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Juillet 2003
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Conseil Municipal
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110 - Vœu déposé par le groupe socialiste et radical de gauche en faveur de la dénomination d'une artère Gaston Monnerville

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2003


M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Nous passons au v?u n° 51 relatif à la nomination d'une artère Gaston Monnerville.
La parole est à M. ALAYRAC.
M. Gilles ALAYRAC. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, il est de tradition que la Ville rende un hommage aux grandes personnalités de la République et c'est, je dois le reconnaître, avec fierté et une certaine émotion que je vous propose de donner à une artère de la Capitale, le nom de Gaston Monnerville.
Ce grand parlementaire est décédé à Paris en 1991, où il résidait, au soir d'une longue et passionnante vie. Fils de boursier, originaire de la Guyane, il a grimpé une à une les marches de la République grâce à son talent, la force de ses convictions, et un travail mené sans relâche au service de ses idéaux.
Jeune boursier, devenu avocat puis député de la Guyane en 1932, il laissa à toutes celles et à tous ceux qui l'ont approché, et j'ai eu cet honneur, l'image et le souvenir d'un idéaliste romantique nourri d'histoire, d'un homme de gauche patriote et profondément partisan de l'attachement de l'Outre-Mer à la France, d'un élu qui avait le culte du droit et de la loi qui étaient à ses yeux, sacrés.
Humaniste, Gaston Monnerville l'était assurément et son militantisme au sein de la LICA, ancêtre de la LICRA, de la Ligue des Droits de l'Homme et du Parti Radical en témoignent. Attaché aux libertés fondamentales de l'individu, aux idéaux de tolérance et de fraternité, l'?uvre qui lui tenait le plus à c?ur, fut la suppression du bagne de Cayenne qu'il obtient avant 1940, après un long combat. C'est lui qui fit transférer les cendres de Victor Schoelcher et de Félix Eboué, qui fut son ami, au Panthéon en 1948, marquant avec solennité la reconnaissance de la France à ses enfants noirs et à ses esclaves.
Partisan de l'égalité des droits, Gaston Monnerville mena son combat politique sous l'égide de ce principe. Comme sous-secrétaire d'Etat aux colonies sous la IIIe République, il contribua à faire appliquer en Indochine le code du travail et, en outre-mer, les lois sociales de la métropole. Il créa le fonds colonial pour le développement social, sanitaire et économique des colonies avant qu'elles ne deviennent les départements d'Outre-Mer.
Hommage de courage et d'honneur, Gaston Monnerville mit ses actes en conformité avec ses convictions, en s'engageant volontaire, alors qu'il était député, dans une unité combattante en septembre 1939 qui le conduisit jusqu'au fatidique mois de juillet 1940 à Mers-El-Kebir. Opposé dès le début au régime de Vichy, menacé par lui et par sa presse qui le traite de "nègre franc-maçon", il s'est plongé dans la Résistance dès 1940 avant d'entrer dans la clandestinité dans les maquis d'Auvergne où il servit comme commandant des F.F.I.
Il fallait du cran à un tel homme, ancienne personnalité du régime défunt, que sa couleur de peau menaçait à tout instant, pour mener le combat qui fut le sien et qu'il conduisit jusqu'à son terme, c'est-à-dire la libération du pays.
Atypique, Gaston Monnerville le fut assurément en ne faisant pas les choses comme les autres. Les radicaux socialistes de l'époque suivaient traditionnellement un cursus auquel ils tenaient. Ils commençaient par être Conseillers municipaux, puis quand ils avaient fait leurs preuves, un peu plus tard, ils se faisaient élire Maire et si dans le canton on les avait distingués, ils leur arrivaient d'entrer au Conseil général et peut-être même de le présider. Après quoi, au cours des années, ils pouvaient devenir un jour parlementaire. Gaston Monnerville fit exactement le contraire. Il a commencé par être Député de Guyane, puis il est devenu Ministre, ayant été Ministre il est devenu Sénateur du Lot, Président d'une assemblée parlementaire, et c'est dans le Lot qu'il a appris à être Conseiller général puis Maire !
Homme d'Etat, il défendit les droits du Sénat contre l'Assemblée nationale et le Gouvernement pendant 22 ans et il s'est identifié à la deuxième Chambre. En 1962, le descendant d'esclave osa défier le plus illustre des Français, dans un combat qu'il n'avait pas désiré mais qu'il a cru de son devoir de mener.
Il serait réducteur de résumer Gaston Monnerville à son opposition au Général de Gaulle, d'autant que son patriotisme et sa conception personnelle de la France ne différaient pas de ceux du Général.
Aussi, avec le groupe socialiste et radical de gauche, son président Patrick BLOCHE, Jean-Bernard BROS, la Société des amis de Gaston Monnerville qui est présidée par l'ancien sénateur Roger LISE, nous proposons que la Ville de Paris honore ce laïc tolérant, ce politique qui se battit toujours aux côtés des hommes de progrès, des jeunes Turcs du parti radical avec Mendès-France, Jean Zay et Pierre Cot, ce partisan du Front populaire dès 1935, l'avocat des résistants pourchassés par Vichy, l'homme de l'Union française et de la communauté avec les peuples d'outre-mer, celui qui fut de tout temps un acteur élégant du débat politique au sens le plus noble du terme.
Nous serions honorés, mes chers collègues, que cette proposition recueille votre assentiment.
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et radical de gauche).
M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Merci, Monsieur ALAYRAC.
Après ce grand plaidoyer en hommage à Gaston Monnerville, la parole est à M. CAFFET.
M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint. - Je ne vais pas m'engager dans un grand plaidoyer. Je veux simplement dire mon accord avec ce v?u qui vise à honorer Gaston Monnerville, un grand parlementaire, un grand serviteur du Lot et, au-delà du Lot, de la République.
M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Très bien. Merci.
Je mets aux voix, à main levée, ce v?u.
Qui est pour ?
Qui est contre ?
Abstentions ?
Le v?u est adopté. (2003, V. 123).