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Juillet 2003
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Conseil Municipal
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14 - II - Question d'actualité de M. Didier BARIANI et des membres du groupe Union pour la démocratie française à M. le Maire de Paris relative au pouvoir de police en matière de circulation reconnue au Maire de Paris en application de la loi du 27 février 2002

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2003


M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur BARIANI, vous avez la parole.
M. Didier BARIANI. - Monsieur le Maire, ma question d'actualité est vraiment d'actualité, et vous allez voir pourquoi.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Excusez-moi. J'ai regardé vers Sophie pour voir si elle demandait de nouveau la parole. Je ne pousse pas à la consommation d'autant que notre ordre du jour est très chargé. Je regarde exprès vers vous. Vous n'avez pas perçu mon regard, ça me vexe beaucoup !
Pardonnez-moi, Monsieur BARIANI, mais Mme MEYNAUD voulait ajouter un commentaire.
Mme Sophie MEYNAUD. - Pardon.
Tout simplement, je vais complètement dans le sens de ce que M. Eric FERRAND a dit. Quand on entend des déclarations mirobolantes que peut faire le Gouvernement ces derniers temps sur l'accueil des enfants en maternelle, en France, et sur la promesse que tous les enfants de 3 ans auront une école, on constate une fois de plus le décalage entre le discours et les actes. Je compte sur la Ville de Paris pour mettre tout son poids dans la démarche. C'est tout.
Merci.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci bien. J'entends que les responsabilités de chacun soient bien connues. Je lis la presse et parfois on dirait que c'est nous qui ne mettons pas les moyens à disposition. Alors faites-le mieux savoir.
M. Eric FERRAND, adjoint. - Faut-il encore que ce soit bien retranscrit.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Il faut bien vous exprimer et veiller à ce que l'on vous comprenne.
Je vous en prie. Je fais perdre un peu de temps pour laisser à M. le Préfet de police le temps d'arriver pour la question suivante. Il n'est pas concerné par la question de M. BARIANI.
Monsieur BARIANI, vous avez la parole et personne d'autre.
M. Didier BARIANI. - Monsieur le Maire, ma question est vraiment d'actualité, je l'ai vécue samedi. La loi de février 2002 vous a conféré des pouvoirs de police en matière de circulation. Il y a des décrets d'application. Vous avez une compétence qui vous permet de mettre en ?uvre votre politique de déplacement.
Au moins une partie du pari est gagnée, celui de l'enfer qui était promis aux automobilistes, notamment par l'un de vos adjoints. A ce titre, la préparation du centenaire du Tour de France et son prologue, samedi, illustrent parfaitement le niveau intolérable des nuisances subies par les riverains. J'ai passé quatre heures pour essayer de me déplacer entre le pont de l'Alma et le centre de Paris. Je n'y suis pas parvenu. Une partie des riverains ne pouvaient pas accéder à leur immeuble dans le 16e nord et ils n'étaient pas prévenus.
Outre les manifestations quasi quotidiennes, des opérations-spectacles qui ferment les quartiers à la circulation, l'obligation est faite à bien des Franciliens d'opter pour la voiture. Je note que les dysfonctionnements des transports publics, notamment ceux de la S.N.C.F. liés soit à des mouvements de grève, soit à la vétusté d'un matériel pour la rénovation duquel rien n'avait été entrepris depuis 20 ans, font de l'automobile non pas un mode de déplacement choisi, mais un impératif pour beaucoup de ceux qui travaillent.
Vous avez vu, comme moi, les efforts déployés par les A.S.P. qui s'époumonent à siffler sous le regard compatissant des gardiens de la paix. Ils sont proportionnels à la thrombose de la circulation. Les résultats sont là : non pas un partage de la voirie entre les différents usagers, mais une confusion certaine de l'espace public au risque de la sécurité de chacun, non pas par une circulation douce, mais par une circulation lente et polluante.
La fermeture des berges du 19 juillet au 18 août ajoute un élément à cette inquiétude. Comme il apparaît, selon un sondage I.F.O.P que les habitudes des Français changent et qu'ils ne sont plus que 65 % à partir l'été, une plus forte concentration des départs se fera au mois d'août par rapport à l'année dernière - notre comportement francilien ne diffère pas sensiblement de celui de la population dans son ensemble - quelles sont les mesures spécifiques prévues cet été pour que nous ne vivions pas dans une totale asphyxie de la Capitale ?
Merci, Monsieur le Maire.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur BARIANI.
Il y a au moins un apaisement que je peux vous apporter : un centenaire, c'est une fois par siècle, et je ne peux pas garantir que, pour le bicentenaire, on sera là.
M. Didier BARIANI. - J'adore le cyclisme, mais j'attire votre attention sur les difficultés de circulation et sur les responsabilités que nous sommes hors d'état d'assumer.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Mais si, mais si, d'autant que vous avez fait allusion - et je vais donner la parole à M. BAUPIN - à "Paris-plage", qui commence d'ailleurs le 20 juillet (pour qu'il n'y ait pas de mauvaise information) et que l'an dernier cela s'est bien passé.
Il faut évidemment que, de notre côté et du côté de la Préfecture de police, on soit aussi bon que l'an dernier, mais cela prouve qu'on peut.
Monsieur BAUPIN, vous avez la parole.
M. Denis BAUPIN, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire.
Je voudrais d'abord répondre à M. BARIANI, qui a eu raison d'insister sur le nombre de personnes qui aujourd'hui en Ile-de-France sont otages de leur voiture et n'ont pas d'autre choix pour se déplacer que d'utiliser leur voiture. Il a dit : "La voiture n'est pas un mode de déplacement choisi, c'est donc un mode de déplacement subi". Mais jamais on ne s'interroge sur la question de savoir pourquoi il y a autant de gens obligés de prendre leur voiture pour se déplacer. Quels sont les besoins d'aménagement du territoire qui ont conduit à ce qu'on mette d'un côté les emplois, d'un autre côté l'habitat ? C'est une urbanisation diffuse et l'insuffisance de l'investissement dans les transports collectifs qui ont conduit à cette situation. Je pense qu'il faut s'interroger, lorsqu'on parle de la situation que subissent nombre de nos concitoyens, sur les responsabilités du Schéma directeur d'aménagement d'Ile-de-France qui, de fait, a conduit à cela.
On a maintenant un Plan de déplacements urbains en Ile-de-France qui nous permet de nous attaquer à la situation et de faire en sorte qu'on diminue la place de l'automobile. Et c'est bien notre volonté, je vous le confirme, de poursuivre en ce sens : diminuer la place de l'automobile. Un récent sondage, démontrant que 80 % de nos concitoyens demandent des investissements supplémentaires dans les transports collectifs, montre bien que c'est en ce sens-là que nos concitoyens veulent que nous allions et non dans celui d'une nouvelle augmentation de la circulation automobile. Je veux vous indiquer d'ailleurs que cette politique à Paris a permis d'atteindre de premiers résultats. Sur la première année de cette mandature, la circulation automobile a été réduite de 3 % et sur la deuxième année (nous n'avons pas encore les chiffres définitifs) la tendance est la même, soit une diminution de 6 % en deux ans, ce qui est très significatif. Sur les couloirs de bus réalisés sur ces axes, la pollution a diminué (AIRPARIF l'a démontré) entre 5 à 15 % selon les polluants. Mais nous restons dans une situation très inquiétante au niveau de la santé publique, puisque 60 % de nos concitoyens en Ile-de-France vivent dans des zones où les normes de l'O.M.S., l'Organisation mondiale de la santé, ne sont pas respectées.
Sur "Paris-plage", je confirme que le dispositif d'orientation des automobilistes de l'année passée est remis en place cette année. Nous avons aussi décidé de renforcer la communication, de la faire la plus en amont possible, au niveau du périphérique notamment et au niveau des départements limitrophes, particulièrement des Hauts-de-Seine, puisque la plus grande partie de ceux qui utilisent habituellement la voie Georges-Pompidou viennent des Hauts-de-Seine. Nous allons mettre en place évidemment les mêmes comptages que précédemment et s'il fallait faire évoluer le dispositif nous le ferions de façon très pragmatique. Mon souhait est qu'on ne parle pas du tout de circulation et qu'on ne parle que de "Paris-plage".
M. LE MAIRE DE PARIS. - Très bien.
Vous voulez dire un mot, Monsieur BARIANI ? Je sens que vous brûlez de rajouter un mot.
M. Didier BARIANI. - Je ne brûle de rien, je voulais vous dire deux choses.
D'abord, le moindre événement un peu exceptionnel crée des thromboses épouvantables.
Ensuite, on ne va pas entamer naturellement aujourd'hui le débat sur le fond, mais si M. BARIANI et bien d'autres estiment que c'est plus utile et plus pratique pour eux de prendre leur automobile, il ne faut pas...
M. LE MAIRE DE PARIS. - Mais cela pollue !
M. Didier BARIANI. - Cela pollue d'autant plus quand elles sont à l'arrêt !
Monsieur le Maire de Paris, pour un certain nombre d'entre eux, c'est un choix. Il ne faut pas faire ce terrorisme à l'endroit de ceux qui continuent à utiliser leur véhicule parce qu'ils considèrent qu'ils en ont besoin.
Et j'en termine. C'est quand même un des grands paradoxes de votre politique : d'un côté on encourage - tous les gouvernements le font - l'industrie automobile (quel est le gouvernement qui ne s'est pas soucié de son avenir, de la multiplicité des modèles, de manière à attirer la clientèle étrangère, etc., ?) - et d'un autre côté, on a un peu l'impression d'être des délinquants potentiels quand on utilise son auto ! Qu'il y ait une régulation de la circulation, dont acte, mais qu'il n'y ait pas cette espèce d'air ambiant qui est un peu angoissant.
M. LE MAIRE DE PARIS. - J'aurais beaucoup de choses à vous répondre, mais on le fera, et les Parisiens nous entendent, notamment sur la pollution due à la voiture.