à allier imagination, technicité, transparence et devoir de solidarité. Autant de conditions indispensables à la réussite de grand rendez-vous. Pour la première fois en effet dans l'histoire, des femmes et des hommes issus de pays distincts ont décidé en conscience d'effectuer leurs échanges dans une seule et même monnaie. A travers cet acte fort, ce sont aussi des liens culturels, sociaux et politiques qui peuvent être renforcés au-delà des frontières. Dans cette aventure inédite, notre cité a donc décidé de jouer pleinement son rôle avec la volonté, je l'ai dit, de ne laisser personne en marge d'un changement si exigeant. Nul ne doit se sentir exclu de cette nouvelle ère monétaire. D'évidence, l'enjeu est aussi citoyen et cette réalité a influé sur l'élaboration du plan qui vous est proposé. C'est maintenant à chacune et à chacun d'entre vous de l'enrichir par vos analyses, par vos propositions et par votre créativité. Merci mes chers collègues.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, du Mouvement des citoyens, communiste et "Les Verts").
Nous entamons maintenant le débat avec la première intervenante, Mme DUMAS pour le groupe R.P.R.
Mme Catherine DUMAS. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, l'avènement de l'euro est sans aucun doute un des tournants les plus radicaux de la mise en place de l'Europe. A son actif, l'on constate que l'Europe parachève plusieurs décennies d'efforts économiques et politiques ; le processus a, en effet, apporté la paix en Europe. Aujourd'hui, l'Europe est un acteur majeur sur la scène internationale : elle permet de s'unir pour parler d'une voix et de peser sur les grandes décisions. L'euro repose sur des fondements économiques solides. Il a été créé dans le respect des critères de convergence et va donc contraindre les états à préserver ces acquis, mais aussi à les renforcer. Il permet ainsi un alignement par le haut en étant un facteur de stabilité pour l'Europe : stabilité des prix, des changes, des taux d'intérêt. Il est un facteur de dynamisme et permet la libre circulation des biens, des services et des capitaux.
Cette ère nouvelle est porteuse d'espoirs pour notre pays et plus particulièrement pour la première région de France, l'Ile-de-France. Vous me permettez d'y faire allusion alors que je suis Conseillère régionale et que je constate chaque jour à quel point l'Ile-de-France est un carrefour commercial, économique et culturel au c?ur de l'Europe. L'Ile-de-France qui est l'un des plus importants pôles de développement en Europe tient une place essentielle au c?ur de l'économie nationale avec un P.I.B. par habitant qui est le plus élevé de l'Union européenne.
Aujourd'hui, Monsieur le Maire, nous sommes J -204 de cette grande révolution que va être l'euro et vous avez choisi de faire une communication sur ce thème devant le Conseil de Paris. Permettez-moi de vous dire que ce débat sur l'euro, qui s'annonçait consensuel pour une grande majorité d'entre nous, m'inspire un certain nombre de critiques voire de craintes alors que vos propos relèvent plus d'un catalogue de bonnes volontés que d'une véritable dynamique face à cet enjeu qu'est l'euro pour la vie quotidienne des Parisiens.
Tout d'abord, geste symbolique c'est vrai, mais qui aurait pu être le témoin d'une véritable prise de conscience de la part de votre équipe, vous auriez pu, dès votre prise de fonction, veiller à ce que les délibérations votées au Conseil de Paris soient présentées en francs, mais aussi en euros. J'ai d'ailleurs présenté un v?u dans ce sens au Conseil d'arrondissement du 17e le 9 mai 2001, v?u adopté largement par la majorité et l'opposition. J'espère que vous reprendrez cette idée pour l'ensemble de Paris. Mais revenons aux différents points que vous venez d'évoquer. Vous avez parlé d'une campagne d'information et de la publication d'une brochure avec tableau de conversion inséré dans "Paris le Journal". Je remarque que la date de cette campagne n'est pas connue alors qu'il y a urgence et qu'elle aurait déjà dû commencer. Ce n'est pas une exposition sur la monnaie ou encore l'exposition du kiosque "Paris Jeunes", certes intéressantes, mais pas à la hauteur des enjeux, qui vont permettre à la Ville de rattraper son retard.
Certes, vous évoquez une communication dans les quartiers et les lieux de vie de la Capitale sans apporter aucune précision sur les opérations visées en objet (lieux, dates...). Quant aux partenaires institutionnels sur lesquels vous semblez vouloir vous reposer : la Chambre de commerce et d'industrie, la Chambre des Métiers, la Banque de France, leurs seules initiatives ne sauraient suffire.
Vous évoquez également et à juste titre ceux que vous appelez les Parisiens les plus fragiles en souhaitant et je vous cite "une plus grande solidarité qui se traduira par des exemples concrets". Merci, Monsieur le Maire, de nous éclairer sur ce point.
Vous abordez également une formation en faveur des enfants de CM2. Nous pensons que la formation des petits Parisiens ne saurait se limiter à la classe de CM2 et nous vous demandons de mettre en ?uvre dès la rentrée scolaire une semaine de l'euro à laquelle participeraient tous les élèves du primaire à partir du cours préparatoire.
Enfin vous évoquez l'adaptation des automates et les problèmes techniques concernant les horodateurs (nous avons pris note que le stationnement résidentiel passerait de 2,20 euros à 0,5 euro). Nous aimerions savoir si vous avez l'intention de profiter des modifications des appareils pour mettre fin une fois pour toutes aux pillages journaliers des horodateurs devant des contractuels désabusés et des Parisiens en colère.
Mais, Monsieur le Maire, le plus grave est que vous avez occulté trois points qui, à mes yeux, sont primordiaux et qui posent les vrais problèmes. Il s'agit de la préparation des P.M.E., des commerçants, des artisans, mais aussi des particuliers au passage à l'euro. Il s'agit également des modifications de prix et des tarifs publics et enfin du problème de la sécurité qu'il faudra bien assurer en cette période de transition.
S'agissant des grandes entreprises, la prise de conscience de l'enjeu de l'euro est indiscutable. En revanche, beaucoup de progrès restent à accomplir pour les petites entreprises, les commerçants et les artisans qui ont pu sous-estimer le temps nécessaire pour se préparer. Les P.M.E. doivent préparer avec leur banquier, leur comptable, les changements de comptabilité, les modifications des paies en euro, les nouveaux barèmes de prix et les changements informatiques. Le Comité national de l'Euro, présidé par le Ministre des Finances ne résoudra pas les problèmes de cette catégorie de Parisiens : les collectivités locales, Paris principalement doivent prendre des initiatives dans ce sens.
En ce qui concerne les opérations de change entre les deux monnaies, il ne saurait être question que les banques se défaussent de leur mission de change sur les petits commerçants. En effet, pendant 1 mois et demi, les commerçants vont avoir à gérer une double caisse, ce qui va ralentir considérablement leur fonctionnement. Imaginons déjà ce qui se passera dans un bureau de tabac qui accueille 2.000 personnes par jour !
Quant aux particuliers : si l'on y prend garde, cela risque d'être un véritable casse-tête pour eux. Si la pré alimentation en billets et en pièces interviendra en décembre chez les commerçants, les particuliers devraient eux se procurer des pièces et des billets dans les bureaux de poste, les banques mais aussi chez les buralistes dès le 1er janvier.
On nous dit que le Gouvernement réfléchit à une pré alimentation des particuliers. Il faudrait qu'il réfléchisse vite. Nous sommes inquiets quant à cette incertitude et nous redoutons une pré alimentation qui interviendrait juste avant Noël, au cours d'une période traditionnelle de forte consommation.
Les sociétés de distributeurs automatisés, quant à elles, s'attachent les cheveux avec les problèmes de conversion. Combien d'euros faudra-t-il glisser dans un distributeur pour obtenir un café l'an prochain ? Il reste quelques mois aux entreprises pour procéder aux ajustements nécessaires, ce qui n'est pas simple si elles veulent préserver leur marge. Car les Parisiens ont aussi une crainte : la hausse des prix. Certaines entreprises ont décidé d'augmenter leur prix dès maintenant en se collant sur le chiffre en euros qu'elles souhaitent afficher le 1er janvier ; un chiffre rond pour éviter les embouteillages aux caisses. Une poussée inflationniste est donc à redouter dès la fin 2001.
La mise en place de l'euro va aussi rendre la comparaison des prix des différents pays européens beaucoup plus facile, notamment à Paris, centre touristique international. Alors que la mise en place des 35 heures entraîne pour les entreprises des augmentations de prix de revient, il importe que des ajustements de T.V.A. soient pratiqués afin de ne pas pénaliser les sociétés de services françaises et je pense notamment aux nombreux restaurateurs parisiens qui pourraient souffrir de cette concurrence.
Enfin, Monsieur le Maire, autre crainte des Parisiens : la sécurité. Comment M. le Préfet de police va-t-il assurer la sécurité des Parisiens mais aussi celle des professionnels comme les convoyeurs de fonds alors que d'importants et fréquents mouvements de fonds vont transiter dans Paris quotidiennement ?
Nous connaissons malheureusement trop les faits dramatiques qui interviennent en temps normal avec l'approvisionnement des distributeurs de billets.
Sur les problèmes de sécurité qui ont été occultés dans votre intervention, je souhaite mentionner une affaire qui confirme nos craintes. Policiers et gendarmes l'avaient prédit, la mise en circulation de l'euro attirerait des faussaires et susciterait de nombreuses arnaques.
En quelques semaines 1,5 milliard de billets et 7,6 milliards de pièces vont déferler sur l'hexagone. C'est une aubaine pour les voyous et une première escroquerie a été découverte dans la Région parisienne.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Chers collègues, je vous demande d'écouter votre collègue avec calme... C'est peut-être dur, mais il faut que vous y arriviez. Faites un effort...
Je vous en prie, poursuivez, Madame !
Mme Catherine DUMAS. - Je ne pense pas que ce soit si dur !
Dans cette affaire, où des euros devaient être échangés contre des francs au domicile des particuliers, on apprend qu'aucune enquête judiciaire n'a été initiée alors qu'il n'y avait pas de victimes donc pas de préjudices. Permettez-moi d'être inquiète pour les prochains mois si on décide d'attendre qu'il y ait des victimes pour agir.
La Mairie de Paris et la Préfecture de police pourraient organiser une campagne d'information rappelant qu'aucun échange Francs-Euros n'est prévu au domicile des particuliers et inciter les Parisiens à signaler aux services de police, tout démarchage suspect.
Voilà, Monsieur le Maire, l'ensemble des points essentiels que je souhaitais développer au nom du groupe R.P.R.
Vous le constatez bien que l'organisation d'expositions ou de réunions d'information, de vrais problèmes se posent à quelques mois de cette fabuleuse révolution qu'est le passage à l'euro.
Au-delà d'une volonté politique qu'il est urgent de mettre en ?uvre, il va de soi que l'ensemble du personnel municipal doit mettre au service des Parisiens les qualités de travail et de compétence qui sont les siennes.
Tous ensemble, élus et fonctionnaires, nous devons tout faire pour préserver le dynamisme de Paris, clé de croissance et d'emploi de notre Ville.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs du groupe "Rassemblement pour la République et apparentés").
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame, de cette contribution du groupe R.P.R. dont j'ai particulièrement apprécié que soit absent tout esprit partisan.
Je donne la parole à Mme HOFFMAN-RISPAL.
Mme Danièle HOFFMAN-RISPAL, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire.
Mes chers collègues, la mise en place de l'euro va constituer un deuxième bouleversement monétaire mais pas seulement dans la vie quotidienne des personnes âgées.
Le premier a eu lieu il y a 40 ans, c'était le passage de l'ancien franc au nouveau franc.
Chacun d'entre nous, pour ceux qui fréquentent les boulangeries, entendent le prix de la baguette énoncé à 420 ou 430 F par les personnes âgées.
Dans 6 mois, le passage à la monnaie unique nous impose à tous une vigilance pédagogique, afin d'éviter que l'euro ne soit comme l'a dit le Maire une cause d'exclusion.
Cette question de l'euro est très souvent abordée lors de nos rencontres avec les personnes âgées. Ce n'est pas un hasard. L'intérêt, le réel intérêt, mêlé d'appréhension existe.
C'est pourquoi il paraît tout à fait essentiel d'aider les seniors à bien appréhender leur rôle : mettre en place, en particulier en lien avec le Centre d'action sociale de la Ville de Paris, une action forte à destination de ces personnes pour que l'apprentissage de cette nouvelle monnaie soit vécu comme une chance, un moyen de rester en phase avec son temps.
Le personnel du C.A.S.-V.P. jouera un rôle très important à ce niveau. 520 agents dans le secteur de l'aide à domicile sont souvent, par leur contact fréquent et leur proximité avec les personnes isolées, les principaux liens avec l'extérieur.
Ils donnent des nouvelles du quartier, du temps ou de l'actualité et sont sans doute les mieux placés pour une pédagogie de l'euro au quotidien.
Ensuite le Ministère des Finances, en partenariat avec l'Institut national de la retraite active, a promu, vous en avez parlé et c'est important, l'opération euro-formateur, dont là encore le Centre d'action sociale de la Ville de Paris est le relais pour les Parisiennes et les Parisiens.
Vous venez d'annoncer que cette opération prévoit la formation de 130 retraités bénévoles.
Ce sont ces mêmes retraités, ces mêmes seniors, qui iront au contact des personnes âgées jusqu'en mars 2002.
J'insiste sur cette notion de mars 2002. Un an pour suivre l'évolution et nous n'arrêterons pas l'an prochain au 1er janvier, nous continuerons jusqu'en mars 2002.
Notre ambition est que ce passage à l'euro permette aux seniors d'être acteurs d'une grande mutation et non d'un changement imposé.
Dès septembre, ces euro-formateurs seront répartis dans une trentaine de sites dans la Capitale pour tenir des réunions d'information dans les clubs de retraités et je crois que l'idée d'offrir un réel soutien de proximité est important pour les retraités qui en éprouvent le besoin.
Egalement, il faut souligner l'action de l'Union féminine civique et sociale qui mettra en place des ateliers pratiques permettant aux personnes âgées d'être en situation réelle d'achat.
Vous avez évoqué là aussi, Monsieur le Maire, les 34 ateliers d'initiation qui s'appelleront : "Si l'euro m'était compté". Cette idée d'initiation pratique, la forme de simulation d'achat dans une galerie marchande, est effectivement le bon moyen pour appréhender le passage à l'euro.
Pour les personnes âgées, et c'est sans doute plus difficile en institution et en situation de dépendance, il serait souhaitable d'organiser des exercices, le C.A.S.-V.P. le prévoit également, sous forme de jeu afin d'aider aussi à l'apprentissage d'un nouveau référentiel de prix.
Vous avez cité, et il faudra continuer, la diffusion de nombreuses publications et de brochures ainsi que le programme ambitieux d'achat de calculettes que vous venez d'évoquer.
Je pense que les distribuer en priorité aux personnes âgées est un bon engagement.
L'Etat et le Gouvernement jouent également un rôle essentiel d'accompagnement de ces mesures.
La semaine dernière, nous avons appris que dans le fonds de modernisation de l'aide à domicile prévu dans la loi relative à l'allocation personnalisée d'autonomie, nous allons avoir la possibilité de mieux former les responsables du secteur de la dépendance à l'euro.
Ce fonds va également soutenir les grandes associations d'aide à domicile nationales et parisiennes, je pense à l'U.N.A.S.S.A.D., à la F.N.A.D.A.R., à la F.A.S.S.A.D., et également, de former les directeurs d'établissement.
Je vous entendais, Madame DUMAS, parler des commerçants. Certains d'entre eux ont commencé à mener des actions intelligentes, je pense à la rue Montorgueil, par exemple, où ils ont mené des simulations en euros et où les maisons de retraite du quartier ont été largement associées. C'est dans ce sens là qu'il faudra continuer.
Il appartient donc, je crois, à tous et je pense là aux familles et aux aidants, d'impliquer, d'associer les personnes âgées, leur entourage, à l'apprentissage de l'euro.
M. le Maire a parlé d'un enjeu citoyen. Je crois que c'est tous ensemble, avec nos seniors, nos personnes âgées, que nous devons réussir la monnaie unique.
Les différentes actions qui viennent de nous être proposées, nous allons les mener tous ensemble. A nous d'être attentifs et présents au cours des prochains mois pour que l'euro soit bien une chance pour tous. Merci.
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et radical de gauche).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci. Je vous demande quand même de l'attention.
La parole est à M. POZZO DI BORGO, au nom du groupe U.D.F.
M. Yves POZZO DI BORGO. - Merci, Monsieur le Maire.
Excusez-moi, je suis obligé de lire sur mon ordinateur, je n'ai pas eu le temps de tirer sur papier mon intervention.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Les ordinateurs sont acceptés, ce que je n'accepte pas, ce sont les téléphones portables.
M. Yves POZZO DI BORGO. - Je suis désolé.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Mais il n'y a pas de problème.
M. Yves POZZO DI BORGO. - Le 1er janvier, la France et Paris, comme dix autres pays européens, adopteront définitivement une nouvelle monnaie, l'euro, qui succédera au franc français institué par la loi du 17 Germinal an XI.
Emanation d'un courant de pensée qui de Robert Schuman, en passant par Jean Lecanuet et GISCARD d'ESTAING, aujourd'hui, François BAYROU, les élus de l'U.D.F. ne peuvent que se réjouir de cette mise en place de l'euro qui n'était, il y a quelques années, qu'un rêve d'utopiste et de doux rêveur.
C'est la raison pour laquelle, nous nous félicitons, Monsieur le Maire, de cette communication et des mesures annoncées.
Malheureusement, comme chaque fois avec vous, les socialistes, le déluge de bonnes intentions cache toujours une moindre efficacité. Une moindre efficacité parce que vous êtes l'émanation d'un Gouvernement de la France, vos amis, qui ont mis tant de temps à comprendre que dans moins de six mois, nous allons entrer, cette fois-ci vraiment, dans une ère nouvelle.
Nous avons l'impression que ce Gouvernement s'est réveillé et s'agite de façon frénétique pour essayer de parer au plus pressé.
Malheureusement, ce retard à l'allumage et l'agitation malhabile qui en découle se retrouvent dans certaines des mesures que vous nous proposez aujourd'hui.
Vous avouez vous-même que le calendrier prévisionnel des différentes opérations de passage au sein de nos services n'est pas encore arrêté pour la clôture des opérations comptable en francs en 2001. Croyez-vous que c'est sérieux ?
Croyez-vous que la formation tardive dans l'urgence de ceux que vous appelez les 400 ou les 500 eurocadres sera performante et à la hauteur de l'enjeu ?
Croyez-vous qu'une sensibilisation rapide de 2.500 agents tournés vers l'accueil du public sera suffisante pour les besoins de l'information des Parisiens qui, très vite, vont se heurter à la complexité de la conversion de francs en euros ?
Voici quelques exemples de mesures où l'on ressent l'impréparation, la précipitation et le manque d'ambition, mais il s'agit d'une chose sérieuse et profonde. C'est à une véritable révolution à laquelle nous allons assister. Il s'agit d'un changement dans le comportement des Parisiens, comme vous le dites vous-même, d'un changement de première ampleur.
Pour les plus anciens d'entre nous, souvenons-nous du changement introduit par le passage au nouveau franc en 1960. Combien de Français comptent encore en anciens francs ? Et il ne s'agissait alors que d'un changement simple qui n'avait pas la complexité qu'introduisent aujourd'hui les décimales.
Nous savons que tout cela rendra les choses plus difficiles.
Pour éviter trop de ces désagréments et pour que ce passage à l'euro soit positif et joyeux, nous allons, au nom de l'U.D.F., quand même faire quelques réflexions et des propositions.
J'insisterai, en tout premier lieu, sur les personnes âgées.
Ce sont les plus fragiles et celles sur lesquelles il faut porter le plus d'attention. Les cents retraités bénévoles qui tiendront des réunions d'information dès septembre sur une centaine de sites correspondront-ils aux besoins ? Je ne crois pas.
Il faut aller beaucoup plus loin, il faut impliquer tout le personnel et notamment nos assistantes sociales qui rencontrent ces personnes âgées, il faut impliquer les associations qui suivent ces personnes âgées, il y a vraiment un gros effort à faire.
Nous savons aussi, en ce qui concerne les personnes âgées, que notre 3e et notre 4e âges seront, dès le mois de septembre, à la merci de divers aigrefins. Elles seront la proie de toutes sortes d'escroqueries.
Quid du travail de prévention en ce domaine ? Quelles sont les mesures que vous allez prendre, Monsieur le Maire ? Quelles sont les mesures de collaboration que vous allez avoir avec le Préfet de police afin d'assurer une prévention plus que nécessaire ?
L'arrivée de l'euro, en outre, risque d'entraîner par sa difficulté de conversion une augmentation des prix.
Aussi, je voudrais féliciter M. SAUTTER, car je me réjouis de la décision annoncée de faire passer le prix du stationnement résidentiel à 0,5 euro...
M. Christian SAUTTER, adjoint. - C'est M. le Maire.
M. Yves POZZO DI BORGO. - Je suis désolé...
M. LE MAIRE DE PARIS. - On partage, il n'y a pas de problème. Félicitez, félicitez Christian SAUTTER, Denis BAUPIN, ne vous gênez pas, vous pouvez passer les 33, je serai content.
M. Yves POZZO DI BORGO. - Je critique et je félicite.
Par contre, cette mesure de sagesse ne devrait pas se limiter à cela. Pourquoi la Ville de Paris n'aurait-elle pas une action sur la R.A.T.P. pour faire en sorte que le ticket de métro, le 1er Janvier 2002, ne coûte pas 1,2 euro, mais seulement 1 euro ?
Pourquoi la Ville de Paris ne s'impliquerait-elle pas auprès de la R.A.T.P. pour que la carte orange mensuelle, celle des zones 1 et 2 qui concernent les Parisiens coûte 43 euros au lieu des 43,45 euros ?
Nous devons multiplier ce genre de mesures et nous devons faire en sorte que ces prix soient simples et efficaces sur plusieurs mois?
Nous devons également multiplier les mesures d'accompagnement à la pédagogie en grandeur nature. Pourquoi ne pas reprendre l'exemple de la communauté de communes du canton de Cormeilles dans l'Eure qui a consisté à installer, pendant une semaine, une double caisse chez les commerçants volontaires ? Ces opérations d'animation sont techniquement possibles sur nos marchés et chez les commerçants de nos rues, et c'est pourquoi je vous invite à demander à la Chambre de commerce de s'impliquer un peu plus là-dessus.
Je vois que vous me demandez...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je ne vous ai pas coupé la parole, je vous signale que vous avez épuisé votre temps de parole depuis un moment. Dites votre dernière phrase tranquillement.
M. Yves POZZO DI BORGO. - En conclusion, Monsieur le Maire, ce que je voudrais dire, c'est que nous avons besoin d'un peu plus d'ambition pour l'accompagnement du passage à l'euro. Je souhaiterai que nous mettions un peu plus d'animation, je souhaiterai que soit mise en place une "task force" à la Mairie qui serait chargée de suivre tous ces problèmes là, et nous souhaiterions que le budget dégagé de 500.000 euros soit plus important. Pourquoi ne pas donner à ces mesures d'accompagnement le même budget que celui que nous avons mis pour le passage à l'an 2000, c'est-à-dire 40 millions de francs ? Faites le calcul en euros.
Merci.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je ne veux pas trop commenter votre intervention. Votre suggestion sur la R.A.T.P. m'intéresse beaucoup et je suis tout à fait disposé à relayer cette idée.
Pour le reste, pardonnez-moi de vous dire, avec beaucoup de gentillesse, qu'on est là depuis deux mois et demi, qu'il y a eu pas mal de choses à faire, un budget, quelques petits trucs ; que nous avons dû nous occuper des crèches etc., et qu'après tout, vous appartenez, je crois, à l'ancienne majorité, vous pouviez préparer ce passage, la date était connue depuis plus de deux mois.
Mais enfin, je vous le dis tout à fait gentiment.
La parole est à Christophe NAJDOVSKI.
M. Christophe NAJDOVSKI. - Merci, Monsieur le Maire.
Tout d'abord, je partage tout à fait les analyses et les demandes de notre collègue POZZO DI BORGO en ce qui concerne l'ajustement des tarifs pour les transports en commun et je le remercie donc d'avoir fait ce genre de suggestion. Je demande à nos collègues qui siègent dans les instances type conseil d'administration de la R.A.T.P. ou du S.T.I.F. de s'inspirer de ces remarques pour intervenir et faire en sorte que l'ajustement se fasse au profit des utilisateurs et des usagers des transports en commun.
Le passage à l'euro, le 1er janvier 2002, constituera à n'en pas douter une date historique pour notre pays ainsi que pour les onze autres pays de l'Union européenne qui ont choisi d'abandonner leur monnaie nationale au profit d'une monnaie unique. Gageons que cette nouvelle monnaie commune à douze pays, puis certainement à d'autres encore dans un futur proche, sera source de rapprochement culturel, économique et social entre les peuples européens.
La Ville de Paris a, comme beaucoup d'autres acteurs, son rôle à jouer pour assurer une transition la meilleure possible vers la nouvelle monnaie et pour aider les citoyennes et les citoyens à surmonter le choc, essentiellement psychologique, du passage à un nouvel étalon monétaire.
La communication que vous nous présentez aujourd'hui, Monsieur le Maire, présente de façon détaillée les différentes mesures qu'entend mettre en ?uvre notre collectivité afin de bien franchir ce cap historique.
Nous sommes en accord avec les orientations que vous présentez et, donc, je ne m'appesantirai pas dessus, ce qui nous fera gagner du temps dans nos débats. Nous souhaitons cependant faire part de quelques remarques et de quelques suggestions.
Tout d'abord, nous pensons qu'une campagne municipale d'information ne trouvera sa pleine efficacité que si les différents acteurs et, notamment, les commerçants et le public, se familiarisent concrètement et matériellement avec l'euro. Aussi, nous pensons que des initiatives comme celle qui vient d'être lancée dans le quartier Montorgueil pourraient se multiplier dans tous les quartiers commerçants de Paris, ce qui permettra sans doute aussi de faire des commerçants de proximité les ambassadeurs de l'euro auprès du public. La Ville de Paris, en partenariat avec les acteurs concernés, pourrait appuyer ces initiatives qui pourraient se dérouler notamment dans la période qui nous mènera du mois de septembre au mois de décembre.
Vous soulignez aussi à juste titre que les enfants peuvent devenir les meilleurs ambassadeurs de l'utilisation de l'euro auprès de leurs parents et de leurs grands-parents et que des rencontres enfants/personnes âgées auront lieu pour que les enfants expliquent l'euro à nos aînés. Ces rencontres devraient pouvoir se pérenniser au-delà de la mise en place de l'euro, car l'on sait que les rencontres inter-générationnelles sont importantes pour le maintien et même le développement du lien social. C'est essentiellement en direction des personnes les plus fragilisées et donc, notamment, des personnes âgées que doit s'orienter l'effort de notre collectivité.
A ce titre, le maintien du double affichage, bien au-delà des premiers mois de la mise en circulation de la nouvelle monnaie, sera un moyen d'aider les personnes qui ont le plus de difficultés à se familiariser avec elle. Nous vous demandons donc de maintenir pendant une période suffisamment longue le double affichage dans tous les organismes dépendant de la Ville afin d'assurer une transition en douceur vers la nouvelle monnaie.
Enfin, nous soulignons comme vous l'importance de la stabilité et de la simplicité des nouveaux tarifs qui seront appliqués par la Ville de manière à faciliter le travail des caissiers et à faciliter l'utilisation de la nouvelle monnaie par tous.
Voilà quelques remarques et suggestions que nous faisons pour le passage à l'euro. Cette grande aventure collective devra se faire de telle sorte qu'elle ne laisse personne au bord du chemin. Quand nous pensons que certains de nos aînés calculent encore en anciens francs quarante ans après l'entrée en vigueur du nouveau franc, nous pouvons mesurer l'ampleur de la tâche qui s'ouvre devant nous.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Les Verts", socialiste et radical de gauche, communiste et du Mouvement des citoyens).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.
La parole est à M. ASSELINEAU.
M. François ASSELINEAU. - Monsieur le Maire, chers collègues, les Conseillers de Paris membres du "Rassemblement pour la France" souhaitent vous faire part de leur opposition à la campagne de sensibilisation sur l'euro que vous venez de nous présenter.
Trois raisons principales nous motivent.
La première, c'est que cette campagne est parfaitement superflue. Nos compatriotes sont soumis depuis deux ans et demi à un véritable déluge de propagande en faveur de l'euro réalisé aux frais du contribuable national : 10 millions de brochures de présentation ont déjà été diffusées par Bercy, un nouveau guide de 16 pages édité à 27,5 millions d'exemplaires est adressé depuis quelques jours à tous les foyers français, le Gouvernement procède à des campagnes publicitaires télévisées incessantes sur TF1, France 2, France 3, Canal +, La 5e, M6, RTL 9 et LCI, une amplification est encore prévue à partir de l'automne, des milliers de mallettes pédagogiques, des dizaines de milliers de calculettes, des centaines de milliers de jeux de société, de cahiers de comptes en euros, de pièces et de billets factices ont été ou vont être distribués aux enseignants et à leurs élèves ainsi qu'aux personnes âgées et handicapées, on ne compte plus les opérations promotionnelles, dépliants d'information, numéros verts ou sites Internet mis au point par les Chambres de Métiers, les Chambres de Commerce, l'ensemble des banques de dépôt, la quasi totalité des grandes sociétés de distribution et j'en passe.
Toutes ces opérations ont évidemment un coût, qui se chiffre en centaines de millions de francs pour la collectivité nationale.
On voit mal, dans ces conditions, pour quelle raison impérieuse le contribuable parisien devrait, à son tour, être sollicité pour en rajouter dans ce pilonnage publicitaire.
(Mme Marie-Pierre de LA GONTRIE, adjointe, remplace M. le Maire de Paris au fauteuil de la présidence).
Notre deuxième objection, c'est que votre campagne refuse de voir la réalité. Cette réalité, mes chers collègues, c'est la sourde hostilité populaire face à l'euro. Le sondage officiel disponible sur le site Internet de Bercy actuellement - ce qui n'est quand même pas rien - indique que les Français sont devenus désormais majoritairement opposés à l'euro. Ce constat commence à faire sérieusement paniquer l'Elysée, Matignon et Bercy et c'est probablement la raison pour laquelle, Monsieur le Maire, vous tentez à votre tour l'impossible pour faire aimer une monnaie unique à un peuple qui n'en veut pas et qui vote, si j'ose dire, avec les pieds en refusant de s'y intéresser !
M. Jean-Louis ARAJOL. - Bravo !
M. François ASSELINEAU. - Mais permettez-moi de le rappeler, ce n'est pas à coups de millions que l'on obtient l'adhésion d'un peuple.
M. Jean-Louis ARAJOL. - Bravo !
M. François ASSELINEAU. - La vérité, c'est que la mise en place de l'euro...
M. Jean-Louis ARAJOL. - Très bien !
M. François ASSELINEAU. - ... fait l'objet d'un débat national qui va aller en s'amplifiant.
Le "Rassemblement pour la France" a donc décidé de lancer une pétition nationale pour réclamer l'organisation d'un référendum. Nous souhaitons que l'euro reste une monnaie...
M. Pierre CASTAGNOU, maire du 14e arrondissement. - Qui paye ?
Mme Marie-Pierre de LA GONTRIE, adjointe, présidente. - Mes chers collègues, laissez notre collègue s'exprimer, même si l'on peut regretter son pessimisme ; nous aurons l'occasion tout à l'heure d'écouter des collègues plus enthousiastes.
M. François ASSELINEAU. - Comme tout le monde est d'accord, j'ai le droit de m'exprimer !
M. Jean-Louis ARAJOL. - C'est cela, la différence !
M. François ASSELINEAU. - Nous souhaitons que l'euro reste une monnaie commune assimilable à un système de parité fixé et ajustable en cas de besoin. Cela permettrait de conserver le franc comme monnaie de paiement quotidienne.
Formulée neuf ans après Maastricht, notre demande de référendum est évidemment légitime. Après tout, le peuple irlandais vient de rejeter dimanche dernier le Traité de Nice, et voilà que les Gouvernements européens veulent, dès le lundi, lui imposer un nouveau référendum pour le faire changer d'avis ! Notre demande de référendum correspond de toute façon à l'engagement que M. Jacques CHIRAC avait pris en novembre 1994 au cours de sa campagne présidentielle et notre volonté...
(Protestations sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, du Mouvement des citoyens, communiste et "Les Verts").
M. Jean-Louis ARAJOL. - Respectez la différence !
M. François ASSELINEAU. - ... et notre volonté de conserver le franc a été reprise par le Mouvement des citoyens, qui appartient à votre propre majorité municipale !
M. Jean-Louis ARAJOL. - Ils ne sont pas là, d'ailleurs !
M. François ASSELINEAU. - Oui, ce n'est peut-être pas un hasard.
Votre campagne de promotion de la monnaie unique ne nous paraît donc pas seulement superflue, elle prend indûment position dans un débat politique national.
Notre troisième objection enfin c'est que tous vos efforts de communication ne changeront rien au fait que l'euro apparaît déjà comme un fiasco retentissant. L'euro devait être une monnaie de référence et une monnaie de réserve mondiale, c'est raté, car en l'espace de deux ans et demi il a perdu plus du quart de sa valeur par rapport au dollar et le tiers par rapport au yen.
L'euro devait nous affranchir des aléas de la conjoncture économique américaine...
Mme Marie-Pierre de LA GONTRIE, adjointe, présidente. - Veuillez conclure...
M. François ASSELINEAU. - Non, j'ai été interrompu à de nombreuses reprises... L'euro devait nous affranchir des aléas de la conjoncture économique américaine, c'est raté, car le ralentissement enregistré Outre-Atlantique produit déjà des effets récessifs en France, en Allemagne.
Mme Marie-Pierre de LA GONTRIE, adjointe, présidente. - Pouvez-vous conclure, Monsieur ASSELINEAU, vos interruptions ont été décomptées de votre temps de parole.
M. Jean-Louis ARAJOL. - C'est la seule voix, vous n'allez quand même pas l'empêcher de s'exprimer.
Mme Marie-Pierre de LA GONTRIE, adjointe, présidente. - Vous disposez de quelques phrases pour conclure, merci de vous diriger vers la fin de votre intervention.
M. Jean-Louis ARAJOL. - Cela vous ennuie, c'est la pensée unique.
Mme Marie-Pierre de LA GONTRIE, adjointe, présidente. - Les temps d'interruption sont décomptés de votre temps de parole.
M. Jean-Louis ARAJOL. - C'est le diktat de la pensée unique !
M. François ASSELINEAU. - L'euro devait être un facteur de stabilité mondiale, c'est raté, sa dégringolade déstabilise les partenaires de la France situés en dehors de la zone euro. L'euro devait permettre de juguler l'inflation, c'est raté, aucun des 12 états membres de la zone euro ne respecte le seuil plafond de 2 % d'inflation fixé par le pacte de stabilité. L'euro devait donner à l'Europe une crédibilité monétaire internationale, c'est raté car chaque déclaration de M. DUISENBERG, ce "Gaston Lagaffe" de la monnaie unique...
Mme Marie-Pierre de LA GONTRIE, adjointe, présidente. - Monsieur ASSELINEAU, votre temps d'intervention est achevé.
M. François ASSELINEAU. - ... fait pleurer de rire les marchés financiers internationaux.
Mme Marie-Pierre de LA GONTRIE, adjointe, présidente. - Je vous demande de conclure en deux phrases.
M. Pierre CASTAGNOU, maire du 14e arrondissement. - Vive la France !
M. Jean-Louis ARAJOL. - Tout à fait, vive la France !
M. François ASSELINEAU. - Ne vous y trompez pas, mes chers collègues, pas plus que les Français, les Parisiens ne sont dupes de cette série de fiascos, ils n'en ressentent que plus vivement le caractère pathétique et surréaliste du scénario de la propagande d'État. Je vous en prie, Monsieur le Maire, n'ayez pas la candeur de croire qu'ils seront davantage sensibles aux propagandes municipales.
M. Jean-Louis ARAJOL. - Bravo!
Mme Marie-Pierre de LA GONTRIE, adjointe, présidente. - Merci, Monsieur ASSELINEAU. Vive l'euro !
La parole est à M. DAGUENET au nom du groupe communiste.
M. Jacques DAGUENET. - Merci, Madame la Maire.
Madame la Maire, chers collègues, avec votre communication vous affichez, nous le pensons, une belle ambition et celle-ci ne manque pas d'idées, de projets, et d'initiatives. Et j'y reviendrai en soulignant quelques points. Le seul problème - et qui n'est pas négligeable - c'est que les citoyens n'ont pas été maîtres de cette ambition européenne.
Toute la construction européenne, telle qu'elle a été engagée - et cela depuis le début - n'a pas été le fait des citoyens eux-mêmes. Les citoyens ont plus subi que voulu la construction européenne. Du fait qu'elle a été préparée par le haut, sans une pleine participation des citoyens. Du coup le passage à l'euro, qui va toucher et bouleverser au quotidien la vie de tous, est vécu difficilement par un nombre important de Français comme d'Européens.
L'adhésion vraisemblablement majoritaire mais assez mouvante de la population à l'euro s'accompagne, surtout dans les milieux populaires, du sentiment justifié que la mise en place de la monnaie unique est une affaire imposée ailleurs, sans prendre en considération les aspirations des citoyens.
Vous ne serez pas étonné, Monsieur le Maire, que je vous fasse part de nos interrogations sur la construction européenne actuelle. La pression libérale y est très forte. Interrogations sur le rôle de la Banque centrale européenne et sur la monnaie unique, qui ne sert essentiellement qu'à alimenter les marchés financiers.
Ces interrogations sont d'autant plus fortes en ce moment, que les licenciements en masse refont surface et que la croissance connaît un sérieux ralentissement. Confirmé par des experts qui déclarent qu'elle sera plus brutale que prévu.
Il est grand temps:
- de réorienter la construction européenne ;
- de réformer la Banque centrale, en lien avec une politique monétaire différente qui permettrait de soutenir l'emploi, la croissance et pénaliserait l'inflation financière ;
- de donner des droits et des pouvoirs nouveaux aux citoyens et aux salariés ;
- d'agir pour une Europe sociale ;
- et de démocratiser les institutions.
Faire en sorte que les citoyens soient maîtres de leur choix et de leur destin.
L'Europe doit être l'affaire des citoyens, ce qui n'a pas été le cas jusqu'à présent. D'où la difficulté d'associer les citoyens à ce passage à l'euro.
Sacré défi à relever !
La communication qui est faite, je le répète, ne manque pas d'ambition mais quel handicap du fait des raisons que je viens d'évoquer. C'est pourquoi je voudrais faire quelques propositions qui permettraient d'y remédier.
Tout d'abord je pense notamment que dans les expositions qui sont proposées, comme celle sur "La monnaie dans la civilisation européenne", ou "demain l'Euro", organisées dans les Maisons du Développement économique et de l'Emploi, ou bien dans les antennes d'information qui seront créées dans les mairies d'arrondissement, il faut acter la nécessité d'une Europe plus solidaire, plus ouverte au monde, plus sociale et plus démocratique et une Europe citoyenne.
Je voudrais m'arrêter enfin sur d'autres points. Effectivement, il est nécessaire d'avoir des actions en faveur des parisiennes et des parisiens les plus fragiles. Ils redoutent encore plus le changement de monnaie.
Des risques d'exclusion encore plus profonds existent. Des initiatives effectivement particulières sont nécessaires. Une réflexion devrait avoir lieu entre la CAF, le CAS et autres institutionnels pour mutualiser les efforts à fournir en direction de ces familles.
Comme en direction des personnes en situation de précarité et en très grande difficulté. Les différents acteurs de terrain, de réseaux ou associatifs qui militent dans ce secteur devraient être mis à contribution. Ce qui suppose aussi de leur donner des moyens humains et financiers.
Les aides aux personnes handicapées devraient être précisées, par exemple créer des lieux où elles pourraient s'adresser ou bien développer l'aide à domicile. Comme d'ailleurs en direction du 3e âge.
Le CAS de la Ville de Paris devrait également apporter - cela est acté mais nous pensons qu'il faut en faire davantage - une plus grande attention à la formation des agents tournés vers l'accueil du public ainsi qu'aux aides ménagères afin d'apporter toute l'aide indispensable aux personnes âgées.
Il faudrait aussi, comme l'ont dit plusieurs orateurs, rajuster certains tarifs, comme ceux des transports en commun, au profit des usagers.
Enfin je voudrais attirer votre attention sur les inquiétudes des salariés des secteurs financiers, banques, caisses d'épargne et poste, concernant leur sécurité. Des millions vont transiter dans leurs mains et également sur les dérives en matière de conditions de travail avec des dérogations au Code du Travail, tout à fait inadmissibles.
Mme Marie-Pierre de LA GONTRIE, adjointe, présidente. - Veuillez conclure, Monsieur DAGUENET.
M. Jacques DAGUENET. - Justement, je terminerai en disant que la confiance avec laquelle les Parisiennes et les Parisiens aborderont le passage à l'euro dépendra pour une part de la manière dont ils ont plus ou moins été informés, mais surtout de la manière dont on répondra à leur préoccupation, à leurs attentes et à leurs besoins.
Mme Marie-Pierre de LA GONTRIE, adjointe, présidente. - Merci. La parole est à M. LE GOFF au nom du groupe "D.L.I.".
M. René LE GOFF. - Madame la Maire, M. le Représentant du Préfet de police, chers collègues, le groupe "Démocratie libérale et indépendants" au nom duquel je m'exprime a écouté avec beaucoup d'attention votre communication sur Paris, capitale de l'euro. Permettez-nous tout d'abord de vous dire que vous répondez ainsi partiellement à la question écrite que nous vous avions transmise et qui concernait l'annonce de dispositions spéciales d'information et d'assistance aux parisiens aussi bien au niveau de la Mairie de Paris que dans les mairies d'arrondissements.
Si nous vous avions posé cette question c'est parce que nous avons le sentiment profond que le Gouvernement a largement sous-estimé les difficultés que nos concitoyens vont avoir dans le changement de monnaie. Tous les analystes sérieux placent la France dans le peloton de queue des états passant à l'euro début 2002, tant notre impréparation et notre manque de mobilisation sont patents. La défaillance du Gouvernement doit bien évidemment être compensée par les collectivités territoriales. Pour les Parisiens c'est donc tout naturellement la Ville qui doit faire le travail de fond pour assurer une transition en douceur du franc vers l'euro.
Votre catalogue de propositions qui assurent aussi bien l'information, l'assistance des Parisiens, des entreprises, des touristes que les nouveaux tarifs que la Ville propose de mettre en ?uvre a malheureusement un coût. Paris doit se substituer à l'état défaillant et les Parisiens vont avoir à payer deux fois un service qui leur est dû.
Mais notre déception provient surtout du fait que votre communication ne soit pas accompagnée d'une intervention de M. le Préfet de police répondant à l'autre volet de notre question écrite. En effet, tous les spécialistes de la sécurité nous informent des risques encourus par le pays pendant une période d'au mois six mois au cours de laquelle des mouvements très importants de fonds vont être opérés ; et Paris va être concerné au premier chef par ce problème pendant la période allant de septembre prochain au mois de mars 2002 !
Alors quels sont ces risques ? Ce sont les risques d'augmentation de la délinquance liée aux opérations liées au passage effectif du franc à l'euro fiduciaire.
Le premier risque provient de tous les mouvements de billets et de pièces qui vont intervenir à partir de l'automne prochain pour alimenter les établissements financiers et commerciaux, les automates bancaires et autres distributeurs qui devront disposer de la nouvelle monnaie au 1er janvier 2002.
Ces transferts d'argent seront sans commune mesure avec les mouvements habituels et les différents acteurs concernés, comme les convoyeurs de fonds, sont déjà largement mobilisés. Aux risques de transferts importants d'argent liquide, il faut ajouter un stockage important de pièces et de billets dans des endroits, comme les commerces, mal équipés pour se protéger contre le vol !
Le deuxième risque provient des particuliers, de celles et de ceux disposant d'argent liquide, même et surtout pour des montants modestes, qui devront échanger leurs francs contre des euros dans des établissements financiers.
Une rapide évaluation permet de situer au minimum à 10 milliards de francs, à comparer aux 150 milliards qui sont estimés au niveau français, le montant des billets et des pièces qui vont sortir des armoires et autres caches pour argent liquide afin d'être convertis en euros. Il va falloir sortir dans la rue avec des billets plein les poches ou dans les cabas, se diriger vers la banque ou la Poste pas forcément la plus proche afin de procéder à la dépose des francs. A partir du 1er janvier 2002, le retour sera aussi risqué que l'aller car chacun pourra repartir de son établissement financier favori avec des euros. Il s'agit là d'au minimum 5 milliards d'euros à comparer avec les 50 milliards d'euros au niveau national. Cette opération est risquée et les personnes âgées seront des cibles privilégiées.
Le troisième risque, l'escroquerie, provient de ceux qui abuseront de l'incapacité de nombreuses personnes à convertir les prix dans la nouvelle monnaie. De la valse des étiquettes à la rédaction erronée de chèques en passant par des paiements cartes bancaires en "aveugle", les personnes âgées, les plus démunis et même les touristes sont des victimes désignées. Quelle que soit la qualité de l'information préalable, le risque existe et il faudra bien enregistrer les plaintes dans les commissariats et agir vite pour éviter que certains délinquants ne prospèrent en accumulant le nombre de leurs victimes.
Nous attendions de votre communication une réponse à ces risques encourus par les Parisiens, les Parisiennes, ceux qui travaillent à Paris et ceux qui nous visitent.
Certes, le Gouvernement a annoncé début mai au niveau national des mesures prévoyant une mobilisation exceptionnelle de la police, de la gendarmerie et des forces armées afin d'assurer l'escorte des transports de fonds, la garde des centres départementaux de stockage des pièces ou encore la sécurité des agences bancaires, postales et du Trésor public, la protection renforcée des commerçants et des personnes les plus exposées. La communication gouvernementale précisait également que des instructions avaient été données aux préfets pour qu'ils adaptent les mesures de ce plan au contexte de leur département.
Nous attendions donc que M. le Préfet de police complète la communication de M. le Maire de Paris par un plan précis d'actions efficaces à même de combattre les risques importants de délinquance que nous venons de résumer.
Nous pensions, Madame la Maire, que votre conversion récente aux problèmes de sécurité des Parisiens vous conduirait à anticiper ces problèmes. Ce n'est pas le cas et, dans ce domaine, nous ne pouvons qu'être déçus !
Alors en conclusion, en plus des mesures Bus-Euro, Euro-Vision, Euro-cadres et autres dispositions intéressantes qu'il convient de chiffrer...
Mme Marie-Pierre de LA GONTRIE, adjointe, présidente. - Vous avez dépassé votre temps de parole, il faut conclure.
M. René le GOFF. - ... nous demandons au Préfet de police qu'il mette en place un "Plan Vigie euro" qui, sur le modèle de "Vigipirate" sera vraiment capable d'assurer la protection des Parisiens et de tous les professionnels qui auront à vivre le passage délicat du franc à l'euro.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Démocratie libérale et indépendants" et "Rassemblement pour la République et apparentés").
Mme Marie-Pierre de LA GONTRIE, adjointe, présidente. - M. Christian SAUTTER pourra vous rassurer tout à l'heure sur la prise en compte de tous les risques peut-être excessifs que vous avez soulevés dans votre intervention.
La parole est à Mme CAPELLE au nom du groupe du Mouvement des citoyens.
Mme Liliane CAPELLE. - Si le passage est sans nul doute un événement historique majeur, permettez-moi d'être moins euphorique que beaucoup d'entre vous.
En effet la République française a abandonné sa souveraineté monétaire en substituant l'euro au franc. Le 17 février 2002, les citoyens et tous les acteurs économiques devront effectuer toutes les transactions en euro après une période d'un mois et demi de mise en place d'une monnaie gérée à Francfort et non plus à Paris. Vous avez raison, c'est un fait historique sans précédent : les élites d'une nation souveraine ont imposé en temps de paix au peuple l'abandon d'un moyen de paiement accepté par tous depuis des temps immémoriaux au profit d'un autre, méconnu et n'ayant jusqu'à présent suscité aucune avidité. Les accès récurrents de faiblesse de l'euro face au dollar n'encouragent d'ailleurs pas la détention de la nouvelle monnaie. Le 17 février 2002 marquera donc un tournant majeur de l'effacement de la nation au profit d'un ensemble supranational engagé dans un processus de "landérisation".
Mais le 17 février 2002 marquera aussi plus prosaïquement le début d'une période de soucis quotidiens pour nos concitoyens. D'ores et déjà, nous savons que l'argument selon lequel les voyages dans les pays de la zone euro seront facilités est inexact.
Récemment, un de nos compatriotes s'est rendu en Belgique et a souhaité payer une de ses dépenses avec un chèque libellé en euro. Au motif que le chèque reste un instrument de paiement national, il lui en a coûté des frais de banque s'élevant à 150 F environs. Je vous laisse le soin de le calculer en euro. La Commission de Bruxelles jure qu'elle s'emploiera à faire baisser ces tarifs, mais ne s'aventure pas à promettre de les faire disparaître. Il est vrai que le chèque payant nous menace, y compris à l'intérieur de nos frontières. C'est d'ailleurs la raison de la proposition de loi déposée à l'Assemblée nationale par Georges SARRE.
Il y a cependant des raisons de s'inquiéter plus grandes encore. D'une part, la conversion des francs en euros étant particulièrement compliquée, la vie de la plupart d'entre nous va rapidement se résumer à un exercice permanent de calcul mental de manière à vérifier que les prix restent stables.
Si nous n'y prenons garde, l'introduction de l'euro peut entraîner, en effet, un regain d'inflation par le jeu des arrondis à l'euro supérieur. Notre vigilance devra donc être accrue. A supposer même que celle-ci soit suffisante pour réduire ce risque, il reste que nombre de nos concitoyens seront désarmés. Ils seront des proies faciles pour des commerçants sans scrupules ou eux-mêmes en difficulté, voire des escrocs et des aigrefins de tous poils dont je ne doute pas que l'imagination est déjà mobilisée pour tirer parti de cette période propice aux opérations malhonnêtes.
D'autre part, l'introduction de l'euro va amplifier les phénomènes d'insécurité. Comme la monnaie allemande, l'euro circulera sous la forme de grosses coupures. Il en résultera que la quantité de liquide dans la poche des Français augmentera et suscitera nécessairement des convoitises plus grandes. Comme chacun sait, avec le bon sens qui les caractérise, nos concitoyens répugnent à circuler avec trop d'argent sur eux. Les agressions dont sont victimes les personnes âgées allant retirer leur pension à la Poste nous rappellent chaque jour que leur souci ne relève pas que de l'intoxication.
Enfin, sans même penser à ces noirs desseins caressés par les malfrats de tous ordres, il reste l'horreur, notamment pour le règlement des dettes anciennes ou périodiques initialement libellées en francs mais payables en euros. Je voudrais rappeler que les factures E.D.F., qui sont déjà reçues par beaucoup, posent beaucoup de problèmes.
La Ville de Paris, à mes yeux, devra jouer un rôle essentiel durant cette période difficile. Il lui appartiendra de tout mettre en ?uvre pour informer au mieux les Parisiens, non seulement à l'aide de supports à diffuser mais également par la tenue de permanences euro dans les mairies d'arrondissement, voire dans les quartiers à l'aide des camions que la Ville fait circuler.
Le plan de campagne établi doit perdurer aussi longtemps que cela sera nécessaire, surtout, et comme l'ont déjà exprimé beaucoup de mes collègues, en direction des personnes les plus défavorisées ou les plus fragiles.
Enfin, je nous souhaite à tous bonne chance. Merci.
(Applaudissements sur les bancs des groupes du Mouvement des citoyens, socialiste et radical de gauche, communiste et "Les Verts").
Mme Marie-Pierre de LA GONTRIE, adjointe, présidente. - Merci, Madame CAPELLE.
La parole est à M. LEKIEFFRE, pour trois minutes.
M. Christophe LEKIEFFRE. - Madame le Maire, mes chers collègues, élu indépendant et non inscrit, je souhaite pour ma part placer cette intervention sur le terrain du concret plutôt que sur le terrain du combat politique national.
Je tiens d'ailleurs à mettre en garde la nouvelle Municipalité contre toute tentation, à propos de l'euro ou de la mise en place de l'euro dans quelques mois, de mener une opération à caractère politique ou de défendre l'euro sur un plan politique.
Car, au moment où l'euro se met en place, personne ne peut ignorer, sauf à être aveuglé par son esprit partisan, qu'il reste un nombre certain de Français qui contestent la pertinence de la mise en place de cette monnaie unique. Ils ne pourront qu'être choqués par la communication qui nous a été distribuée. La propagande et l'espèce de triomphalisme qui y sont omniprésents sont, à leur égard, incongrus et, à mon avis, risqués.
Affirmer, par exemple, que Paris est prête pour l'euro, cela demande d'abord à être confirmé. A cet égard, les prévisions ont souvent été démenties. Je ne sais pas, personnellement, si mon passage à l'euro va bien se passer et je trouve un peu présomptueux que la Ville de Paris s'affirme avec tant de certitude prête pour l'euro.
Lorsque je lis, en dernière page de cette communication : "Pour la première fois de l'histoire, les habitants de douze pays de l'Union effectueront leurs échanges dans une seule et même monnaie... A l'aube de ce moment qui, sans outrance, peut être qualifié d'historique, Paris a l'intention de tenir son rang", je trouve que vous oubliez un peu vite qu'il s'agit là d'une décision imposée d'en haut et qu'il n'est pas sûr que la base ait à s'en réjouir.
Vous me permettrez, au passage, de souligner que sur le marché des changes, depuis deux ans, c'est 25 % de leur pouvoir d'achat sur l'étranger que les Français ont vu disparaître avec la mise en place de l'euro.
Donc pas de certitude mal placée, pas de triomphalisme et surtout pas de propagande.
Vous ne feriez que renforcer les bons esprits qui défendent que, plutôt que d'avoir une difficile et compliquée monnaie unique, l'euro, on aurait pu et dû conserver la simple mais suffisante monnaie commune, l'écu. Mais ce débat n'est pas le nôtre aujourd'hui et, pour ma part, j'en resterais là.
Si la Ville décide de s'engager dans une direction afin d'aider les Parisiens, commerçants et consommateurs, à ce que ce passage, important et sans doute difficile, d'une monnaie à une autre s'effectue le mieux possible, alors elle sera dans son rôle.
La Ville de Paris devra le faire en coordination étroite avec les autres acteurs institutionnels déjà impliqués sur ce dossier, comme la Chambre de Commerce ou le Ministère des Finances, et elle évitera par ailleurs de reproduire des communications et services déjà existants.
La Ville de Paris devra aussi soutenir les initiatives locales, celles des associations de commerçants en particulier qui, placées en première ligne de ce difficile passage à l'euro, ont à c?ur de sensibiliser dès à présent un maximum de leurs clients.
A ce sujet et pour conclure, je voudrais saluer l'importante opération qu'ont mis en place sur le 2e arrondissement deux présidents d'associations de commerçants du quartier Montorgueil-Saint-denis, Pierre LIENARD pour la rue Montorgueil et Christian FOIN-BLOND pour la rue Ticquetone. L'ouverture d'une maison de l'euro et des animations de rue proposées jusqu'au 13 juillet prochain vont permettre aux écoles du quartier et aux maisons de retraite, aux habitants et aux commerçants d'aborder avec un peu moins d'appréhension une page difficile de l'histoire économique de notre pays.
Je sais que le Maire de Paris viendra personnellement soutenir cette initiative, le 15 juin prochain, en fin de matinée, alors permettez-moi, Madame le Maire, d'inviter l'ensemble de nos collègues à se joindre à nous pour cette inauguration. Ils pourront ainsi constater, et pourquoi pas s'inspirer d'une véritable et pratique opération euro sur Paris, opération pilote sur la Capitale, "Montorgueil marche à l'euro".
Mme Marie-Pierre de LA GONTRIE, adjointe, présidente. - Je crois que tous nos collègues ont entendu votre invitation.
Pour achever ce débat, la parole est à M. REY, pour quatorze minutes, qu'il n'est pas obligé d'utiliser intégralement.
M. Gérard REY. - Quatorze minutes, c'est un peu long.
Mme Marie-Pierre de LA GONTRIE, adjointe, présidente. - En euro, cela fait 2,5.
M. Gérard REY. - D'autant que je ne voudrais pas achever un débat qui ne le sera pas.
Il ne s'agit pas, aujourd'hui, de discuter du bien-fondé de l'euro ou de refaire la discussion politique de ces dernières années. Il s'agit simplement de prendre en compte la nécessité pour la Ville de mener des actions importantes pour accompagner la mise en application de l'euro à Paris. Ce sera fait et il vaut mieux que ce soit bien fait et toutes les mesures qui seront prises sont positives.
Dans le 12e arrondissement, nous souhaitons que des mesures et des initiatives soient prises pour que cela se passe bien.
Nous proposons aussi au Maire de Paris qu'une initiative soit prise à travers les enfants à destination des commerçants parce que nous pensons que l'avenir, ce sont les enfants. Au-delà de cette certitude, nous pensons qu'il faut faire entrer l'euro dans les maisons. On en parle dans les écoles mais il faut faire en sorte que cela commence à avoir une réalité concrète dans les commerces.
Voilà notre proposition. Pour résumer, nous souhaitons que le Maire de Paris nous apporte l'aide financière nécessaire pour que chaque enfant puisse bénéficier d'un euro "fictif", mais d'un euro qui pourrait devenir réel avec l'appui des commerçants, qui pourrait être racheté par les commerçants, dans les boulangeries, les pâtisseries, les commerces de proximité, pour qu'on puisse faire un essai à blanc mais avec une réalité concrète derrière, afin qu'on puisse voir qu'un euro, cela a une valeur, cela a une réalité.
C'est anticiper les décisions qui vont être prises.
Bien sûr, cela coûte cher. Donner un euro à chaque enfant dans les arrondissements, c'est important mais si cet euro permet une discussion, une bonne appréhension du problème et anticipe les décisions du futur, moi, je pense que c'est un euro bien placé dans la main de chaque enfant.
Bien entendu, cette proposition peut être élargie à tout Paris. Ce serait une façon concrète de mener une initiative nouvelle, qui pourrait faire vivre l'euro d'une manière intéressante.
C'est donc une mesure concrète que nous voulons proposer. Il ne s'agit pas de révolutionner les choses ou de se positionner d'une manière décisive sur l'orientation politique, il s'agit simplement de mettre en application une mesure simple, qui permet à chaque enfant, à chaque parent, à chaque écolier d'avoir une discussion et de mener une action concrète pour que l'euro devienne non pas simplement un sujet de débat dans les écoles (c'est important qu'on parle de l'euro dans les écoles, bien entendu, et c'est important qu'on en parle un peu partout), mais l'objet d'une action qui le transforme en quelques chose de ludique, de festif et de positif, qui sera bien accueilli par tous.
Merci.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, du Mouvement des citoyens, communiste et "Les Verts").
Mme Marie-Pierre de LA GONTRIE, adjointe, présidente. - Merci, Monsieur REY.
Nous avons achevé le temps des interventions.
Je vais donner la parole tout d'abord à Lyne COHEN-SOLAL puis à Christian SAUTTER pour répondre aux intervenants.
Mme Lyne COHEN-SOLAL, adjointe. - Merci, Madame le Maire.
Je voulais d'abord parler de l'action que la Mairie de Paris entend mettre à la disposition des commerçants, des artisans et bien entendu des consommateurs pour ce passage à l'euro.
Comme beaucoup d'orateurs l'ont dit, ce moment sera historique et nous devons, en tant que Mairie de Paris, aider au maximum tous les commerçants et artisans parisiens, et bien entendu les consommateurs de ces commerçants et de ces artisans, afin que ce passage à l'euro soit pour eux le moins traumatisant possible et qu'ils se sentent rassurés à l'annonce de cette date.
La Mairie de Paris n'est pas responsable du passage à l'euro mais elle travaille d'une manière systématique, en partenariat avec la Chambre de Commerce, la Chambre de Métiers, le Ministère des Finances, la Banque de France et la Chambre des Experts-Comptables ainsi qu'avec l'ensemble des associations de commerçants qui prennent des initiatives.
Donc, la Mairie de Paris agit en synergie et se doit d'être exemplaire en mettant à disposition de toutes les initiatives d'information et de formation les lieux, mais aussi les panneaux d'annonce et les kiosques qui sont à sa disposition.
Première action, les actions d'information. La Mairie se propose de se rapprocher au plus près des commerçants, des artisans et des consommateurs en installant dans les 80 marchés qu'elle gère directement ou par le biais de ses concessionnaires, des kiosques d'information. Nous proposons de mettre les trois bus d'information de la Mairie de Paris en mouvement autour de ces lieux. Les 20 mairies d'arrondissement, vous le savez, recevront des propositions de la part des services de la Mairie de Paris afin que des kiosques d'information soient installés dans leur hall. Un certain nombre d'entre elles l'ont déjà fait, d'autres s'y préparent.
Nous laisserons en permanence des petits kiosques dans ces mairies d'arrondissement afin que tous les habitants qui les fréquentent puissent recueillir des informations.
La Mairie de Paris a mis en place des Maisons du Commerce et de l'artisanat et des Maisons de développement et de l'emploi. Nous entendons y installer ces kiosques d'information ainsi que des formateurs, pour que tous les commerçants et artisans qui les fréquentent, puissent en bénéficier.
Des actions de formation spécifiques seront développées. Les ateliers de l'euro ont commencé. Dernièrement, nous avons assisté à un atelier dans le 13e où un certain nombre de commerçants ont passé plusieurs heures pour poser des questions, mais aussi recevoir des informations précises. La mise en place de monnaies "monopoly", c'est-à-dire des spécimens de monnaie européenne sont mises en place et des expériences de double caisse sont expérimentées dans un certain nombre de commerces. Le travail des experts comptables, qui viennent nous seconder, est essentiel dans ce domaine. Un certain nombre d'emplois-jeunes de la Mairie de Paris pourront mener un travail de mailing et d'approche systématiques dans les boutiques et les rues des commerçants et artisans afin que personne ne soit oublié dans ces actions de formation et d'information.
Des actions plus précises sont prévues dans quatre formes de commerces, qui seront les plus fragiles aux premiers jours de 2002 : les tabacs, les cafés, les marchands de journaux et les boulangers.
Hier au soir, avec la Fédération patronale de la boulangerie que nous recevions à la Mairie de Paris lors de leur congrès, nous avons précisé le projet de les aider au plus près. En effet, le premier janvier 2002, si quelqu'un achète son croissant avec un billet de 200 F, son boulanger devra lui rendre la monnaie en euros. Nous devrons informer les consommateurs de se doter d'un "kit euro", mais nous devons aussi aider les commerçants à tenir des doubles caisses en toute sécurité.
Nous devons entreprendre une action auprès des touristes, qui ne parlent pas tous le Français et qui devront payer ou recevoir la monnaie en euro dès le premier janvier 2002.
Tout ce que la Mairie pourra entreprendre pour développer, animer et aider les institutions consulaires, les associations de commerçants et les initiatives, naturellement la Mairie le fera en partenariat et d'une manière méthodique.
Nous pensons que le passage à l'euro est une force d'intégration de tous, en particulier des populations les plus fragiles, mais aussi des petits commerçants et des petits artisans.
(M. le Maire de Paris reprend place au fauteuil de la présidence).
Je pense pouvoir répondre à un certain nombre d'orateurs qu'ils peuvent se rassurer. Si la Mairie de Paris n'est pas responsable du passage à l'euro, elle fera tout pour qu'il soit le plus rassurant possible pour chacun d'entre nous, et chacun d'entre vous. Je rappelle à M. POZZO DI BORGO qu'au sein de la Mairie il existe un comité de pilotage de service pour le passage à l'euro. Par ailleurs, des partenaires travaillent avec nous et se réunissent régulièrement sous la présidence de M. SAUTTER ou moi-même afin que tout soit entrepris en synergie et que les habitants puissent être rassurés, comme il le faut, pour le premier janvier 2002.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je vous remercie. Je donne la parole à M. SAUTTER.
M. Christian SAUTTER, adjoint, au nom de la 1ère Commission. - Merci, Monsieur le Maire.
Je répondrai aussi précisément que possible aux interventions qui ont été faites et d'abord à l'intervention constructive de Mme DUMAS, qui a bien montré que, pour Paris, il existait un double enjeu. D'abord Paris veut être au premier rang des capitales européennes et doit être exemplaire en matière de passage à l'euro. Ensuite comme le Maire l'a fort bien exprimé, il s'agit d'une révolution pour la vie quotidienne de nos concitoyens. Vous avez, Madame, émis un certain nombre de suggestions concrètes. Par exemple, vous avez suggéré que les délibérations soient formulées dans les deux monnaies. Je peux déjà vous répondre que le budget primitif pour 2001, que nous avons voté en avril, est disponible en euros. Je me ferai un plaisir de le faire parvenir à tous les Conseillers qui le souhaitent. Comme le Maire l'a expliqué, nous sommes en train de préparer dès maintenant le budget de l'an prochain en euros, ce qui nous oblige les uns les autres, à une gymnastique salutaire.
Vous avez dit avec un peu de sévérité que la Ville devait rattraper son retard. La préparation à l'euro n'a pas commencé aujourd'hui. Dès 1998, des dispositifs ont été mis en place pour convertir tous nos systèmes informatiques et toutes les régies de paiement de façon à ce que nous soyons prêts au 1er janvier 2002.
Je voudrais à ce propos, rendre hommage comme le Maire l'a fait, aux services qui se sont mobilisés sur ce passage délicat depuis maintenant deux à trois ans.
A Mme HOFFMAN-RISPAL, je ne dirai rien de particulier sauf des louanges puisqu'elle a montré que l'on pouvait être à la fois concret et généreux en matière d'actions en direction des seniors.
Je voudrais rendre hommage aux bénévoles, notamment à ceux de l'Institut national de la retraite active, mais aussi aux personnels du C.A.S.-V.P. et aux agents de la Ville et du Département car il s'agit véritablement d'une mobilisation d'ensemble. Toutes ces personnes méritent que le Conseil de Paris les salue.
A M. POZZO DI BORGO, faute de temps, son intervention était trop limitée : il n'a pas pu rendre hommage à François MITTERRAND et à Jacques DELORS en tant que pères de la construction européenne. Vous avez parlé de précipitation et de manque d'ambition. Je vous donne un exemple concret. Il était prévu initialement une exposition itinérante sur l'euro, qui irait de mairie en mairie d'arrondissement. Cette exposition a déjà rendu visite à 6 mairies d'arrondissement. Il était prévu qu'elle parcoure les 14 mairies qui subsistent d'ici la fin de l'année. La décision qui vous a été annoncée par le Maire est qu'il y aurait à la rentrée, des antennes permanentes d'information dans les mairies d'arrondissement. M. REY y a fait allusion. C'est là un changement de vitesse dans la préparation à l'euro.
Sur les personnes âgées, Mme HOFFMAN-RISPAL a répondu à l'avance. Il y a une vraie mobilisation de volontaires et de fonctionnaires. Quant aux tarifs des transports en commun, le Maire a tendu une oreille favorable à votre suggestion.
M. NAJDOVSKI a cité le quartier "Montorgueil". Mme COHEN-SOLAL lui a répondu. Il a attiré l'attention à juste titre, sur les personnes les plus fragilisées, sur la nécessité du maintien d'un double affichage, sur la simplification des tarifs de la Ville et leurs arrondis vers le bas.
Ce sont des principes qui ont été annoncés par le Maire dans sa communication. Nous y travaillerons ensemble si vous le voulez bien pour les mettre en application.
J'ai écouté ensuite M. ASSELINEAU avec l'impression d'avoir "Radio Nostalgie" aux oreilles, mais peut-être que son ton un peu vif traduisait des convictions plus branlantes qu'il n'y paraissait.
Je crois qu'il n'y a pas de nécessité, Monsieur ASSELINEAU, à revenir sur la décision du passage à l'euro. La décision a été prise. Elle a été prise par le peuple français. Nous devons la mettre en ?uvre.
Je voudrais, Monsieur ASSELINEAU, dire que mon caractère incurablement optimiste a vu dans vos propos un hommage en creux à l'importante campagne d'information qui a déjà été menée par l'Etat et à celle que nous allons entreprendre à Paris.
M. DAGUENET a parlé de l'euro d'un point de vue général. Je voudrais lui dire qu'autrefois, il y a quelques lustres ou quelques décennies, on disait que lorsque les Etats-Unis s'enrhument, l'Europe attrape une pneumonie.
Je crois qu'actuellement la croissance américaine s'est arrêtée, la croissance européenne ralentit, c'est vrai, mais elle reste soutenue.
Je crois que l'euro protège la croissance européenne des turbulences américaines, pas complètement, mais me semble-t-il dans une large mesure.
Vous avez, Monsieur DAGUENET, attiré l'attention sur les familles en situation de précarité et sur les personnes handicapées.
C'est l'occasion pour moi de dire qu'en direction des personnes handicapées, Mme KOMITÈS, comme chacun des adjoints auxquels je veux rendre hommage, a proposé des initiatives concrètes par exemple d'organiser une ou deux journées de formation à l'euro dans les centres d'aide par le travail, dans les maisons d'accueil spécialisées, dans les ateliers protégés, dans les foyers d'hébergement, dans les centres de jour, dans les services d'accompagnement.
Vous voyez que votre préoccupation, parfaitement justifiée sur l'action de la Ville de Paris et du Département de Paris, est, me semble-t-il, satisfaite.
M. LE GOFF a parlé d'impréparation et a dit que la Ville de Paris allait se substituer à l'Etat. Je crois que cette vision est inexacte. Ce que nous faisons, nous le faisons en plus de ce que fait l'Etat, et pas à la place de ce que fait l'Etat.
Nous pensons, et le Maire l'a fort bien expliqué, qu'il faut au-delà de l'information générale qui couvre toute la France, qu'il y ait un travail d'information, de pédagogie de proximité et ceci est de notre responsabilité.
Vous avez surtout parlé des questions de sécurité et c'est votre droit entier.
Je voudrais vous dire, sur ce point, mais le Préfet de police aura, à l'occasion d'une question d'actualité pour être plus précis, que le Préfet de police est très attentif aux questions de sécurité, qu'il s'agisse des transferts de fonds, ou des opérations de change.
Il met en place un véritable plan vigi-monnaie, donc votre expression est presque retenue, avec une mobilisation très forte entre le 1er décembre et le 31 janvier. Il aura l'occasion de s'exprimer sur ce point.
Ses préoccupations de sécurité sont au c?ur de ses préoccupations pour la fin de l'année.
Mme CAPELLE a appelé - et elle avait tout à fait raison - à la vigilance pour que le jeu des arrondis ne se fasse pas au détriment des consommateurs. Elle a souligné, avec des termes bien choisis, le rôle essentiel que la Ville de Paris doit mener aussi bien en ce qui concerne les permanences dans les mairies d'arrondissement que les bus itinérants.
Je voudrais insister, Mme Lyne COHEN-SOLAL y a fait allusion, sur les marchés parisiens. Il y aura des bus itinérants où aussi bien les commerçants que les consommateurs pourront trouver l'information et à mon avis, le réconfort s'ils en ont besoin en ce qui concerne le passage à l'euro.
M. REY enfin a exposé dans un témoignage très vivant toutes les initiatives qu'un maire d'arrondissement peut prendre.
Il a parlé du 12e arrondissement, fort bel arrondissement. Il est clair que l'action de la Ville de Paris pourra et sera démultipliée par des initiatives particulières des maires d'arrondissement.
Il a fait une suggestion en direction des enfants, ambassadeurs de l'euro, et nous allons étudier cette suggestion.
Je voudrais terminer par M. LEKIEFFRE pour dire que la Ville se prépare activement à l'euro, et qu'il s'agit d'une mobilisation de l'exécutif autour du Maire, autour des adjoints, particulièrement compétents en la matière. Mobilisation des élus, mobilisation des fonctionnaires. Il y a, dans chaque direction, un fonctionnaire en charge du passage à l'euro. Il y a une mobilisation des associations parisiennes et une mobilisation des bénévoles.
Je suis absolument convaincu que grâce à cette mobilisation, nous allons pouvoir tous ensemble passer à l'euro de façon plus facile que cela était peut-être concevable, il y a quelques semaines.
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et radical de gauche).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup à Christian SAUTTER, à Lyne COHEN-SOLAL, à tous les adjoints, à tous les collaborateurs, et à l'Administration qui essaient de faire pour le mieux. Merci à tous les orateurs de ce matin.
Je pense que tout cela était utile et ce débat n'est pas clos. Nous sommes disponibles, l'ensemble de l'exécutif, pour entendre toutes vos suggestions notamment celles des mairies d'arrondissement mais aussi celles de tous les élus de terrain que vous êtes, pour nous dire au fur et à mesure que se déroulent ces opérations, ce que nous pouvons améliorer, corriger et inventer.
Ne vous gênez pas pour nous inspirer encore dans les semaines qui viennent pour réussir ce passage en euros à Paris.
Merci à tous.