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Avril 2008
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2008, Hommages à Aimé Césaire.

Débat/ Conseil municipal/ Avril 2008


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, nous avons tous appris avec beaucoup d?émotion la disparition d?Aimé Césaire.

(Les conseillers se lèvent).

Aujourd?hui, Paris veut rendre hommage à l?enfant de Basse-Pointe qui, dans les années 1930, étudiant dans notre ville, invente son verbe et son rythme et trouve les mots de sa lutte.

Dès cette époque, il compose son cahier d?un Retour au pays natal.

La forme poétique, et notamment le surréalisme, forge ses premières références.

Sa revue Tropique est interdite par le régime de Vichy. Quel symbole ! Car dans le message de cet immense poète, l?un des plus grands écrivains de la littérature française et francophone, il y a un appel à la dignité humaine, à l?éveil, à la responsabilité, mais aussi à l?action.

C?est autour de la rue d?Ulm, sur la Montagne Sainte-Geneviève, qu?il initie avec ses camarades et amis, Léon Gontran-Damas et Léopold Sédar-Senghor, le combat de la négritude.

Extraordinaire intuition dont on saisit bien la portée politique dans cette formule livrée par Césaire lui-même : ?Tu as compris Léopold, plus nous serons nègres plus nous serons universels?.

La puissance du langage chez Césaire n?est jamais sectaire. Sa quête va bien au-delà du réquisitoire contre l?esclavage et le colonialisme. Il interpelle plus qu?il ne dénonce, s?adressant aussi bien aux opprimés qu?aux dominateurs.

Ainsi, il construit la Grammaire de la fraternité universelle du 20e siècle.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, son engagement le conduit à se présenter devant le suffrage universel. Député de Martinique, il sera à l?origine de l?évolution législative transformant en départements les anciennes colonies d?Outre-Mer.

Maire de Fort-de-France, il servira pendant cinquante-six ans le destin de cette ville pour laquelle il éprouvait de la fierté, ainsi qu?une tendresse sans limites.

La voix de cet inlassable pourfendeur de l?injustice s?était élevée plus récemment pour dénoncer la loi du 23 février 2005 attribuant un rôle positif à la colonisation.

Homme du siècle, témoin capital, acteur majeur de l?éveil post-colonial, Aimé Césaire savait l?importance de vivre ses convictions sans jamais renoncer.

A Fort-de-France, où j?avais eu le privilège de le rencontrer, j?ai été frappé par la jeunesse intacte, l?humour et la liberté d?esprit de cet humaniste passionné.

Son départ nous bouleverse, mais chacun mesure le formidable patrimoine que représentent son ?uvre et sa vie.

Pour célébrer l?homme autant que cet héritage et ce message, je proposerai donc prochainement qu?un lieu de notre capitale porte désormais le nom d?Aimé Césaire.

Au nom du Conseil de Paris et en mon nom personnel, je veux dire à sa famille, à ses proches, ainsi qu?à tous les Martiniquais, la tristesse que nous ressentons aujourd?hui, mais aussi notre gratitude et notre fidélité.

(L?Assemblée, debout, observe une minute de silence).