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Mai 1996
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Conseil Municipal
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14 - II- Question d'actualité de M. Georges SARRE, au nom du groupe du Mouvement des citoyens, à M. le Maire de Paris et à M. le Préfet de Paris relative à l'interdiction du stade aux supporters fascistes du Paris-Saint-Germain.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 1996




M. Jean-François LEGARET, adjoint, président.- Nous examinons à présent la question d'actualité que M. Georges SARRE adresse, au nom du groupe du Mouvement des citoyens, à M. le Maire de Paris et à M. le Préfet de police.
Monsieur SARRE, vous avez la parole.

M. Georges SARRE.- Ma question s'adresse tant au Maire de Paris qu'au Préfet de police.
Ensemble, et ce matin encore, nous nous sommes réjouis de la victoire du Paris-Saint-Germain, vainqueur mercredi dernier de la coupe d'Europe des vainqueurs de coupe. Ce succès devrait, à n'en pas douter, renforcer et valoriser l'image de notre club, le Paris-Saint-Germain. Les vertus du sport auprès des jeunes ne sont plus à démontrer.
Malheureusement, Monsieur le Maire, de graves incidents ont entaché le succès dans la soirée du jeudi 9 mai. Lors de la fête organisée à la suite de cette victoire au Parc-des-Princes, une frange du public parmi les supporters a envahi le terrain, provoquant des troubles inadmissibles et des actes de violence à caractère raciste auxquels les forces de l'ordre, débordées, n'ont pu faire face.
Monsieur le Maire, si je pose la question à M. le Préfet de police aussi, c'est que ce n'est pas la première fois que cela arrive. En tant que député, avec d'autres, j'ai eu l'occasion de légiférer et j'ai voté le projet de loi gouvernemental présenté par le Premier ministre, M. BALLADUR. Mais je constate comme vous que des bandes fascistes organisées au sein des supporters trouvent souvent des opportunités pour s'en prendre aux noirs, aux maghrébins, à d'autres. Ce sont des xénophobes et des racistes ! Malgré toutes les déclarations d'intention et les mesures de prévention adoptées par la représentation nationale, il semble qu'il soit encore impossible de contrôler ces individus qui bafouent l'esprit du sport et interdisent aux Parisiens de se retrouver ensemble entre amis pour regarder un match. Bien connus des services de police, les auteurs de ces incidents pourraient être écartés si les dispositifs de prévention et de sécurité adaptés étaient mis en place systématiquement.
J'ajoute pour conclure, Monsieur le Maire, que naturellement les responsables du Paris-Saint-Germain contrôlent les groupes de supporters, c'est là qu'ils sont, et faire comme s'ils étaient ailleurs, ce serait erroné.
Je demande donc, et je voudrais savoir si vous en êtes d'accord, que la Mairie de Paris adresse une lettre à M. DENIZOT l'invitant à mettre bon ordre parmi les rangs des supporters, et au Préfet de police ce qu'il entend faire pour que la loi soit appliquée et que le racisme ne sévisse pas à l'issue des matches.

(Applaudissements sur les bancs des groupes du Mouvement des citoyens, socialiste et communiste).

M. Jean-François LEGARET, adjoint, président.- Pour vous répondre, je donne d'abord la parole à M. le Représentant du Préfet de police.

M. LE REPRÉSENTANT DU PRÉFET DE POLICE.- Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, l'équipe de football du Paris-Saint-Germain a remporté le 8 mai au soir, à l'occasion de la finale jouée au stade Baudouin-1er de Bruxelles, la Coupe européenne des vainqueurs de coupes.
Ce fut une belle victoire et une grande joie, non seulement pour les supporters du P.S.G., mais aussi pour tous les Parisiens, et la Préfecture de police a partagé cette joie car elle s'associe à tous les événements qui marquent la vie de la Capitale.
Toutefois, des désordres et des scènes de violence, dont la presse s'est largement fait l'écho, ont altéré la grande fête populaire que tous avaient souhaitée. Ils ont malheureusement terni la joie de la victoire en posant une nouvelle fois le problème de la sécurité des rencontres de football du P.S.G., et plus particulièrement de la montée de la violence au sein du "Kop Boulogne".
Au fil des années, plusieurs réunions de concertation se sont déjà tenues sur ce sujet, tant au Cabinet du Ministre de l'Intérieur qu'à la Préfecture de police, et des propositions concrètes avaient d'ailleurs été arrêtées et mises en oeuvre dès le 1er septembre 1993, à la suite d'une importante réunion organisée à la Préfecture de police en présence de M. Jean TIBÉRI, alors premier adjoint au Maire de Paris, du procureur de la République et des dirigeants du P.S.G. et du Parc-des-Princes.
Cette réunion, faut-il le rappeler, s'était tenue au lendemain de désordres au cours desquels un capitaine de C.R.S. avait été gravement blessé dans l'agression sauvage dont il avait été victime, ainsi que quelques-uns de ses hommes, le samedi 28 août 1993 au Parc-des-Princes.
Les mesures arrêtées portaient sur la rédaction et la mise en oeuvre d'un règlement intérieur pour le Parc-des-Princes ; elles portaient sur la vidéo-surveillance, les contrôles d'identité et les fouilles aux entrées du Parc, l'intervention des forces de police dans l'enceinte du stade et les aménagement matériels concernant la sécurité du public.
La mise en oeuvre de l'ensemble de ces dispositions, complétée par la création auprès du Préfet de police d'une cellule de réflexion, de proposition et de coordination opérationnelle, animée par le Préfet, secrétaire général de la zone de défense, a permis de progresser de manière très significative dans le domaine de la sécurité des rencontres sportives du P.S.G.
Mais les récents incidents montrent qu'en matière de sécurité, rien n'est jamais acquis, surtout lorsqu'on se trouve en présence des hooligans du "Kop Boulogne", et cette nouvelle et récente montée de violence, après une période d'accalmie relative, impose maintenant d'envisager de nouvelles dispositions.
En effet, il n'est pas concevable qu'en France, à Paris, l'idéal sportif qui doit rapprocher les hommes soit outragé par le spectacle de la violence gratuite d'un petit noyau d'énergumènes qu'il ne faut en aucune manière confondre avec les vrais supporters du P.S.G.
C'est pourquoi, M. le Maire de Paris et le Préfet de police vont proposer à l'ensemble des partenaires concernés une nouvelle réunion générale sur la sécurité du Parc-des-Princes.
Cette réunion sera l'occasion de faire le point des mesures de sécurité prises au cours de ces dernières années et d'en évaluer l'efficacité, pour nous permettre de prendre toutes dispositions utiles, à la lumière de l'expérience déjà acquise, afin que les rencontres sportives à Paris restent une fête, c'est-à-dire une occasion d'enthousiasme et de joie populaire.
C'est une ambition que le Préfet de police partage avec vous, Monsieur le Maire, et la Préfecture de police y travaillera sans relâche, avec l'ensemble de ses partenaires.

M. Jean-François LEGARET, adjoint, président.- Je remercie M. le Représentant du Préfet de police et je donne la parole à M. Dominique CANE pour répondre à M. SARRE au nom du Maire de Paris.

M. Dominique CANE, adjoint.- Monsieur le Maire, mes chers collègues, je regrette pour ma part que la nature même des termes utilisés dans cette question d'actualité essaie de jeter le discrédit sur une équipe dont nous devrions être tous particulièrement fiers, après l'excellent résultat obtenu lors de la dernière Coupe d'Europe.

(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").
En collaboration avec le Préfet de police ont été adopté toute une série de mesures qui constituent aujourd'hui un dispositif de sécurité impressionnant : modification et création de certaines ouvertures et issues, remplacement des sièges, installation d'un système de vidéo-surveillance autour du stade et à ses abords, fouilles préalables, portiques de détection d'armes, palpation à chaque point d'accès, contrôles d'identité conformément à la nouvelle législation, encadrement étroit des mouvements de supporters à leur départ et à leur arrivée, présence d'effectifs de police importants, procédures de contrôles spécifiques particulièrement rigoureux de la Commission de sécurité, création d'une cellule spécialisée auprès du Directeur de la Police judiciaire, rehaussement de certaines palissades, cloisonnement de certaines tribunes, adoption d'un règlement intérieur contraignant.
La loi "ALLIOT-MARIE" a renforcé considérablement le dispositif juridique, avec notamment la possibilité de traduire les délinquants en comparution immédiate, car des peines de prison ont été instituées avec la création de nouveaux délits particuliers, l'interdiction d'introduire des fusées ou des artifices pouvant constituer des armes dangereuses, l'interdiction de jeter des projectiles présentant un danger pour la sécurité, ou avec la création de peines complémentaires, l'interdiction pendant une durée maximale de cinq ans de l'accès à une enceinte sportive ou l'interdiction du territoire français dans certains cas.
Je voudrais signaler à notre collègue que c'est une préoccupation constante du Maire de Paris, du gestionnaire du stade, du club du Paris-Saint-Germain et du Préfet de police de faire en sorte que la minorité des Hooligans qui se rende au Parc-des-Princes soit maîtrisée dans ses débordements et exclue du stade.
C'est dans cet esprit que les dispositions ont été arrêtées, en liaison avec les différents partenaires, tant sur le plan du règlement intérieur que dans la mise en oeuvre d'un contrôle strict des entrées.
On a pu constater tout au long de la saison qu'aucun incident grave ne s'est produit au Parc en raison de la mise en application de ces dispositions.
Les événements qui se sont produits le 9 mai au Parc-des-Princes l'ont été dans le cadre non pas de l'utilisation normale du stade, mais dans le cadre de ce qui aurait dû être une fête des supporters pour célébrer la victoire du P.S.G. en Coupe d'Europe.
Il n'a pas paru souhaitable de prendre des dispositions spécifiques de sécurité, en particulier par la mise en place de forces de l'ordre à l'intérieur du stade, pour conserver à cette manifestation son caractère "festif". Dès lors nous avons eu à regretter les débordements de quelques dizaines de Hooligans qui ont repris leurs plus mauvaises habitudes. Dans l'avenir, nous maintiendrons les dispositifs mis en place au cours de cette saison avec la Préfecture de police et nous les renforcerons. Si nous devions refaire des manifestations qui se veulent détendues et conviviales, nous serions amenés à prendre des dispositions minimales de sécurité pour écarter ces personnes qui n'agissent pas dans l'esprit sportif des vrais supporters.
Enfin, nous allons examiner avec l'ensemble des parties concernées et le Préfet de police, les mesures propres à expulser définitivement du stade ceux qui, une fois encore, ont perturbé le climat de cette fête et la grande masse des supporters.
Merci, Monsieur le Maire.

(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").

M. Jean-François LEGARET, adjoint, président.- Je remercie M. Dominique CANE.