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Juillet 2003
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Conseil Municipal
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111 - Vœu déposé par le groupe "Les Verts" relatif à la dénomination d'un port Fernando Pereira

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2003


M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Nous passons au v?u n° 52 relatif à la dénomination de tout ou partie du port des Saints-Pères.
M. Alain RIOU a demandé la parole.
M. Alain RIOU. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, je serai assez bref. C'est vrai qu'on consacrera sans doute moins de temps à honorer Fernando Pereira qu'on n'en a accordé, lors de la dernière séance du Conseil de Paris, à une autre artère mais je pense que Fernando Pereira aurait pu être honoré d'avoir, en quelque sorte, d'avoir son nom associé, au moins pour ce soir, à celui de Gaston Monnerville.
A droite. - Quel est le rapport ?
M. Alain RIOU. - Le rapport, c'est le hasard, le hasard de l'histoire.
M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Monsieur RIOU, poursuivez.
M. Alain RIOU. - Je voudrais évoquer un épisode douloureux de l'histoire de l'écologie en cette date anniversaire et d'ailleurs, je suis relativement admiratif qu'un grand journal du soir ait consacré une page entière au "Rainbow Warrior". Ce qui est intéressant, c'est qu'il dit : "Les jeunes ne connaissent souvent rien de l'histoire de ce bateau, presque tout le monde a oublié qu'un homme était mort dans cet attentat".
A l'orée de ce 18e anniversaire de Fernando Pereira, je crois qu'il était intéressant qu'un journal le célèbre et que ce Conseil en parle.
Photographe à bord du "Rainbow Warrior" lors de son sabotage par les services secrets français, le 10 juillet 1985, à Auckland en Nouvelle-Zélande, Fernando Pereira, portugais de naissance, était un pacifiste avant l'heure. Il avait rejoint la Hollande, dont il avait acquis la nationalité, après avoir fui la dictature de Salazar. Déjà en 1982, il couvrait comme journaliste, les actions de Greenpeace contre l'immersion des déchets nucléaires néerlandais au large de l'Espagne. Le nom de Fernando Pereira restera toujours lié à l'attentat sur le "Rainbow Warrior".
En 1985, le "Rainbow Warrior", navire amiral de "Greenpeace", a déjà une belle histoire à son actif. Il a été la pièce maîtresse des campagnes contre les baleiniers, l'immersion des déchets radioactifs, le massacre des phoques gris.
En 1983, en pleine guerre froide, il pénètre dans les eaux interdites de Sibérie pour documenter le massacre des baleines grises.
En 1985, le "Rainbow Warrior" appareille pour l'atoll de Rongelap, dans le Pacifique sud. A la suite d'essais nucléaires américains effectués de 1946 à 1956, des poussières radioactives ont recouvert Rongelap. Les répercutions sur la population locale sont désastreuses : cancers, leucémies, malformations génitales en nombre très élevé. Au cours de l'opération "Exode", "Greenpeace" évacue toute la population de Rongelap vers l'île de Mejato.
Après avoir pris soin de ces premiers "réfugiés de l'environnement", le "Rainbow Warrior" cingle alors vers Auckland, d'où il doit repartir vers le site nucléaire français de Mururoa. Le 10 juillet 1985, deux explosions secouent la coque du navire alors qu'il mouillait dans le port d'Auckland et provoquent le naufrage.
Fernando Pereira, photographe et compagnon de "Greenpeace", trouve la mort dans l'attentat. Le sabotage est évident. Les faux époux TURENGE, qui sont en fait le Capitaine PRIEUR et le Commandant MAFART, agents des services secrets français, sont rapidement arrêtés. Dans les semaines qui suivent, les preuves contre le Gouvernement français s'accumulent. Sous la pression internationale, celui-ci finit par reconnaître les faits. Le bateau a bien été coulé par les services secrets français, qui ont agi sur ordre. Charles HERNU, Ministre de la Défense du Gouvernement FABIUS, démissionne et les deux lampistes des services secrets, condamnés par la Nouvelle-Zélande, seront incarcérés puis expulsés après un long bras de fer diplomatique.
La tragédie a mis en lumière, dans le monde entier, le combat de "Greenpeace", lui donnant encore plus de force et de détermination pour poursuivre ses missions.
En cette date anniversaire, Monsieur le Maire, dix huit ans après les faits, en ce jour ou presque, nous vous proposons d'honorer la mémoire de ce militant écologiste, en donnant son nom à tout ou partie du port des Saints-Pères. En l'honorant, c'est aussi une certaine conception du pacifisme et du développement durable dont l'écologie est partie prenante, auxquels notre Assemblée rendrait hommage.
Monsieur le Maire, mes chers collègues, je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs du groupe "Les Verts").
M. Eric FERRAND, adjoint, président. - La parole est à M. CAFFET.
M. Yves GALLAND. - Je suis très surpris, Monsieur le Maire, je crois être inscrit.
M. Eric FERRAND, adjoint, président. - C'est un v?u. Vous n'êtes pas inscrit. On écoute M. CAFFET et si vous souhaitez prendre la parole tout à l'heure, vous l'aurez.
M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint. - Ce n'est pas un projet de délibération. C'est un v?u. Normalement, le v?u est présenté et l'Exécutif répond. Cela s'est toujours passé comme cela.
J'avoue ne pas très bien comprendre, les rires qu'il y avait dans cet hémicycle, au début de l'intervention de M. RIOU, parce que, quand même, Fernando Pereira est mort.
Il est mort dans des conditions totalement absurdes, il faut bien le reconnaître et je crois que chacune des personnes qui siège dans cet hémicycle est prête à le reconnaître. Une mort totalement absurde.
J'ai bien écouté le plaidoyer de M. RIOU pour honorer Fernando Pereira et j'ai été surpris de son propos qui ne ressemble en rien à l'exposé des motifs qui figure dans son v?u. En effet, en lisant cet exposé des motifs, je m'étais dit que ce n'était pas la mémoire de Fernando Pereira qu'on voulait honorer mais celle de François Mitterrand qu'on voulait flétrir.
Je suis donc un peu surpris du changement de ton de M. RIOU qui explique qu'on pourrait concevoir, pour la vitalité de la démocratie, qu'à côté d'un certain nombre de lieux qui portent le nom d'hommes illustres, de hauts responsables politiques, parfois d'anciens Présidents de la République, on pourrait imaginer avoir à proximité des lieux qui porteraient le nom de faits moins positifs pouvant être imputés à ces hommes, à ces responsables, dans le cas présent sans qu'on leur en impute la responsabilité première, la décision.
Mais je crois que c'est un débat de fond, qui mérite d'ailleurs discussion en Conseil de Paris.
Simplement, ce que je voulais dire, c'est qu'à titre personnel, je ne vois aucune objection de principe à pouvoir un jour honorer la mémoire de Fernando Pereira, mais Alain RIOU comprendra que, compte tenu de l'exposé des motifs de ce v?u, de la proximité d'une délibération que nous avons prise au mois de juin, il serait peut-être sage que nous différions cette décision. Nous pouvons réfléchir à la proposition que fait M. RIOU sur la manière dont pourrait vivre la démocratie, avec de grandes choses et de moins bonnes choses dans la vie de ces responsables et parfois, comme je l'ai dit, de ces Présidents de la République, mais je propose que nous ne tranchions pas ce soir.
J'invite donc, compte tenu de ce que je viens de dire, M. RIOU à retirer son v?u.
M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Merci, Monsieur CAFFET.
Monsieur RIOU ?
M. Alain RIOU. - D'un mot, le groupe "Les Verts" retire ce v?u, mais je voudrais remercier Jean-Pierre CAFFET de la tonalité de sa réponse et du fait qu'il ne ferme pas la porte sur le principe.
Je voudrais formuler ici un v?u qui, j'espère, sera entendu, c'est que nous sommes à l'orée du 18e anniversaire de la mort de Fernando Pereira et je voudrais qu'avant le 20e anniversaire de sa mort on essaye de traiter cette question simplement. Il était photographe, on pourrait peut-être imaginer qu'une salle de la Maison européenne de la photographie - je n'espère pas forcément que la Maison elle-même soit baptisée de ce nom - ou éventuellement, vers l'ambassade de Nouvelle-Zélande, qui se trouve rue Léonard-de-Vinci, une partie de rue, ou même une plaque, célèbre le fait que Fernando Pereira est mort dans des conditions criminelles regrettables et absurdes.
Je vous remercie.
M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Merci, Monsieur RIOU.
Le v?u est donc retiré, il ne sera pas soumis au vote.
Monsieur GALLAND, trente secondes ?
M. Yves GALLAND. - Monsieur le Maire, c'est sur un rappel au règlement sur l'organisation de nos travaux.
Il est 21 heure 05. Je suis revenu pour ce v?u. C'est très agréable d'entendre M. RIOU et M. CAFFET débattre dans des conditions totalement surréalistes, avec une animation de cette salle de séance dans laquelle nous avons vu successivement depuis une demi-heure pas mal d'entrées et quelques sorties...
Monsieur le Maire, au dernier Conseil nous avons été les seuls - non pas sur le principe mais sur l'inadaptation de la localisation - à nous opposer à la proposition du quai François-Mitterrand remplaçant le quai des Tuileries et le quai du Louvre. Nous avons été très clairs là-dessus. Je ne comprends pas qu'on ait été les seuls parce que, quand j'examine le v?u qui nous est présenté aujourd'hui, je suppose qu'un certain nombre d'entre nous avaient des frustrations et je crois qu'il eût été plus clair qu'elles s'expriment nettement quand le v?u du mois dernier a été présenté.
Je ne comprends pas non plus, Monsieur le Maire, que devant la très forte médiatisation qu'il y a eu sur ce v?u d'un côté et de l'autre - d'un côté par les auteurs du v?u, de l'autre côté par le Maire disant ce qu'il pensait de ce v?u - nous en arrivions ce soir à cette extraordinaire caricature qui, à mon avis, n'honore pas notre Conseil.
Alors, Monsieur le Maire, j'espère que pour l'avenir, en ce qui concerne en tout cas notre opposition municipale qui s'honore de vouloir participer aux travaux de façon constructive, on nous évitera ce type de caricature qui n'honore pas le Conseil de Paris.
M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint. - Vous incarnez l'honneur à vous seul, Monsieur GALLAND, on le sait !
M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Nous arrivons au terme d'un débat démocratique.
Notre séance est suspendue. Elle reprendra demain à 9 heures.