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Mai 1996
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8 - 1996, D. 483- Communication de M. le Maire de Paris relative à la politique culturelle de la Ville de Paris.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 1996




M. LE MAIRE DE PARIS.- Si dans le monde entier et depuis si longtemps ce seul mot, "Paris", fait rêver, c'est qu'il évoque la beauté, les arts et les artistes, la vitalité et les trésors de la culture française.
Paris n'est pas une ville comme les autres, sa politique culturelle se doit d'être digne de son histoire et de son prestige.
C'est pourquoi, tout particulièrement à la veille de l'an 2000, je tiens à ce que la Ville de Paris continue de faire de l'action culturelle une de ses priorités, selon trois axes : Paris capitale culturelle, Paris capitale économique et Paris capitale universitaire.
En dépit d'un contexte budgétaire difficile, sur lequel j'appelle votre attention, j'ai très clairement souhaité maintenir l'effort de la Municipalité au niveau qu'elle a atteint.
Dans le domaine culturel comme dans tous les autres, Paris, capitale de notre pays, doit naturellement, chaque fois que cela peut être profitable aux Parisiens et à la France, travailler en concertation avec l'Etat. Dans cet esprit, j'ai proposé au ministre de la Culture que ses services et ceux de la Mairie travaillent de façon étroitement coordonnée sur les dossiers qui le justifient.
La politique culturelle que j'entends mener relèvera trois enjeux.
D'abord accroître le rayonnement culturel de Paris. Je vous proposerai à cet effet trois opérations d'envergure. Puis valoriser le patrimoine municipal. Enfin et surtout permettre au plus grand nombre de Parisiens d'avoir accès facilement à la richesse et à la diversité culturelle de la Capitale.
D'abord les opérations d'envergure.
Une politique culturelle prestigieuse, ce sont d'abord des projets ambitieux. J'en ai retenu trois, conformes à nos possibilités techniques et budgétaires.
Rénover le Petit Palais : le musée du Petit-Palais, situé aux abords des Champs-Elysées, est un de nos équipements culturels majeurs. Le succès rencontré par ses expositions ne devrait pas se démentir avec la présentation prochaine des trésors de la cité interdite de Pékin et un cycle allemand en 1997, qui sera le prélude à une saison égyptienne en 1998.
Mais le Petit-Palais est devenu victime de cet engouement. Ses bâtiments ont vieilli, ses installations sont vétustes et leur fonctionnement est coûteux.
Alors qu'il possède des collections de très grande qualité et insuffisamment connues, le Petit-Palais n'est pas à même de les exposer convenablement.
Le bâtiment a été conçu, chacun le sait, pour abriter temporairement la rétrospective de l'art français lors de l'exposition universelle de 1900. Près d'un siècle plus tard, il nous appartient pour des raisons de sécurité- d'abord, et cela c'est le plus urgent - et pour mettre en valeur cette réussite architecturale exemplaire et les trésors qu'elle abrite, d'engager une rénovation complète du Petit-Palais.
Mon ambition ne se limite pas à une remise à neuf du bâtiment. Je veux que cet équipement soit transformé, qu'il soit notamment doté de moyens modernes d'exposition le rendant accessible à un plus large public.
L'enjeu pour notre Ville est de taille. Il s'agit de créer le grand musée des beaux-arts qui manque à notre Ville et qui devra profiter notamment aux jeunes Parisiens grâce à une action pédagogique ciblée.
En engageant aujourd'hui ce chantier de grande envergure, nous pourrons par ailleurs profiter largement de l'opportunité que représente le lancement au même moment du côté de l'Etat d'une réflexion sur le devenir du Grand-Palais.
La nécessaire coordination entre la Ville et l'Etat que j'évoquais à l'instant devra porter sur les contenus des deux projets dans un souci de complémentarité pour permettre la réalisation d'économies.
La réflexion commune à la Ville et à l'Etat sera également indispensable pour achever la restauration de la place de la Concorde.
La place de la Concorde est un symbole et elle est connue dans le monde entier. Elle témoigne de la beauté et de la grandeur de Paris.
La Municipalité ne s'en désintéresse pas puisque c'est à son crédit, et avec l'aide de partenaires privés, qu'il faut porter la restauration des huit statues des villes de France et des colonnes rostrales.
Toutefois, il serait déraisonnable que sur un sujet d'une telle importance, pour lequel les responsabilités de l'Etat et de la Municipalité sont partagées et auquel des partenariats privés sont susceptibles de s'associer, la Ville de Paris agisse sans concertation.
J'entends donc engager et coordonner sans délai une réflexion approfondie sur ce projet d'intérêt général qui doit être décliné tant sur le volet urbanistique que culturel pour achever l'embellissement de la place.
En revanche la réouverture de la Gaîté-Lyrique relève pour l'essentiel de la seule Municipalité.
La Ville de Paris ne peut se satisfaire de voir fermé au centre de Paris un ancien théâtre au passé aussi prestigieux. Je m'engage donc à rouvrir la Gaîté-Lyrique.
Par son histoire, par ses dimensions, par sa localisation, le bâtiment de la Gaîté-Lyrique doit permettre d'ouvrir un lieu au plus large public, consacré à la découverte et à l'apprentissage des arts et des métiers du spectacle dans leur diversité. Je souhaite répondre ainsi aux attentes des Parisiens, des jeunes et de leurs familles, des écoles, des associations et des professionnels. Je vais, à cet effet, créer un groupe de travail qui, après avoir entrepris une large consultation sur le terrain, me rendra un rapport présentant clairement et de manière précise ce qui peut être fait, en prenant naturellement en compte les contraintes budgétaires.
Rénovation du Petit-Palais, restauration de la place de la Concorde, réouverture de la Gaîté-Lyrique : ces trois axes de la politique culturelle de la Municipalité s'appuient sur une conviction : l'importance qui doit être accordée par la Ville de Paris à son patrimoine.
Je souhaite en effet que la défense et la mise en valeur du patrimoine historique soient un des axes forts de notre politique culturelle.
Tout d'abord, il faut réaliser et exploiter un inventaire du patrimoine municipal : j'ai pensé qu'il serait bon de créer ce que l'on pourrait appeler une Direction du patrimoine à qui il reviendra d'engager, sans délai, une mission globale d'inventaire, d'expertise, de conservation et d'exploitation de l'ensemble des richesses artistiques de la Ville. La défense de ce patrimoine passe en effet par sa connaissance. Il conviendra d'y inclure les sites les plus pittoresques qui n'ont pas nécessairement été classés par l'Etat. Là encore, vous voyez, ce que j'ai indiqué au début de mon exposé n'est pas seulement théorique. Cette analyse devra là encore se faire en étroite coordination avec le Ministère de la Culture.
En deuxième lieu, il faut relancer le plan églises. J'entends porter un effort tout particulier sur la restauration des grands édifices cultuels. Ces 95 églises, temples et synagogues appartenant à la Ville, constituent un patrimoine d'une valeur incomparable qui concourt au rayonnement architectural, artistique, et historique de notre ville.
J'ai décidé d'intensifier nettement le plan de restauration des édifices cultuels qui a été lancé en 1990.
Toute intervention sur ces monuments anciens est coûteuse. Ainsi, il faudra, tout en continuant à assurer les travaux de sécurité et d'entretien nécessaires, concentrer l'effort financier accru de la Ville sur quelques opérations.
Par ailleurs, j'ai donné mon accord à la réalisation, dans les toutes prochaines années, de l'orgue de Saint-Louis-en-l'Ile par un des plus prestigieux facteurs contemporains, Jürgen AHRENDT. Cette création permettra notamment de jouer l'oeuvre de Jean-Sébastien Bach. Elle complétera donc le parc d'instruments de la Ville qui sera désormais en état de servir les répertoires les plus divers.
Le patrimoine de Paris est un des éléments du cadre de vie. A ce titre, l'intérêt que je lui porte est significatif du souci constant qui est le mien d'améliorer, au travers de l'ensemble des politiques municipales, l'environnement du plus grand nombre de Parisiens.
Enfin, je voudrais insister sur le troisième axe : une politique culturelle doit être et sera au service des Parisiens.
Je désire vous faire part de ma conviction de pouvoir accueillir un public plus diversifié dans les équipements culturels de la Ville. Cela est particulièrement vrai pour les grandes institutions musicales et pour les bibliothèques. L'accès d'un plus grand nombre de Parisiens à la culture passe aussi par la mise en valeur des richesses culturelles de la Capitale pendant la période estivale.
Tout d'abord, une vie lyrique orientée vers un public parisien plus diversifié.
La Ville soutient trois institutions musicales prestigieuses : le Châtelet, l'Orchestre de Paris et l'Ensemble orchestral de Paris. Celles-ci sont appelées à évoluer et, j'insiste sur ce point, à affirmer la vocation populaire qui doit être la leur.
Tout d'abord le Châtelet : le théâtre musical de Paris Châtelet doit développer l'art lyrique sous toutes ses formes afin d'y accueillir le public le plus large. A cette fin, je désire que la programmation du Châtelet allie aux opéras de prestige- qui font la force de ce théâtre et de Paris sur le plan parisien, national et international - l'exploitation aujourd'hui délaissée dans la Capitale du patrimoine musical parisien : l'opérette de qualité, les comédies musicales et les spectacles d'opéra Bouffe pour lesquels, j'en suis sûr, il existe une vraie demande du public. Cette nécessaire ouverture doit aussi s'étendre, sans concurrencer l'excellent travail fourni par Gérard VIOLETTE au Théâtre de la Ville, à la danse. C'est avec la même optique qu'il faut envisager des spectacles de variétés ou de jazz avec un seul maître-mot : la qualité.
C'est l'orientation que j'ai donnée à M. Jean-Pierre BROSSMANN lorsque, après avoir reçu personnellement de nombreux candidats, j'ai arrêté mon choix sur ce grand professionnel, qui fera honneur à Paris.
Stéphane LISSNER laisse un héritage prestigieux. Qui mieux que Jean-Pierre BROSSMANN, administrateur général de l'Opéra de Lyon qu'il a su hisser au rang d'opéra national pouvait lui succéder ? La continuité dans la qualité, dans l'excellence est ainsi assurée, et ce d'autant plus que je me suis engagé à maintenir les moyens alloués au Châtelet.
Cet effort n'a d'autre finalité que la mise en oeuvre de dispositions nouvelles en matière de tarif et d'horaire que je souhaite voir plus adaptés aux moyens et au temps de loisirs des Parisiens ("midi musicaux", activités de fins de semaine).
Ouverture vers un public plus diversifié : telle est la mission que j'ai également fixée au nouveau directeur général de l'Orchestre de Paris.
L'Orchestre de Paris : la démission de Stéphane LISSNER laisse vacante le poste de Directeur général de l'Orchestre de Paris. Lorsque nous aurons achevé de mener les consultations nécessaires, je soumettrai dans un proche avenir au Conseil d'administration de l'Orchestre, en accord avec l'Etat, les noms parmi lesquels sera choisi le futur directeur général. Il s'agira en tout état de cause d'un grand professionnel français qui aura la stature et l'expérience pour diriger une formation lourde de 122 musiciens.
Il appartiendra donc au nouveau Directeur général d'accorder, là aussi, une priorité à l'ouverture au public des concerts de l'Orchestre de Paris par une politique tarifaire attractive et des horaires diversifiés. Le développement des tournées régionales et internationales est également indispensable pour valoriser cette formation musicale qui porte le nom de la Capitale.
Par ailleurs, je demanderai au nouveau Directeur général de proposer à la Ville de Paris et à l'Etat les noms parmi lesquels devra être choisi le futur Directeur artistique de l'Orchestre et de réfléchir au positionnement stratégique de l'Orchestre par rapport aux autres formations symphoniques parisiennes de qualité.
J'en viens maintenant à l'Ensemble orchestral de Paris.
L'actuel Directeur musical de l'Ensemble orchestral de Paris, M. J.J. KANTOROW, nous ayant fait savoir qu'il ne renouvellerait pas son contrat après 1997, j'ai demandé au Président de l'Ensemble orchestral de Paris de proposer à la Ville et à l'Etat les noms parmi lesquels pourra être choisi, d'ici peu, le futur chef de l'Ensemble orchestral.
Telles sont les orientations nouvelles que j'ai prises en faveur de la vie lyrique parisienne, orientations dictées par deux soucis : la qualité et le fait d'en faire profiter davantage un public plus diversifié.
Je désire également élargir l'accès aux bibliothèques municipales.
Je souhaite que les 57 bibliothèques de la Capitale soient mieux adaptées aux besoins des Parisiens et à l'évolution des technologies d'information et de communication.
J'ai donc demandé que l'on élargisse de façon significative les plages d'ouverture des bibliothèques en examinant la possibilité d'ouvrir en fin de journée ces équipements culturels de proximité afin de les adapter au rythme de vie des Parisiens, et notamment de ceux qui travaillent.
De même, j'ai décidé d'intensifier le plan d'informatisation des bibliothèques et de veiller à leur modernisation.
Enfin, je tiens à accentuer la vocation culturelle de la Capitale pendant la période estivale.
Mettre la culture à portée de tous, comme je l'ai indiqué, c'est s'assurer qu'elle soit accessible à ceux qui, pour des raisons diverses, ne s'absentent pas de Paris pendant la période estivale.
De nombreux professionnels de la culture m'ont fait part de leur souci de voir s'intensifier l'activité culturelle de la Capitale pendant l'été. Je les ai entendus à un double titre.
D'une part, j'ai souhaité que les moyens alloués par la Ville au Festival "Paris Quartier d'Eté", qui organise de nombreuses activités culturelles pendant cette période, soit significativement renforcée, ce qui a été fait puisque l'aide de la Ville a augmenté de 50 % en 1996.
D'autre part, j'ai demandé à mon adjoint chargée des Affaires culturelles de lancer, avec l'appui de la direction compétente, une vaste concertation avec les principaux professionnels du théâtre privé, de la musique et du cinéma. Celle-ci devra permettre à la Ville d'aider ces secteurs à traverser la période estivale avec moins de difficultés en encourageant notamment la diffusion de l'information. Ces moyens devront être mis en oeuvre dès l'été 1997.
Mesdames et Messieurs, je suis conscient que les théâtres privés, éléments forts de la vie culturelle parisienne, sont confrontés à des difficultés qui dépassent la période estivale.
C'est la raison pour laquelle j'entends, bien entendu, poursuivre une action comme "La Mairie de Paris vous invite au théâtre" qui permet, chaque année, d'attirer en 3 jours plus de 70.000 spectateurs, dont la moitié bénéficie de places offertes par la Ville, dans une centaine de théâtres parisiens privés ou subventionnés.
J'ai, par ailleurs, décidé d'augmenter cette année de 900.000 F la subvention que la Ville verse au Fonds de soutien au théâtre privé. J'envisage, en effet, dans la mesure du possible et compte tenu des contraintes budgétaires, d'aligner progressivement la participation de la Ville à ce Fonds sur celle de l'Etat. Car enfin, j'ai fait augmenter pour 1996, dans des proportions analogues, les moyens alloués par la Ville aux cinq théâtres municipaux.
S'agissant du cinéma, qui est aussi un point fort de la Capitale, j'apporterai mon soutien dès le mois de juin prochain au Festival du film de Paris, dont la renommée devra encore s'intensifier dans les prochaines années.
J'ai également décidé de relancer l'opération "Août au ciné" réalisée une première fois, il y a deux ans, et qui permet aux jeunes de moins de 26 ans de bénéficier de places de cinéma à prix réduit (25 F maximum dans un très grand nombre de salles parisiennes).
Au-delà de ces initiatives ponctuelles, j'entends faire de Paris la Capitale mondiale du cinéma qu'elle doit être à part entière. C'est bien dans cette optique que j'ai accueilli à l'Hôtel de Ville, au mois de janvier dernier, avec M. Daniel TOSCAN du PLANTIER la première manifestation des "Lumières de Paris", prix attribué par la presse étrangère résidant dans la Capitale au meilleur film français. Cette opération sera renouvelée l'année prochaine. Je crois que c'est un point important pour Paris.
Plus globalement, j'ai pris l'initiative de réunir dès le mois prochain les professionnels du cinéma et de l'audiovisuel pour constituer un groupe de travail qui, tant dans le domaine de la production, de la distribution et de l'exploitation, s'attache à valoriser le rôle de Paris. La finalité est claire : améliorer les conditions de tournage dans la ville la plus filmée du monde ; soutenir attentivement les salles indépendantes ; s'efforcer de favoriser la fréquentation du public.
Enfin, une attention constante devra être portée à l'évolution des technologies afin d'en faire profiter le très bel instrument cinématographique qu'est la Vidéothèque.
Mesdames, Messieurs, chers collègues, en conclusion je voudrais dire ceci : Paris est universellement reconnue comme une grande capitale culturelle. Tout en confortant les multiples actions menées par la Ville dans ce domaine, je souhaite accentuer très fortement le caractère populaire d'une politique municipale dont l'objet doit être d'améliorer le cadre de vie et le bien-être de chacun.
La Ville de Paris doit prendre l'initiative de concertations multiples avec tous les acteurs de la vie culturelle pour mener à bien les importants dossiers que je viens d'évoquer.
Une vie culturelle de très haute qualité au service d'un plus grand nombre de Parisiens : telle est l'ambition que j'entends développer, avec votre concours, dans les cinq prochaines années.

(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").
Merci.
Je vais maintenant donner la parole aux orateurs en leur demandant de bien respecter les temps impartis.
La parole est à M. DELANOË.

M. Bertrand DELANOË.- Monsieur le Maire, mes chers collègues, puisque nous parlons aujourd'hui de culture, une idée essentielle peut nous inspirer, celle du sociologue Claude RIVIERE selon lequel la culture moderne n'est pas un produit fini, mais un ensemble de moeurs et de comportements en perpétuelle transformation.
Or, votre projet, Monsieur le Maire, ne présente aucun acte particulièrement novateur face aux multiples attentes que fait naître l'exigence culturelle à Paris.
Il s'inscrit en fait dans le droit fil d'une philosophie municipale qui, depuis près de vingt ans, privilégie une logique institutionnelle et s'abrite largement derrière le rôle joué par l'Etat. Vous reconnaissez d'ailleurs la très forte contribution de l'Etat dans l'enrichissement du patrimoine parisien et même, parfois, vous entretenez une certaine confusion quant à la paternité des initiatives respectives.
Le ton a changé depuis cette époque, pourtant pas si lointaine, je pense à l'année 1985 où un éminent représentant de la Municipalité parisienne vilipendait, dans une interview à "L'Express", je cite : "La gabegie de la Villette ou l'extravagance du Grand Louvre".
Aujourd'hui, ces réalisations trouvent une place de choix dans votre communication, ce dont je me réjouis et ce qui constitue indirectement un hommage à l'action mise en oeuvre sous la présidence de François Mitterrand.
Incontestablement, celui-ci a marqué de son empreinte le visage et la configuration de notre ville, servant peut-être mieux que quiconque son rayonnement international.
Mais au-delà de l'impact de ce qu'on a appelé "les grands travaux", je veux souligner la teneur du message qu'ils véhiculent : une conception résolument universelle de la culture et, plutôt que la doctrine philosophique d'humanisme utilisée parfois à la légère, j'aurais trouvé plus juste que vous reteniez une approche de la culture qu'André Malraux définissait en ces termes : "Ce par quoi un homme peut prétendre à l'universalité".
Cela vous aurait sans doute conduit à mieux développer une notion essentielle que vous vous contentez, malheureusement, de survoler, celle du renouvellement culturel à Paris. Patrick BLOCHE et Alain RIOU évoqueront dans leurs interventions ce que nous appelons "spectacle vivant" ainsi que la question du patrimoine.
Pour ma part, j'orienterai ma réflexion sur les conditions d'une approche vraiment renouvelée de la pratique culturelle à Paris. Je n'ai pas le temps de revenir sur la modestie des moyens qui lui sont aujourd'hui affectés. J'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer et de rappeler que 5 % seulement du budget global consacré à ce poste, ce n'est pas digne de la Capitale.
Cette réalité place en effet Paris loin derrière toutes les grandes villes françaises...

Mme Françoise de PANAFIEU, adjoint.- Ce n'est pas vrai !

M. Bertrand DELANOË.- ... qui, en général, consacrent en moyenne entre 12 et 14 % de leur budget à la politique culturelle.
Les conséquences de telles décisions sont connues et, pour ne prendre qu'un exemple récent, je citerai le cas du théâtre "Espace acteur" dans le 18e arrondissement. A l'origine, une subvention de fonctionnement avait été attribuée sous l'impulsion d'ailleurs de l'ancien adjoint aux Finances et vous décidez, pour 1996, de la diminuer pratiquement de moitié. En faisant cela, c'est l'avenir même de ce lieu de création qui est aujourd'hui menacé.
La culture est pourtant à la croisée de plusieurs enjeux centraux : enjeu historique et identitaire parce qu'elle constitue ce fil essentiel qui relie les hommes à travers les générations ; enjeu international dans la compétition qui existe aujourd'hui entre les mégapoles du monde entier, de Londres à New York, en passant par Berlin ou Madrid, l'enjeu culturel est au coeur de cette course vers le rayonnement universel ; enjeu humain enfin car la rentabilité de la culture est sociale avant d'être éventuellement économique.
Et, disant cela, je ne fais pas de distinction entre la vocation artistique qui naît dans un hangar transformé en lieu de répétition et l'émotion que procure la voix du ténor.
Puisqu'il s'agit de langage culturel, il ne peut être question de hiérarchie des genres et, dans ces conditions, je ne sais pas si, comme vous le faites, on doit qualifier de "populiste" la distinction entre culture de masse et grandes institutions culturelles.
En revanche, je crois qu'est élitiste une politique négligeant la création spontanée, l'encouragement à de nouvelles formes d'expression et l'aide à l'installation des jeunes artistes, et c'est d'ailleurs ce qui m'a frappé dans votre communication, car si parfois on peut adhérer à certains des principes théoriques que vous énoncez, vos actes ne partent pas de la vie, du quotidien des créateurs dont vous négligez par ailleurs la diversité des cas.
C'est pourquoi je voudrais vous rappeler ici quelques propositions concrètes que nous vous avons déjà faites dans le passé, mais que vous avez ignorées jusqu'ici. En acceptant leur application, vous contribueriez réellement à faire évoluer les choses à Paris. Je tenterai donc de vous convaincre une fois encore de recréer les conditions d'une vraie culture de proximité.
Nous pensons tout d'abord qu'il est urgent de mettre en oeuvre un plan pluriannuel de création d'ateliers d'artistes adaptés à toutes les formes d'expression. Actuellement, le nombre d'ateliers-logements réalisés est d'à peine trente par an. Serait-il exorbitant que la Ville de Paris arrive enfin à porter ce chiffre à cent par an ?
Dans cette optique toujours, nous souhaitons qu'un quota soit intégré à tout programme de logements sociaux neufs ou réhabilités par la Ville.
Mais tenter de renouer avec la vocation universelle de la politique culturelle implique également une approche décentralisée. Nous souhaitons que soit créé un office local de la culture dans chacun des vingt arrondissements de Paris. Placé sous l'autorité du Maire d'arrondissement, il aurait pour mission de soutenir les projets, d'organiser les manifestations populaires, d'envisager la réalisation d'équipements nouveaux et de servir d'interface entre les acteurs culturels de l'arrondissement et le niveau central.
Ces propositions, Monsieur le Maire, devraient être complétées par un troisième axe tout aussi indispensable à Paris : accorder de l'espace, des locaux supplémentaires pour la création et les répétitions des groupes artistiques parisiens. Il y a là un vrai effort budgétaire, mais aussi urbanistique à consentir afin que cette scène alternative qui a tant de mal à exister à Paris puisse enfin vivre et s'épanouir comme d'autres grandes villes, et je pense en particulier à Londres.
D'ailleurs, dans les projets de délibération que vous nous présentez aujourd'hui, figure une demande de subvention concernant le seul studio de répétition qui existe actuellement pour tout Paris, c'est-à-dire "Campus Bastille" et on lit dans ce projet de délibération que ses gestionnaires doivent faire face à une demande considérable émanant de musiciens amateurs ou pré-professsionnels. Cette exception dans le désert parisien illustre mieux que tout autre commentaire l'ampleur de l'effort indispensable à mettre en oeuvre.
C'est une question de moyens, Monsieur le Maire, mais aussi d'état d'esprit. Ainsi, vous engagerez-vous publiquement à maintenir sur place les 150 artistes qui ont fait du "Frigo" un pôle d'intense bouillonnement culturel dans le quartier de Seine-Rive gauche. L'avenir de ce lieu, Monsieur le Maire, représente un enjeu décisif à l'aune duquel on pourra évaluer cette conception du partage que vous évoquez dans votre communication.
On le voit, nos projets sont différents, j'allais dire, culturellement différents. Je voudrais cependant souligner que nous partageons une préoccupation : la sauvegarde et la valorisation du patrimoine.
Disant cela, je n'oublie pas que, par le passé, l'action de la Municipalité s'est parfois traduite par de véritables agressions contre ce patrimoine. Mais puisqu'aujourd'hui vous voulez vraiment le défendre, alors retenez la proposition que je vous soumettais dès le 30 mai 1994, lors d'un débat consacré à l'urbanisme.
Je vous suggère que, désormais, le Conseil de Paris délibère systématiquement sur les avis consultatifs rendus par la Commission du Vieux Paris. Cela permettrait à notre Assemblée d'exercer un vrai contrôle, notamment sur les projets de démolition dont cette commission est régulièrement saisie.
Si nous avions appliqué cette mesure dans le passé, je pense qu'un certain nombre de démolitions n'auraient pas eu lieu.
Je conclurai par une interrogation : comment votre communication pourrait-elle redonner espoir aux artistes de la Capitale ?
Aucune ambition nouvelle, des questions qui restent en suspens et une vision que je trouve un peu sélective du monde de la culture.
Paris a besoin d'une autre approche, nous l'appelons de nos voeux, et pour essayer de la formuler, je laisserai le dernier mot de cette intervention à Albert Camus pour qui tout effort humain prétend donner à la vie la forme qu'elle n'a pas.

(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste).

M. LE MAIRE DE PARIS.- M. BISE a la parole.

M. Alain BISE.- Au nom du groupe "Rassemblement pour Paris", je voudrais tout d'abord vous remercier pour la communication que vous venez de faire à notre Assemblée, relative à la politique culturelle de la Municipalité parisienne.
L'exposé exhaustif de cette communication révèle bien votre volonté de poursuivre et d'amplifier une action mise en place par les précédentes mandatures et dont le bilan peut être considéré avec fierté.
Je dirai à M. DELANOË qu'en matière budgétaire, il faut comparer ce qui est comparable ; c'est ce que j'avais déjà eu l'occasion de dire lors de notre dernière séance budgétaire. La simple référence à des pourcentages, ce qui peut immédiatement attirer l'attention d'une oreille insuffisamment avertie, n'est nullement significative : 7 à 8 % du budget global et non pas 5 %, je dis bien 7 à 8 % du budget global, toutes directions confondues, indépendamment de la seule Direction des Affaires culturelles, et ce, pour l'action culturelle de la Ville, représente des sommes considérables qui ne sauraient être comparées à un pourcentage peut-être supérieur du seul budget culturel d'une autre collectivité publique. C'est donc un mauvais procès que l'on continue de vouloir faire en comparant ce qui n'est pas comparable.
Paris, capitale de la France, se doit d'avoir une ambition culturelle municipale au sens le plus large du terme. C'est ce qui a été mis en oeuvre depuis 1978 avec la remarquable particularité de développer une politique culturelle de prestige et de haut niveau tout en favorisant des actions de proximité et d'accessibilité au plus grand nombre, y compris et surtout dans le domaine des enseignements artistiques.
Votre engagement, Monsieur le Maire, de poursuivre voire d'amplifier ces actions par des idées nouvelles emporte la totale adhésion de notre majorité.
Je n'aborderai pas les différents secteurs qui seront évoqués par d'autres orateurs que moi ; mais, pour ma part, ce sont les actions de la Ville en faveur du secteur théâtral qui ont retenu plus particulièrement mon attention, et ce, en raison notamment de leur diversité. Théâtres privés et théâtres publics coexistent à Paris. C'est une des particularités de la Ville de Paris car, comme chacun le sait, Paris est pratiquement et essentiellement la seule ville de France à disposer d'un secteur théâtral privé. Hors Paris, je crois que seule la ville de Lyon dispose d'un unique théâtre privé.
Pour sa part, la Municipalité a développé, ces dernières années, différents établissements dont le fleuron est incontestablement le Théâtre de la Ville qui bénéficiera, dès cette année, comme vous l'avez annoncé, Monsieur le Maire, d'une seconde salle au théâtre des Abbesses.
Cinq autres théâtres municipaux répartis principalement dans les arrondissements périphériques ayant acquis une notoriété parisienne ont contribué au développement des activités théâtrales à Paris.
Mais, dans le même temps, les actions de la Ville en faveur du théâtre privé se sont considérablement développées, notamment par l'augmentation de la participation de la Ville au budget des institutions privées, et plus particulièrement au Fonds de soutien aux théâtres privés sans lequel les 51 salles de théâtre privé parisien ne seraient plus aujourd'hui.
L'innovation des actions en faveur du public à l'initiative de la Ville, et voilà, Monsieur DELANOË, une initiative émanant seulement de la Ville, créée en 1990, a contribué au renforcement des moyens au profit du théâtre. Il est important que ce type d'action soit maintenu et développé tel que vous venez de l'exposer, Monsieur le Maire.
Il est également important et nécessaire que notre Municipalité s'intéresse, en dehors de toute obligation légale, et je tiens à le préciser, à la conservation du patrimoine que constitue la plupart des théâtres privés parisiens.
C'est ce que vous avez également annoncé, Monsieur le Maire.
Ainsi la Ville remplira sa double mission de service public et de soutien au secteur privé, et ce, au profit de la création et d'un public le plus large possible.
Dans la conjoncture difficile que nous traversons, notre politique culturelle doit avoir une importance toute particulière. Telle est votre détermination, c'est ce que vous nous avez annoncé, Monsieur le Maire.
Aussi, le groupe politique auquel j'appartiens y adhère pleinement, soyez-en assuré.

(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").

M. LE MAIRE DE PARIS.- Merci, Monsieur BISE.
M. SARRE, Président du groupe du Mouvement des citoyens, a la parole.

M. Georges SARRE.- Monsieur le Maire de Paris, mes chers collègues, il fut un temps où il n'était culture que de Paris, où des écrivains étrangers s'installaient chez nous pour vivre une liberté créatrice qu'ils ne trouvaient pas ailleurs, où de grands chorégraphes, des peintres, des sculpteurs, qui allaient devenir grands, choisissaient Paris pour son atmosphère unique. Ils étaient Russes, Américains, Allemands, Espagnols, Français et de tant d'autres pays.
A entendre votre communication, je ne puis m'empêcher d'évoquer cette époque avec quelque nostalgie. Vous n'êtes pas, bien sûr, responsable, le responsable unique en tout cas, de cette situation, pas plus que de la disparition de 175 salles de cinéma de quartier ou de l'absence d'équipements culturels publics dans certains zones, dans certains quartiers parisiens.
Je pense aussi à un article récent de la revue "Le débat" dans lequel Françoise CACHIN s'inquiétait de voir notre capitale "muséifiée", devenir la capitale prestigieuse des cultures révolues que le monde entier viendrait ici consommer.
Ce mouvement touristique est sans doute irréversible et, à maints égards, bénéfique. Mais il comporte un risque, celui d'embaumer Paris et la culture, d'en faire la capitale du passé. Or, ceci ne correspond ni pour l'avenir de notre pays ni pour les habitants de la Ville.
Plus Paris devient prestigieux par ses monuments et ses musées, plus il faut, Monsieur le Maire, l'équilibre sur le plan de la création, qu'il s'agisse aussi bien de culture de proximité que du travail parfois solitaire des artistes.
Pour déterminer ce qui serait vraiment nécessaire, il nous manque des informations et des consultations.
La politique culturelle de Paris devrait se fonder d'abord sur une analyse sans détour des risques et des chances de Paris en matière culturelle, aussi bien au niveau international que local, et d'abord sur un constat simple : la culture, par exemple, n'est pas du sucre en poudre que l'on ajoute sur un gâteau trop sec.
Les grandes époques culturelles des villes ont toujours coïncidé avec de grandes époques du dynamisme de ces villes dans tous les domaines.
Restaurer à Paris des activités vivantes, lutter contre l'encombrement, la pollution, l'exclusion, arrêter la production excessive de bureaux, et le massacre des vieux quartiers, ce ne sont pas des actions culturelles, mais ce sont des conditions nécessaires à une culture vivante et créatrice.
Vous le savez, il ne suffit pas de parler pour agir, d'annoncer pour réaliser.
Ce projet culturel, Monsieur le Maire, où est-il ?
Il est vrai que vous venez de nous exposer une multitude d'actions qui s'inscrivent, vous le dites vous-même, dans le droit fil de ce qui a déjà été entrepris. Mais où est la réflexion sur la situation culturelle de Paris par rapport aux autres métropoles européennes et mondiales et même par rapport aux grandes villes de nos régions ?
Comme l'Etat s'intéresse beaucoup à la culture dans notre Capitale, la ville semble-t-il se sent quelque part exonérée du devoir de réflexion prospective et d'élaboration d'une politique articulée y compris avec l'Etat.
Monsieur le Maire, je vous pose une question : Paris est-il encore un foyer culturel mondial ?
Incontestablement si l'on songe au patrimoine et aux traces culturelles du passé. Elle l'est même de plus en plus? car le tourisme de masse se développe et se concentre? mais pour le reste, c'est-à-dire pour la culture, qui se fait, où en sommes-nous ? Mystère !
Je déplore ce brouillard culturel. Je déplore tout autant, s'agissant de la culture de proximité, celle qui se fait au plus près de la population, avec elle parfois, ou de l'accès de tous à la culture.
Là encore, l'incertitude règne. Le Parisien est-il plus ou moins bien loti que le Londonien, le New Yorkais, le Lyonnais, le Lillois ou le Nantais ? Et dans cette situation, quelles sont les responsabilités, les succès, et les échecs de la ville ?
Au-delà du Parisien moyen, qui n'existe que comme individu statistique, quelles sont les situations concrètes des gens dans les divers arrondissements ?
A toutes ces questions, Monsieur le Maire, point de réponse ou très peu. C'est dommage !
Alors, il faut se rabattre sur les données financières, faute de mieux, en sachant que la politique culturelle ne se résume pas à une allocation de moyens.
Il n'empêche qu'au-là du discours, les chiffres sont une estimation de l'effort réel d'une Municipalité. De ce point de vue, la situation de Paris n'est pas brillante. C'est sans doute pourquoi vous avez omis d'en parler.
En 1990, une ville comme Lyon consacrait 1.459,08 F par habitant à la culture, soit 23,7 % de son budget.
Pour Paris, l'effort n'était que de 761,08 F représentant 6,6 % du budget.
En 1993, 601 F par habitant et 4,63 % des crédits.
En 1995, 595 F par habitant, soit 4,22 % du budget.
Cette année, Monsieur le Maire, première année de votre mandature, 516 F, soit 3,30 % du budget.
En somme, Monsieur le Maire, en six ans, l'effort par habitant aura diminué d'environ un tiers en francs courants.
Pour mémoire, rappelons qu'en moyenne les communes de plus de 10.000 habitants consacrent à la culture environ 10 % de leur budget.
Paris se situe donc au tiers de cet effort moyen. Même si l'on tient compte de l'apport de l'Etat et des économies d'échelle dues à la taille de la ville, ces chiffres confirment que la culture n'est pas une des premières priorités de Paris.
Loin de ma pensée, Monsieur le Maire, l'idée d'affirmer que rien ne se fait. Il y a même de bonnes innovations comme l'exposition de sculptures sur les Champs-Elysées, ou comme l'exposition "Soulage" au Musée d'art moderne.
Il y a aussi des initiatives intéressantes au niveau de la culture de proximité à travers la D.A.C. par exemple, mais je ne crois pas qu'au niveau du patrimoine, la mandature puisse se résumer à la restauration du Petit-Palais, si utile soit-elle, au demeurant, et à la poursuite de la restauration des églises ou des orgues.
Je voudrais ne pas me limiter à des critiques, mais apporter aussi quelques idées qui peut-être vous intéresseront même si elles émanent de l'opposition.
En ce qui concerne la place de Paris dans la création contemporaine, il me semble nécessaire de lancer une action forte, capable de redonner à Paris un lustre un peu terni. Il existe la Cité internationale des Arts, institution utile, mais fort discrète.
Je propose donc, au nom de mes collègues du Mouvement des citoyens, qu'au-delà des bourses qui commencent à être données à des artistes étrangers, Paris se dote d'une institution de haut niveau, l'équivalent de la Casa Vélasquez, ou de la Villa Médicis.
Cette institution accueillerait pour des séjours de quelques années des artistes du monde entier qui seraient pris en charge.
Un bâtiment se prêterait fort bien à cette création : celui construit pour l'American Center, près de Bercy. Il est de qualité et cette nouvelle vocation permettrait de le réutiliser sans le dénaturer.
Au surplus, la Ville y est engagée financièrement, vous le savez bien, et je crois qu'il y aura là un moyen de récupérer quelque peu de l'argent investi par la Municipalité.
Je vous demande donc, Monsieur le Maire, Jean TIBÉRI, d'étudier cette proposition réellement et sérieusement.
Ma seconde proposition forte concerne la culture de proximité et l'animation culturelle des quartiers.
Elle se fonde d'une manière décentralisée. Je suis persuadé qu'elle se ferait mieux si le relais était partiellement pris par les mairies d'arrondissement.
Vous nous annoncez des initiatives pour l'été. Je suis le Maire d'un arrondissement, le 11e, au moment où je m'exprime et je n'ai aucune information particulière. Et il me semble qu'une déconcentration est nécessaire, soit en application de l'article 11 de la loi "P.M.L.", soit par un abondement de l'état spécial. La déconcentration d'une partie des crédits culturels serait une bonne action car les équipes d'arrondissement sont les relais naturels de l'action municipale dans ce domaine qui, contrairement à la politique des musées ou des grands édifices, gagnerait à être mieux adaptée à la diversité des quartiers.
J'ajouterai, dans le même ordre d'idée, qu'une planification des équipements culturels de proximité, avec le concours des maires d'arrondissement, permettrait d'améliorer la couverture du tissu parisien en théâtres, salles polyvalentes, bibliothèques, pour me limiter présentement à ces trois exemples patents. Je rappelle à ce sujet que votre prédécesseur, Jacques CHIRAC, avait promis un théâtre par arrondissement. C'était en 1977... Nous en sommes encore bien loin, à six très exactement. Combien de décennies, Monsieur le Maire, seront-elles nécessaires pour réaliser enfin concrètement l'annonce faite naguère ?
A cette nécessité de renforcer les équipements culturels de proximité et de déconcentration, j'ajouterai celle de développer l'offre de formation. Celle-ci doit répondre à mon sens à un objectif essentiel : faciliter l'accès aux diverses pratiques culturelles, car au-delà en effet de la simple consommation de spectacles, de concerts, ou bien encore d'expositions, la démocratisation de la culture repose sur l'élargissement des formations, donc des pratiques.
A ce titre, les capacités d'accueil des conservatoires sont insuffisantes. En témoigne la longueur des listes d'attente qui comptent parfois plus de postulants qu'il n'y a de personnes inscrites dans ces structures d'apprentissage de la musique. Il importe donc d'accroître rapidement l'offre de formation dans ce domaine qui connaît actuellement, à Paris et en France, un grand succès.
Cette observation vaut également pour le domaine des beaux-arts. Paris ne dispose toujours pas d'une école municipale des beaux-arts. Monsieur le Maire Jean TIBÉRI, la Municipalité envisage-t-elle de pallier cette carence ?
Enfin, la formation à la culture passe indiscutablement par le renforcement du réseau des bibliothèques de quartier. Faciliter l'accès aux livres, il convient de le rappeler, c'est aussi créer de meilleures conditions d'acquisition de connaissances pour les enfants et les jeunes, et donc contribuer à leur réussite scolaire, mais aussi favoriser l'insertion professionnelle des adultes.
Il me semble à ce propos que toute politique, Monsieur le Maire, qui tendrait à reconcentrer les bibliothèques ou à en rester là, au lieu de déconcentrer et décentraliser, serait une erreur de votre part et de la Direction des Affaires culturelles. Céder à la concentration des équipements, tendance que je crains et que nous observons, présente un véritable risque : celui de marginaliser davantage les habitants de certains quartiers.
J'en viens brièvement au patrimoine. L'inventaire que vous avez demandé est utile à condition de ne pas se limiter à l'aspect monumental et à l'architecture classique. Une salle comme "Le Berry-Zèbre" et un immeuble comme celui de la C.G.T., rue Jean-Pierre-Timbaud, dans le 11e arrondissement- c'est le cas d'ailleurs des deux exemples que je cite- devraient être sauvés et réhabilités. Mais je pense à d'autres cas, comme celui de la piscine Molitor. Je suis sûr que des cas semblables existent ailleurs.
Il faut donc aller, Monsieur le Maire, dans cette direction.
Ce patrimoine devrait être mieux connu, et je ne crois pas que la confection d'un CD-Rom y suffise. Il faudrait, à l'instar de ce que vous venez de faire pour les jardins et les églises, que des brochures et des guides pratiques permettent de mieux le connaître, de mieux le pratiquer. Pourquoi ne pas inclure cette connaissance dans les cours donnés dans les écoles par les professeurs de la Ville de Paris ? Pourquoi aussi ne pas le vulgariser auprès des tours opérators.
Les musées de la Ville de Paris, Monsieur le Maire, connaissent, contrairement aux musées nationaux, une stagnation de leur fréquentation. L'effort que vous consentez en leur faveur est-il suffisant ? A tout le moins, une action d'information plus intensive serait nécessaire.
Pourquoi aussi ne pas les rendre gratuits le dimanche, Monsieur TIBÉRI ?
Vous voulez donner au Petit-Palais rénové une vocation d'exposition des grandes civilisations ; c'est une idée intéressante, mais pourquoi, même si ce musée appartient à l'Etat, laisser le Musée de l'Homme dans un état aussi calamiteux ? Cet exemple montre qu'une collaboration avec l'Etat pourrait s'avérer bénéfique : pour les visiteurs, peu importe la nature du propriétaire.
Paris n'a pas de musée de sculpture de plein air. L'exposition actuelle, fréquentée et appréciée, indique la voie à suivre, qui ne saurait se limiter au quai Saint-Bernard.
Je voudrais que vous m'écoutiez, si ce n'est pas trop vous demander... Comme vous le dites : cela entre par une oreille, cela sort par l'autre... Je préférerais que cela reste, aussi j'aimerais que vous m'écoutiez...

M. LE MAIRE DE PARIS.- J'ai pour habitude d'être présent et d'écouter, mais je peux être interrompu...

M. Georges SARRE.- Je pose des questions, j'aimerais avoir des réponses et ne pas avoir l'impression de prêcher dans le désert.

M. LE MAIRE DE PARIS.- Permettez, Monsieur SARRE, habituellement vous êtes plus courtois et ce n'est jamais bon...

M. Georges SARRE.- Je suis naturellement courtois !

M. LE MAIRE DE PARIS.- ... de lancer des invectives disproportionnées sur une question...

M. Georges SARRE.- Je vous pose une question, Monsieur le Maire... après d'autres, d'ailleurs...

M. LE MAIRE DE PARIS.- Attendez, soyez calme, ne vous fâchez pas... Je suis interrogé sur une question précise...

M. Georges SARRE.- Je suis adorable, Monsieur TIBÉRI !

M. LE MAIRE DE PARIS.- ... je suis sollicité par une collègue sur une question précise. N'essayez pas d'en faire un incident. Par courtoisie, j'ai répondu à la personne qui m'avait interrogé, mais je vous ai écouté depuis le début, alors je vous en prie...

M. François LEBEL, maire du 8e arrondissement.- Il faut du courage !

M. Georges SARRE.- Je vous proposerai donc volontiers, Monsieur le Maire, de transformer l'île aux Cygnes en musée de sculpture de plein air. Cette île est bien située, sa forme s'y prête et tous les passagers des bateaux-mouches en profiteraient au passage.
Je terminerai par un souhait.
De nombreux Parisiens âgés se déplacent peu. Il faut que la culture puisse aller à eux. Je souhaite à cet effet la création d'un service ambulant de prêts de livres, de cassettes-vidéo et de disques. Nous avons besoin- et je vous invite à créer ce nouveau service, Monsieur le Maire- de véritables "visiteurs culturels" à domicile.
Sans nul doute, d'autres propositions seraient possibles. Je crois que dans le domaine culturel la Ville, avec le concours des municipalités d'arrondissement et les populations, devrait ouvrir une grande consultation avec tous les habitants et tous les acteurs culturels de la Capitale.
Il faudrait des états généraux de la culture.
Ainsi une vie nouvelle serait insufflée à une capitale qui ne doit pas se contenter d'être la vitrine prestigieuse de ce qui fut ou de faire la promotion des artistes et des oeuvres déjà consacrés. La culture, Monsieur le Maire, est une activité de plein vent, sinon elle s'étiole.
Ce risque est réel, d'autant plus que la Ville y consacre des moyens décroissants, ce que je déplore fortement, alors que l'Etat risque lui aussi de se désengager.
Je vous remercie.

(Applaudissements sur les bancs des groupes du Mouvement des citoyens, communiste et socialiste).

M. LE MAIRE DE PARIS.- Monsieur KUBICZ, vous avez la parole.

M. Richard KUBICZ.- Monsieur le Maire, mes chers collègues, la Ville de Paris, comme celle de Rome, souffre plus d'un embarras de richesses culturelles et patrimoniales que d'un manque de volonté de les mettre en valeur.
Votre communication montre que face aux nombreuses urgences et besoins des Parisiens, vous souhaitez inscrire votre politique dans la continuité en entretenant le patrimoine civil et religieux et en lançant l'ambitieuse restauration du Petit-Palais.
Mais la culture, comme vous l'avez souligné, est affaire d'hommes et aussi de lieux, théâtres, ateliers, bibliothèques, conservatoires, autour desquels se greffent de nombreuses associations.
Tous ces efforts réclament un budget considérable, et il serait souhaitable, afin qu'année par année la ventilation des subventions soit la plus efficace possible, que tout d'abord l'adjoint chargé des affaires culturelles soit appelé à connaître et donner son avis sur toutes les subventions ayant trait à sa délégation, et que soit par ailleurs introduite la règle de la non reconduction systématique des subventions.
On connaît les productions des principaux théâtres municipaux dont la politique de programmation rencontre un grand succès. Mais que savons-nous de l'armée d'associations diverses dont il est difficile de retrouver la trace dans les documents budgétaires, et partant d'en apprécier l'efficacité ? Les élus manquent d'outils pour remplir cette tâche.
La Ville fait un effort indiscutable pour hisser ses musées au niveau de qualité internationale, ce qui les rend aujourd'hui comparables aux musées d'Etat quant à l'accueil et l'intérêt de ce qui y est exposé. En revanche, depuis quelques années nous avons cessé de solliciter les grands collectionneurs, les donations ou legs qui constituaient le patrimoine du Petit-Palais ou celui du Musée d'art moderne, ou mieux encore le musée Bourdelle.
Même si les remises des musées municipaux regorgent d'oeuvres d'art non exposées faute de place, nous ne devons pas laisser passer les occasions d'accroître l'intérêt de nos collections permanentes grâce aux donations.
Abandonnons à l'Etat les legs en paiement du droit de succession, mais concentrons nos efforts sur les donations du vivant des collectionneurs, quitte à travailler avec eux sur la façon dont la Ville peut respecter les volontés du donateur en matière d'accrochage ou de lieu.
Compte tenu de l'image véhiculée par Paris à l'étranger, de la nécessité, comme vous le souligniez, de développer encore plus l'offre culturelle vers les Parisiens comme vers les millions de visiteurs qui participent activement à l'économie de notre Ville, les orientations que vous avez exposées, Monsieur le Maire, répondent pleinement à ces exigences.

(Applaudissements sur les bancs des groupes "Paris-Libertés" et "Rassemblement pour Paris").

M. LE MAIRE DE PARIS.- Merci de votre synthèse.
Monsieur TUROMAN, suivez l'exemple !

M. Michel TUROMAN.- Je vais essayer, mais ce n'est pas sûr.
Monsieur le Maire, Mesdames, Messieurs, Paris est l'une des grandes capitales culturelles du monde. On vient de partout visiter ses musées, admirer sa diversité, sa richesse architecturale et urbaine, en un mot respirer un "certain air de Paris".
C'est un stimulant pour la création artistique et culturelle qui est, comme chacun le sait, pas seulement question de plaisir, mais élément de développement scientifique, technique, social et politique.
Il y a un lien complexe entre le développement d'une nation et son niveau culturel. Patrimoine et culture vivante s'entrecroisent à Paris, et Paris, c'est son peuple et son histoire. Ce sont là des leviers puissants du rayonnement de Paris et de son développement. Nous y tenons.
Au travers des institutions culturelles nationales, de celles de la Ville comme du privé, il se passe à Paris beaucoup de choses dans le domaine culturel. Il y a un bilan. Il y a la force culturelle immense de cette capitale et de ce qui s'y fait. De grands équipements ont été réalisés, des monuments ont été restaurés, des initiatives culturelles décidées.
Mais Paris n'échappe pas plus que les autres communes aux conséquences de la politique nationale.
Parlons donc du budget.
Il aura fallu un quart de siècle pour satisfaire, sous la pression des artistes, des intellectuels et des forces progressistes, la revendication du 1 % pour la culture. Or aujourd'hui, obéissant aux critères de Maastricht qui imposent de réduire les dépenses publiques, le Gouvernement s'engage, contrairement à ses promesses, vers une forte réduction du budget de l'Etat pour la culture.
Du prétendu 1 %, on est en effet descendu après le dernier gel budgétaire du printemps à 0,76 % du budget national. Celui-ci régresse encore, et pour la troisième année consécutive.
On pourrait presque parler d'un budget volatile, puisqu'il est en cours d'année amputé de sommes pourtant votées. Et avec quelles conséquences ! Retirer 8, 10 ou 15 % du financement à des organismes culturels, ce n'est pas leur couper 8, 10 ou 15 % de leur activité, c'est les mettre dans l'impossibilité de continuer à fonctionner !
Ainsi le risque existe de voir remise en cause la nécessaire impulsion nationale d'une grande politique pour la culture.
L'illusion qu'une telle politique pourrait résulter de la somme des efforts consentis par les collectivités locales est un leurre. Celles-ci assument déjà 70 %, et pour les seules communes plus de 50 % des dépenses publiques culturelles du pays.
Les collectivités locales sont au bord de l'asphyxie. Elles souffrent d'un étranglement de leurs finances, alors que les besoins n'ont jamais été aussi importants.
Diminuer les crédits de tel ou tel équipement culturel peut à première vue constituer une bouffée d'oxygène dans le bouclage d'un budget communal. Mais demain, pourquoi ne pas continuer en supprimant une crèche ou la construction d'une école ?
Le problème qui est posé est celui de plus de moyens pour les communes, les collectivités locales et une autre utilisation de l'argent pour des budgets utiles.
Et votre propre budget en matière culturelle, Monsieur le Maire ? Vous n'en parlez pas, et pourtant... En ce qui concerne l'investissement, celui-ci diminue globalement pour 1996 de 20 %, les autorisations de programme de 23 % et les grosses réparations de plus de 5 %.
Le budget de fonctionnement hors subventions diminue également de près de 3 % et les subventions octroyées dans le domaine culturel régressent.
Comment ainsi mettre en oeuvre une grande ambition culturelle pour Paris ? Et cela alors que le Gouvernement s'apprête encore de son côté à tailler dans les dépenses publiques en 1997.
Est-il imaginable d'envisager un déblocage des verrous de la société actuelle sans un énorme investissement dans la capacité des individus à comprendre, et donc à transformer leurs conditions d'existence ?
La culture ne se résume pas aux arts et aux lettres, c'est un incessant développement de toutes les capacités humaines. Comment parler de culture sans parler de progrès des connaissances, des savoirs, des techniques, des sports, essor des arts et mouvement de leur appropriation par le plus grand nombre de citoyens, et aussi modes de vie, rapports sociaux ?
Il faut investir, et investir beaucoup, qu'il s'agisse de l'éducation, de la recherche, de la vie culturelle ou encore de la production audiovisuelle et cinématographique et des logiciels.
Oui, il est vrai, il se fait beaucoup de choses à Paris. Mais comment peut-on les apprécier et selon quels critères ?
Décider d'un équipement culturel est une bonne chose, mais cela ne saurait suffire. Pas plus que la présence d'une bibliothèque ne suffit à redonner le goût et l'envie de lire.
Comment alors supprimer les obstacles qui tiennent écarter des centaines de milliers de Parisiens des pratiques culturelles ? C'est une grande question de démocratie.
Or, où en sommes-nous ? Depuis des années la marque des inégalités sociales sur la vie culturelle s'approfondit. L'emploi précaire et le chômage ont pris des proportions dramatiques. L'échec scolaire est un fait. Imagine-t-on les dégâts qu'engendrent de telles données sur la vie culturelle d'un peuple ? C'est souvent tout le patrimoine de solidarité, d'expérience collective, de tradition culturelle qui se disloque. Cette aggravation des inégalités a des conséquences graves sur la lecture, comme sur la fréquentation des théâtres, des concerts, des expositions. Le gâchis des talents et inventions, la dévalorisation du statut des artistes et interprètes qui en résultent, accroissent d'année en année le chômage qui touche toutes les professions artistiques. 7.000 artistes dans la Capitale au R.M.I., c'est dire... Nous n'acceptons pas une société où un petit nombre détenteurs des savoirs et des pouvoirs se conférerait la compétence artistique alors que l'immense multitude serait vouée à consommer des produits standardisés.
Votre communication contient nombre de propositions pour élargir les pratiques culturelles. Nous vous entendons, qu'il s'agisse de mise en valeur du patrimoine, des grands orchestres, du théâtre du Châtelet, ou du théâtre de la Ville, des festivals, ou d'autres initiatives. Nous pouvons certes discuter ces propositions, mais nous ne boudons aucune initiative.
Cependant, si les règles appliquées aux oeuvres d'imagination qui expriment le génie propre d'un peuple sont les mêmes que celles de n'importe quelle marchandise, il serait vain et illusoire de prétendre développer une grande politique culturelle à Paris et dans notre pays. A raisonner en termes de rentabilité financière et en termes de marché, on sacrifie la création trop coûteuse et trop risquée, on nivelle les besoins culturels, on tend à effacer les identités culturelles. Sans intervention publique forte, sans subvention d'Etat, pas d'Opéra, pas d'Orchestre symphonique, pas de théâtre, moins de salles de cinéma, et moins de librairies. La culture ne peut être sacrifiée au profit.
Tous les arts, tous les artistes ont besoin du soutien de l'initiative publique à tous les niveaux, création, production, diffusion, droits sociaux.
Où donc agir et dans quelles conditions ? Pour les élus communistes, l'ambition d'une politique culturelle s'affirme certes par de grandes initiatives, et dans le même temps, dans la qualité de la formation, et de l'éducation, de la crèche à l'université.
Le lieu par excellence où il peut être porté remède aux conséquences culturelles de l'injustice sociale est naturellement l'école. C'est dans et par l'école plus ouverte sur la vie, plus active que peut se réaliser l'accès du plus grand nombre à la connaissance aux oeuvres et au développement de la pensée critique.
L'échec scolaire est souvent dans la vie le premier handicap culturel. Une étude déjà ancienne a montré par exemple qu'achats de livres, fréquentation des bibliothèques, niveau de lecture diminuent ou augmentent proportionnellement au niveau des diplômes.
Tout appelle aujourd'hui dans notre société à une hausse massive des qualifications. L'école doit être une école de la réussite pour tous les enfants. Ce n'est pas le chemin que prend le Gouvernement et pour ce qui concerne la Ville une étude récente de la F.C.P.E. vient de montrer la grande misère de trop d'écoles parisiennes.
Il faut, à tous les niveaux, plus de moyens, plus d'enseignements, afin que toutes les disciplines artistiques soient présentes à tous les degrés de l'enseignement. Le corps des professeurs de la Ville joue indiscutablement un rôle positif dans ce sens, mais que vaut cet effort si à l'autre bout la scolarisation des enfants de deux à trois ans à l'école maternelle est quasiment nulle alors qu'elle joue un rôle irremplaçable dans la diminution des inégalités ?
Echec ou réussite à l'école primaire dépendent directement de celle-ci.
Une politique culturelle hardie s'évalue aussi sur les efforts à entreprendre pour développer fortement la création, la recherche artistique, scientifique et technique. Vous ne parlez pas des sciences et des techniques. Il y a pourtant à Paris un potentiel scientifique considérable. N'y a-t-il pas matière à le faire connaître, à le rapprocher des Parisiens ?
Artistes et créateurs, notamment les plus jeunes, doivent pouvoir exercer et vivre à Paris. Il faut sauvegarder les ateliers d'artistes. La Ville en construit en moyenne 30 par an, elle en a subventionné 400 en vingt ans. C'est peu au regard des besoins.
Il faut, à notre avis, définir un quota d'ateliers d'artistes dans chaque programme de logements. Des lieux de création et d'expositions font cruellement défaut. Ne faut-il pas recenser aussi comme vous le proposez pour le théâtre tous les lieux désaffectés propices à ces activités et les ériger en surfaces de travail et d'exposition. Et ne faut-il pas créer dans chaque arrondissement une salle d'expositions publiques permanente et gérée démocratiquement ?
Ne faut-il pas démocratiser toutes les procédures d'attribution de subventions aux associations culturelles, aux troupes de théâtre, aux spectacles et ne pas diminuer ces subventions comme vous l'avez fait dernièrement pour le théâtre "Espace acteurs" ?
Ne faut-il pas aussi démocratiser les établissements culturels en faisant participer tous les intéressés à leur gestion ?
Et n'y a-t-il pas, Monsieur le Maire, un énorme besoin de confrontations et d'échanges vivants qui existe entre les artistes et entre ceux-ci et la population ?
De telles initiatives de rencontre ne sont-elles pas à promouvoir ?
Il est significatif que dans votre communication pas un mot ne soit consacré aux journées portes ouvertes autour des ateliers d'artistes de Belleville ou de Montmartre, c'est-à-dire autour d'une initiative littéralement inventée qui draine des milliers de Parisiens.
Ne faut-il pas aussi faire beaucoup plus dans les quartiers où le tissu social s'est disloqué, où l'exclusion grandit, en multipliant les équipements de proximité, l'ouverture de locaux et de salles avec les moyens nécessaires ?
Certes, la culture n'est ni un supplément d'âme, ni un placebo pour la fracture sociale, mais il y a beaucoup à inventer.
Ne faut-il pas également impulser la rencontre et le rapprochement des créateurs et des chercheurs avec les salariés des entreprises en s'appuyant sur les comités d'entreprise ?
Leur participation peut se traduire dans la vie pratique par l'élaboration d'initiatives culturelles en coopération avec d'autres partenaires, au niveau du quartier, de l'arrondissement, comme de la Ville.
Ces ambitions conjuguées croisées peuvent assurer un réel développement culturel de la cité, favoriser les pratiques culturelles des Parisiens, du quartier jusqu'aux grandes institutions.
Enfin, pour terminer, je veux faire quelques remarques.
Il faut protéger le livre, les librairies et favoriser leur caractère pluraliste, les aider en répartissant la commande publique. Où en est la Ville de ce point de vue ?
Cela m'amène tout naturellement à dire un mot des bibliothèques. Le budget global d'acquisition de livres est en recul d'un peu plus de 8 % sur 1995. Les budgets consacrés à l'équipement et la reliure ont aussi diminué. Quant à l'informatisation elle aurait dû déboucher sur d'autres choix pour les personnels en matière d'embauche, de formation professionnelle, de meilleures connaissances des fonds, et de liens avec les lecteurs.
Vous parlez d'augmenter les plages horaires d'ouverture, mais celles-ci ne peuvent se faire sans effectifs supplémentaires.
Enfin, si l'implantation de grandes bibliothèques offre l'avantage du plus grand choix, elles ne doivent pas s'opposer à des implantations de proximité.
Qu'en est-il enfin du prêt payant envisagé dans une directive européenne ?
Un mot sur les cinémas et j'en ai terminé.
Après les actions menées, il y a quelques années, par les élus communistes et les professionnels, des résultats ont été obtenus. La Ville s'est engagée dans une aide à la rénovation des salles de cinéma. Certaines ont été sauvées. Il faut conforter aujourd'hui ces mesures au niveau de la Ville comme de l'Etat, en prenant toutes dispositions administratives ou législatives pour protéger ces salles.
Voilà, Monsieur le Maire, Mesdames, Messieurs, les observations du groupe communiste sur votre communication.

(Applaudissements sur les bancs des groupes communiste et socialiste).

M. LE MAIRE DE PARIS.- La parole est à Mme BILLARD.

Mme Martine BILLARD.- Monsieur le Maire, mon intervention portera essentiellement sur les bibliothèques.
En 1975, un Schéma directeur de développement des bibliothèques avait été établi. L'idée principale de ce schéma consistait à faire en sorte qu'à terme l'ensemble de la population parisienne se trouve à moins de 600 mètres d'une bibliothèque. Dans ce cadre, trois types de bibliothèques devaient exister : des grandes bibliothèques d'une superficie minimale de 1.500 mètres carrés, des bibliothèques moyennes d'au moins 600 mètres carrés et des bibliothèques "jeunesse".
Le plan prévoyait donc 13 grandes unités, 30 unités moyennes et 13 bibliothèques "jeunesse".
Monsieur le Maire, quelles ont été les réalisations de ce plan ? Votre intervention n'en dit rien. Aucun bilan n'en est tiré. Mais lorsqu'on connaît la dérive de ce schéma directeur, on ne s'étonne pas que vous préfériez vous taire !
En effet, la plupart des équipements qui ont été créés depuis 1975 ne correspondent pas aux prévisions du schéma, soit par leur dimension, soit par leur implantation, et je ne l'invente pas : c'est un rapport interne du Bureau des bibliothèques qui l'a écrit.
Ils ont été construits au gré des spéculations immobilières, et ont donc souvent vu leur taille réduite entre les projets et la réalisation quand ils n'ont pas carrément disparu. C'est le cas du projet de la Médiathèque dans la Z.A.C. "des Amandiers" qui n'a jamais été construite.
De plus, les bibliothèques parisiennes sont très rarement dotées de larges ouvertures sur la rue, sont trop souvent mal signalées, quand il ne faut pas les chercher au fond d'un trou, par exemple, la bibliothèque Vandamme dans le 14e arrondissement. Beaucoup d'entre elles sont d'accès difficile pour les personnes à mobilité réduite puisqu'il y a des escaliers pour entrer.
Donc dans ces conditions, il est difficile de faire progresser de manière très significative la fréquentation des bibliothèques parisiennes.
Au lieu des 13 grandes unités prévues, il n'y en a que 3. Pour les moyennes, il n'y en a que 19. Par contre, 11 établissements font moins de 400 mètres carrés au lieu des 600 mètres carrés minimum prévus.
Certaines bibliothèques sont saturées dès leur ouverture. C'est le cas de la bibliothèque Parmentier dans le 11e arrondissement.
Si on compare maintenant la politique de la Ville de Paris avec d'autres grandes villes, la comparaison n'est pas flatteuse. Quelques exemples : le nombre d'imprimés par habitant est de 1,9 à Paris pour une moyenne nationale de 2,5 ; le nombre de cassettes vidéo est de 0,72 pour une moyenne nationale de 1,91 ; estampes, logiciels, CD-Rom, les bibliothèques parisiennes ne connaissent pas ; le nombre d'imprimés acquis pour 100 habitants est de 9 à Paris, pour une moyenne nationale de 14.
Si on prend les dépenses la comparaison n'est pas meilleure : 10,76 F par habitant pour Paris contre une moyenne nationale de 13,28 F.
Enfin, si on prend le nombre de places assises pour 1.000 habitants, c'est carrément le désastre puisqu'il est de 1,5 à Paris contre 3,6 en moyenne nationale. Et la superficie moyenne est de 1,5 mètre carré à Paris, alors que 561 bibliothèques en France dispose de plus de 7 mètres carrés.
On peut dire que la Ville de Paris n'est pas une référence en termes de bibliothèque et de lecture publique ni au niveau international, ni même au niveau national. Paris est toujours en retard en terme d'innovation, sans même parler des funestes années de censure autour de 1985 qui ont bien malmené l'image de la lecture publique à Paris.
On aurait donc pu espérer que vous proposiez un nouveau souffle pour les bibliothèques.
Il existe un rapport interne du Bureau des bibliothèques qui a soulevé beaucoup d'inquiétudes puisqu'il proposait, entre autres, la fermeture de nombreux équipements existants. Que pensez-vous de ce rapport, Monsieur le Maire ? Comptez-vous l'appliquer ou est-il destiné aux archives ?
Monsieur le Maire ne m'écoute pas, je ne sais pas si j'aurai une réponse !
Ce rapport est en effet inquiétant à plus d'un titre. Il abandonne le principe de proximité et le principe de l'offre la plus large possible en terme de diversité et qualité des collections.
Alors que les grandes villes conçoivent des médiathèques accueillant l'ensemble des nouveaux supports, le rapport propose de réduire l'offre en terme de diversité de supports dans la majorité des bibliothèques parisiennes.
On ne peut qu'être inquiet sur le développement des bibliothèques à Paris.
Comme l'a dit Michel TUROMAN, le budget des équipements est en diminution. Le budget d'acquisition stagne depuis quatre ans, mais si on ne prend pas en compte les acquisitions de documents pour les nouvelles bibliothèques, il est en baisse. Cela signifie une dégradation des collections par l'impossibilité de remplacer les documents perdus et abîmés dans les petites et dans certaines moyennes bibliothèques.
Les effectifs en personnel stagnent : 49 postes ont été supprimés ces dernières années sous prétexte d'informatisation. La lutte des personnels a permis d'arrêter l'hémorragie, il était prévu 61 suppressions.
Avec les nouveaux équipements, le personnel actuel est insuffisant. Il est pratiquement impossible de prendre un samedi de congé en dehors des vacances. La réception des classes a dû être réduite faute de personnel suffisant dans les bibliothèques "jeunesse".
La suppression du personnel qualifié a été compensée par la présence de 100 C.E.S., 100 C.E.S. entrent sur 852 postes budgétaires, soit 11 % du personnel !
Quand vous proposez l'ouverture le soir, Monsieur le Maire, ce qui est déjà le cas de 5 établissements parisiens et le dimanche matin, avec quel personnel ? Prévoyez-vous des bénévoles comme cela avait été prévu il y a 10 ans faisant ainsi croire que travailler en bibliothèque se réduit à la lecture des codes-barres ?
Les Parisiens qui fréquentent les bibliothèques ont le droit, comme dans les autres villes de France, à du personnel qualifié pour les aider et les conseiller.
Alors, Monsieur le Maire, vouloir que les fonds de chaque établissement puissent être consultés et empruntés dans tout le réseau, c'est bien. Mais pour cela, il faut que les collections soient à la hauteur, qu'il y ait des moyens pour les faire circuler entre établissements, et qu'il y ait du personnel qualifié pour aider les emprunteurs. Or, les budgets tels qu'ils existent ne le permettent pas, et vous ne faites aucune proposition pour remédier à cet état de fait.
Merci de ne pas m'avoir écoutée !

(Applaudissements sur les bancs des élus de "Paris, écologie, solidarité et citoyenneté", des groupes socialiste, du Mouvement des citoyens et communiste).

M. LE MAIRE DE PARIS.- Merci, Madame.
Monsieur BLOCHE, vous avez la parole.

M. Patrick BLOCHE.- Monsieur le Maire, mes chers collègues.
Vous nous proposez aujourd'hui, Monsieur le Maire, la politique culturelle humaniste. Avec référence obligée à la fracture sociale, comme si l'oublier eût fait perdre à votre discours son caractère officiel. Je note d'ailleurs que si la fracture sociale est évoquée, il n'est curieusement pas fait mention de ce que le secteur de la culture soit pourvoyeur d'emplois, que ceux-ci soient durables ou intermittents.
Autre remarque préalable : votre communication commence par une dénonciation du populisme et de démagogues qualifiés un peu hâtivement de dangereux. Nous avons presque envie de vous dire : des noms, Monsieur le Maire !
Comme perspectives offertes à la politique culturelle de la Ville de Paris, vous avez fait le choix d'une continuité n'évitant pas parfois la sclérose ou l'élitisme. Le cadre budgétaire actuel laisse, il est vrai, peu de place à l'imagination. Il aurait pourtant été opportun, surtout sur la durée d'une mandature, d'anticiper sur un désengagement de l'Etat de plus en plus perceptible. Vous n'avez pas saisi l'occasion de ce débat et nous le regrettons.
Particulièrement attachés au rayonnement culturel de Paris, nous nous félicitons du rôle essentiel joué par les grandes institutions nationales et municipales. Or, s'il est aisé de constater que Paris accueille le meilleur des spectacles de la décentralisation et des productions internationales, il reste cependant l'impression générale que le soutien de la Ville de Paris va plus à l'institution qu'à l'innovation, plus aux institutions de diffusion qu'à celles de création.
Ainsi, vous me permettrez, Monsieur le Maire, de poser une question sans doute iconoclaste : après 15 ans de développement culturel national, vécu avec frilosité par la majorité municipale, Paris est-elle encore la Capitale de la création culturelle tant le bouillonnement créatif, particulièrement perceptible dans les arrondissements de l'Est parisien, a du mal à trouver son cadre d'expression ?
Une politique culturelle a, en effet, pour devoir de tenir l'équilibre entre les oeuvres du patrimoine émanant des générations précédentes et les oeuvres innovantes des générations d'aujourd'hui, avides à leur tour d'exprimer leur façon de voir le monde. Or, force est de constater que ceux que vous appelez "les acteurs privés de la culture" bénéficient d'un soutien tout à fait insuffisant de la Municipalité et que l'effort de la puissance publique en leur direction est encore aujourd'hui à Paris plus celui de l'Etat que celui de la Ville.
Comme nous l'avons déjà dénoncé lors de la discussion budgétaire, le fonds de soutien au théâtre privé reçoit 17,4 millions de francs, soit 3,8 % du total des subventions culturelles, et l'aide au projet 13,2 millions de francs, soit 2,9 %.
Comment ne pas s'étonner d'ailleurs des critères d'attribution de l'aide au projet retenus par la Direction des Affaires culturelles de la Ville de Paris, quand celle-ci refuse, par exemple, de se prononcer sur les spectacles de théâtre de rue ou lorsqu'il faut au moins 20 représentations d'une pièce de théâtre dans une salle de spectacle pour que soit seulement envisagé le soutien à une compagnie.
Il nous apparaît tout à fait fondamental que soit préservé le maillage des petites et moyennes salles de spectacle qui jouent un rôle déterminant dans l'articulation entre la création et la diffusion et qui, comme équipements de proximité, contribuent très fortement à l'animation culturelle des quartiers. Pourquoi ne pas envisager une politique imaginative dépassant le rapport théâtre privé-théâtre public et amenant la Ville de Paris à intervenir lorsqu'un lieu est menacé ? A l'instar, par exemple, de ce qu'a fait l'Etat lorsqu'il a racheté le bail du théâtre de l'Athénée. Or, on ne trouve nulle trace, dans votre communication, d'un effort particulier de la Ville de Paris en matière d'investissement pour aider les théâtres privés à faire face à telle ou telle opération d'aménagement.
A une exception près, il est vrai : votre souci de rénovation des salles de cinéma d'art et d'essai. Aussi, j'espère que le plan que vous évoquez n'a pas oublié "Le Berry Zèbre", rare équipement culturel du quartier Belleville et pour lequel la Municipalité du 11e arrondissement vous a récemment demandé d'exercer votre droit de préemption.
Dans le même esprit, comment ne pas évoquer l'avenir de "La Gaîté lyrique" dont l'affectation future- compte tenu des errements financiers du passé - aurait pu faire utilement l'objet d'une large consultation ? Je me permets de vous rappeler la proposition de la municipalité du 3e arrondissement et du Ministère de la Culture de faire de "La Gaîté lyrique" une halle de concert accueillant un orchestre parisien.
Paris a malheureusement pris du retard sur la province, ces dernières années, dans deux domaines. Tout d'abord, c'est le manque cruel de lieux de travail et de répétition financièrement accessibles. La demande est forte, notamment auprès des mairies d'arrondissement. Elle est visiblement parvenue jusqu'à la Mairie de Paris puisque vous annoncez vouloir initier, dans le courant de la mandature, une réflexion pour déterminer les moyens à mettre en oeuvre. J'avoue être stupéfait de constater que vous n'envisagez pas un passage rapide à l'action tant les besoins sont criants.
Par ailleurs, la notion de résidence, facilement répandue dans les grandes villes de province et même aux alentours de Paris, est quasiment inexistante dans la Capitale si l'on considère, bien entendu, qu'il ne s'agit pas d'un simple hébergement, mais de l'acceptation par l'artiste accueilli d'oeuvrer pour la recherche de nouveaux publics.
De fait, on peut s'interroger sur la place de l'artiste dans la Ville quand on constate, par exemple, (mais Bertrand DELANOË l'a déjà évoqué) que le rythme de construction des ateliers et ateliers-logements est largement en deçà de ce qu'il devrait être pour répondre à des demandes nombreuses et anciennes.
Ayant évoqué l'offre culturelle, je souhaiterais maintenant aborder l'accès d'un plus grand nombre de nos concitoyens à la culture. A cette fin, vous nous proposez trois pistes : le développement des activités de loisirs encadrées par l'A.D.A.C., des opérations tarifaires et naturellement l'action éducative.
J'aborderai tout de suite ce dernier point, tant il est indispensable. La Maison du geste et de l'image qui fait un travail pertinent de rencontre entre les artistes et les jeunes, de même que la Vidéothèque de Paris, ont une action pédagogique qui mérite d'être saluée. Je suis, en revanche, plus dubitatif sur le nombre de jeunes touchés par les deux petites heures hebdomadaires du "Canal du savoir" diffusées sur "Paris Première" par l'association "Arts et éducation".
En ce qui concerne la politique de loisirs poursuivie dans les ateliers occupationnels de l'A.D.A.C., j'ai été tout à fait interloqué par la hardiesse qui vous conduit à les assimiler à des lieux de dépassement de la fracture sociale. Je pense, en effet, que les objectifs, par ailleurs louables, poursuivis par l'A.D.A.C. ne sauraient être assimilés à une politique de développement culturel et que les fonds mobilisés par des activités très encadrées pourraient, en partie, permettre le financement d'une animation culturelle de proximité laissant libre cours aux initiatives individuelles et collectives. Bref, à l'opposé d'une vision centralisée et institutionnalisée.
L'association "Les invitations de Paris" développe une action pour laquelle vous nous fournissez quelques statistiques quant au nombre de Parisiens concernés. Il manque, a priori, une réelle évaluation pour s'assurer que les buts sont atteints, à savoir la recherche de nouveaux publics. Je crains qu'il ne s'agisse, avant tout, d'opérations tarifaires évidemment sympathiques mais qui s'adressent en priorité à un public ayant une habitude d'accès à l'offre culturelle. Aussi, je tiens à souligner combien une politique tarifaire ne remplace pas une politique de démocratisation culturelle. En envisageant les citoyens uniquement comme des consommateurs culturels, on ne répond pas à la nécessité et au désir d'élévation intellectuelle, "d'arrachement" à sa condition individuelle que représente la fréquentation des oeuvres artistiques par le plus grand nombre.
Les restrictions budgétaires qui ont touché le sous-chapitre intitulé "Encouragements aux beaux-arts et sociétés culturelles" réduisent de fait les marges de manoeuvre permettant de soutenir financièrement nombre d'initiatives locales hors institutions. Or, il existe là de réelles potentialités quant à la conquête de nouveaux publics, et particulièrement des jeunes.
Nous pensons que l'animation culturelle, dans des quartiers où l'aspiration à la fête est grande et pour laquelle la Mairie de Paris offre si peu de perspectives de financement (le sort réservé aux projets de festivals d'arrondissement en témoigne !) permet, non seulement, l'émergence de nouvelles forces de la création, mais également la levée de nombreux obstacles dans l'accès à la culture.
A nul endroit dans votre communication ne figure le mot intégration. Or, la culture doit être considérée plus que jamais comme un moyen de lutte privilégié contre l'exclusion. Ce rappel conduit d'ailleurs à vous demander pour quelle raison aucun des 29 projets culturels de quartier présentés récemment par le Ministre de la Culture ne concerne un quartier de la Capitale.
En ce qui concerne plus directement les jeunes, il est incontestable que la musique est le mode d'expression culturelle le plus répandu et le plus accessible. Nous aurions aimé que la Ville de Paris fasse preuve en ce domaine d'un peu plus d'audace et évoque son soutien à la pratique amateur ou simplement à l'écoute de formes musicales comme le rock ou le rap.
Dans un autre domaine, les associations d'artistes plasticiens, dont l'implantation sur le terrain et la connaissance des réalités de leur quartier sont remarquables, ont pris l'initiative, depuis une quinzaine d'années, d'organiser des journées portes ouvertes dont le succès est croissant. Ces associations ont ainsi su conquérir de nouveaux publics à qui elles offrent un accès facilité aux arts plastiques. Un soutien financier accru de la Ville de Paris m'apparaîtrait, de fait, particulièrement opportun.
Enfin, à un moment où les grandes institutions culturelles ont souvent tendance à se replier sur elles-mêmes et à ne plus voir l'environnement qui les entoure, ne serait-il pas utile de les intégrer dans un rapport dynamique entre culture et citoyenneté ? A l'image des joueurs professionnels du P.S.G., parrainant des clubs de football de quartier, ne serait-il pas possible d'envisager que des artistes se produisant sur les grandes scènes subventionnées par la Ville soient sollicités afin de mener ponctuellement des actions d'animation culturelle dans des lieux de proximité ? "En art, et en peinture comme en musique, il ne s'agit pas de reproduire ou d'inventer des formes, mais de capter des forces", disait Gilles DELEUZE. C'est en amplifiant et en diversifiant son soutien à ceux qui "captent des forces" que Paris sera à la hauteur des responsabilités culturelles qui sont les siennes.

(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste).

M. LE MAIRE DE PARIS.- Monsieur ROUSSIN, vous avez la parole.

M. Michel ROUSSIN, adjoint.- J'ai attendu longtemps pour pouvoir parler de la francophonie. Il est midi, et merci à ceux qui s'intéressent à la francophonie dans l'hémicycle et les tribunes, car c'est quelque chose qui nous concerne tous.
Il est assez difficile aujourd'hui de motiver les uns et les autres sur ce thème. Ce n'est pas très populaire et nous avons décidé ici que la francophonie deviendrait quelque chose de populaire.
La francophonie, c'est 120 millions de personnes qui parlent le français, des Etats-unis au Vanuatu, du Burkina-Faso au Canada, du Viêt-nam à l'île Maurice. C'est une communauté impressionnante, et c'est un lien qui rassemble des gens très différents et qui se reconnaissent grâce à cette langue dont nous sommes un peu les gardiens.
Le Maire de Paris- il ne l'a pas dit dans son discours, mais c'était pour me laisser le soin d'en parler moi-même- a décidé de créer une délégation à la francophonie et a souhaité que nous puissions développer une véritable action pour que l'on puisse, à Paris, être associé au développement de la francophonie. Nous nous y sommes consacrés depuis plusieurs mois.
Il y a eu un point fort le 20 mars dernier, et toute la communauté parisienne s'est mobilisée pour réagir autour de cette idée de francophonie. Des milliers de jeunes Parisiens dans les établissements, encadrés par des dizaines d'enseignants, ont manifesté leur intérêt. Ils ont organisé des spectacles, des ateliers, pour parler de cette langue, ils ont organisé des fêtes. Au-delà, nous avons organisé nous-mêmes des rencontres de littérature francophone à la Sorbonne avec des écrivains de langue française. Un public très nombreux et varié a découvert la richesse de tous les apports extérieurs à la langue française.
Dans de nombreuses associations à Paris, on se préoccupe de la francophonie. Il y a des classes d'accueil, il y a des stages de formation pour les enseignants, un effort d'intégration est fait et un certain nombre d'événements permettent aux gens de se retrouver autour de la chanson, du théâtre, du cinéma, autour du sport, en fait, autour de tout ce qui concerne cette expression de la vie.
Je voudrais remercier ici ceux qui m'ont aidé : Adrien BEDOSSA, mon conseiller délégué à la francophonie, la Direction des Affaires Culturelles, la Direction de la Jeunesse et des Sports et la Direction des Affaires scolaires qui nous ont aidés pour organiser cette belle aventure pour la promotion de la langue française et des cultures francophones.
Mais il faut que Paris soit mobilisé parce que la langue a un pouvoir tout à fait unificateur. Il y a des communautés très diverses dans Paris, avec leurs traditions, leurs modes d'expression, leur organisation sociale ; et si l'on parle d'intégration, il faut que la langue soit ce vecteur unificateur et que ces communautés puissent être parties vivantes et intégrantes de Paris, cette capitale accueillante.
Il faut un véritable dynamisme populaire et une prise de conscience parce qu'à Paris, nous avons le devoir d'être un modèle. Nous devons créer les conditions de cette amélioration de l'utilisation de notre langue. Il faut la réhabiliter ; et là, nous avons un effort très important à faire. Et je crois qu'il y a une prise de conscience, depuis quelques années, qui se développe, en liaison avec le Secrétariat d'Etat à la Francophonie et d'autres acteurs ministériels qui mettent en oeuvre la politique gouvernementale.
Nous essayons, à Paris, de conduire une réflexion pour décliner ce qui est décidé au niveau gouvernemental. Mais c'est un véritable problème pour notre commune ; et je crois que nous devons nous-mêmes nous appuyer sur notre capacité d'imagination pour faire avancer la francophonie.
Il faut que vous sachiez que plus de 6.000 personnes bénéficient à Paris d'un enseignement spécifique ; je parle d'étrangers qui sont dans notre ville. Cet enseignement du français, on va le développer, l'augmenter, l'améliorer, mais cela ne pourra se faire qu'avec l'adhésion des mairies d'arrondissement. Et en cela, j'ai retenu un certain nombre de propositions. Il est vrai qu'au niveau de la mairie d'arrondissement, on peut prendre de nombreuses initiatives dans tous les secteurs culturels.
Nous nous devons d'animer de multiples projets et veiller à ce qu'ils se réalisent, car cela ne marchera que si, au-delà des clivages politiques, tout le monde réagit pour protéger et développer notre patrimoine linguistique.
Les avantages sont majeurs car la cohésion sociale dont on parle beaucoup se trouvera renforcée par cet effort de sensibilisation. Il faut vraiment que nous soyons conscients et fiers de notre langue.
Je voudrais rappeler ici une petite anecdote que j'ai vécue au Burkina-Faso il y a quelques années. Je me promenais, et un petit vendeur de cigarettes était là, avec des cigarettes à vendre au détail. Il appelait les passants ; je vais vers ce garçon qui me propose ses cigarettes. Je lui demande : "Pourquoi veux-tu me faire fumer ?", il me répond : "Parce que toi, tu es ici de passage et, habillé comme tu l'es, tu dois fumer ; il faut que tu m'achètes des cigarettes, mais pas au détail, tu va m'acheter un paquet de cigarettes". A côté de son étal, j'ai vu une grammaire française. Je lui demande : "Tu as une grammaire française, mais pourquoi ?". Il me dit, dans un langage que je n'imiterai pas : "Qui possède la grammaire possède la langue". Quel exemple !
Nous devons, pour ne pas décevoir cette communauté qui est attachée à notre langue, nous battre, et il faut se battre dans cette commune. Il ne faut pas qu'il y ait une délégation à la francophonie pour abriter un élu et lui donner une occupation. Si c'était le cas, on se serait trompé de client !
Je suis ici pour faire avancer les choses et faire avancer la francophonie.
Une autre priorité du Maire a été de renforcer l'activité des pôles économiques de la Capitale dans le domaine de la francophonie où nous avons notre rôle à jouer.
Il faut que nous puissions développer les relations entre Paris et des investisseurs francophones. Vaste sujet. Nous sommes plusieurs adjoints à nous pencher sur ce problème. Je pense qu'on y arrivera lorsque la situation économique sera meilleure, se sera améliorée. Il faut être optimiste !
Nous sommes aussi engagés au côtés de la Direction de l'Emploi et du Développement pour l'accueil de stagiaires qui s'expriment dans notre langue. Je crois que c'est important aussi- et depuis longtemps aussi la Ville a donné cet exemple d'accueil- car nous avons ici, dans nos services, de très nombreux stagiaires qui s'expriment et qui travaillent dans notre langue.
Il va falloir que nous améliorions encore cet accueil. Il faudra que ces gens puissent se perfectionner dans notre langue et dans les techniques que nous utilisons. Il faudra aussi qu'ils puissent acquérir des outils pédagogiques. C'est une véritable mission car, rentrés chez eux, ils seront les meilleurs émissaires du rayonnement de Paris.
A Xian, il y a quelques mois, j'ai rencontré deux professeurs d'Université et sept étudiants chinois qui parlaient bien évidemment le français, les professeurs et les étudiants.
Au cours de la rencontre, je leur ai demandé quand ils étaient venus à Paris. Ni les professeurs, ni les étudiants n'avaient jamais mis les pieds en France.
En votre nom, Monsieur le Maire, je les ai invités à Paris sans vous en rendre compte, et je saisis cette opportunité aujourd'hui. C'est la grande richesse de la francophonie, et je crois qu'il faut exploiter cela. On pourra parler de solidarité et d'action en commun . Mais, allez-vous me dire, cela est un air connu, dont on a déjà entendu parler. Il faut sortir bien évidemment de ces discours lénifiants sur la francophonie.
La francophonie n'est pas un club d'intellectuels privilégiés. La francophonie doit se mettre en place par une action de proximité. Nous devons être associés à l'évolution de notre langue et y faire participer tout le monde, dans cette ville, et avec l'aide des mairies d'arrondissement.
Bien sûr, tout cela est possible, comme je le disais, parce que comme un bernard-l'ermite, je m'appuie sur des directions qui m'aident efficacement.
Mais il faut savoir que, pour une véritable politique municipale de la francophonie, il faut bien évidemment un budget spécifique sous la forme d'une ligne de provisions pour subventions, qui figurerait au budget de l'action internationale de la Ville de Paris. Cette ligne n'aurait pas pour but de financer intégralement la production d'événements ou d'opérations de sensibilisation, mais de permettre à des projets d'aboutir en leur apportant des compléments de financement, qu'il s'agisse d'associations indépendantes ou proches de la Municipalité.
J'espère que le message est reçu. En attendant, et avec dévouement, et avec l'aide de tous, nous développons notre action.
La francophonie, comme vous avez pu le constater, c'est un tout. Elle concerne l'ensemble de l'activité humaine. Elle n'est pas confidentielle, elle n'est pas réservée à une élite, elle est la propriété de tous, et notamment la propriété des Parisiens.
Aujourd'hui Jean-Pierre GOUDAYERE, Professeur à la Sorbonne, constate que les "jeunes tordent, ridiculisent et déstructurent la langue", et il s'interroge : "En quelle langue, vont-ils pouvoir rêver ? Est-ce que le français ne serait plus qu'un rêve ?" Alors je dis : Est-ce que la francophonie ne serait plus qu'un rêve ?
Eh bien pas du tout ! La francophonie sera de proximité et imaginative ou ne sera pas !
Comptez sur moi, sur mon collègue BEDOSSA, et s'il vous plaît, participez !

(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris", "Paris-Libertés", socialiste, communiste et du Mouvement des citoyens).

M. LE MAIRE DE PARIS.- Merci, Monsieur ROUSSIN.
La parole est à M. TRÉMÈGE.

M. Patrick TRÉMÈGE, adjoint.- Monsieur le Maire, un propos bref, si vous le permettez.
J'ai parfaitement entendu les lignes directrices que vous-même et votre adjoint venez de tracer. J'y souscris pour ma part totalement.
Permettez-moi d'attirer votre attention sur une direction qui mériterait, à mon sens, des initiatives innovantes et ambitieuses, qui rejoindrait parfaitement votre souci maintes fois précisé : celui d'une plus grande proximité avec les Parisiens.
Quel meilleur sujet pour y travailler que celui de la culture ? Quelle meilleur travail que de créer une structure de proximité et que de la faire descendre dans la rue ? La rue, autrefois, lieu de relations sociales par excellence, lieu de réunion et de communication est chaque jour, davantage, un lieu de séparation au point d'observer des comportements de vie différents, suivant que l'on habite d'un côté ou de l'autre de certaines avenues ?
Aujourd'hui cette rue est trop souvent abandonnée, notamment à la voiture. Elle mérite, me semble-t-il, une reconquête ambitieuse. Elle est et restera le plus symbolique de nos lieux de communication.
Tous les sites, Monsieur le Maire, se définissent par les rapports privilégiés entre l'occupation de l'espace et les personnes qui y résident. C'est cette réussite que le monde a toujours reconnu à Paris. Vous l'avez tellement comprise que vous avez profité, Monsieur le Maire, du cadre de ce qu'il est convenu d'appeler la plus belle avenue du monde pour lancer un certain nombre d'expositions.
Cet esprit mériterait une déclinaison dans tous les arrondissements. Les kiosques à musique, les cinémas de plein air, les forains, les camelots, les fêtes paroissiales, les foires de quartier demeurent, dans l'imagination de nos concitoyens, comme les moments privilégiés d'un passé où il faisait bon vivre.
Quel plus beau pari, pour une mandature, que celui de retrouver une culture populaire où l'on ouvre ses rues aux différentes expressions artistiques.
Notre plus grande histoire culturelle n'est-elle pas celle qui a trouvé son cadre naissant dans la rue, qu'il s'agisse notamment du théâtre, de la peinture, ou même de la musique ?
Tous les arrondissements de la Capitale ont à leur disposition des sites prestigieux, qui mériteraient souvent des reconquêtes ambitieuses, qu'il s'agisse de choix d'espaces ou même de rues.
Je ne prendrai qu'un exemple : celui naturellement approprié, disposé à devenir un vaste lieu d'exposition : un cinéma ou même un théâtre de plein air.... celui des dessous du métro aérien qui traverse bon nombre d'arrondissements périphériques.
Vos administrés attendent ces animations de quartiers et pour s'en convaincre, il n'est que de regarder avec quel enthousiasme ils répondent à toutes vos sollicitations, à toutes les sollicitations de quartiers, qu'elles soient d'initiative associative comme celles des brocantes, des foires locales ou autres... Vous l'aurez compris, Monsieur le Maire, ma préoccupation rejoint la vôtre : c'est celle de l'amélioration du cadre de vie quotidien des Parisiens qui se doit de passer par une reconquête de la vie des quartiers.
Cette politique ambitieuse rejoindra celle que vous avez initiée pour l'environnement et l'urbanisme, et c'est celle que nous soutenons, nous, groupe "Paris-Libertés", et à laquelle nous participerons.

(Applaudissements sur les bancs des groupes "Paris-Libertés" et "Rassemblement pour Paris").

M. LE MAIRE DE PARIS.- Merci, Monsieur TRÉMÈGE.
La parole est à Mme SCHNEITER.

Mme Laure SCHNEITER.- Monsieur le Maire, personne ne songe à nier ni l'importance de la vie culturelle à Paris, ni celle des actions de la Ville dans ce domaine.
La vraie question est de savoir si la politique suivie permet d'offrir à chaque catégorie de Parisiens les activités culturelles dont elle a besoin, et plus particulièrement en ce qui concerne les enfants.
Vu le bref temps de parole qui m'est imparti, je n'aborderai que quelques points.
Si de réels efforts sont poursuivis pour sauvegarder et mettre en valeur le patrimoine de Paris, il faut s'entendre sur la définition de ce mot.
"Paris a souffert d'une hémorragie d'images", disait Max-Pol Fouchet.
S'il est important de restaurer églises et monuments, n'oubliez pas que le Paris populaire a fait autant la gloire de Paris dans le monde que ses édifices les plus prestigieux. Nous avons eu le génie de Mansart, mais non moins celui des mansardes ! Nous pourrions avoir 15 "Montmartre" dans Paris, si la Ville n'avait pas laissé détruire des quartiers qui faisaient la variété des villages parisiens. Le regard porté sur des sites pittoresques éveille la curiosité artistique. J'en voudrais pour exemple les 30.000 personnes qui, en 1995- et combien ce week-end- sont allées se promener et visiter les ateliers de Belleville.
Il faut donc s'attacher maintenant à protéger, mettre en valeur ce que vous appelez dans votre communication "les séquences urbaines qui rythment l'aspect d'une rue et définissent l'esprit d'un quartier".
Je suis heureuse de vous voir souligner le rôle de la Commission du Vieux Paris qui fait, depuis longtemps, un travail remarquable, mais dont les avis ont été hélas si rarement suivis. Si vous voulez que la Commission du Vieux Paris joue enfin pleinement son rôle, il faut la transformer en une instance véritablement indépendante, disposant de moyens de communication propres, s'appuyant sur des relais par quartier et dont les avis seraient réellement pris en compte.
Si l'on peut se réjouir de voir continuer la restauration d'hôtels particuliers pour accueillir services et administrations, le mot "restauration" devient un abus de langage lorsqu'on voit les fantaisies qui peuvent être réalisées, par exemple, à l'intérieur de l'Hôtel d'Albret. Vos services auraient refusé à tout particulier les transformations intérieures qui ont complètement dénaturé cet endroit ! J'engage mes collègues, pour ceux qui ne le connaissent pas, à aller le voir. A l'intérieur, escaliers métalliques et ponts suspendus, qui ressemblent à un parcours de la maison de Tarzan dans un terrain d'aventures ! J'espère que l'Hôtel de Beauvais ne subira pas le même sort.
Il faut également garder à l'esprit que la pollution engendrée par l'automobile non seulement endommage les poumons des Parisiens, mais également attaque la pierre des monuments. En réduisant la circulation automobile, vous contribuerez à la préservation des façades de nombreux édifices qui ne pourront être indéfiniment ravalés.
Au passage, permettez-moi une suggestion de nombreux amoureux de Paris pour la restauration de la place de la Concorde. Serait-il possible de rétablir les douves qui bordaient le jardin des Tuileries, côté Concorde, à la place de l'affreux parking au travers duquel les touristes doivent se faufiler pour aller de la place dans le jardin ? Votre volonté de préserver le patrimoine devrait conduire à éviter certaines atteintes, même provisoires, de sites célèbres dans le monde entier : coloration en bleu de l'obélisque dans le cadre par ailleurs très réussi des "Champs de la Culture", ou la présence de manèges et d'une grande roue dans le Jardin des Tuileries.
En ce qui concerne le Théâtre de la Ville, je vous félicite de confier à M. VIOLETTE la direction de la nouvelle salle des Abbesses. Cela permettra de restituer au Théâtre de la Ville une programmation plus diversifiée et plus conforme à votre déclaration : "le Théâtre de la Ville est à l'art dramatique et à la danse ce que le Châtelet est à la musique et à l'art lyrique". On peut voir des ballets plus classiques à l'Opéra ou au Théâtre des Champs-Elysées, me direz-vous, mais les places y sont beaucoup plus chères. Vous n'attirerez pas un public nouveau en ne sélectionnant que des programmes d'avant-garde où, quelles que soient les qualités dans l'innovation, on ne voit plus que des danseurs s'asseoir, se lever, ou marcher sur la scène.
Quant aux ateliers d'artistes, la Ville en a construit 400, pour combien d'inutilement démolis ? Il a fallu la résistance acharnée d'habitants et d'artistes pour sauver des lieux comme la Cité Fleurie, La Forge, les Frigos ou le Couvent des Récollets. La place de l'artiste dans la ville est primordiale, on l'a encore vu ce week-end dernier à Belleville.
Votre décision d'ouvrir des bibliothèques une fois par semaine le soir est excellente, et j'espère que cette mesure pourra rapidement s'étendre à l'ensemble des bibliothèques de Paris et sur toute la semaine.
J'en viens maintenant à un dernier point qui me tient particulièrement à coeur ainsi qu'à la quasi-totalité des associations de parents d'élèves : c'est l'éducation artistique dans la formation générale et le développement de la personnalité des enfants tout au long de leur scolarité.
Aujourd'hui, seuls les enfants de milieux sociaux favorisés peuvent bénéficier d'une approche des arts. La loi sur la généralisation de la pratique artistique adoptée en 1988 à l'initiative de M. Jacques CHIRAC, aujourd'hui Président de la République, est pour l'instant lettre morte.
Dans le contexte actuel et malgré les efforts consentis par la Ville, les enseignements artistiques ne sont ni efficaces ni sérieux, et cela pour mille raisons que je n'ai pas le temps de détailler. Il faut, Monsieur le Maire, que vous défendiez cette politique souhaitée par M. CHIRAC. Les professeurs sont parfois réticents à l'idée de changer les rythmes scolaires. En tant que Maire de Paris, ne pourriez-vous organiser une journée avec enseignants et animateurs pour réfléchir ensemble aux moyens à mettre en place pour faire exister cette loi ?
Il serait utile par ailleurs de subventionner des lieux, des théâtres exclusivement consacrés aux enfants. Ce qui intéresse les enfants, ce n'est pas de voir un spectacle de plus ou de moins, c'est une possibilité de participer à un spectacle de qualité, d'une oeuvre à leur portée, en ayant eu si possible une préparation culturelle à l'école avant. Voilà pourquoi une collaboration étroite entre enseignants et directeurs de théâtre est indispensable.
Quand on pense aux sommes considérables englouties en pure perte pour des opérations de prestige, telles la Planète Magique ou le Musée de la Mer, en consacrant le dixième- je dis bien le dixième- de cet argent dépensé pour ces réalisations, vous pourriez contribuer efficacement au développement de la pratique artistique de beaucoup de petits Parisiens qui, par ailleurs, n'ont jamais les moyens d'aller au théâtre, au concert, de suivre des cours de musique, de danse ou d'écouter un récital de poésie.
En conclusion, je dirai que c'est surtout dans ce domaine, Monsieur le Maire, que la politique de la Ville est insuffisante et inadaptée pour l'instant.

M. LE MAIRE DE PARIS.- Monsieur RIOU, vous avez la parole.

M. Alain RIOU.- Monsieur le Maire, mes chers collègues, décidément la majorité politique de ce pays et la majorité municipale de Paris ont de la suite dans les idées avec la politique culturelle !
Les promesses du Président de la République sont loin maintenant concernant le 1 % du budget de l'Etat. Quant à la Mairie de Paris, d'année en année le budget de la Culture est en baisse. Il n'atteint plus que 5 % du budget de Paris selon le document de synthèse que, Monsieur le Maire, vous nous avez adressé.
Certes, Paris est une commune et un département. Certes, pèsent sur la Ville de Paris des charges qui n'incombent pas à d'autres. Certes, toutes les dépenses culturelles de Paris ne sont pas inscrites dans le budget de la Culture. Mais même en considérant tous ces paramètres, Paris atteint à peine les 6,5 % de son budget global en matière culturelle selon les statistiques les plus récentes du Département des études et de la prospective du Ministère de la Culture ; même en considérant les calculs les plus favorables, vous n'atteignez que très difficilement les 7 % alors que des villes comme Montpellier avec 15 %, ou Toulouse avec 14 %, font beaucoup mieux.
Notre premier reproche de taille est donc l'étroitesse de votre budget. Il faut absolument réorienter ce budget à la hausse, mais progressivement, sur plusieurs années.
Cette première observation faite, je voudrais évoquer sur quelques points la politique du patrimoine, celle de l'action culturelle et des enseignements artistiques, et enfin la politique culturelle de proximité.
Bien évidemment, si les questions budgétaires évoquées précédemment étaient réglées dans le bon sens, une partie des problèmes et des difficultés qui vont être maintenant présentés n'auraient pas la même intensité.
Concernant le patrimoine, il faut insister en tout premier lieu sur le fait que le groupe socialiste n'est absolument pas hostile au patrimoine, préférant à celui-ci la création et l'action culturelle. Ces mauvais procès, la droite au plan national les a souvent faits à la gauche au pouvoir, alors que les moyens que la gauche a consacrés à la protection et à la valorisation du patrimoine ont toujours été beaucoup plus importants que ceux mis en oeuvre par les gouvernements de droite.
Il ne s'agit pas d'opposer la création au patrimoine, mais bien plutôt de les mêler l'un et l'autre. Sur ce point, l'utilisation du patrimoine pour faire vivre l'art vivant est encore, malgré les efforts esquissés, bien insuffisante. Certains quartiers de la Capitale, où édifices patrimoniaux vides côtoient les bureaux vides à partir de certaines heures, se transforment en des déserts d'où toute vie semble s'être retirée. Sur ce point, on peut citer comme exemples récents les hôtels du Barry dans le 2e et de Beauvais dans le 4e.
Plus loin de nous, le Plan de sauvegarde et de mise en valeur du Marais a conduit souvent à déchirer le tissu social, à remettre en cause de nombreuses activités industrielles, commerciales et artisanales.
Aucune des opérations menées par votre majorité ou avec son soutien dans le seul souci d'une conservation au plus mauvais sens du terme n'a été menée sans chasser, exclure, nuire, en un mot porter atteinte à de nombreuses couches sociales, et plus largement à l'ensemble de la population concernée, à part un petit nombre de nantis indifférents.
Par contre d'autres quartiers, notamment les quartiers de l'Est et périphériques, ont été saccagés depuis de très nombreuses années sans aucun respect pour le patrimoine.
Sur ce dernier point, Monsieur le Maire, vous avez précisé lors de votre conférence de presse sur l'urbanisme que désormais vous alliez tenir le plus grand compte des avis de la Commission du Vieux Paris. Je vous prends au mot sur deux dossiers très distincts dans les 6e et 20e arrondissements.
Dans le 6e, le Maire de cet arrondissement veut absolument, contre l'avis unanime de la Commission du Vieux Paris et contre l'avis des deux autres conseillers de Paris, dont l'un de la majorité de cet arrondissement, laisser démolir des habitations rue de Sèvres. Dans le 20e, concernant le porche et le bâtiment des officiers de la caserne des pompiers de la place Saint-Fargeau qui porte une mosaïque en trompe l'oeil, la Commission du Vieux Paris a demandé à l'unanimité la protection au titre des Monuments historiques, allant ainsi à l'encontre de notre délibération du 26 février 1996. Il est donc encore temps d'arrêter le triste cours des choses.
Mais plutôt que d'arrêter les erreurs, il convient de les éviter. Une occasion importante vous est offerte dans le 19e arrondissement avec les bâtiments du 104, rue d'Aubervilliers.
Cet ensemble architectural d'une grande originalité, qui héberge pour peu de temps encore le Service central des pompes funèbres, ne doit absolument pas laisser place, comme c'est bien souvent le cas, à des bâtiments sans âme...
Monsieur le Maire, vous écoutez ce que je dis ?...
Merci, Monsieur le Maire, de m'écouter.

M. LE MAIRE DE PARIS.- Cessez de toujours donner des leçons !

M. Alain RIOU.- Oui, mais cela fait une minute que vous ne m'écoutez plus.
Je continue donc...

M. LE MAIRE DE PARIS.- Chacun peut s'exprimer et je n'ai jamais porté un jugement sur les diverses positions, même s'il peut parfois y avoir des erreurs, notamment sur les pourcentages. Il est intéressant de comparer ce que font les autres villes, en matière sociale notamment.

(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").

M. Alain RIOU.- Je continue en vous disant que sur le bâtiment...

M. LE MAIRE DE PARIS.- Il ne faut pas parler des trois tiers ou des quatre tiers, c'est cent pour cent !

M. Alain RIOU.- Je parlais donc du bâtiment du 104, rue d'Aubervilliers. Une demande de protection est intervenue, mais malheureusement le Préfet ne l'a toujours pas inscrit à l'ordre du jour de la Commission régionale pour le patrimoine historique, archéologique et ethnologique d'Ile-de-France.
La réutilisation à terme autour du spectacle vivant d'un tel lieu peut devenir un beau projet de la Ville.
Dans le même sens, quand dans ce dernier arrondissement sera reconstruit l'un des entrepôts des bassins de la Villette qui a brûlé ? Quand sera démuré le second ? Quand seront-ils tous deux enfin rendus à la vie, autour notamment des arts plastiques ?
De surcroît, il est indispensable de maintenir à Paris tous les patrimoines, un certain nombre de lieux de mémoire qui célèbrent le travail des hommes, comme par exemple le patrimoine industriel du 13e arrondissement. Mais également un certain bâti non haussmannien tel qu'on peut le trouver dans le 14e, et qui lui donne encore par certains aspects son petit côté village doit être préservé, par exemple autour du quartier Daguerre ou Plaisance, ce dernier ayant été largement entamé par les prédateurs.
Encore sur le 14e, je voudrais vous rappeler en matière archéologique que l'aqueduc Marie de Médicis dans la Z.A.C. "Alésia-Montsouris" est menacé. La Commission du Vieux Paris demande le classement. Une décision doit être prise d'urgence.
Toujours en matière de patrimoine, je veux dire un mot sur les archives.
Il est bon de fournir tous les moyens nécessaires pour que les Archives de Paris soient conservées, et je vous en félicite, Monsieur le Maire. Encore faudrait-il que ce respect de la mémoire soit également pratiqué par toute votre majorité. Dans les 3e, 19e et 20e arrondissements notamment, la politique des armoires et des fichiers vides a été illégalement pratiquée, même si je vous l'accorde, les ordinateurs du 3e ont réservé quelques curieuses surprises sur certains des fichiers qui n'ont pas été efficacement nettoyés. Que sont devenues toutes les autres archives publiques ? Mystère absolu ! A moins que pendant toutes ces années les Maires d'arrondissement n'aient rien fait, ce que nous serions tentés de croire, compte tenu de leurs résultats en juin dernier.

(Protestations sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").
Enfin, toujours sur le patrimoine, je tiens à revenir d'un mot sur les propos que Mme l'Adjoint à la Culture a tenus au "Journal des Arts" sur la baisse des crédits d'acquisition des musées. Notre chère collègue regrette cette baisse et s'engage à la réparer, j'en prends acte. Mais je pense que de tels propos deux mois après le vote du budget sont étonnants. N'aurait-il pas mieux valu y réfléchir davantage avant ?
Enfin, par souci de transparence, pour lequel vous nous avez montré quelques exemples de votre attachement, Monsieur le Maire, nous souhaitons que l'opposition municipale puisse siéger à l'association "Paris-Musées" dont le chiffre d'affaires et les subventions sont très importants.
Concernant la politique du spectacle vivant, je voudrais aborder le dossier le plus lourd, celui du Châtelet. C'est le dossier le plus lourd car c'est l'un des plus illustres de nos théâtres, et sa subvention est de 100 millions de francs. Même si notre but n'est en aucune manière de porter atteinte à ce qui contribue au rayonnement de Paris, ce dernier chiffre mérite que l'on s'interroge quelque peu, surtout au regard de certaines détresses culturelles que vous ne paraissez pour l'instant n'avoir aucune intention de soulager.
Ecoutons d'abord ce qu'en dit M. Hugues GALL, Directeur de l'Opéra national de Paris, désigné à ce poste sur proposition de notre collègue Jacques TOUBON.
Je cite.
"Evidemment je ne pratique pas une politique de festivals comme par exemple le Châtelet. Je ne fais pas venir l'orchestre et les choeurs de Berlin pour jouer Elektra quatre fois ! La politique du Châtelet est très bien, très dispendieuse, très élitiste, la Ville de Paris est riche. Nous, nous ne sommes pas aussi riches. Nous, nous ne pouvons qu'injecter 180 millions de francs par an, en comptant la distribution, les costumes, les décors pour 365 représentations. Le Châtelet dispose de 86 millions pour 32 représentations. Calculez.
Vive Paris, vivent les gens qui trouvent ça formidable ! Mais moi je ne peux pas jouer cette carte. Cette politique est contraire à la mienne.
Je ne parle pas de la qualité, ce qu'a réussi Stéphane LISSNER au Châtelet est dans l'ensemble remarquable. Encore heureux, au prix que cela coûte !" Fin de citation.
A côté d'une telle somme versée au Châtelet, nous sommes obligés de discuter pied à pied des subventions à des théâtres à vocation parisienne ou de quartier, exemple le théâtre de la Main d'Or. De même, on ne promet pas plus que 120.000 F de subventions pour faire un festival dans un arrondissement de près de 200.000 habitants...

M. LE MAIRE DE PARIS.- Vous avez épuisé votre temps de parole.

M. Alain RIOU.- Je n'ai pas épuisé mes dix minutes, je suis désolé !
Et encore on a de la chance quand un théâtre ou un festival reçoit une subvention de votre part.
Je veux dire ici à ce sujet combien la situation du T.E.P. est préoccupante, l'Etat réduisant régulièrement sa subvention et la Ville refusant toujours de lui en verser la moindre, pour des raisons soi-disant juridiques dont on n'a jusqu'à présent pas pu me donner un quelconque début de démonstration.
Le conseil de quartier, le conseil du public, les journaux locaux ont tous lancé un cri d'alarme. Nous espérons une action de votre part.
Concernant les enseignements artistiques, je dirai que la politique que vous conduisez est assez conforme à celle que vous avez toujours conduite au plan national. Des considérations pleines de sollicitude du genre de la phrase couramment citée par l'ancien maire devenu chef d'Etat : "en matière d'enseignement, il faut faire pour les disciplines de la sensibilité ce que Jules Ferry a fait pour les disciplines de la connaissance il y a maintenant plus d'un siècle."
Malheureusement tous ces discours n'ont abouti qu'à la pauvre loi de 1988 sur les enseignements artistiques, dont M. Marcel LANDOWSKI lui-même m'a dit qu'elle n'est que très incomplètement appliquée à Paris, où les déficits horaires de musique et de dessin sont assez importants, alors que c'est la Ville de Paris qui est chargée de sa mise en oeuvre.
Sur la politique culturelle de proximité, il y aurait bien sûr beaucoup de choses à dire et à faire, mais je ne veux aujourd'hui insister que sur deux points.
Nous voulons absolument qu'à Paris des locaux de répétitions musicales à des prix abordables pour les jeunes se multiplient. Pour que ces jeunes de foyer modeste puissent avoir une chance de satisfaire leurs besoins et centres d'intérêt de manière organisée, il est grand temps de faire quelque chose.
Sur le dernier point je prêcherai, si j'ose dire, pour ma paroisse tout en essayant de lui donner une portée universelle.
Dans le quartier "Saint-Fargeau Gambetta", le conseil de quartier a adopté un voeu unanime tendant à la création d'une oeuvre d'art plastique consacrant le sacrifice du groupe "MANOUCHIAN", érigée dans la rue du même nom et précédée de la réunion d'un jury international.
Dans des temps où l'extrême droite joint la vilenie à l'imposture, ce serait un beau symbole qui nous honorerait collectivement que de rendre hommage à travers la culture à ces jeunes résistants communistes, combattants clandestins d'origine étrangère, juifs pour la plupart, torturés et fusillés par les nazis.
Pour conclure, je reprendrai une formule peu utilisée. Votre bilan et vos propositions sont globalement négatifs, tant au plan budgétaire que dans la mise en oeuvre de votre politique culturelle, notamment à travers l'ignorance que vous manifestez pour les projets culturels de proximité. Vous pouvez mieux faire, Monsieur le Maire, nous vous y invitons avec insistance.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, du Mouvement des citoyens et communiste).

M. LE MAIRE DE PARIS.- Puisque vous avez voulu prendre un ton un peu agressif, je me permets de vous répondre. Chacun est libre de prendre le ton qu'il veut. Vous avez mis en cause la politique en matière artistique, notamment dans les écoles, si j'ai bien compris.
Peut-être l'ignorez-vous, mais c'est la Ville de Paris qui est la seule qui fait cet effort dans toute la France. Alors que vous disiez que c'est insuffisant, très bien, mais c'est la seule, alors vous ne manquez pas de toupet de nous donner des leçons!

(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").
Vous avez mis en cause le Châtelet. Je vous mets en garde, car c'est un choix. Est-ce que vos propos engagent votre groupe ? Vous avez parlé d'une querelle de personnes, j'ai grande estime pour Hugues GALL qui est un homme de compétences exceptionnelles, qui a pu s'épanouir dans des conditions nouvelles, ce qui n'avait pas pu être le cas lorsque vos amis étaient au pouvoir.

(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").
Je vous remercie d'avoir rendu hommage à ses qualités. Mais le Châtelet et l'Opéra n'ont pas les mêmes fonctions, n'ont pas les mêmes finalités. Il y a un Orchestre des ballets, des choses différentes.
Troisième observation : le Châtelet c'est le phare de la Ville de Paris sur le plan parisien, sur le plan national, sur le plan international, il est reconnu comme tel à travers le monde par tous les commentateurs et spécialistes culturels de toutes tendances politiques. J'attire votre attention sur ce fait.
Nous avons fait là un effort financier important qui a été rendu possible par des choix, par des arbitrages, et a donné des résultats remarquables, grâce également à la qualité des personnalités qui étaient à la tête, notamment, je l'ai dit tout à l'heure, M. LISSNER, et actuellement nous avons choisi, pour garder ces hautes qualités, un homme reconnu par tout le monde, M. BROSSMANN qui a fait un travail remarquable à Lyon. Tous les commentateurs ont reconnu que c'était un choix indiscutable.
Est-ce que cette critique sur l'effort financier engage votre groupe ou pas ? J'aimerais le savoir. Nous en tirerons les conséquences politiques, non pas politiciennes mais sur le choix de l'engagement de Paris.
Je vous mets en garde sur votre déclaration qui me paraît étonnante au sens étymologique du terme.

(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").

M. Bertrand DELANOË.- Est-ce que vous voulez la réponse ?

M. LE MAIRE DE PARIS.- Chacun répondra à la fin du débat.
Monsieur VIVIEN, vous avez la parole.

M. Pascal VIVIEN.- Monsieur le Maire, M. RIOU nous a indiqué qu'il prêchait pour sa paroisse...

M. LE MAIRE DE PARIS.- Il préfère partir que de répondre sans doute !
Monsieur DELANOË, je vous donnerai la parole à la fin du débat.

M. Bertrand DELANOË.- Monsieur le Maire, une phrase, cela aurait été plus efficace.

M. LE MAIRE DE PARIS.- Vous êtes pour ou contre ?

M. Bertrand DELANOË.- Monsieur le Maire, ce n'est pas une salle de classe ici ! Donnez-moi la parole et je répondrai d'une phrase.

M. LE MAIRE DE PARIS.- Allez-y.
Et calmez-vous, je vous trouve bien nerveux ce matin !

M. Bertrand DELANOË.- Est-ce que quelqu'un m'a trouvé nerveux ?
Monsieur le Maire, M. RIOU, à juste titre, a cité, pour alimenter notre réflexion sur le Châtelet, M. GALL ; il n'a pas mis en cause la qualité du Châtelet et, Monsieur le Maire, je n'aime pas la manière dont vous caricaturez le propos de certains de nos collègues !

M. LE MAIRE DE PARIS.- Vous n'avez pas répondu à ma question. Est-ce que le groupe socialiste demande une réduction de la subvention pour le Châtelet ? C'est ce qui ressortait de l'intervention.

M. Bertrand DELANOË.- Non, justement, Monsieur le Maire ! J'invite tous les collègues et ceux qui écoutent ce débat à relire le texte de l'intervention de M. RIOU. A aucun moment il ne demande la réduction de la subvention au Châtelet, et donc je vous le précise, ce qui est bien la preuve que vous avez caricaturé ce qu'il a dit !

M. LE MAIRE DE PARIS.- Ce que vous dites est tout à fait inexact, je constate que vous contredisez le propos de l'intervenant et j'en prends acte.
La parole est à M. VIVIEN.

(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").

M. Pascal VIVIEN.- Monsieur le Maire, dans votre communication relative à la politique culturelle de la Ville de Paris, vous avez rappelé que la Municipalité doit situer sa politique au niveau des exigences qu'impose le contexte parisien.
Il est vrai que notre Ville, comme elle est une grande capitale économique, universitaire et politique, doit rester une capitale culturelle.
Le rayonnement culturel de Paris passe largement par la remise en valeur de son patrimoine. Je voudrais insister aujourd'hui sur l'heureux choix que vous avez fait en reprenant pour le développer le plan "édifices cultuels".
C'est un élément primordial.
En effet, 95 édifices appartiennent à la Ville de Paris, 84 églises, 9 temples et 2 synagogues. C'est dire l'importance et la richesse de nos édifices.
Dès 1990, à l'initiative de votre prédécesseur et avec l'appui des élus, avait été mis en oeuvre le plan de remise en état des édifices cultuels trop souvent mal ou pas assez entretenus par le passé. Ce plan a permis la restauration des orgues des oeuvres d'art et des édifices.
Vous nous avez annoncé votre souhait d'intensifier le plan "églises". Il est heureux aujourd'hui que les moyens mis à la disposition de ce plan augmentent en dépit du contexte budgétaire que nous connaissons.
A l'évidence, Monsieur le Maire, ces édifices sont des lieux de culte et ne sauraient être considérés comme des musées.
Cependant nombre d'entre eux sont classés monuments historiques et font partie intégrante du patrimoine des Parisiens. Je dis bien "de tous les Parisiens" quelles que soient leurs convictions.
L'architecture de ces édifices, comme leurs matériaux, leur histoire, comme les objets d'art qui les enrichissent s'offrent non seulement aux Parisiens et aux Français, aux étrangers aussi, mais plus encore ils contribuent au renom de notre Ville à l'étranger.
Les Parisiens, les touristes apprécient les concerts, les conférences et les visites guidées qui y sont organisées. La valeur des concerts d'orgue a une réputation internationale. Et de nombreux auditeurs apprécient tout particulièrement ces manifestations.
Nombre de Parisiens ou d'entre nous ont pu assister à l'inauguration des nouvelles orgues de l'église Saint-Français-Xavier. Ils ont pu constater que cette politique est d'une vraie et rare qualité.
Je me réjouis de l'accord que vous avez donné pour la réalisation de l'orgue de l'église Saint-Louis-en-l'Ile. Est-il besoin de rappeler les travaux effectués dans les églises Sainte-Clotilde, la Trinité, à Notre-Dame-de-Clignancourt, au temple Sainte-Marie ou à la Grande Synagogue de la rue de la Victoire.
D'autres travaux sont prévus dans d'autres édifices, c'est de votre part une vraie volonté.
Au-delà des travaux proprement dits, je me félicite que ces lieux deviennent des lieux d'animation culturelle.
Ils participent activement ainsi à l'action culturelle de nos arrondissements et de nos quartiers. J'en veux pour preuve les nombreux concerts organisés dans le 14e arrondissement, dans les églises Saint-Pierre-de-Montrouge et Notre-Dame-du-Travail.
Vous avez eu raison, Monsieur le Maire, de rappeler que l'entretien du patrimoine historique dont les édifices religieux font partie, est un devoir. Ce patrimoine est un des atouts historiques majeurs de notre Ville et sa protection doit être assurée pour les générations à venir et il fait partie de la beauté de Paris.
Le Plan de valorisation des édifices cultuels dont vous nous avez annoncé la relance est souhaité, il est indispensable et ambitieux, il favorisera le rayonnement culturel de Paris. En effet, conserver, restaurer, et mettre en valeur notre patrimoine cultuel est un devoir. Les élus du groupe R.P.P. vous félicitent d'en faire une priorité de la politique culturelle de la Ville.
Cette politique, comme vous l'avez souligné, permet d'embrasser la Ville dans sa totalité dans son passé, dans son présent, et dans son avenir.
Monsieur le Maire, je souhaite rendre hommage à l'action menée par votre adjointe, Mme MACÉ de LÉPINAY, dont chacun apprécie la compétence, la minutie et l'érudition.
Elle est aidée avec efficacité par le Directeur des Affaires culturelles et l'ensemble de la direction, ainsi que par tout le personnel de cette direction, dont je tiens à saluer l'efficacité.
Merci, Monsieur le Maire.

(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").

M. LE MAIRE DE PARIS.- Merci.
Monsieur LEGARET, vous avez la parole.

M. Jean-François LEGARET, adjoint.- Monsieur le Maire, mes chers collègues, je voudrais d'un mot revenir sur une discussion qui vient d'être échangée entre les représentants du groupe socialiste et vous-même, Monsieur le Maire, sur le Châtelet. Il serait important de savoir effectivement quelle est la position des élus socialistes sur le Châtelet, haut lieu de la culture parisienne nationale et internationale.
Les propos de M. RIOU sont, à ce titre, assez surprenants, et je voudrais signaler que lors du Conseil du 1er arrondissement qui s'est tenu lundi de la semaine dernière, les élus socialistes ont voté contre une délibération qui concernait des travaux de sécurité du théâtre du Châtelet, pour un montant de 3.530.000 F !

M. Alain RIOU.- Nous avons refusé de voter...

M. Jean-François LEGARET, adjoint.- J'ai la parole, si vous le voulez bien ! Les élus socialistes ont refusé de voter les travaux de sécurité de mise aux normes de l'électricité et d'un certain nombre de travaux indispensables au théâtre du Châtelet !
Je tenais à vous donner cette information parce qu'elle me paraît importante dans le cadre de la discussion que nous devons avoir.

(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").
J'en viens aux propos de mon intervention qui voulaient surtout s'attacher aux équipements culturels de proximité qui sont à la portée et à la disposition des Parisiens.
Rappelons à ce titre que Paris compte, à l'heure actuelle, 17 conservatoires d'arrondissement où l'on enseigne la musique, la danse et l'art dramatique.
Beaucoup d'entre nous ont connu la situation et le mode de fonctionnement de ces établissements il y a deux décennies. On a considérablement relevé le niveau des enseignements, le recrutement des professeurs. On a installé tous les conservatoires d'arrondissement dans des équipements indépendants et adaptés. Cette phase indispensable conduite dans des délais records est en voie d'achèvement avec le relogement définitif du conservatoire du 9e arrondissement et l'agrandissement du conservatoire du centre.
Il y a aussi le Conservatoire national de région qui doit ouvrir en septembre 1996 dans ses nouveaux locaux de la rue de Madrid, avec en complément la construction des studios de danse de la rue des Abbesses.
Il y a 57 bibliothèques municipales à Paris qui seront prochainement interconnectées grâce aux travaux d'informatisation qui sont en cours.
La construction de deux établissements supplémentaires est prévue : la bibliothèque Goutte-d'Or et le transfert de la bibliothèque Maine Georges-Brassens.
Je voudrais aussi signaler les initiatives nouvelles que propose votre communication, Monsieur le Maire, c'est-à-dire l'ouverture jusqu'à 21 heures une fois par semaine de plusieurs bibliothèques municipales. Je crois que c'est une initiative qui est très intéressante et que c'est une expérimentation qu'il faut tenter.
Il y a les ateliers d'artistes. 400 ateliers ont été construits depuis 1977, 20 en moyenne par an. 37 seront encore réalisés d'ici la fin de l'année 1997.
Il y a, c'est bien connu, les ateliers d'expression et de voisinage qui permettent à de nombreux Parisiens de s'initier ou de s'exercer aux disciplines de l'art et de l'artisanat d'art.
Les animations qui sont faites dans les musées et les écoles, la Maison du geste et de l'image, la Vidéothèque et bien d'autres lieux. Il y a le CD-Rom produit par "Paris-Musées" et "Art et Education" qui sera disponible en septembre prochain.
Alors, vous voyez, cela fait beaucoup d'initiatives qui montrent l'effort soutenu par Paris pour diffuser la culture et faire une action en profondeur.
J'ai entendu de la part de l'opposition tout à l'heure des comparaisons critiques entre la situation de la Ville de Paris et celle d'autres collectivités françaises, et ces comparaisons seraient au désavantage de Paris. Je crois qu'il faut savoir là-aussi raison garder d'abord parce que Paris intervient dans un domaine, l'action culturelle, où beaucoup d'autres initiatives se multiplient à Paris sous la responsabilité de l'Etat et grâce à l'initiative privée. Et puis surtout parce que Paris ne s'est jamais engagé dans des actions factices d'une culture qui ne voudrait plus rien dire, à grand renfort de paillettes !
Paris, c'est vrai, a choisi des chemins plus escarpés, notre Capitale a voulu s'atteler à une tâche moins spectaculaire, plus durable, qui met plus longtemps à produire ses fruits. Mais tout n'est pas culture. Paris a, dans ce domaine, tracé une voie, et c'est sa fierté que de poursuivre sous votre impulsion, Monsieur le Maire, et sous celle de votre adjoint Hélène MACÉ de LÉPINAY, l'action en profondeur qui a été lancée depuis que Paris a un Maire, car ainsi notre Ville contribue à développer, à révéler ou à parfaire l'artiste ou l'érudit qui est en chacun de nous. Dans cette démarche, Monsieur le Maire, le groupe "Rassemblement pour Paris" vous apporte son soutien solidaire et déterminé.

(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").

M. LE MAIRE DE PARIS.- Merci.
La parole est à Melle SILHOUETTE.

Melle Cécile SILHOUETTE.- Monsieur le Maire, mes chers collègues, je voudrais intervenir sur deux points.
Le premier est bref, il concerne la restauration des monuments publics et historiques qui est nécessaire évidemment. Je m'interroge cependant sur le coût effrayant de telles opérations alors que par ailleurs rien n'est fait pour réduire fortement la circulation automobile responsable d'une part grandissante de la dégradation accélérée des monuments. La préservation du patrimoine architectural passe aujourd'hui par une réduction drastique de la circulation automobile et donc de la pollution.
Sur le deuxième point et pour le reste, je pense que la problématique qui est présentée dans votre communication en introduction est positive.
Oui, vraiment la question de l'accès du plus grand nombre de nos concitoyens à la culture doit être au coeur de toute politique culturelle. Et nous vous approuvons encore quand vous écrivez qu'il ne suffit pas de multiplier l'offre de culture, mais qu'il faut s'interroger sur les moyens à mettre en oeuvre pour que chacun puisse profiter de cette offre.
Vouloir diffuser la culture au-delà d'une élite est une question complexe.
Ce que vous nommez "familiarité" dans votre texte constitue effectivement un enjeu central. Or sur le seul public scolaire, il est difficile d'évaluer à long terme les effets de la politique culturelle.
Les professeurs de la Ville de Paris, les services pédagogiques des musées jouent un rôle indispensable et souvent exemplaire, mais ponctuel à l'échelle d'une vie.
On sait que la lecture, quand elle n'est plus pratiquée, implique l'illettrisme. De la même manière, une pratique culturelle épisodique et cantonnée dans le seul espace temps scolaire risque de n'être qu'une parenthèse, heureuse certes, mais sans lendemain.
Ce n'est évidemment pas suffisant de familiariser les enfants et les adolescents avec la culture, il faut aussi familiariser les familles à une fréquentation plus régulière presque banalisée de lieux culturels divers.
Les dispositifs que vous présentez n'abordent malheureusement pas ces aspects.
Vous signalez page 10 que "des quartiers sont moins régulièrement irrigués par la vie culturelle", vous avez raison si vous parlez des grandes opérations de prestige ou du nombre de musées, mais quel foisonnement culturel et multiculturel trouve-t-on dans ces quartiers ? Envers et contre tout certes, car effectivement beaucoup d'initiatives ne rencontrent qu'un faible soutien des pouvoirs publics et de la Ville en particulier.
Ces derniers jours, des associations dans le cadre de "Vivre ensemble dans l'Est parisien" ont organisé, avec l'Institut du monde arabe, les langues "o" entre autres, une manifestation culturelle dans le 11e, intitulée "La Fête des langues".
Avec un projet de 173.000 F, elles ont demandé une subvention de fonctionnement à la Ville de 85.000 F. Celle-ci projette de n'en accorder que 10.000. Pourtant, je vous assure que de nombreuses personnes (familles, enfants) du quartier sont venues parce que ce lieu était ouvert, proche et connu. Elles ont rencontré là différentes expressions artistiques qui leur ont permis de toucher du doigt des cultures, des langues, des arts, en forme d'étape vers une rencontre culturelle qui ne va pas toujours de soi.
C'était l'occasion, sans doute, de manifester avec M. ROUSSIN notre intérêt pour les langues, pour la langue et pour la francophonie. Il est encore temps de le faire.
De la même manière, il existait 35 salles de cinéma sur le 19e et le 20e arrondissements. Il n'en restait qu'une seule, il y a encore deux ans, le "Berry Zèbre", qui irriguait le quartier Belleville de manifestations et spectacles pour tous les âges, à prix modique. Il est fermé depuis 1994. Mais l'association "Le Zèbre de Belleville" propose, avec le soutien de la population du quartier et de nombreuses personnalités, un projet de développement, de redynamisation d'un lieu de culture véritablement ouvert à tous, pour différentes formes d'art.
L'occasion est unique et inespérée de maintenir et développer un lieu, un espace de culture et de création, au plus proche de la ville, ancré de longue date dans un quartier fréquenté assidûment parce qu'accessible à tous.
Cette occasion, la Ville ne saurait la laisser passer. Oui, il faut préempter et permettre que ce projet se concrétise.
Pour que la culture traverse, s'inscrive d'abord dans l'espace et la pratique au quotidien, il faut ouvrir toutes les portes et laisser entrevoir à chaque fois la possibilité de toutes les autres.
Dans l'Est parisien, les ateliers d'artistes ouvrent leurs portes et les visiteurs sont de plus en plus nombreux parce que, tout d'un coup, le musée est chez le voisin. C'est un premier pas peut-être pour certains vers d'autres musées, plus lointains, plus inaccessibles.
Il existe une réelle responsabilité de la ville dans l'accessibilité des lieux de culture, dans le soutien aux multiples initiatives associatives, théâtrales, musicales, picturales qui font que des quartiers même défavorisés sur le plan des équipements culturels sont en réalité des quartiers où la culture est profondément ancrée, sous des formes parfois moins académiques mais tout aussi artistiques.
C'est aussi de cette culture-là dont Paris a besoin. Les étrangers ne s'y trompent pas qui sont de plus en plus nombreux à apprécier des arrondissements où culture rime avec mémoire populaire et vie de quartier. Dans chaque arrondissement, une vraie priorité doit être donnée à toutes les initiatives, à tous les lieux permettant ces premières rencontres entre les artistes, leurs créations et les Parisiens.

(Applaudissements sur les bancs des élus de "Paris, écologie, solidarité et citoyenneté").

M. LE MAIRE DE PARIS.- Merci, Madame.
La parole est à Mme JUNOT.

(M. Roger ROMANI, adjoint, remplace M. le Maire de Paris au fauteuil de la présidence).

Mme Marie-Thérèse JUNOT.- Monsieur le Maire, vous venez de définir les deux grands axes de votre action, d'une part le rayonnement culturel de Paris à travers la mise en valeur de son patrimoine et d'autre part, l'accès de tous les Parisiens à la culture.
Mon propos, aujourd'hui, est d'inscrire le patrimoine vert dans cette démarche. En effet, les parcs, jardins et cimetières de Paris sont porteurs d'un patrimoine historique et culturel qui, tout en évoluant avec le temps, témoignent d'une richesse passée et présente. A ce titre, ils sont naturellement les lieux d'expositions, d'animations culturelles avec lesquelles ils ne peuvent être qu'en symbiose.
Nous sommes particulièrement concernés par la rénovation de ce patrimoine, par la restauration et la conservation des sites remarquables et des éléments qui y figurent.
Tout en s'adaptant à la vie contemporaine, ils représentent une vitrine du passé, d'un passé culturel riche de leur conception, de la diversité de leur flore, de la multiplicité des statues, des constructions, édicules, folies qui ont fait leur charme et leur originalité, à une époque.
Ce patrimoine est précieux et son entretien est indispensable pour qu'il serve de référence aux générations futures.
Vos préoccupations, Monsieur le Maire, vont au-delà. Il s'agit d'appréhender et d'agir sur le patrimoine dans son ensemble, telle la remise en valeur des bois de Boulogne et de Vincennes.
Le patrimoine de la Ville comporte également un nombre important de jardins et de parcs remarquables et reconnus, soit parce qu'ils constituent l'un des éléments d'un site prestigieux, soit parce qu'ils tiennent un rôle particulier dans l'art des jardins.
Rapprocher la culture des plantes, c'est également s'inscrire dans une politique dynamique de collection et de conservation des végétaux. Aujourd'hui, la Ville dispose d'un patrimoine botanique de plus de quinze mille espèces et variétés.
La restauration des cimetières historiques s'inscrit également dans cette politique générale de protection du patrimoine historique de Paris. Ce sont des lieux de mémoire.
Mais parler de patrimoine signifie également promotion et mise en valeur pour faire connaître et respecter les lieux historiques et culturels ou certains de leurs aspects. Des visites guidées sont organisées en liaison avec l'Office du tourisme de Paris par la Direction des Parcs, Jardins et Espaces verts pour faire connaître l'histoire des lieux, les témoignages architecturaux, les fontaines, les statues et, bien évidemment, la gamme complète des végétaux. Ce programme a accueilli plus de 25.000 visiteurs en 1995.
L'apprentissage du patrimoine naturel commence dès le plus jeune âge. Aussi, "Paris Nature" propose des animations à destination des enfants. Plus de 40.000 ont été accueillis dans les différentes structures en 1995. Ces animations développent leurs sens et les éduquent pour un plus grand respect de cette richesse collective.
Les expositions horticoles, actuellement les rhododendrons et bientôt les bonsaïs et les épices, constituent des moments privilégiés de découverte des collections et des lieux qui les abritent. Ces événements font l'objet de scénographies recherchées et s'inscrivent dans une action plus générale d'animation culturelle. Plus de 200 spectacles et concerts sont produits chaque année par des formations bénévoles sous les kiosques à musique, dans les théâtres de verdure en plein air.
Au Parc floral de Paris, un festival de jazz et de musique classique est organisé chaque année, depuis 1994. Il fait intervenir des formations de renom, telle celle de Didier LOCKWOOD, et attire un public de plus en plus nombreux. En 1995, plus de 20.000 personnes ont pu ainsi bénéficier de ces concerts gratuits. Ici, la culture est accessible à tous les visiteurs du parc. Elle s'inspire de la nature en perpétuelle évolution.
Les jardins constituent des lieux privilégiés pour évoquer les différents aspects de la création artistique. Ils ont souvent été pensés comme le décor ou l'écrin de la statuaire et accueillent encore aujourd'hui de nombreuses oeuvres anciennes, contemporaines, dans le cadre d'expositions temporaires (comme "les Champs de la Culture" qui en constituent un exemple réussi) ou permanentes avec les collections du Parc floral de Paris qui en font un musée à ciel ouvert.
Le Carré des Arts, au Parc floral de Paris, organise régulièrement des expositions d'expression plastique de créateurs contemporains.
Le pavillon de Bercy accueille actuellement une manifestation novatrice sur la création artistique et les nouvelles technologies.
Le Trianon de Bagatelle ouvre bientôt l'exposition "Jardins du monde" dont le propos est de présenter l'histoire des jardins à travers les siècles dans les pays occidentaux.
Les espaces verts sont un lieu propice à l'éveil de la sensibilité. Ils doivent donner au plus grand nombre une voie d'accès à la culture.
Cette énumération, non exhaustive, fait ressortir, Monsieur le Maire, l'adéquation de vos deux adjoints, Mme MACÉ de LÉPINAY et Mme de PANAFIEU, aux objectifs que vous vous êtes fixés, à savoir la mise en valeur et l'entretien du patrimoine et une ouverture au plus grand nombre.
Mais Paris ne doit pas être une ville-musée figée, elle doit avoir une politique culturelle dynamique résolument tournée vers le troisième millénaire.
Je conclurai en faisant mienne cette affirmation de Saint-Exupéry selon laquelle "on ne voit bien un paysage qu'au travers d'une culture".

(Applaudissements sur les bancs des groupes "Rassemblement pour Paris" et "Paris-Libertés").

M. Roger ROMANI, adjoint, président.- Je vous remercie, Madame JUNOT.
Je vais donner la parole à M. LEBEL qui sera le dernier orateur de la matinée.

M. Patrick BLOCHE.- Est-ce que vous me donnez l'occasion, en deux minutes, d'apporteur deux précisions ?

M. Roger ROMANI, adjoint, président.- On a interrogé le groupe socialiste. M. le Maire a dit que vous pourriez dire un mot à la fin du débat.
A 15 heures, interviendront MM. BLET, BOULENGER de HAUTECLOCQUE, et vous pourrez alors donner la réponse du groupe socialiste.
Monsieur LEBEL, vous avez la parole.

M. François LEBEL, maire du 8e arrondissement.- Merci, Monsieur le Maire, chers collègues. Mon propos sera très bref. Il n'est pas de prendre le contre-pied de la politique culturelle que vous venez de nous exposer et qui recoupe au mieux les deux impératifs contradictoires qui sont les nôtres : tenir le plus grand compte des ressources financières en baisse de la Ville de Paris, maintenir et même renforcer Paris dans son rôle de capitale culturelle de la France, mais aussi, éventuellement, capitale culturelle de l'Europe et du monde.
Je tenais toutefois à manifester publiquement, Monsieur le Maire, quelques observations qui reprennent les propos que j'avais tenus ici même lors du débat budgétaire, en particulier s'agissant des budgets d'investissement d'arrondissement.
J'avais, à l'époque, souligné le très mauvais procès que certains collègues, maires d'arrondissement de l'opposition, avaient instruit dans la presse en nous laissant croire que les budgets d'investissement des arrondissements dits populaires étaient maltraités par rapport à ceux de l'Ouest. C'est très exactement le contraire qui est la réalité et la vérité. J'avais signalé que l'entretien et les investissements nécessités par les monuments historiques, en gros par le patrimoine monumental dont il est question dans votre communication, tous situés à l'Ouest de Paris, obéraient et parfois même absorbaient quasi totalement, comme dans le 8e arrondissement, les sommes réellement consacrées aux habitants, ailleurs.
La presse, ce matin, titre ainsi son article consacré à votre politique budgétaire, je cite : "Les équipements de proximité ont le beau rôle". Or, dans le 8e arrondissement, si j'ai noté avec une grande satisfaction la décision que vous avez prise de restaurer à la fois le Petit-Palais et la place de la Concorde, si j'ai eu le plaisir d'apprendre que des sommes considérables, fatalement, y seraient consacrées, je crains fort que les budgets d'investissement, pour le 8e arrondissement dans les années à venir, ne montrent optiquement une abondance qui sera prétexte aux arrondissements d'opposition pour réclamer toujours plus.
Par contre, je sais déjà par expérience que les budgets consacrés aux habitants de mon arrondissement seront parmi les plus faibles de Paris, qu'il s'agisse de culture ou d'autre chose. Bref, les équipements de proximité risquent de ne pas avoir, comme écrit ce matin dans la presse, le beau rôle.
Je le dis honnêtement, nous n'accepterons plus, élus du 8e arrondissement, que l'on nous jette à la figure des chiffres d'investissements mirifiques, alors que nos administrés sont, disons-le, sous-équipés, et notoirement sous-équipés, même y compris en matière culturelle et en particulier en bibliothèques qui sont pourtant la priorité de votre politique celle, d'ailleurs excellente, que vous venez de nous proposer.
Pour terminer, je n'ai trouvé qu'une anecdote sportive à vous raconter. J'ai appris par la radio que la ville d'Auxerre avait 40.000 habitants, le même nombre d'habitants que le 8e arrondissement. Mais ce que nous savons tous, c'est que cette ville d'Auxerre dispose d'une équipe de football de première division et que, de plus, elle a gagné non seulement la coupe de France, mais le championnat. Je voudrais simplement vous dire qu'en regard, le 8e arrondissement, qui a 40.000 habitants aussi, dispose en tout et pour tout d'un gymnase de 300 mètres carrés.
Je vous remercie.

M. Roger ROMANI, adjoint, président.- Je vous remercie, Monsieur LEBEL.
Je vous répondrai que malheureusement, pour les habitants d'Auxerre et heureusement pour les Parisiens, la Ville de Paris dispose d'un certain nombre de théâtres de très grande qualité et en particulier du théâtre du Châtelet, dont le Maire a dit ce matin qu'il était le fleuron, je dirai même le joyau, actuellement dans son domaine, de la culture française et du Théâtre de la Ville, et que les habitants du 8e arrondissement fréquentent avec assiduité ces deux théâtres.