Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Mai 1996
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
Conseil Municipal
> Type de document (Débat / Délibération)  

2 - Hommage à la Maréchale LECLERC de HAUTECLOCQUE.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 1996




M. LE MAIRE DE PARIS.- Mes chers collègues, nous avons appris avec une profonde tristesse la disparition de la Maréchale LECLERC de HAUTECLOCQUE.

(Les Conseillers se lèvent).
C'était une femme dont le courage, l'énergie et la dignité, d'emblée, forçaient le respect. Tous ceux qui l'ont approchée étaient frappés par cette force de caractère et cette grandeur d'âme qui émanaient d'elle. Ceux qui la connaissaient avaient pour elle une très profonde estime et une affection sincère, et j'en étais.
Thérèse LECLERC de HAUTECLOCQUE, toute sa vie, aura été "au service de quelqu'un", quelqu'un qui, le jour même de leurs fiançailles, lui avait adressé une injonction : "Vous m'empêcherez d'être un médiocre".
En manifestant une telle confiance en l'intelligence, la richesse intérieure, la force d'âme de celle qui allait devenir sa femme, Philippe de Hauteclocque ne s'était pas trompé : son épouse lui apporterait son soutien et ses encouragements dans toutes ses décisions et, notamment, la plus grave, celle qui, le conduisant à Londres auprès du Chef de la France Libre, scellerait non seulement leur propre destin, mais aussi, en partie, sans nul doute celui de notre pays.
En commun accord avec celui qui allait devenir, avec ses "clochards épiques, dans le soleil d'Afrique et les combats d'Alsace", le héros d'une geste prodigieuse, elle s'était donc appliquée à la tâche qui lui était impartie, "la tâche la plus difficile" reconnaissait d'ailleurs le Général Leclerc, "celle de garder le foyer et d'élever les enfants".
Elle y mit son amour, son courage, son dévouement attentif.
Cette tâche dûment remplie, une autre l'attendait, douloureuse, nécessaire, à laquelle elle n'essaya jamais d'échapper. Elle se consacra à la mémoire de son mari et se tourna vers celles et ceux qui avaient besoin de son aide. Sa présence à la tête de l'Association des Anciens de la 2e D.B. contribua pour une très large part à faire vivre l'étincelle (je dis bien l'étincelle) qu'il avait transmise à ses hommes en même temps que son formidable message d'espoir et d'audace. Nous en avons pour preuve le respect, l'admiration et la très profonde affection dont ceux-ci l'ont toujours entourée.
Thérèse LECLERC de HAUTECLOCQUE aura à surmonter une autre épreuve, toute aussi cruelle, la mort de son fil aîné, Henri, en Indochine. Il avait écrit au Colonel Massu, après la mort de son père à Colomb-Béchar : "Je me rends compte de la charge que cela représente de s'appeler Leclerc. Je fais appel à toute ma foi et ma volonté pour en être digne."
Elle le fit aussi, avec un courage et une force d'âme peu communs.
Et l'on pense à ces héroïnes dont André Malraux disait : "Avec qui ferait-on la noblesse d'un peuple, sinon avec celles qui la lui ont donnée ?"
La Maréchale LECLERC de HAUTECLOCQUE était de ces héroïnes-là ; elle en avait, dans les heures de joie comme dans le malheur, la dignité et la fidélité.
Avec elle, une grande dame a disparu et tous les Parisiens, qui savent ce qu'ils lui doivent, comme ils savent ce qu'ils doivent au Général Leclerc, ressentent aujourd'hui une profonde tristesse.
C'est en leur nom et au nom de tous les membres du Conseil de Paris que j'adresse à ses enfants, à toute sa famille et à ses amis, les anciens de la 2e D.B., mes très sincères et profondes condoléances.

(L'Assemblée, debout, observe une minute de silence).