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Déliberation

Vœu relatif à l’attribution à Taslima NASREEN de la Citoyenneté d’honneur de la Ville de Paris.

Déliberation/ Conseil municipal/ Juillet 2008 [2008 V. 106]


 

Délibération affichée à l?Hôtel-de-Ville

et transmise au représentant de l?Etat le 24 juillet 2008.

Reçue par le représentant de l?Etat le 24 juillet 2008.

 

Le Conseil de Paris, siégeant en formation de Conseil municipal,

Taslima NASREEN, médecin et écrivain bengladeshi, s?est fait connaître dès la fin des années 1980 par divers articles, dans lesquels elle dénonçait les discriminations à l?encontre des minorités et des femmes dans plusieurs pays d?Asie. Accusée de blasphème par des extrémistes musulmans après la parution, en 1993, de son roman Lajja (La honte), qui décrivait l?oppression courante subie par la communauté hindoue au Bengladesh, Taslima NASREEN a été contrainte à l?exil.

Depuis 1994, elle est rompue au jeu de l?errance, de son pays d?origine à Stockholm, de Calcutta à Paris. Cela ne l?empêche pas de lutter inlassablement en faveur de l?émancipation des femmes, et contre les difficultés de vie des minorités dans les sociétés islamiques, ce qu?elle fait au travers d?une vingtaine d?ouvrages écrits en bengali, dont certains sont traduits en plus de vingt langues.

Depuis son exil, Taslima NASREEN défend l?instauration d?une éducation laïque, et l?adoption par son pays d?un nouveau code civil, fondé sur le principe de l?égalité entre hommes et femmes. Cette action courageuse et cette persévérance lui ont valu de nombreuses récompenses : le Prix Sakharov pour la Liberté de Pensée lui est remis par le Parlement européen en 1994, en France, le Prix des Droits de l?homme de la République française lui est décerné par la Commission nationale consultative des droits de l?homme en décembre 2007, et le ?Prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes?, remis en mai dernier par la secrétaire d?Etat aux Affaires étrangères et aux droits de l?homme.

Paris, ville du Monde, capitale de la patrie des Droits de l?Homme, se veut disponible pour les initiatives qui concourent à l?épanouissement des libertés et des droits fondamentaux. Elle veut fonder sa politique internationale sur des valeurs qui engagent et honorent l?ensemble des Parisiennes et des Parisiens. Elle tient donc à manifester sa solidarité avec le combat que mène Taslima NASREEN, et à défendre sa liberté d?expression et de circulation. Dans un contexte où les libertés se nourrissent aussi de symboles, Paris souhaite que la distinction de citoyen d?honneur, qui met en lumière des femmes et des hommes oeuvrant à la dénonciation des injustices, soit décernée à Taslima NASREEN. Elle redit ainsi son souci de lutter contre les atteintes aux femmes, et pour l?égalité des droits entre les femmes et les hommes.

La défense de ces valeurs est une constante de l?action municipale. En mars 2006, en remettant le titre de citoyenne d?honneur à l?avocate nigériane Hauwa IBRAHIM, Paris exprimait déjà son soutien à une figure du combat en faveur des femmes, et précisément de la lutte contre la lapidation des femmes au nom de la Charia. Aujourd?hui, à travers cette nouvelle décision, le Conseil Municipal confirme cette position, et émet un appel clair au sous-continent indien, l?errance de Taslima NASREEN lui ayant rappelé que cet espace du monde, à la culture pluriséculaire ancrée dans la démocratie, est néanmoins tributaire de traditions peu tolérantes.

Car même à Calcutta, ?sa seconde patrie?, où Taslima NASREEN avait fini par trouver refuge en 2005, après plus d?une décennie de déracinement en Occident, à Calcutta où elle vivait heureuse (?les traditions du Bengale coulent dans mes veines comme une force vitale?, écrit-elle), sa tête a été mise à prix par des extrémistes islamistes ; sous leur menace, elle s?est repliée à Jaipur puis à New Delhi; où elle a été installée dans un lieu secret par le gouvernement fédéral indien, au nom de sa sécurité personnelle.

Taslima NASREEN écrit qu?en Inde, son combat est mieux compris qu?il ne l?était au Bangladesh, mais que la mobilisation en sa faveur est restée impuissante à renverser le cours des choses. Les autorités indiennes, visiblement inquiètes d?une réaction hostile à son encontre de musulmans indiens ulcérés par certains de ses livres (Brûlons les burqas ou Les femmes n?ont pas de patrie), n?ont pas donné suite à sa demande de naturalisation. Défaite, elle est finalement repartie pour l?Europe en mars dernier.

Ainsi, c?est aussi la liberté d?expression que Paris défend en attribuant la citoyenneté d?honneur à l?écrivaine bengladeshi.

En occident, Taslima NASREEN se considère comme ?debout à un arrêt de bus, attendant le bus qui la ramènera chez elle, dans le sous-continent [indien] où sa vie a un sens?. Entendant ce message, nous tenons à lui conférer aujourd?hui la dignité de citoyenne d?honneur de la Ville de Paris mais espérons aussi que dans un avenir proche, la nationalité indienne lui sera accordée et qu?elle pourra ainsi retrouver sa ?seconde patrie?, dans un climat apaisé

Pour ces motifs, le Conseil de Paris, sur proposition de M. Pierre SCHAPIRA au nom de l?Exécutif,

Emet le voeu :

Que la dignité de citoyenne d?honneur de la Ville de Paris soit conférée à l?écrivaine bengladeshi Taslima NASREEN.