Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Mai 2004
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
> Type de document (Débat / Délibération)  

179 - 2004, DU 96 - Z.A.C. "Paris-Rive gauche" (13e). - Reconversion des Magasins généraux du Port autonome d'Austerlitz. - Autorisation à M. le Maire de Paris de signer avec le Port autonome une convention relative à la libération des bâtiments édifiés sur le port d'Austerlitz et fixant le mode de détermination des indemnités découlant de cette opération et se substituant à la convention du 27 novembre 1997.Vœu déposé par le groupe "Les Verts" relatif à la reconversion des Magasins généraux

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2004


M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Nous examinons à présent le projet de délibération DU 96 qui porte sur la Z.A.C. "Paris-Rive gauche".
J'ai un certain nombre d'intervenants.
Monsieur BLET, vous avez la parole.
M. Jean-François BLET. - Monsieur le Maire, j'espère que cette intervention sera accueillie plus sereinement que la précédente et que des raisons procédurières ne permettront pas de l'occulter.
Les Magasins généraux, anciens entrepôts édifiés en 1907 occupent un site exceptionnel sur les berges de la Seine.
Le Plan d'aménagement de zone de la Z.A.C. "Paris-Rive gauche", approuvé en 1997, prévoyait que la berge de la Seine serait intégralement dévolue à la promenade et à la détente. C'est ce que le Conseil de Paris avait adopté. Il était ainsi prévu des plantations d'arbres d'alignement, la création d'espaces verts, de petits pavillons pour activités de loisirs, d'exposition et de vente.
Selon ce plan, les bâtiments des Magasins généraux étaient voués à une disparition quasi totale. Pour d'obscures raisons, la démolition des bâtiments a depuis lors était remise en cause et le choix a été fait de les réhabiliter plus ou moins partiellement et de les conserver à l'exception d'une trouée dans leur milieu et une consultation d'urbanisme sur l'aménagement de ces bâtiments est en cours. Pour l'heure, dix-neuf équipes ont répondu.
Le choix de conserver les Magasins généraux est assez surprenant. Une fois n'est pas coutume, la démolition de ces bâtiments industriels peut en effet apparaître légitime. De tous les bâtiments industriels de Paris, le bâtiment des Magasins généraux, parallélépipède de béton brut, dénué de tout intérêt esthétique, est certainement l'un des plus laids.
Certes, le patrimoine qui témoignait du passé industriel du quartier Paris Rive Gauche a été méprisé et honteusement saccagé sous les mandatures précédentes. Ont ainsi été détruits pour les Silos, la Maison rouge, les entrepôts "Mitjaville", sans oublier l'opération de façadisme réalisée sur l'immeuble Valhubert.
Plus récemment, la destruction de l'allée des Arts à laquelle "Les Verts" s'étaient opposés a été mise en ?uvre.
Mais ne nous trompons pas de combat, les Magasins généraux, en termes d'intérêt patrimonial, ne peuvent en aucun cas être comparés à la Halle Freyssinet ou au Buffet de la Gare qui eux sont toujours menacés, ou encore, et là il n'y a aucun problème, aux Frigos ou aux Grands Moulins qui vont être réhabilités.
Le site des Magasins généraux de près de 500 mètres de long sur 40 mètres de large en bordure de Seine offre à nos yeux une opportunité exceptionnelle dans un contexte de rareté du foncier de créer un aménagement paysager et une architecture contemporaine audacieuse sur un vaste espace.
Si l'on veut marquer le paysage parisien par un geste architectural, ce qui est le souhait de notre Maire, semble-t-il, doit-on forcément construire quelques tours près du périphérique, qui rompront avec la spécificité parisienne et dont l'une sera peut-être réussie, mais les trois autres seront ratées, comme le sont nombre de tours, hélas ?
Pourquoi gâcher une opportunité sur un des sites les plus prestigieux qui sera un point de ralliement pour les Parisiens et les touristes de la terre entière ? Pourquoi ne pas saisir cette chance d'embellir réellement Paris ? Pourquoi ne pas rêver à cela et pourquoi ne pas vouloir cet acte de beauté ? Imaginons ce que des architectes aussi novateurs que Franck GEHRY, Shigeru BAN, Tadao ANDO, CALATRAVA, etc. pourraient offrir aux Parisiens et bien d'autres architectes internationaux sur cet espace dégagé de bâtiments existants et aménagé en espace paysager ponctué de quelques "folies".
La consultation lancée ferme cette porte. Ouvrons-la de nouveau. Lançons une nouvelle consultation internationale qui permettrait à ces créateurs internationaux de donner libre cours à leur talent.
Cette consultation compléterait aussi la consultation en cours et permettrait un choix réel entre deux options.
Le projet de délibération ne s'y oppose pas puisqu'il prévoit que si les projets issus du concours actuel ne sont pas satisfaisants, on pourrait démolir et passer à autre chose. Il faudrait que l'on puisse réellement choisir entre deux types de projets différents, un de rhabillage et rafistolage et l'autre de création audacieuse contemporaine d'architecture moderne.
Tel est donc l'objet du v?u qui demande qu'un nouveau concours international soit envisagé, de paysagistes, d'urbanistes et d'architectes, et pas seulement d'urbanistes programmateurs, qui permettra de donner libre cours à leur créativité pour aménager cet espace paysager qui pourra être ponctué d'?uvres architecturales effectivement innovantes, audacieuses, qui remplaceraient les bâtiments actuels.
Le choix pourrait ainsi être fait en toute clarté entre l'option de préservation et habillage de l'existant et l'option de création contemporaine.
Monsieur le Maire, pour conclure sur la Z.A.C. "Rive gauche", on peut craindre qu'à l'arrivée il n'y ait pas énormément de chefs d'?uvre architecturaux sur les 130 hectares, entre les tours de la B.N.F. qui sont diversement appréciées, la banale architecture de béton et de verre de nombre d'immeubles de bureaux qui jalonnent l'avenue de France et les quais d'Austerlitz. La Z.A.C. "Rive gauche" est, sur le plan de la création architecturale, controversée.
L'aménagement de ce site des Magasins généraux permettrait de rattraper quelques erreurs passées et peut-être futures, ne nous en privons pas.
Les berges de la Seine sont un patrimoine mondial de l'humanité. Vitrifiées par les façades d'immeubles de bureaux, elles méritent mieux que ce simple rhabillage d'une boîte à chaussure, fut-elle ancienne. Elles méritent effectivement une création digne du troisième millénaire.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - J'avais M. DESSESARD, mais je constate qu'il n'est pas là.
M. TRÉMÈGE n'est pas là.
Je demanderai l'avis de la conférence d'organisation sur le fait que d'autres conseillers interviennent lorsque les conseillers ne sont pas là.
Cela se fait dans tous les groupes, je le reconnais. Mais je me demande si nous devons continuer cette pratique ou pas.
Cela permettrait de gagner du temps.
La parole est à Mme de CLERMONT-TONNERRE.
Mme Claire de CLERMONT-TONNERRE. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, le projet de convention entre la Ville et le Port autonome de Paris pour la reconversion des Magasins généraux du quai d'Austerlitz répond à un enjeu majeur pour le 13e arrondissement, comme d'ailleurs pour tout Paris.
En effet, les bâtiments des Magasins généraux d'Austerlitz sont situés sur le site de la Seine, un site majeur qui mérite d'être davantage mis en valeur, en particulier dans le 13e, mais également dans le 16e et le 15e arrondissement.
Or, l'aspect esthétique des Magasins généraux ne fait pas l'unanimité et la controverse fait rage quant à leur devenir.
Des positions divergentes se sont exprimées sur ce sujet à l'occasion des enquêtes publiques sur la Z.A.C. "Rive gauche".
J'ajoute que nous manquons d'éléments d'expertise quant à l'intérêt patrimonial de ces locaux, c'est là une question dont je vous propose, Monsieur le Maire, de saisir la Commission du Vieux-Paris afin qu'elle émette un avis sur leur intérêt patrimonial.
Je voudrais ici relayer la position de mon collègue Patrick TRÉMÈGE et des élus U.M.P. du 13e arrondissement qui souhaitent, dans ce débat, que toutes les options envisageables et envisagées soient soumises aux Parisiens, y compris le parti pris d'aménagement initial.
Un tel projet mérite d'être très largement médiatisé auprès des Parisiens et des Parisiennes, ce qui ne fut pas possible lors de la dernière enquête publique sur la Z.A.C. "Rive gauche", dans la mesure où cette question s'est trouvée diluée parmi beaucoup d'autres.
Les habitants doivent être invités à s'exprimer abondamment et librement sur le devenir du site des Magasins généraux et nous avons là un enjeu important qui dépasse largement les frontières du 13e arrondissement.
C'est pourquoi et sans prendre position sur le devenir de ce site, nous regrettons que le projet de délibération qui nous est soumis insiste trop sur la conservation des Magasins généraux et présente le projet initial comme dépassé et n'étant plus pertinent.
Nous souhaiterions donc que toutes les options soient soumises à débat. J'ajoute que la conservation des Magasins généraux est une hypothèse qui pose un certain nombre de questions.
En premier lieu, la conservation des Magasins généraux dénature en quelque sorte la continuité piétonne des berges de Seine. Les Parisiens seraient ainsi amenés à passer sous une sorte de hangar, ce qui n'est pas très valorisant pour la fameuse promenade paysagère qui doit relier Bercy à Citroën. Tel est le premier point. J'ajouterai que cela posera des problèmes de sécurité et de salubrité car, comme chacun sait, tous ces espaces sont extrêmement difficiles à traiter.
En second lieu, nous manquons de précision sur le rôle que pourrait jouer ce site pour le fret urbain que vous évoquez. Tout laisse à penser dans l'exposé des motifs, qu'il s'agit davantage de donner des gages quant à l'utilisation des Magasins généraux pour du fret urbain, et on ne voit pas très bien de quelle façon ils vont s'inscrire dans une véritable stratégie de desserte.
Pour être plus précis, la surface envisagée possède-t-elle la taille critique pour rendre viable ce positif ? Envisagez-vous par exemple, Monsieur le Maire, la possibilité de créer un pôle multimodal de fret combinant des dessertes fluviales, routières et même ferroviaires puisque la ligne C du R.E.R. passe à proximité ?
Enfin, nous nous demandons quel sera l'impact de ce projet à long terme pour les finances de la Ville. Ceci nous semble mal évalué, dans la mesure où nous ne savons pas s'il existe un véritable marché pour une installation d'équipements de loisirs, de détente, d'équipements culturels tels que vous les envisagez, sachant que le coût de location d'espace que la Ville devra reverser au Port autonome est de l'ordre de 480.000 euros annuels. Avant de s'aventurer dans cette affaire, nous souhaiterions donc avoir plus de précisions afin de nous prononcer en connaissance de cause.
Merci, Monsieur le Maire.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Monsieur COUMET ?
M. Jérôme COUMET. - Quel est le rôle des élus ? Je me suis inscrit à la lecture des amendements déposés par M. BLET car ils me laissent quelque peu dubitatif. Est-ce dans notre rôle de remettre en cause des orientations que nous avons approuvées ? Car l'adoption de ces amendements conduirait à contredire la délibération que nous avons adoptée à l'unanimité en septembre 2003 et que vous avez vous-même votée, Monsieur BLET, il y a moins de huit mois.
Est-ce dans notre rôle d'élus de remettre en cause la concertation menée dans le cadre du Comité permanent de concertation ? Vous demandez à ce que l'on écoute le Comité permanent de concertation quand cela vous arrange, mais je constate que vous faites bien peu de cas de ses recommandations quand cela ne vous convient pas.
Il avait été décidé d'étudier deux options : réutilisation et donc conservation partielle des bâtiments, ou destruction. Et vous voudriez nous obliger à ne pas examiner l'une de ces options. C'est difficilement compréhensible. C'est d'autant plus incompréhensible que le concours d'urbanisme sur cette zone débouchera sur des propositions dans moins d'un mois.
Enfin, je remarque que, pour vous, certains bâtiments représentent l'histoire industrielle de Paris. Certains marquant pourtant l'histoire industrielle de Paris n'ont pas cette chance. Je vous cite : "ils n'offrent que peu d'intérêt sur le plan paysager". Je vous cite encore : "dénués de tout intérêt esthétique", "véritables verrues architecturales dénaturant l'un des plus beaux sites de la Capitale". Alors même que l'Etat, dès 1996, avait fait valoir que ces bâtiments étaient intéressants sur le plan architectural et qu'il convenait de s'interroger sur leur avenir.
En revanche, dans d'autres textes que vous avez déposés à ce même Conseil, vous nous accusez, je vous cite toujours et il s'agit en l'occurrence de votre amendement sur le P.L.U. : "d'aboutir à la déconsidération du patrimoine industriel par rapport à un patrimoine ancien jugé plus noble". Je m'interroge donc sur un certain nombre de contradictions qui apparaissent à la lecture de ces documents.
Enfin, et c'est sans doute ce qui me pose le plus question, les seuls résidents de cette zone qui se refusent à ne serait-ce qu'examiner la réutilisation partielle de ces bâtiments, ce sont les promoteurs qui ont construit sur cette zone, ceux qui souhaitent obtenir une vue directe sur la Seine pour valoriser leur patrimoine et qui réclament à cor et à cri, tout comme vous, que l'on rase ces bâtiments. Cela me pose problème.
J'en conclus qu'il conviendrait d'un peu plus de modestie collective en acceptant l'examen de ces deux hypothèses : la démolition partielle ou la démolition totale en respectant la concertation, en respectant ce que nous avons nous-même voté il y a 8 mois et en adoptant ce projet de délibération sans amendement.
Merci.
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, du Mouvement républicain et citoyen et communiste).
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Monsieur BLISKO, vous avez la parole.
M. Serge BLISKO, maire du 13e arrondissement. - Je vais peu rajouter à ce qu'a dit M. COUMET, et je voulais surtout dire à quel point les interrogations exprimées par les uns ou les autres sont légitimes. Il est juste que la Ville s'interroge, et elle le fait depuis longtemps, sur le devenir des Magasins généraux. Mme de CLERMONT-TONNERRE il y a quelques minutes nous a donné un bon aperçu de toutes les interrogations qui pouvaient nous traverser l'esprit.
Face à ces interrogations, je crois que la Ville a fait ce qu'il fallait. Elle a laissé ouvert le champ avec un concours où il y a une vingtaine de réponses qui sont arrivées, actuellement examinées. Ce concours donnera lieu à un jury au début du mois de juillet, jury de propositions, je le rappelle.
Si aucun des projets n'est satisfaisant, nous rentrerons dans la deuxième hypothèse qui est déjà examinée par le projet de délibération, celle de la destruction et de la reconstitution d'une promenade plantée.
Là où M. BLET me surprend, c'est par sa volonté d'aller aussi vite que cela, péremptoirement d'affirmer, en négligeant tous les travaux sur le patrimoine menés par les groupes de travail et par le Comité de concertation que "Paris-Rive gauche" a mis en place et qui se sont posés ces légitimes questions : or M. BLET dit "ces bâtiments offrent peu d'intérêt". Eh bien, non. Ces bâtiments ont pour beaucoup, pas pour tous, je le reconnais, beaucoup d'intérêt pour l'histoire industrielle, beaucoup d'intérêt pour la technique industrielle et du béton qui a été employée. Je souhaite vraiment que nous soyons un tout petit peu plus modestes.
C'est parce que nous avons l'expérience de destruction de ce qui apparaissait peut-être, à nos prédécesseurs, moins évident, et je pense au Pavillon Baltard des Halles, que nous avons le sentiment que l'irréparable a été accompli dans Paris à une époque. Nous avons tiré les leçons collectivement de cette attitude péremptoire. C'est pour cela qu'avec modestie et avec l'aide des historiens de l'architecture, de l'urbanisme et des techniques de construction, nous souhaitons prendre le temps d'examiner la validité à la fois financière - Mme de CLERMONT-TONNERRE l'a bien vu dans le projet de délibération -, mais également la valeur patrimoniale de ce qui peut nous être proposé puisque nous savons que nous ne pouvons pas tout garder.
Certains disent "Quand on ne garde pas tout, on détruit tout!", pourquoi pas ? Mais il faut se garder de toutes ces affirmations extrêmement coupantes qui, en fait, ne rendent pas compte de la complexité des situations que nous avons à gérer sur ces zones.
Je suis simplement étonné de voir que M. BLET défend avec vigueur un bâtiment de moindre valeur patrimoniale, même si je comprends très bien qu'il puisse intéresser certains, qui est le buffet de la gare d'Austerlitz, et condamne d'un trait de plume les Magasins généraux.
Je vous invite, je viendrai avec vous, Monsieur BLET, vous faire visiter la nuit, quand la nuit est tombée une activité culturelle importante, un salon : il n'y a pas simplement la vente de tapis et de moquettes à la découpe en bas, ce qui n'est pas effectivement extraordinaire du point de vue du paysage urbain. Je vous invite à venir quand la nuit est tombée sur la Seine voir ce bâtiment en surplomb sur la Seine qui est totalement unique dans Paris, pour vous faire admettre que ce v?u que j'ai découvert hier avec surprise a été écrit peut-être un peu vite. Je sais que vous travaillez beaucoup, Monsieur BLET.
Je vous demande donc, vu le nombre de v?ux que vous signez, un tout petit peu plus de modestie dans le propos.
Merci.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.
M. CAFFET a la parole.
M. Jean-Pierre CAFFET, adjoint, au nom de la 8e Commission. - Merci, Monsieur le Maire.
Plusieurs questions ont été évoquées sur ce projet de délibération qui porte en fait sur le renouvellement de la convention de 1997 entre la Ville de Paris et le Port autonome de Paris. Cela étant dit, ce projet de délibération se situe dans un environnement particulier, celui de "Paris-Rive gauche".
La première question posée est celle de la valeur patrimoniale ou de la valeur architecturale de ces bâtiments des Magasins généraux. Sur un tel sujet, on est forcément dans la subjectivité. J'ai une étude de M. LESCORCE, que beaucoup de Conseillers de Paris ont également, qui conclut à leur grande valeur patrimoniale tout comme pour la Halle SERNAM. Les deux études concluent que ce serait un crime de démolir ces bâtiments.
On peut avoir chacun notre appréciation. Personnellement, je n'ai jamais été fasciné par ce que j'ai lu dans la presse, à savoir la beauté sauvage de la Halle SERNAM. Je n'ai pas été non plus fasciné par l'extraordinaire qualité de ces bâtiments dit des Magasins généraux. Mais j'admets que le sujet fait controverse.
Au sein de la concertation de "Paris-Rive gauche", certaines associations se sont montrées attachées à la conservation de ces bâtiments. D'autres souhaitent leur démolition. Je crois qu'il faut laisser un peu de temps et, notamment, attendre le résultat de la consultation, sur laquelle je vais dire quelques mots, pour décider quel est le parti à prendre.
Mme de CLERMONT-TONNERRE, si j'ai bien compris son intervention, souhaite le retour au parti pris initial de l'aménagement, celui de 1991 où... Comment ?...
D'accord. J'avais compris que vous étiez plutôt favorable au retour au parti pris initial de l'aménagement, celui de 1991, c'est-à-dire la démolition des Magasins généraux. Je voulais rappeler que c'est en 1997 que l'ancienne Municipalité s'est posée la question du maintien et de la reconversion d'un certain nombre de ces bâtiments. M. LEGARET est là pour le confirmer puisque, à l'époque, il était président du Port autonome. Ce n'est donc pas un fait nouveau, une lubie de la nouvelle Municipalité que de se poser cette question.
Troisième point, je voulais rassurer Mme de CLERMONT-TONNERRE sur le fret urbain, la plate-forme multimodale. Non, rassurez-vous, il n'y aura pas une plate-forme avec des trains, des bus, des bateaux, et que sais-je encore. S'il y a un projet de fret dans la reconversion éventuelle de ces bâtiments, ce serait un petit débarcadère avec 500 mètres carrés d'entrepôts qui permettront d'alimenter quelques commerces de "Paris-Rive gauche". En tout cas, c'est cela que nous avons mis dans le cahier des charges en plein accord avec, encore une fois, mon collègue Denis BAUPIN. Décidément, nous travaillons très bien ensemble.
Dernière question, celle des finances. En effet, ce projet de délibération fixe des prix. Il ne fait qu'appliquer, dans ses modalités, le calcul des indemnités qui devront être versées soit au Port autonome pour perte de revenus, soit aux occupants évincés. Nous avons deux possibilités : en cas de démolition totale l'indemnité est de l'ordre de 26,4 millions d'euros pour le Port autonome ; si ces bâtiments ne sont pas démolis, l'indemnité est de 16,4 millions avec une redevance annuelle, sur une durée de 50 ans (puisque la Ville disposera d'un droit réel sur ces bâtiments pour une durée de 50 ans), de 400.000 euros H.T.
Evidemment, les occupants du futur projet devront payer eux-mêmes la Ville. Et la Ville compte bien compenser la redevance annuelle de son droit réel sur les occupants qui viendraient pour des fonctions commerciales, culturelles et de loisir. En tout cas, c'est ce qui figure dans la consultation.
Je crois avoir répondu aux principales interrogations qui ont été formulées. J'en viens maintenant à l'amendement de Jean-François BLET et au v?u.
L'amendement nous dit : "Mettez en zone verte ce qui est à l'heure actuelle en zone urbaine, c'est-à-dire ce périmètre des Magasins généraux". Mais nous sortons d'une enquête publique de modification de P.L.U. sur "Paris-Rive gauche".
Cette modification de P.L.U. a été entérinée à l'unanimité de la majorité municipale il y a quelques mois, en septembre 2003. Donc je ne vois pas comment et pour quelle raison, sans nouvelle enquête publique, nous déciderions unilatéralement de verser ce périmètre en zone verte alors qu'il est en zone urbaine, tel que l'a d'ailleurs proposé le commissaire-enquêteur.
Si nous acceptions cet amendement, cela remettrait en cause les options ouvertes prévues par la consultation et cela interdirait l'option de conservation partielle de ces bâtiments, avec des destinations que je viens d'évoquer. Premier problème.
J'en viens maintenant au v?u de Jean-François BLET et je trouve que son idée est intéressante et séduisante. Pouvoir lancer un concours d'architecture sur l'un des sites qui est probablement l'un des plus beaux de Paris, dans le cadre de ce qu'il est possible de faire dans une zone verte, me semble intéressant et, je le répète, séduisant.
Simplement, le lancement d'un concours d'architecture prend un an. Or, nous aurons le résultat de la consultation dans les semaines qui viennent. Je vois donc mal comment on pourrait comparer le résultat de la consultation et celui du futur concours d'architecture, car je vois difficilement comment on pourrait mettre de côté le résultat de la consultation pendant plus d'un an.
Si cette idée me semble intéressante, je crois qu'elle est prématurée. Pour toutes ces raisons, je souhaite que Jean-François BLET retire son amendement et le v?u de manière à ne pas obérer l'avenir. Je veux lui rappeler que la consultation est discutée à l'heure actuelle au sein du Comité permanent de concertation de "Paris-Rive gauche", que les cahiers des charges ont été présentés aux associations, discutés avec elles, et que dans le futur jury qui devra désigner un lauréat, si lauréat il y a, les associations seront représentées par au moins l'une d'entre elles.
Ne coupons pas le fil de la concertation et attendons au moins le résultat de la consultation de manière à ce qu'on voit ce qu'il est possible de faire. Par ailleurs, il faudrait également que le Port autonome soit d'accord pour un changement de zonage et le passage de la zone urbaine dans la zone verte, ce qui serait la moindre des choses avant de prendre des décisions en Conseil de Paris, sans en avoir discuté préalablement.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Monsieur BLET, vous avez la parole.
M. Jean-François BLET. - Je veux bien être conciliant et je vais l'être. Mais je n'admets pas les mises en cause faites par M. COUMET selon lesquelles je serais de mèche avec les promoteurs privés pour demander que ces bâtiments soient rasés. C'est à peu près ce qui a été dit et c'est absolument scandaleux comme propos !
Deuxièmement, Monsieur COUMET, je n'ai pas dit non plus que je ne voulais pas que les résultats de la consultation n'aient pas lieu et qu'on ne puisse pas les examiner, j'ai exactement dit le contraire. J'ai dit que si l'on veut un véritable choix, il faut savoir d'une part ce qu'ils proposent et, d'autre part, ce que d'autres pourront proposer.
Faire dire tout et n'importe quoi et attaquer des collègues dans l'hémicycle sur ces bases-là, ce n'est pas très sérieux.
Par ailleurs, j'ai été sensible également aux arguments de mon ami BLISKO. Il semblerait que ces bâtiments bruts de béton et d'une laideur certaine aient la valeur patrimoniale des Halles de Baltard, ce chef d'?uvre que l'on savait sacré.
A modeste, modeste et demi. Ne sombrez pas dans une modestie extrême et par trop exagérée, mon cher BLISKO.
Revenons au fond du problème. Vous me demandez de retirer cet amendement. Je dirais que cet amendement cadrait parfaitement avec le lieu. Pourquoi la zone verte a-t-elle été inventée ? C'est pour permettre des espaces verts sur lesquels des petites constructions liées à l'animation puissent voir le jour, et même, semble-t-il, de très grands stades puisque, semble-t-il, l'agrandissement de Roland-Garros va pouvoir se faire puisque ce sera une zone verte et non plus une zone forestière. De ce point de vue-là, cela n'empêchait pas que les Magasins généraux ou ce qu'il en adviendrait soient en zone verte.
Mais, pour vous être agréable, cher Jean-Pierre CAFFET, et pour ne pas compliquer le débat, je veux bien retirer cet amendement.
Maintenant, sur le v?u, c'est quand même très intéressant par rapport au débat précédent sur la Z.A.C. de la porte des Lilas. C'est trop tard ! Vous ne pouvez rien proposer les élus "Les Verts". Vous ne vous rendez pas compte ! C'est trop tard, on ne peut plus rien changer.
Et sur les Magasins généraux, là c'est trop tôt cette fois-ci ! Résultat : circulez, y a rien à voir !
Sur le fond, je pense effectivement que cette solution d'un concours international (et Jean-Pierre CAFFET, j'ai bien entendu ce que vous avez dit de ma proposition et j'y suis très sensible), je pense que Bertrand DELANOË, s'il veut effectivement que Paris sorte de la médiocrité architecturale, doit choisir un lieu emblématique, au c?ur de Paris, qui permette aux plus grands architectes de cette planète de faire des propositions et de faire un concours international. Voilà ce que je souhaite. J'espère que Bertrand DELANOË entendra cette requête.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Monsieur VUILLERMOZ, vous avez la parole.
M. Jean VUILLERMOZ. - Oui, merci. Je voulais intervenir sur un point. Si j'ai bien compris, il nous est proposé aujourd'hui de lancer une consultation d'urbanisme pour apprécier l'opportunité de restructurer les bâtiments existants. Il est dit aussi que si l'on n'y arrivait pas, on reviendrait à la case départ, c'est-à-dire à ce qui était prévu à l'origine de la Z.A.C. "Rive gauche", donc d'utiliser cet espace pour y développer des activités de promenade et de loisirs.
Notre souci qui n'a pas été évoqué, ou tout du moins insuffisamment, c'est qu'à l'heure actuelle, dans ces bâtiments, il existe un certain nombre d'entreprises et un certain nombre d'emplois. Il faudrait quand même qu'avant toute possibilité - soit de restructuration, soit de démolition - on puisse envisager le maintien des emplois ou des entreprises qui sont sur le site.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Bien.
J'ai compris, Monsieur BLET, que vous mainteniez votre v?u ?
M. Jean-François BLET. - Non, non.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Ah, bon ! D'accord.
Attendez, je suis toujours sur mes histoires de v?ux et d'amendements.
Monsieur BLISKO, vous avez la parole pour une explication de vote.
M. Serge BLISKO, maire du 13e arrondissement. - Juste un mot pour...
D'abord je souhaiterais dire un mot pour rassurer notre ami Jean VUILLERMOZ pour lui dire - et je le fais tout de suite, avec votre permission, Monsieur le Maire - que la question de l'emploi et des entreprises de type divers et des bureaux qui vont être relogés avec l'aide de la S.E.M.A.P.A. et des commerces qui vont être également relogés sur le site plus général de "Paris-Rive gauche"... n'oublions pas non plus qu'une confortable indemnité d'éviction va être versée à ces entreprises.
Et comme la plupart sont des entreprises publiques ou para publiques, Voies navigables de France, Batelleries, etc. il n'y a pas de raison qu'il y ait des pertes d'emplois. Nous, nous regardons l'emploi privé bien évidemment. Mais de ce point de vue je peux vous rassurer au moins sur un certain nombre d'activités privées qui étaient sur le site.
Sur la petite controverse que nous avons avec Jean-François BLET, je ne vais pas revenir sur l'esthétique, je souhaite simplement que nous en revenions à une position de sagesse dans la concordance des temps - actuellement, c'est le temps du concours pour la réutilisation - qui est éventuellement possible. Le moment viendra où le jury aura tranché. Si ce n'est pas possible, il est bien évident - M. CAFFET le disait - qu'il faudra faire un autre type d'approche, certainement un concours de paysagisme pour aménager au mieux les quais s'il y avait destruction envisagée des Magasins généraux.
Voilà ce que je voulais dire. Donc l'amendement me paraît - encore une fois, j'en suis désolé pour Jean-François BLET - prématuré, précoce.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Merci.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DU 96.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2004, DU 96).