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Mai 2001
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64 - IV - Questions du groupe "Ensemble pour Paris". QOC 2001-90 Question de M. Jack-Yves BOHBOT et des membres du groupe "Ensemble pour Paris" à M. le Maire de Paris concernant le théâtre de la Gaîté-Lyrique

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2001


M. Jean-Bernard BROS, adjoint, président. - Nous passons à la question de M. BOHBOT et des membres du groupe "Ensemble pour Paris" à M. le Maire de Paris concernant le théâtre de la Gaîté-Lyrique.
Elle est ainsi libellée :
"La renaissance du théâtre de la Gaîté Lyrique, fermé depuis 11 ans, figure parmi les grands projets culturels de la Capitale.
Lors de l'adoption du Contrat de plan Etat-Région, les 2 et 3 mars 2000, un crédit de 87 millions de francs (65 millions pour la Région d'Ile-de-France et 22 millions pour l'Etat) a été inscrit pour installer dans ce théâtre, désaffecté depuis 1989, une salle de concert symphonique de 2.100 places ainsi que des loges, un foyer et des salles de répétition.
Lors du vote du budget de la Ville de Paris, M. Christophe GIRARD, adjoint au Maire, a indiqué qu'il projetait d'installer une bibliothèque dans ce théâtre. Ces propos sont de nature à remettre gravement en cause les engagements pris l'année dernière par la Ville et la Région.
M. le Maire de Paris peut-il confirmer à M. Jack-Yves BOHBOT et aux membres du groupe "Ensemble pour Paris" la volonté de la Ville de créer une salle de concert dans ce théâtre."
Monsieur GIRARD, vous avez la parole.
M. Christophe GIRARD, adjoint. - La remarque de M. BOHBOT était la suivante : lors de l'adoption du contrat de plan Etat-Région, les 2 et 3 mars 2001, un crédit de 87 millions de francs (65 millions pour la Région Ile-de-France, 22 millions pour l'Etat) a été inscrit pour installer, dans ce théâtre désaffecté depuis 1989, une salle de concert symphonique de 2.100 places ainsi que des loges, un foyer et des salles de répétition.
Concernant les 87 millions du plan Etat-Région, ce que vous dites n'est pas tout à fait exact puisque le contrat de plan prévoit en effet la rénovation des salles de spectacles, dont la Gaîté-Lyrique, mais pas uniquement de la Gaîté-Lyrique. Par ailleurs, les 22 millions de francs ne sont pas affectés à la Gaîté-Lyrique par l'Etat, l'Etat n'ayant pas indiqué de façon précise leur affectation.
Ensuite, je crois que M. BOHBOT avait déjà posé la question en Conseil régional à M. Jean-Paul HUCHON qui lui avait répondu dans ce sens.
Sur la salle de concert symphonique de 2.100 places, Jean-Paul HUCHON s'est également prononcé puisqu'il a précisé que, pour lui, aucun projet n'était acté, seulement un lieu. De plus, il a protesté, je crois, contre le lancement de la consultation d'architecture sans concertation sur le contenu du projet.
J'aimerais vous donner les fondements de la décision d'abandonner ce projet et vous dire quelles sont les motivations que Bertrand DELANOË, l'exécutif et moi-même avons eues sur ce sujet.
A nos yeux, le projet d'une salle de concert à la Gaîté-Lyrique est un projet, certes, respectable - et je pense qu'il était, en effet, un très beau projet pour les années 80, mais qu'il n'est plus adapté à notre époque - bien que très coûteux, mais incomplet et insatisfaisant pour les nouveaux publics, pour un orchestre digne de ce nom et pour Paris, si nous voulons accueillir des chefs et des musiciens de renommée internationale.
Il n'existe aujourd'hui à Paris aucune grande salle performante sur le plan acoustique, répondant aux données propres du concert symphonique, d'où la difficulté d'ailleurs de fidéliser des directeurs musicaux capables d'inscrire leur action dans la durée.
Revenons au projet que j'appelle "Tiberi-lyrique", mais ce n'est pas un jeu de mot, c'est parce qu'il est plus simple à qualifier de cette façon : un auditorium destiné à l'accueil de larges effectifs instrumentaux et locaux, selon moi, doit comprendre entre 2.000 et 2.500 places. Certes, vous indiquez dans le projet pour la Gaîté-Lyrique 2.100 places, mais d'après un certain nombre d'experts consultés et de documents relus (aussi bien le document d'André LARQUIÉ que celui de Laurent BAYLE) il semblerait que cela ne passe pas. Certains d'entre vous savent peut-être qu'à Londres, le Royal Albert Hall a, lui, une jauge de 5.100 places. Quand on compare le projet d'auditorium à la Gaîté avec ce lieu à Londres, on est évidemment très loin des exigences actuelles des nouveaux publics.
Aujourd'hui, nous devons constater que les grandes salles de renom international sont toutes intégrées dans des complexes culturels offrant de multiples services complémentaires. Ce ne serait évidemment pas le cas à la Gaîté-Lyrique, puisque la Gaîté-Lyrique est un théâtre isolé et coincé entre des immeubles d'habitation. J'ai deux exemples à vous citer également, qui sont les succès du Geistag de Munich ou du Symphony Hall de Birmingham, qui confirment que les nouveaux publics boudent d'une façon générale maintenant le rituel traditionnel du concert pour lui préférer une vision pluridisciplinaire et transversale de la musique, dans un espace désacralisé et plus ouvert, où l'on puisse s'informer, s'initier, se divertir, voire se restaurer, acheter un disque ou un livre. Encore une fois, la Gaîté-Lyrique me semblerait un peu trop étroite.
Quelques questions de fond, pour vous prouver que le projet Gaîté-Lyrique est insuffisant, à mon avis : comment en 2001 rénover le rituel du concert ? Comment attirer de plus jeunes assistances à la diversité des expressions musicales ? Et comment s'ouvrir à des populations moins favorisées ? Comment ne pas entretenir, augmenter le cloisonnement excessif constaté dans les habitudes des professionnels et des mélomanes ? Comment accompagner le moment d'émotion que représente le concert en suggérant aux publics un accès direct à des connaissances qui leur sont étrangères ? Et pour finir comment offrir aux futurs musiciens une vraie sensibilisation, voire une adaptation aux réalités de la vie professionnelle ?
Je reviens à la Gaîté-Lyrique. Plus précisément, la Gaîté-Lyrique présente des handicaps très marqués à mon sens : de petite taille et sans réelle possibilité de remodelage, ce théâtre offrirait après rénovation bien moins de la moitié du volume requis pour une vraie salle moderne et ne permettrait guère de dépasser une jauge de 1.200 à 1.300 places, contrairement à ce qui est affirmé, ce qui serait à mes yeux une grave erreur pour un répertoire symphonique. Les réhabilitations envisagées seraient très coûteuses et se solderaient par un compromis nécessairement décevant, comme tout compromis (qui n'est pas un mot que j'affectionne particulièrement). Il ne serait pas possible à la Gaîté-Lyrique de satisfaire les exigences relatives à une très bonne acoustique et à une bonne taille des espaces...
M. Jean-Bernard BROS, adjoint, président. - Il faut conclure...
M. Christophe GIRARD, adjoint. - Oui, mais c'est très important, c'est la politique culturelle de Paris : 1,7 milliard !
Il ne serait pas possible à la Gaîté-Lyrique de satisfaire les exigences relatives à une très bonne acoustique et à une bonne taille des espaces, deux conditions absolues pour le bon fonctionnement des répétitions, de l'accueil des publics anciens et nouveaux et des activités pédagogiques nécessaires en 2001 et au-delà.
Je conclus. Pour faire sens, un grand auditorium devra s'inscrire au centre d'un dispositif favorisant le brassage des pratiques et des styles musicaux, il devra se nourrir d'une intense activité de formation, d'initiation, d'information et de documentation.
(Applaudissements à gauche).
M. Jean-Bernard BROS, adjoint, président. - Merci, Monsieur GIRARD.
M. BOHBOT a la parole, pour 10 secondes.
M. Jack-Yves BOHBOT. - J'essayerai de faire un peu plus, peut-être...
Merci, Monsieur GIRARD, de cette réponse très détaillée, très fournie sur la Gaîté-Lyrique.
En trois mots, je ne suis pas le plus qualifié peut-être pour parler au nom de M. HUCHON, mais j'ai participé au moment du contrat de plan à ce débat et j'ai posé une question d'actualité le 3 mai dernier à M. HUCHON. Je vous communiquerai le texte de sa réponse qui contredit totalement ce que vous venez de dire sur les prises de position de la Région et sur les 87 millions qui ont été dédiés complètement à la Gaîté-Lyrique. C'est le sens même du vote du contrat de plan et je vous reporte aux délibérations.
Deuxièmement, M. HUCHON a rappelé qu'il était attaché à ce qu'il y ait un pôle musical à la Gaîté-Lyrique.
Troisièmement, il est porteur d'un amendement que nous avons fait voter à l'unanimité, demandant à l'Etat l'inscription de 22 millions de francs sur le projet de la Gaîté-Lyrique.
Le seul point sur lequel je suis en accord avec vous, c'est qu'en effet il pensait qu'il y avait une précipitation dans l'action de la Mairie de Paris d'engager ce jury de maîtrise d'?uvre et de désignation d'un architecte pour avancer les travaux.
Donc, je pense qu'il doit y avoir une clarification entre la Ville et la Région, parce que je vous renvoie à la réponse de M. HUCHON qui, lui, est très attaché au respect des délibérations prises dans le cadre du contrat Etat-Région. Je pense qu'il faut vous rapprocher de l'exécutif régional, et Mme de LA GONTRIE, vice-présidente chargée de la culture, pourra s'y employer.
Vous nous avez donné des explications pour nous dire que la Gaîté-Lyrique n'est pas conforme et ne peut pas répondre à l'installation d'un hall de concerts. Je ne peux pas entrer dans ce débat mais il y aurait dix arguments pour vous dire que ce n'est pas acceptable. Je donnerai un seul argument : la fréquentation de la salle Pleyel, puisque c'est bien la fermeture de la salle Pleyel l'année prochaine qui occasionne le projet d'une salle de concert. La fréquentation était de 1.300/1.400 places, ce qui répond tout à fait aux 2.100 places de la Gaîté-Lyrique.
Ce que je vois, Monsieur le Maire, c'est que M. GIRARD n'a pas répondu à la question que je posais, à savoir : "Que voulez-vous créer à la Gaîté lyrique ? Est-ce une bibliothèque ? Est-ce que c'est, comme le Maire de Paris l'a proposé pendant la campagne électorale, un lieu de diffusion orienté multi-technologies ? Quelle est aujourd'hui la position de la Ville de Paris sur ce dossier ?" Vous n'avez pas, hélas, répondu, Monsieur GIRARD.