Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Avril 2008
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
Conseil Municipal
> Type de document (Débat / Délibération)  

2008, VI - Question d’actualité de M. Hervé BENESSIANO à M. le Maire de Paris relative aux personnels des crèches.

Débat/ Conseil municipal/ Avril 2008


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous examinons la question d?actualité de M. Hervé BENESSIANO.

M. Hervé BENESSIANO. - Monsieur le Maire, après cette séance de questions au Gouvernement dont certains se sont sentis obligés de poser?

M. LE MAIRE DE PARIS. - Pardon ? Quel Gouvernement ? De quoi parlez vous ?

C?est le Conseil Municipal de Paris.

M. Hervé BENESSIANO. - Justement, après cette séance de questions au Gouvernement que certains se sont sentis obligés de poser, je vais me contenter modestement pour ma part de vous interroger sur un problème parisien n?intéressant uniquement que les Parisiens.

J?espère que vous voudrez bien donner autant d?espace temps à ce sujet que vous en avez donné d?ailleurs aux précédents.

À cinq reprises en cinq mois, les personnels de petite enfance se sont mis en grève entraînant une fermeture partielle voire totale des établissements.

Vous ne pouvez pas méconnaître le sujet car depuis plusieurs années, Monsieur le Maire, ces personnels attirent régulièrement votre attention sur le manque d?effectifs de ces structures, que ce soit des auxiliaires, des directrices, des adjointes, des médecins ou des psychologues.

Depuis deux ans, ces corps de métier considèrent que la situation s?est aggravée. Exaspérés par votre silence, ils ont décidé depuis quelques mois d?utiliser leur droit de grève pour vous faire réagir.

À ce jour, pour toute réponse, ils ont les mêmes promesses non tenues faites depuis deux ans. Vous les bombardez de chiffres d?emplois créés, sans préciser pour autant que la création de nouveaux établissements a absorbé largement ces nouveaux effectifs.

Vous n?avez eu de cessen Monsieur le Maire, pendant la dernière mandature, que de communiquer sur le nombre de berceaux créés pour médiatiser votre engagement électoral de 2001, additionnant d?ailleurs pêle-mêle les crèches de l?époque TIBERI; les vôtres et celles qui verront le jour dans la mandature qui vient.

Vous ne vous êtes jamais soucié des problèmes d?encadrement ni d?intendance nécessaires à l?ouverture d?une structure de petite enfance ni même des délais de réalisation de ces établissements dès lors que l?annonce médiatique avait été faite et avait atteint sa cible.

Vous n?avez pas entendu les avertissements répétés depuis 2006 par des personnels de la petite enfance en souffrance.

Vous n?avez pas imaginé de plan prévisionnel de recrutement qui aurait respecté dans chaque structure la réglementation qui impose que les petits soient entourés d?un adulte qualifié pour cinq enfants qui ne marchent pas et d?un adulte qualifié pour huit enfants qui marchent.

Vous avez condamné les modes de garde alternatifs aux crèches en supprimant sans la remplacer l?allocation municipale accordée aux familles qui ont recours à la garde chez une assistante maternelle, portant ainsi atteinte à leur pouvoir d?achat, en restreignant le champ d?application de l?allocation municipale pour la garde à domicile, en menaçant de fermeture les jardins d?enfant de l?O.P.A.C.

Vous n?avez rien fait pour encourager la création de mini crèches adaptées à certaines demandes, en particulier à horaires décalés.

Vous avez ignoré les entreprises dans leurs projets individuels ou collectifs qui auraient pu favoriser de surcroît l?emploi à Paris.

Cette mauvaise gestion humaine, nous l?avons dénoncée régulièrement auprès de vous et de votre Adjointe de l?époque, mais ce sont toujours les mêmes réponses dilatoires qui nous furent opposées : manque de personnel qualifié et redéploiement imminent.

Les parents dont les enfants ont la chance de fréquenter un établissement de petite enfance savent combien les revendications des personnels sont justifiées et montrent une grande solidarité avec eux.

Ils savent que leurs conditions de travail ne garantissent pas un accueil parfait de leurs petits, que le manque de personnel entraîne une surcharge d?activité et que la fatigue accumulée rejaillit sur la qualité même de leur mission.

Les grèves récentes ont perturbé l?organisation des parents, certains ont été obligés de prendre un jour de congé, de RTT ou une journée à leur compte quand ils ne trouvaient pas de solution de remplacement pour assurer la garde de leurs enfants.

Cette situation doit cesser, c?est pourquoi le groupe U.M.P. a déposé un voeu vous demandant, sous huit jours, de remédier aux manques de postes les plus criants dans les crèches et haltes-garderies.

Je le sais, ce délai peut vous paraître risible mais cela fait plus de deux ans que vous êtes censés trouver la solution. Avouez que vous avez eu largement le temps d?y réfléchir !

Et puisque vous vous proclamez le chantre de la transparence, nous vous demandons de communiquer chaque semaine, à chaque maire d?arrondissement, un état des ratios de personnels dans les différentes structures de petite enfance de son arrondissement.

Gouverner, c?est prévoir. Vous voulez mener une politique forte en faveur de la petite enfance, très bien! Mais mettez les moyens nécessaires, sinon changez de politique et cessez de surmédiatiser ce que vous n?êtes pas capable de réaliser !

Nous attendons dès aujourd?hui, Monsieur le Maire, une réponse concrète à ce grave problème qui touche directement des milliers d?agents et de parents.

(Applaudissements sur les bancs de l?opposition municipale).

M. LE MAIRE DE PARIS. - C?était le changement de ton !

J?ajoute deux choses.

En défenseur du droit de grève, je vous trouve très bien. Franchement !

(Applaudissements sur les bancs de la majorité municipale).

Et gentiment? parce que moi je ne suis pas énervé, les élections ont eu lieu, les prochaines seront dans six ans, ce n?est pas la peine? Surtout que, comme cela n?a pas marché pendant les sept ans précédents, je ne suis pas sûr que ce sera très efficace ! Je voudrais quand même vous dire, Monsieur BENESSIANO : j?ai entendu pendant sept ans des reproches parce que j?embauchais trop !

Oui, oui ! Vous m?avez fait des reproches incessamment parce que j?embauchais trop !

(Vives protestations sur les bancs de l?opposition municipale).

M. Hervé BENESSIANO. - Vous embauchiez mal !

M. LE MAIRE DE PARIS. - Mais non, ne vous énervez pas ! Je vous ai dit que les élections étaient dans six ans ! Surtout si vous continuez de cette façon? moi, je ne suis pas candidat, mais je trouve que ce n?est pas mal !

Christophe NAJDOVSKI ?

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire.

Je répondrai à la question, mais M. BENESSIANO a également présenté le v?u qui sera à nouveau débattu tout à l?heure.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Cela viendra tout à l?heure en séance. Répondez juste à la question.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint. - Monsieur le Conseiller, je voudrais vous confirmer que pour l?Exécutif municipal la petite enfance constitue un secteur prioritaire d?intervention, avec l?objectif de garantir à la fois de bonnes conditions d?accueil des enfants et des parents et de bonnes conditions de travail des personnels de la Petite enfance.

Dans le cadre du conflit du travail en cours au sein de ce secteur et du mouvement aujourd?hui suspendu jusqu?au 22 mai, de nombreux échanges ont été conduits avec l?intersyndicale, sous mon égide, ainsi que sous celle de Mme ERRECART, Adjointe en charge des ressources humaines.

Nous avons ainsi posé un diagnostic concernant les principales sources de difficultés : des difficultés de recrutement, des difficultés liées à une rotation du personnel élevée, de 11 %, et à un taux d?absence au travail important, près de 14 %.

Concernant les recrutements, l?Exécutif municipal a proposé aux représentants du personnel un plan de recrutement renforcé que je vais vous détailler.

Mais permettez-moi, Monsieur le Conseiller, de souligner la responsabilité de l?Etat dans la pénurie actuelle d?auxiliaires de puériculture et d?éducateurs de jeunes enfants que la Ville souhaite recruter.

La Ville recrute et entend recruter autant que nécessaire, mais l?Etat ne donne pas suffisamment de moyens à la Région pour former un nombre suffisant de professionnels de la petite enfance. Cette pénurie en formation revient à instaurer un véritable numerus clausus, alors que les besoins vont croissant.

C?est pourquoi nous nous adresserons aux deux ministres de tutelle pour leur demander des actes après les annonces et les récents discours.

J?espère pouvoir compter sur votre soutien, Monsieur le Conseiller, puisque le président de votre groupe a annoncé ce matin vouloir être dans une démarche constructive.

Mais, comme je vous le disais, nous ne comptons pas en rester là. L?Exécutif parisien propose une série de mesures à court terme, notamment un plan de recrutement renforcé et préconise des mesures à moyen terme pour améliorer l?organisation du travail et fidéliser les personnels des crèches parisiennes.

Très rapidement, le premier point sur le renforcement des effectifs à très court terme.

La Ville confirme un plan de recrutement de plus de 1.000 agents en 2008. Une attention particulière sera portée à l?accélération du recrutement d?agents techniques de la petite enfance placés auprès des enfants. Ces agents sont des titulaires du C.A.P. petite enfance ou du B.E.P. carrières sanitaires et sociales, afin de permettre l?affectation d?un maximum de lauréats du test d?avril avant l?été, en privilégiant les établissements les plus prioritaires. Au total, près de 90 de ces agents seront placés auprès des enfants d?ici l?été.

Deuxièmement, grâce à l?affectation des agents de ménage d?une direction de la Ville, la DALIAT, une cinquantaine de candidats prévus, nous renforcerons encore les capacités disponibles dans le cadre des fonctions de service.

En outre, dans ce même esprit, la Ville de Paris a confirmé sa proposition relative à l?organisation de la mission ménage qui consiste, sans réduire les effectifs dans les établissements, à généraliser dès 2008 le recours à un prestataire extérieur pour l?ensemble des établissements d?accueil de la petite enfance, afin de réaliser, hors de la présence des enfants et de leurs parents, les tâches lourdes de ménage.

Le potentiel des établissements va aussi être renforcé par le recours à des psychologues supplémentaires dont les missions feront l?objet d?une concertation spécifique.

Exprimé en équivalents temps plein, l?ensemble de ce dispositif constitue un apport complémentaire d?environ 300 professionnels.

Dès le budget supplémentaire 2008, les emplois qui sont et seront d?ici la rentrée occupés par les agents techniques de la petite enfance placés auprès des enfants, seront officiellement consolidés, soit 250 postes désormais comptabilisés à l?effectif budgétaire officiel de la D.F.P.E.

La Ville confirme également sa volonté de poursuivre et de développer la diversification de ses modes de recrutement, avec l?apprentissage et les bourses.

Concernant le moyen terme et la préparation de l?avenir.

L?Exécutif municipal confirme sa volonté d?engager immédiatement un dialogue social constructif avec les représentants des personnels, pour construire un projet alliant qualité de vie professionnelle et qualité de l?accueil dans les établissements de la petite enfance.

Ce projet concerne l?ensemble des catégories professionnelles intervenant dans ce secteur. Il portera sur les métiers et la reconnaissance des suggestions, les conditions et l?organisation du travail, la formation et les parcours professionnels, dans un objectif de motivation et de fidélisation des personnels.

Enfin - et je terminerai sur ce point -, l?organisation de la direction doit être revue. Il s?agit de mieux dimensionner les services centraux et préparer la mise en ?uvre d?une organisation déconcentrée, au plus près des agents et des usagers, indispensable au bon fonctionnement des services, notamment dans la gestion quotidienne des personnels.

Voici, Monsieur le Conseiller, les éléments que je pouvais aujourd?hui vous apporter sur ce dossier.

(Applaudissements sur les bancs de la majorité municipale).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup.

Un mot encore ?

M. Hervé BENESSIANO. - J?ai vu qu?il y avait quand même certaines choses qui n?avaient pas changé. Rassurez-vous, Monsieur le Maire, je ne suis pas en campagne électorale ! Je considérais simplement qu?il y a une réalité de terrain ; vous ne l?avez pas prise en considération. C?est sur ce plan que vous avez été réélu. Ce n?est pas parce que, aujourd?hui, vous êtes de nouveau Maire de Paris que, pour autant, ce dossier doit être classé et abandonné, tel que vous m?avez répondu tout à l?heure.

Je suis très calme, croyez-moi, loin s?en faut, plus que vous ne l?imaginez et sûrement plus que vous !

Je voulais simplement dire?.

Oui, mais les leçons permanentes sont fatigantes, c?est pour cela !

M. LE MAIRE DE PARIS. - Je ne vous le fais pas dire : que les leçons permanentes sont fatigantes !

M. Hervé BENESSIANO. - Je vous le dis très franchement, je vous demande simplement de pouvoir nous en dispenser.

Je voulais dire simplement : j?ai entendu que les choses n?avaient quand même pas beaucoup changé, si ce n?est votre Adjointe? dont je me demande d?ailleurs si ce n?est pas parce qu?elle avait échoué dans le domaine que vous l?aviez changé de poste !

(Mouvements de protestation sur les bancs de la majorité municipale ).

J?ai entendu M. NAJDOVSKI présenter quelque chose d?intéressant, parler de début de dialogue social, alors que cela fait deux ans que ce dialogue devrait être ininterrompu et avoir permis d?obtenir les postes demandés. Il propose une programmation étalée sur plusieurs mois en 2008 ! Et j?ai entendu ce qui est l?éternel leitmotiv chez vous, c?est-à-dire l?Etat ! Quand on a dit ?l?Etat?, on a tout dit ! L?Etat responsable de tout, c?est malheureusement devenu une fâcheuse habitude pour vous de vous désengager lorsque vous êtes face à un vrai problème au lieu de prendre vos responsabilités.

(Applaudissements sur les bancs de l?opposition municipale).

M. LE MAIRE DE PARIS. - D?abord, c?est un problème grave et qui ne justifie vraiment aucun propos politicien. C?est grave aussi pour nous, parce que c?est vrai que nous créons beaucoup de places en crèche, beaucoup plus qu?avant, notamment dans le 17e, et que nous avons du mal à embaucher.

Christophe NAJDOVSKI et Maïté ERRECART ont toute ma confiance pour dialoguer et m?aider à trouver des solutions avec l?administration, car nous allons continuer à créer beaucoup de places en crèche et j?entends que les gamins de Paris soient bien accueillis, que le personnel se sente bien dans ses responsabilités et, en même temps, que l?on ne soit pas obligé à Paris de s?imposer à nous-mêmes des normes en termes de qualification professionnelle qui ne sont appliquées nulle part en France.

Car vous avez oublié aussi d?évoquer cette difficile question.

J?ajoute, ce qui n?est pas contestable, sans esprit polémique, le désengagement de la Caisse d?Allocations Familiales de nos projets au service de la petite enfance.

Enfin, Monsieur BENESSIANO, j?ai toute confiance en ces deux nouveaux adjoints qui, en quelques semaines, ont déjà démontré leur sérieux, leur dévouement et leur compétence. Mais, honnêtement, quand on nomme une Adjointe aux affaires sociales à Paris, vous croyez que c?est une sanction ?

Bien !

Donc, si Olga TROSTIANSKY est Adjointe aux affaires sociales, c?est parce qu?elle a très bien réussi à la Petite enfance.

(Applaudissements sur les bancs de la majorité municipale).

Nous ne sommes pas des champions de vertu et, malheureusement, nous ne sommes pas les porteurs de la lumière que l?on aimerait tellement être tous, vous et nous. Mais leçon pour leçon, - franchement - votre intervention n?était pas mal de ce point de vue-là pour ce qui est de donner des leçons.

Bon courage à vous.