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Avril 2008
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2008, I - Question d’actualité posée par M. Patrick BLOCHE, au nom du groupe socialiste, radical de gauche et apparentés, relative à la situation scolaire dans les collèges et lycées parisiens suite aux annonces de Dotation Horaire Globale pour la rentrée 2008.

Débat/ Conseil municipal/ Avril 2008


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous examinons la première question d?actualité, posée par Patrick BLOCHE, au nom du groupe socialiste, radical de gauche et apparentés.

M. Patrick BLOCHE. - Merci, Monsieur le Maire.

Depuis plusieurs semaines, la communauté scolaire parisienne dans son ensemble - élèves, parents d?élèves, professeurs -, est en émoi. Comment ne pourrait-on pas comprendre les craintes et le mécontentement qui ont pu naître suite aux suppressions de postes annoncées par le Ministre de l?Education Nationale dans le cadre de la dotation horaire globale arrêtée pour la rentrée prochaine ?

Au niveau national, ce sont 11.200 emplois qui seront supprimés. Paris ne sera pas épargnée, puisque plusieurs centaines d?emploi disparaîtront dans les collèges et lycées, ce qui se traduira inévitablement par la fermeture de classes et par une charge d?enseignement supplémentaire pour les professeurs, ces fameux compléments de services qui sont la transposition à l?Education Nationale d?un dispositif d?heures supplémentaires dont on a vu, au niveau national pour le privé, qu?il était à la fois coûteux et inefficace.

Ces décisions de suppressions de postes viennent aggraver des conditions d?enseignement difficile et particulièrement dans les arrondissements de l?Est parisien, là où justement, le maximum de moyens devraient être accordés, parce que c?est là que se trouvent les inégalités sociales et territoriales les plus grandes.

C?est bien la question du maintien à Paris d?un enseignement de qualité garant d?une égalité des chances qui est posé ici de manière criante. La mobilisation des élèves, des parents d?élèves et des professeurs est à la hauteur de l?enjeu. Le cas du lycée Voltaire, dans le 11e arrondissement - même si je pourrais citer le lycée Paul Valéry et bien d?autres -, est à bien des égards emblématique.

A partir de la fin mars et pendant près de trois semaines, le lycée a été bloqué et plus aucun cours n?a eu lieu. Les cours ont pu finalement reprendre partiellement le 7 avril dernier. Le lycée a de nouveau été occupé la semaine dernière et la situation reste très instable.

Jeudi dernier, s?est déroulée la septième journée de manifestation à Paris et la mobilisation ne faiblit pas. Sur les 106 lycées parisiens, le Rectorat fait état de 12 établissements fermés, de 17 bloqués et de 7 ayant connu des tentatives de blocage. Il y a deux semaines, on comptait 10.000 lycéens de Paris et de sa région dans les rues. Ils étaient plus de 40.000 jeudi 17 avril. Ce ne sont pas les appels au calme, ô combien déroutants, du Ministre de l?Education Nationale, mais bien les vacances scolaires qui vont sans doute calmer pour un temps cet élan parisien.

Pour un temps seulement, car aucune avancée notable n?a été obtenue, loin de là, et la situation pourrait rapidement redevenir critique alors que les examens de fin d?année approchent.

Aussi, Monsieur le Maire, pouvez-vous nous dire comment vous comptez intervenir auprès du rectorat afin qu?ils reviennent sur les décisions de suppressions de postes et de classes à Paris pour la rentrée prochaine, permettant ainsi aux jeunes Parisiens de bénéficier de l?enseignement secondaire qu?ils méritent ?

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste, Mouvement Républicain et Citoyen et ?Les Verts?).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à l?adjoint chargé de l?enseignement scolaire, Pascal CHERKI.

M. Pascal CHERKI, adjoint. - Monsieur BLOCHE, je vous remercie. En effet, votre question a été exhaustive : elle allait à l?essentiel. Ma réponse ira aussi à l?essentiel.

Nous partageons votre inquiétude et nous soutenons la mobilisation légitime des lycéens et de leurs enseignants, de l?ensemble de la communauté scolaire, des parents d?élèves, pour faire en sorte que notre enseignement puisse être doté des moyens permettant d?avoir le niveau de qualité auquel toutes et tous aspirent.

Le Gouvernement, comme vous l?avez dit, est engagé dans une politique budgétaire nationale que nous connaissons, qui a des effets délétères dans l?éducation. En raison de sa volonté ne pas remplacer progressivement un fonctionnaire sur deux, il est amené à supprimer des postes d?enseignement pour tenter de les remplacer par des heures supplémentaires dont vous avez dit, Monsieur le Conseiller, l?inefficacité.

La conséquence concrète, surtout dans un département comme Paris où il y a un très fort effet d?éviction, est la baisse de postes d?enseignants dans de très nombreux lycées et collèges. Cela a comme premier effet de démoraliser des équipes pédagogiques qui depuis des années avaient fait un travail remarquable pour remonter la pente. Cela s?accroît et se combine avec les mesures récemment prises de contournement de la carte scolaire et de la possibilité de revenir sur la sectorisation par la multiplication de dérogations ayant comme effet, elles aussi, d?accroître le sentiment de ghettoïsation d?un certain nombre d?établissements.

Ce qui nous inquiète, au-delà de cette politique, c?est l?autisme du Gouvernement face à la mobilisation. Vous l?avez dit, Monsieur BLOCHE, nous sommes en face d?une mobilisation qui ne faiblit pas - en tout cas jusqu?à ces vacances - dans laquelle il y a de la détermination, voire même une forme de radicalité. De la part des pouvoirs publics il n?y a aucune main tendue pour ouvrir une vraie négociation et un vrai dialogue.

Nous nous trouvons dans une situation où, aujourd?hui, j?ai eu l?occasion d?en discuter longuement avec la responsable du principal syndicat des chefs d?établissement, il y a de l?inquiétude de la part des chefs d?établissement.

Ils disent manquer de moyens et envisagent avec beaucoup d?inquiétude la prochaine rentrée scolaire et la prochaine construction budgétaire du Gouvernement, puisque si le Gouvernement souhaite ne pas remplacer, accroître le rythme de non remplacement des enseignants, nous allons nous trouver face à une difficulté majeure.

Ils se trouvent désemparés et seuls car leur responsabilité de chef d?établissement est de faire en sorte qu?il y ait continuité du service public. Le silence de nos autorités rectorales, l?absence de toute volonté du Rectorat d?ouvrir un dialogue avec les lycéens et avec les parents d?élèves fait que souvent ils se trouvent en première ligne. Nous sommes parfois dans des situations limites.

Nous avons 30 cités scolaires parisiennes, 30 établissements scolaires où collège et lycées sont mêlés avec parfois des problèmes de sécurité très inquiétants.

L?argument politique sur lequel se fonde le Gouvernement pour mener sa politique budgétaire est faux. Il argue d?une baisse d?effectifs à Paris. Ce n?est pas vrai.

Nous sommes aujourd?hui à environ 56.200 ou 56.500 collégiens selon les chiffres. Nous aurons en 2014 plus de 58.000 collégiens. Pour anticiper cette hausse, nous avons prévu de construire cinq collèges durant la mandature.

Il est pour le moins incongru, alors que tout le monde s?accorde à reconnaître que le nombre de collégiens ne diminuera pas mais augmentera, qu?on se lance dans une politique qui vise à réduire les moyens en enseignants alors que l?on sait que dans les collèges et les lycées, un des problèmes principaux est le manque d?adultes spécialisés, enseignants, conseillers principaux d?éducation, conseillers d?orientation et psychologues.

On ne peut pas ensuite aller se plaindre de la recrudescence de la violence dans les établissements scolaires si on commence par déshabiller ceux-ci de la présence d?adultes dont ils ont tant besoin.

Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes communiste, socialiste, radical de gauche et apparentés, Mouvement Républicain et Citoyen et ?Les Verts?).