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Juin 2001
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Conseil Municipal
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15 - VIII - Question d'actualité de M. Philippe GOUJON, au nom du groupe "Rassemblement pour la République", à M. le Préfet de police relative aux récents incidents qui se sont produits dans les quartiers de Paris

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2001


M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. Philippe GOUJON pour une question posée à M. le Préfet de police.
M. Philippe GOUJON. - Monsieur le Préfet, de graves événements, comme chacun sait, viennent de traumatiser 2 arrondissements, suscitant l'émotion de leurs habitants, comme celle de leurs élus, au premier rang desquels M. Philippe SÉGUIN et Mme Nicole CATALA.
A la Goutte d'Or, c'est une véritable guérilla urbaine qui a généré la mort d'un jeune de la bande de la rue Léon poursuivie par la police. Toute la nuit de mardi à mercredi, des groupes rassemblant jusqu'à 200 jeunes ont attaqué le poste de police à coups de cocktails molotov, incendiant ou caillassant des voitures par dizaines.
Le tout évidemment sur fond d'économie souterraine alimentée par un trafic de drogue dont je rappelle à l'élu du 18e que vous êtes qu'il est en hausse de 50 % en 2000 dans votre arrondissement.
Quant à la rivalité entre les bandes du Moulin-de-la-Vierge dans le 14e et de Falguière dans le 15e, elle a opposé, mercredi après-midi, une quarantaine de jeunes armés dans une guerre de territoires qui a failli provoquer la mort d'un collégien de 16 ans, le coeur et le poumon perforés par une balle de 6.35.
Samedi à nouveau encore, une expédition punitive d'une bande de Saint-Ouen contre celle de la cité Brune a fait un blessé grave.
Longtemps épargnée, la Capitale a donc rejoint le lot commun des sites touchés par les violences urbaines, et la Préfecture de police répertorie pas moins d'une cinquantaine de points chauds qui abritent bandes, trafics en tous genre, agressions, violences. Le Gouvernement y répond par un slogan vide de contenu : la police de proximité.
C'est en tout cas ce qui ressort du rapport confidentiel de la 4e mission d'évaluation de la police de proximité, véritable réquisitoire contre la mise en ?uvre actuelle de ce concept.
Monsieur le Préfet, comment envisagez-vous de répondre aux questions dérangeantes de ce rapport vérité qui doute de l'adhésion des personnels et qui déplore que les missions prônées par la doctrine n'aient pas encore réellement émergé ?
Comment sécuriser les habitants quand les policiers eux-mêmes sont insécurisés ?
Comment répondre à la délinquance la nuit alors qu'un choix stratégique à été fait d'être présent en journée ?
Comment réduire la rotation des effectifs, recruter des A.D.S. et faire face aux heures supplémentaires ?
Comment réduire les servitudes administratives qui obèrent les capacités de redéploiement des personnels ?
Comment assurer un recrutement régional et mieux récompenser les policiers les plus exposés ?
Quant à la fameuse polyvalence, le rapport est sans appel : "inexpérimentés, exposés, sous-encadrés, les jeunes gardiens de la paix, je cite, en quête de mutation rapide pour fuir la région parisienne n'apportent rien de durable là où ils sont affectés. On est loin de l'objectif d'une polyvalence individuelle qui reste encore l'exception."
Ainsi et pour conclure, au moment où la délinquance à Paris a fait, depuis le début de l'année, un bond spectaculaire, évalué, je crois, Monsieur le Préfet, (vous le confirmerez ou l'infirmerez) à 10 ou 15 %, oui 10 ou 15 % de hausse de la délinquance depuis le début de l'année ! Comment comptez-vous faire en sorte que la police de proximité devienne pour nos concitoyens, enfin, une réalité dans leur quartier ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour la République et apparentés", "Démocratie libérale et indépendants", "Ensemble pour Paris" et "Union pour la démocratie française").
M. LE MAIRE DE PARIS. - Avant de donner la parole à M. le Préfet de police, je vois des élus, majorité et minorité d'ailleurs, qui téléphonent pendant la séance. J'ai déjà eu l'occasion de le dire, franchement, la prochaine fois, je crois que je serai obligé d'interrompre la séance.
Je vous en prie, ce n'est pas drôle. C'est un manque de respect pour nos travaux et je vous demande vraiment d'y veiller car je trouve que c'est choquant pour l'Assemblée que nous sommes.
Et donc, coupez vos portables, pour être clair. Coupez vos portables !
M. Michel BULTÉ. - Il faut interdire le portable en séance.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Bien sûr, mais il ne va pas y avoir une fouille.
Vous serez peut-être Maire de Paris un jour, Monsieur BULTÉ. Voyez déjà, la foule se rassemble sur le parvis pour vous réclamer.
Ce moment étant passé, je propose donc de donner la parole à M. le Préfet de police.
A vous, Monsieur le Préfet.
M. LE PREFET DE POLICE. - Monsieur le Conseiller, je rappellerai brièvement, tout d'abord, les faits à l'origine des incidents survenus dans les 14e et 18e arrondissements, les 30 mai et 5 juin derniers.
Le mercredi 30 mai, avant 18 heures, les services de police ont été avisés qu'un mineur était blessé par une arme à feu sur la voie publique, à l'angle de la rue de Gergovie et de l'Ouest (14e). La victime était blessée au thorax, dans la région du c?ur, la plaie semblant avoir été occasionnée par une arme à grenaille.
Les témoins des faits ont fourni un signalement précis de l'auteur, qui aurait été en fuite sur un deux roues. Aussitôt, se sont déplacés sur les lieux les services de police concernés et la Direction de la police judiciaire. Le S.A.M.U. a conduit la victime à l'hôpital Georges-Pompidou sous escorte de police. Selon les déclarations des témoins, recueillies sur place, un différend entre 2 groupes de jeunes serait à l'origine du coup de feu, ces éléments étant confirmés dans la soirée, comme participant à un affrontement entre deux bandes rivales, celle de la cité Falguière (15e) et celle de la cité Losserand-Gergovie pour la victime.
Aussitôt les brigades anti-criminalité du secteur ont été déployées en sécurisation aux abords du lieu des faits et une section de la C.R.S. a été implantée en sécurisation dans la cité Falguière, relevée en soirée par les brigades anti-criminalité.
Deuxième événement, la nuit du 4 au 5 juin, peu après 3 heures, des policiers appartenant à la Brigade anti-criminalité du deuxième secteur de la Préfecture de police ont tenté d'opérer un contrôle d'identité sur un groupe d'individus dont le comportement leur avait paru suspect, square Léon dans le 18e arrondissement.
L'un d'eux s'enfuyait au moment où les policiers entamaient sur lui une fouille de sécurité. L'individu escaladait une grille formant l'entrée privative d'un immeuble abritant, entre autres, une école maternelle, l'individu étant aperçu, quelques instants après, marchant sur une corniche du dernier étage. C'est dans ces conditions que cette personne a fait une chute dans un puits de lumière d'un immeuble d'habitation situé au 11, rue Saint-Luc, tombant ainsi d'une hauteur de 6 étages. Transporté à l'hôpital Beaujon, le fuyard a succombé à ses blessures.
Dans la soirée du 5 juin, à 23 heures 30, un groupe d'une quarantaine d'individus - et non pas 200, Monsieur le Conseiller - a été signalé, jetant des engins incendiaires sur l'hôtel de police situé 34, rue de la Goutte-d'Or.
L'intervention des forces de police a permis de rétablir le calme rapidement dans le quartier, vers 3 heures du matin et les dispositions prises, les jours suivants, ont permis de maintenir le calme.
Au total, 16 véhicules ont subi des dégradations diverses. 7 individus ont été interpellés pour ces faits et mis en garde à vue, et présentés à l'autorité judiciaire. L'un d'eux, en comparution immédiate, a été condamné à une peine d'emprisonnement de 3 mois ferme.
Les mesures préventives adoptées pour les jours suivants ont empêché le renouvellement de tels désordres.
Dans les deux cas, l'intervention, adaptée à la situation locale, des services de police a permis de faire cesser les troubles dans les quartiers concernés. Je puis vous donner l'assurance qu'indépendamment des deux enquêtes judiciaires en cours, qui se poursuivent activement, j'attache la plus grande importance au phénomène des bandes, qui se nourrit de l'économie souterraine, que nous pouvons constater dans quelques quartiers.
J'entends prendre les mesures qui permettent, avec l'aide de la justice, de démanteler ces bandes.
Loin de démontrer la faiblesse de la police de proximité, et là je voudrais préciser, Monsieur le Conseiller, que le rapport auquel vous faites allusion sur l'évaluation de la police de proximité ne concerne pas Paris, ne concerne pas la Préfecture de police, c'est un rapport qui concerne les Directions départementales de sécurité publique et qui ne concerne pas Paris puisque Paris fait l'objet d'une organisation tout à fait spécifique, qui n'a pas encore fait l'objet d'une évaluation, et je sais ce dont je parle.
Il ne s'agit donc pas de la police de proximité à Paris. Simplement, je voudrais vous préciser que, s'agissant du phénomène des bandes, la police de proximité n'est pas seule à intervenir. Elle est un objectif, elle est fondamentale mais elle ne peut pas, seule, rétablir l'ordre partout.
C'est la raison pour laquelle je m'attache à disposer, chaque jour, à Paris, notamment chaque fin de journée et chaque soir, d'au moins une Compagnie d'intervention et des C.R.S. de la réserve nationale pour venir en appui de la police de proximité dans les quartiers difficiles, là où il y a des phénomènes de bandes ou dans ceux qui sont fréquentés par un public et des touristes très nombreux tels que les Champs-Elysées ou le quartier des Halles.
Mais cela ne met nullement en cause la police de proximité, qui est notre objectif et j'y reviendrai, je crois, un peu plus tard.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur le Préfet.
La parole est à l'orateur du groupe "Démocratie libérale et indépendants", je pense que c'est Claude GOASGUEN.
M. Philippe GOUJON. - Je veux reprendre la parole.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Et puis quoi encore ? Vous appartenez à un groupe qui n'arrête pas de me dire qu'il faut que j'applique le règlement, tel qu'il était. Vous avez été adjoint longtemps. On dirait que vous le découvrez.
Excusez-moi, je ne comptais pas réagir mais en plus, pour accroître nos difficultés (et personne ne nie les problèmes de sécurité) vous allez prendre un rapport qui ne s'applique pas à Paris, pour bien créer des plaies là où il n'y en a pas alors qu'on en a déjà un paquet. Alors, je vous en prie, Monsieur GOUJON !
La parole est à M. GOASGUEN, et seulement à M. GOASGUEN !
M. Philippe GOUJON. - Monsieur le Maire, vous n'avez pas répondu à la question que j'ai posée.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Non, écoutez ! Je l'ai, votre question.
Enfin, Monsieur GOUJON, c'est incroyable ! Je l'ai, votre question. Je regrette que vous ne m'ayez pas interrogé, j'aurais été ravi de vous répondre. Votre question, c'est vous qui me l'avez transmise, elle est adressée au Préfet de police.
Alors vous qui connaissez le règlement ! Quand vous voulez me poser une question, ne vous gênez pas.