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Mai 2004
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Conseil Municipal
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25 - IV - Question d'actualité déposée par le groupe "Les Verts" à M. le Maire de Paris et à M. le Préfet de police relative au rapport de l'Agence française de sécurité sanitaire environnementale sur la pollution atmosphérique

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2004


M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à Mme AZZARO pour la question d'actualité du groupe "Les Verts".
Mme Nicole AZZARO. - Ma question a trait à la pollution atmosphérique.
Monsieur le Maire, Monsieur le Préfet, le rapport de l'Agence française de sécurité sanitaire et environnementale sur la pollution atmosphérique a été rendu public. Ce rapport est tellement alarmant que le Gouvernement en a eu peur au point de retarder sa parution. De quoi le Gouvernement a-t-il eu peur ? De faire savoir que plus de 5.000 personnes meurent chaque année à cause de la pollution atmosphérique due à l'automobile ? De faire savoir que 6 à 11 % des décès par cancer du poumon chez les plus de 30 ans sont dus aux rejets de particules polluantes dans l'atmosphère ? De faire savoir qu'à ces chiffres monstrueux se rajoutent ceux des maladies cardiovasculaires dont 7 % seraient directement liées à la pollution urbaine ?
Non ! Le Gouvernement a surtout eu peur de déplaire au lobby automobile pétrolier, grand responsable de cette catastrophe sanitaire et environnementale.
Le lien entre la dégradation de l'environnement et la mortalité est patent. A moins de nier l'évidence, en ne considérant pas qu'il s'agit là d'une urgence sanitaire nationale, il faudra bien que, très vite, des actions d'envergure soient entreprises au plan national, n'en déplaise aux différents lobbies industriels. De plus, chaque décès lié à la pollution atmosphérique représente pour la société un coût de 900.000 euros. On voit ici les limites du raisonnement des tenants du tout économique. Peut-être ce dernier argument de coût leur fera-t-il entendre raison ? Rêvons un instant : si ces sommes étaient utilisées à développer des énergies renouvelables, à développer des véhicules propres et à construire des hôpitaux et des maisons de retraite, bref, à embellir la vie plutôt que de représenter le prix d'une mort ?
A l'échelle de la Municipalité, nous avons conscience de cet enjeu majeur de santé publique. C'est pourquoi la politique des transports a pour but de réduire la place de la voiture dans Paris. La pression exercée pour diminuer sa place a déjà porté ses fruits : baisse de 10 % de la circulation automobile depuis le début de la mandature, implantation de couloirs de bus en site propre pour faciliter les transports en commun, pistes cyclables. Ces programmes sont en cours et continueront tout au long de la mandature. Mais, hélas, certaines mairies d'arrondissement, soit qu'elles considèrent l'environnement comme un enjeu politicien, soit qu'elles fassent confiance aux technologies du futur, "on verra bien demain", s'opposent à la mise en place de couloirs de bus, aux quartiers verts, aux pistes cyclables et s'entêtent ainsi dans un combat d'arrière-garde car, qu'elles le veuillent ou non, il faudra prendre toutes ces mesures pour rendre l'air de la ville plus respirable.
Par ailleurs, dans Paris, ville musée, chaque aménagement de voirie doit recevoir l'imprimatur de l'Architecte des Bâtiments de France. Et donc, certains projets pourtant indispensables pour parvenir à diminuer la pression automobile sont bloqués.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Vous pouvez conclure, Madame AZZARO, s'il vous plaît ? Vous avez dépassé déjà votre temps.
Mme Nicole AZZARO. - Là, un couloir de bus en site propre déstructurerait une perspective, ici une piste créerait un laniérage inesthétique de la chaussée.
J'avoue avoir du mal à comprendre les motifs de ces refus d'aménagement. En quoi une chaussée où les voies de circulation sont matériellement marquées est-elle moins esthétique qu'une chaussée où le plus large flot de véhicules se déverse sur plusieurs files ?
Monsieur le Maire, le rapport de l'AFSSE rend plus aigu encore la nécessité de la réduction de la pollution atmosphérique contre laquelle la Municipalité lutte par sa politique des transports. Devant l'urgence, j'aimerais savoir s'il est dans vos intentions de prendre des mesures afin d'interdire à la circulation les véhicules les plus polluants ?
Monsieur le Préfet, quelles mesures êtes-vous prêt à prendre pour limiter la circulation automobile sur les boulevards parisiens qui restent de votre compétence en dépit de la décentralisation, d'une part, et dans quels délais donnerez-vous votre accord à l'expérimentation de contresens cyclables, d'autre part ?
Je vous remercie.
M. LE MAIRE DE PARIS. - M. le Préfet de police a la parole.
M. LE PRÉFET DE POLICE. - Monsieur le Maire, Madame, deux questions sont posées. La première concerne la pollution atmosphérique. Je vous rappelle que j'ai procédé, le 30 janvier dernier, à l'installation d'une cellule de veille permanente, qui fonctionne 24 heures sur 24 toute l'année, et d'un état-major opérationnel pour la zone de défense de Paris. Fonctionnant en permanence, cette cellule de veille et cet état-major reçoivent notamment toutes les informations concernant la pollution atmosphérique, en provenance soit d'AIRPARIF, soit de la météo. Et cet état-major zonal, qui va bénéficier en plus, dans quelques semaines, du concours d'un ingénieur des Ponts et Chaussées pour coordonner les trafics et informations routières en Ile-de-France, sera évidemment bien placé pour adopter toutes les mesures réglementaires en cas de pic de pollution.
Je rappelle que, pour l'instant, nous sommes encadrés dans un régime très réglementaire sur les mesures à prendre en cas de pic de pollution, mais que le Gouvernement a proposé de renforcer les mesures d'urgence de réduction de ces émissions polluantes, lors d'épisodes graves de pollution, et une modification des textes est en cours. Le projet de P.P.A. et les objectifs de résultat en termes de réduction des émissions de polluants atmosphériques doivent être présentés à la fin du mois prochain.
A la deuxième question, ma réponse sera très courte : s'agissant de la circulation des cyclistes à contresens, je ne suis pas opposé à la conduite d'opérations à titre expérimental mais, bien entendu, sur des voies secondaires exclusivement, et là où la vitesse des véhicules est limitée à 30 kilomètres/heure ; cela uniquement pour des motifs de sécurité concernant les cyclistes. Mais, encore une fois, je ne suis pas opposé à ce que nous définissions ensemble quelques opérations expérimentales.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur le Préfet.
M. Denis BAUPIN a la parole.
M. Denis BAUPIN, adjoint. - Outre l'excellente nouvelle que vient de nous annoncer M. le Préfet de police, je voudrais remercier Mme AZZARO sur le fait d'avoir rappelé l'importance de ce rapport et des chiffres alarmants qui ont été mis en évidence par l'AFSSE. Et encore, il ne s'agit que d'une partie de la pollution puisqu'il s'agit de la pollution due aux particules fines du diesel.
Cette étude est venue confirmer de nombreuses autres études qui ont montré la nocivité de la pollution de l'air. Je relisais, tout à l'heure, l'interview du Docteur JOMIER qui disait : "Impossible de se refaire des poumons neufs", et je crois que c'est bien la situation dans laquelle se trouvent beaucoup de nos concitoyens qui, progressivement, subissent non seulement les pics de pollution, mais la pollution quotidienne qui est particulièrement grave pour la santé publique. D'autres rapports ont montré notamment qu'outre les maladies respiratoires, elle pouvait entraîner des risques accrus de cancer du poumon.
Mme AZZARO a rappelé l'importance de la politique engagée par la Municipalité. Malgré certains combats d'arrière-garde contre le tramway des Maréchaux, contre certaines pistes cyclables, nous mettons en ?uvre cette politique avec volontarisme parce que nous pensons qu'il en va de la santé de nos concitoyens.
Dans le cadre du Plan de déplacements de Paris, et pour répondre à sa question sur la réglementation de l'accès des véhicules les plus polluants, nous sommes en train de réfléchir à des mesures complémentaires qui pourraient conduire éventuellement à interdire ou à restreindre l'accès des véhicules les plus polluants. Nous regardons notamment avec beaucoup d'attention ce que Tokyo a mis en place depuis octobre 2003, qui interdit la ville aux camions et aux autobus à moteur diesel qui ne respecteraient pas certaines normes d'émission, de façon à inciter ces véhicules à être les moins polluants possible. Peut-être faut-il y réfléchir, y compris pour les véhicules particuliers ?
D'ores et déjà, nous avons engagé un travail avec les professionnels du transport de marchandises. Nous les incitons à l'utilisation de modes de transport propres. Nous avons eu l'occasion, au cours d'une journée à l'Hôtel-de-Ville, de faire la promotion de ces véhicules et de montrer la gamme déjà très étendue de ces véhicules. Et nous travaillons avec les professionnels qui en sont d'accord pour ajouter dans la réglementation en matière de livraison, outre les critères de taille de véhicule et de durée de livraison, des critères environnementaux permettant de réglementer l'accès dans Paris des véhicules les plus polluants, voire même d'avoir une zone particulière de basse émission au centre de Paris. C'est, en tous les cas, dans cet état d'esprit que nous préparons le Plan de déplacements de Paris et que nous contribuons au Plan de protection de l'atmosphère dont M. le Préfet de police vient de parler.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.