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Juillet 2005
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Conseil Municipal
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2005, DDEE 104 - DVD 204 - DLH 171 - Délibération décidant de la désaffectation du service des canaux et du déclassement du domaine public fluvial de la Ville de Paris des volumes formés par un bâtiment qui sera implanté sur une emprise de terrain cadastrée section AY n° 31, d’une contenance au sol d’après mesurage de 2.937,50 mètres carrés située 68, quai de la Seine (19e). - Délibération décidant la passation d’un bail à construction avec la société COFITEM-COFIMUR sur cet espace, pour la réalisation d’un programme immobilier comprenant un hôtel, une auberge de jeunesse et un restaurant. - Délibération accordant une dérogation aux règles de prospects correspondant à des droits de vue et une exonération au profit du preneur du paiement des redevances afférentes.

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2005


 

M. Alain LHOSTIS, adjoint, président. - Mes chers collègue nous examinons le projet de délibération DDEE 104 - DVD 204 - DLH 171 relatif à la délibération décidant de la désaffectation du service des canaux et du déclassement du domaine public fluvial de la Ville de Paris des volumes formés par un bâtiment qui sera implanté sur l?emprise de terrains cadastrés section AY n° 31 d?une contenance au sol, d?après mesurage, de 2937,50 mètres carrés, situés 68 quai de la Seine 19e arrondissement. Délibération décidant de la passation d?un bail à construction avec la société COFITEC-COFIMUR.

Je donne la parole à Mme BARANDA.

Mme Violette BARANDA. - Merci, Monsieur le Maire.

Il s?agit d?un terrain qui depuis 20 ans est inoccupé. Il y avait sur cette emprise ce qu?on appelle les magasins généraux qui ont brûlé il y a 20 ans. C?est donc la deuxième fois qu?ils brûlent puisqu?en 1871, ils furent incendiés par les Versaillais puisqu?à l?époque, le bassin lui-même existait déjà. Il avait d?ailleurs été construit par les bagnards. Ces magasins servaient d?entrepôt de sucre. Ils ont été reconvertis à plusieurs reprises, c?était une pépinière naturelle qui s?était formée, il y avait 500 artistes qui y vivaient, qui y travaillaient, des artisans... C?était plein de vie, cela rayonnait tout autour du quartier, les imprimeries travaillaient grâce à cette effervescence et c?était ouvert en partie sur ce quartier qui était fort riche.

Ce magasin a brûlé le jour de la libération de MANDELA, c?est pour cela que cela n?avait pas fait les gros titres à l?époque. Ce fut une véritable tristesse pour le quartier, car ils étaient très attachés à ces magasins généraux qui ferment le bassin de la Villette.

Jacques CHIRAC qui était alors Maire de Paris avait promis la reconstruction à l?identique. 20 ans après, bien sûr, nous avons toujours attendu cette fameuse reconstruction à l?identique et c?était devenu un véritable mythe pour le quartier.

Plusieurs entreprises devaient s?installer, et le reconstruire. Il devait y avoir l?école des Beaux-Arts, l?école de la Verrerie, l?école de la Meunerie, etc. Et l?avant-dernier projet qui nous agrée tous, c?était l?école ESMOD. Il est vrai que la Ville de Paris, et vous, Monsieur SAUTTER, vous aviez mis la barre tellement haut que cela effraya les dirigeants de l?école. Ce qui était bien dommage car c?était un fort beau projet.

Il y a donc eu un appel à projets et plusieurs soumissionnaires ont répondu et nous nous sommes retrouvé avec deux soumissionnaires qui, tous deux, proposaient un hôtel, l?un tournait autour d?un artiste et l?autre celui qui fut retenu va construire un hôtel de chaîne de deux étoiles, couplé avec une auberge de jeunesse.

D?une part, la reconstruction ne se fera pas à l?identique, sinon à volumétrie identique, mais pas du tout dans le style de l?autre bâtiment qui était en face. Alors là déjà pour nous la pilule est difficile à avaler, même si les architectes qui ont été retenus ont, paraît-il, du talent. Il n?empêche que nous n?en sommes pas vraiment convaincus. Nous sommes quelque peu soucieux de l?apport d?un hôtel qui va comprendre 120 chambres et 246 places pour l?auberge de jeunesse. En bas, il y aura un restaurant de chaîne, type ?Léon de Bruxelles??

On nous demande de nous prononcer sur ce permis de construire. Dire que nous allons voter des deux mains, franchement? Personnellement, j?ai vraiment beaucoup de mal. Je pense que l?on aurait dû retarder un peu plus la consultation et faire une véritable concertation et même un vote parmi la population autour. On a manqué une étape dans la concertation.

Bien sûr, on va me dire qu?il y a eu de la concertation. Certes, il y a eu deux réunions publiques, mais on n?a même pas encore montré la maquette aux habitants. Je juge cela dommage, dans cet état d?esprit du bassin de la Villette où il y a une véritable mémoire collective et historique. C?est dommage.

J?aurai personnellement beaucoup de mal à voter ce projet. Je ne suis pas contre l?auberge de jeunesse, je tiens à le dire, mais je ne le voterai pas.

M. Alain LHOSTIS, adjoint, président. - Monsieur BLET, vous avez la parole.

M. Jean-François BLET. - Monsieur le Maire, en 1990, les Magasins Généraux du quai de Seine, bâtiments emblématiques de l?arrondissement, avec leur symétrique du quai de Loire étaient détruits par un incendie d?origine plus que suspecte. C?était l?époque où beaucoup de choses sont arrivées dans Paris, sous la pression des promoteurs.

Jacques CHIRAC, Maire de Paris, avait promis la reconstruction à l?identique du bâtiment. Quinze ans plus tard, la friche est toujours là, après que maints projets ont échoué.

Aujourd?hui, la collectivité a renoncé à élaborer un projet et loue l?emprise à un promoteur, la COFITEM-COFIMUR qui investit 15 millions d?euros. Nous nous retrouvons de ce fait avec un programme strictement commercial qui ne répond pas à un principe d?intérêt public : un hôtel 2 ou 3 étoiles de 136 chambres et une salle de réunion de 5.875 mètres carrés avec l?hôtel ; une auberge de jeunesse privée de 278 lits de 3.456 mètres carrés ; un restaurant de 200 couverts de 597 mètres carrés.

Le problème, c?est que les riverains n?ont jamais été consultés sur ce dossier. En décembre 2001, j?avais déposé dans cette enceinte un v?u demandant la création d?un comité de pilotage sur l?aménagement d?ensemble de la Z.A.C. du bassin de la Villette.

Le v?u n?a pas été adopté, mais l?adjoint à l?Urbanisme s?était engagé à respecter la transparence dans l?élaboration du projet et à introduire de la concertation. Ce ne fut pas le cas.

La logique qui a prévalu dans ce dossier n?est pas une logique d?aménagement concerté, considérant les besoins d?équipements de l?arrondissement, mais une logique purement financière. Logique tellement financière que cette délibération d?urbanisme est portée par la Direction du Développement économique et de l?Emploi. C?est parfaitement révélateur de la logique financière qui régente l?urbanisme à l?heure actuelle.

Ce transfert de compétences de l?urbanisme vers le développement économique serait justifié, nous a-t-on dit, par le fait que la DDEE dispose de personnels compétents, de juristes et d?économistes notamment. Faut-il en déduire que la Direction de l?Urbanisme ne possède pas de personnels compétents ? Cela me paraît une accusation déplacée.

Le fait que des financiers, aussi compétents soient-ils, se piquent d?aménagement urbain n?est pas une bonne chose pour l?aménagement de nos quartiers. A chacun son métier.

Sur le fond, ce projet est-il justifié ? Y a-t-il un déficit d?hôtels dans le 19e arrondissement ? Non. Les projets d?hôtels fleurissent partout. En atteste la délibération votée le mois dernier concernant l?implantation de deux d?entre eux dans cet arrondissement.

Y a-t-il eu une consultation sur le parti pris architectural de ce bâtiment emblématique de l?arrondissement ? Non. L?intérêt majeur des bâtiments des Magasins Généraux résidait dans leur gémellité. Le projet retenu de CHAIX et MOREL est une sorte de pastiche ?engrillagé? par une résille peu sexy. On sacrifie ainsi à l?effet de mode, au goût des tags baptisés ?résille? que l?on plaque sur un certain nombre de bâtiments.

Point positif de ce projet toutefois, l?installation de capteurs solaires thermiques pour l?eau chaude. Nous souhaiterions avoir des précisions sur le taux de couverture du bâtiment par cette forme d?énergie renouvelable.

L?impact du projet doit être évalué, que ce soit sur le plan environnemental ou sur le plan social. Il suscite en effet de nombreuses interrogations. Quels seront la pollution et le bruit générés par le stationnement d?autocars touristiques desservant l?hôtel et l?auberge de jeunesse ? Comment ce projet s?intégrera-t-il dans un quartier dont la dynamique est insufflée par des lieux d?animation et d?activité solidaires tels le Cafézoïde, le Cyclo Pouce, la péniche Antipode, et dont l?espace public est approprié par les habitants ?

Les études d?impact sont obligatoires pour les projets commerciaux de plus de 10.000 mètres carrés. Le programme ne prévoit que 9.928 mètres carrés de surfaces construites. C?est sans doute un pur hasard. Nous ne sommes pas paranoïaques et nous n?insinuons rien, mais la ficelle est grosse? Ne chipotons pas pour 72 mètres carrés et mettons en ?uvre cette étude d?impact qui est indispensable.

Nous nous réjouissons néanmoins de la reconstruction des Magasins Généraux, mais nous ne souscrivons pas au projet retenu, sa programmation, sa forme architecturale, et nous déplorons surtout cette logique du tout privé, cette dérive qui confère à des aménageurs privés l?aménagement qui est la prérogative essentielle d?une collectivité locale. Cela conduit à des projets au rabais.

Pour le bassin de la Villette, les Verts réclament un projet global d?aménagement et non des projets ?par défaut? et ?au coup par coup?, faute d?investissements de la collectivité.

Ce projet global doit :

Etre élaboré en concertation avec les citoyens auxquels appartient ce patrimoine public,

Etre ouvert sur le quartier et prendre en compte sa mixité sociale,

S?appuyer sur une étude d?impact (circulation, stationnement, nuisances sonores?),

Procurer des emplois aux habitants de l?arrondissement car il est possible de contraindre les entreprises à recruter localement, grâce à des clauses d?insertion dans les marchés,

Donner une place prépondérante aux initiatives solidaires que ce quartier a toujours su accueillir et encourager.

Malgré quelques points positifs, l?arrivée de l?auberge de jeunesse et la prise en compte de critères HQE, nous ne pouvons voter un projet qui repose essentiellement sur la création d?un hôtel qui ne nous paraît pas utile pour le quartier.

Par ailleurs, nous souhaitons que soit réalisée, au minimum, en sous-sol, une salle qui pourrait servir de salle de répétition pour des musiciens ou de salle de réunion pour les habitants et les associations du quartier. Or, la réalisation de cette salle qui serait le seul élément public de ce projet n?est nullement mentionnée dans ce projet de délibération.

Malheureusement, ce point n?est pas acté. Tout pour le privé, rien pour les habitants, c?est franchement regrettable.

M. Alain LHOSTIS, adjoint, président. - Je donne la parole à M. DAGNAUD, premier adjoint du 19e arrondissement.

M. François DAGNAUD, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire, de me donner la parole en tant que premier adjoint au maire du 19e arrondissement.

J?interviendrai en complément des interventions de mes collègues, Violette BARANDA et Jean-François BLET, pour dire que la requalification du bassin de la Villette est en passe d?aboutir et de franchir une étape importante et que cette réussite est construite, depuis le début, sur un partenariat étroit et précieux entre la Mairie de Paris, la mairie du 19e arrondissement, les associations et les acteurs locaux, avec le soutien d?initiatives privées.

C?est dans ce même esprit de partenariat que se poursuit aujourd?hui la rénovation du bassin de la Villette, engagée depuis quelques années, et qui doit maintenant aller à son terme grâce à la requalification du formidable patrimoine architectural et environnemental de ce site unique à Paris.

Conseils de quartier, réunions publiques de concertation : les rendez-vous ont été nombreux, qui ont permis aux habitants et à leurs élus de dialoguer à chaque étape, sur le visage nouveau du bassin.

C?est d?ailleurs de ce dialogue et de la mobilisation des habitants que sont nés les premiers projets de service public de proximité qui contribuent aujourd?hui à la qualité de vie de tous (école Henri-Noguès, crèche du quai de la Loire, logements sociaux et intermédiaires).

Plusieurs initiatives associatives, comme Cafézoïde, ont pu voir le jour avec le soutien de la mairie du 19e arrondissement. Elles renforcent le lien social indispensable dans ce quartier.

Mais le renouveau du bassin de la Villette doit aussi prendre appui sur la vitalité d?initiatives privées, à l?image de la réussite incontestable des cinémas MK2, de la péniche Antipode, de Cyclo Pouce ou encore de Vélo et Chocolat.

C?est dans ce même esprit que d?autres projets vont voir le jour. Nouvelles salles MK2 sur le quai de la Loire, une auberge de jeunesse, des ateliers d?artistes, un hôtel 3 étoiles, une base nautique, des logements pour étudiants, ainsi que des restaurants et bars culturels qui viendront redonner vie aux deux Magasins généraux et à la Rotonde de Ledoux.

Chacun peut donc s?en rendre compte, le nouveau visage du bassin de la Villette est très éloigné des caricatures polémiques qui voudraient y voir le règne de la marchandisation. C?est tout au contraire la mise en mouvement du bassin de la Villette qui est engagée autour d?un projet d?aménagement ambitieux, exigeant, maîtrisé et - permettez-moi de vous le rappeler financé, où l?initiative publique, associative et privée convergent au service d?un même objectif, faire du bassin de la Villette un quartier agréable à vivre et à découvrir.

J?apporte donc un soutien sans réserve, au nom de mon groupe et au nom de la mairie du 19e arrondissement, à ce projet de délibération.

M. Alain LHOSTIS, adjoint, président. - Merci.

La parole est à M. SAUTTER.

M. Christian SAUTTER, adjoint, au nom de la 2e Commission. - Monsieur le Maire, je n?ai pas grand-chose à ajouter au très bel exposé de François DAGNAUD qui a démontré que ce projet était un bon projet pour le 19e arrondissement. Je pense aussi que c?est un bon projet pour Paris. Mme BARANDA, très honnêtement, a reconnu que c?était une friche depuis 20 ans et que cet aménagement était important. Je crois que nous avons besoin de développement économique dans Paris et, là, j?ai peut-être une petite nuance avec M. BLET sur ce point. Je pense que nous avons besoin d?auberges de jeunesse parce que Paris est très en retard par rapport à la plupart des métropoles européennes et les jeunes qui font du tourisme à Paris ont beaucoup de mal à s?y héberger à des coûts raisonnables.

Je voudrais simplement insister sur deux points.

Le premier, c?est qu?il y aura 60 créations d?emplois et, dans ces créations d?emplois, nous allons faire en sorte qu?il y ait des emplois de proximité, c?est-à-dire que ce projet contribue modestement mais positivement à la réduction du chômage qui, malheureusement, dans le 19e arrondissement, comme ailleurs à Paris, est trop élevé.

Et puis, je voudrais simplement dire à M. BLET que, par inattention, il a dit une contrevérité. Dans le point 4 du projet de délibération, il est indiqué : ?la salle polyvalente insonorisée du sous-sol affectée à l?auberge de jeunesse pour les activités musicales des jeunes du quartier?. Si c?était la raison pour laquelle il pouvait voter ?oui?, voter positivement, je crois que cette demande, qu?il a faite, est clairement explicitée dans le projet de délibération qui vous est proposé.

Je propose que M. BROS....

M. Alain LHOSTIS, adjoint, président. - Je vais lui donner la parole, si vous me permettez. Vous ne présidez pas. Ah ? C?est une proposition !

Bon, Monsieur BROS, vous avez la parole.

M. Jean-Bernard BROS, adjoint, au nom de la 2e Commission. - Merci, Monsieur le Maire.

Je vais répondre en complément de Christian SAUTTER et de François DAGNAUD, sur l?idée de l?ouverture sur le quartier, et conformément au v?u émis par le Conseil du 19e et adopté par le Conseil de Paris lors de la séance des 13 et 14 décembre 2004, il est proposé, en accord avec COFITEM-COFI-MUR, que soient accessibles à d?autres usagers que ceux de l?hôtel ou de l?auberge de jeunesse les espaces suivants, au nombre de trois :

- la salle modulable et le foyer afférent situé au premier étage, d?une surface totale de l?ordre de 240 mètres carrés pour un usage associatif ponctuel ;

- l?espace café Internet prévu pour l?auberge de jeunesse pour les jeunes du quartier ;

- la salle polyvalente insonorisée du sous-sol affectée à l?auberge de jeunesse pour les activités musicales des jeunes du quartier.

 

Les modalités de cet accès et les conditions tarifaires seront finalisées prochainement et feront l?objet d?un bail de droit commun entre la Ville de Paris et COFITEM-COFIMUR. Je vois ici se profiler un équipement de bon augure pour les jeunes, comme l?a dit Christian à l?instant, dont on sait qu?il y a un déficit d?hébergement pour eux. On doit les recevoir convenablement.

Merci.

M. Alain LHOSTIS, adjoint, président. - Merci. Nous allons passer au vote.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DDEE 104 - DVD 204 - DLH 171.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2005, DDEE 104 DVD 204 - DLH 171).

M. Jean DESESSARD. - Ça se compte, Monsieur LHOSTIS.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - On compte.

M. Alain LHOSTIS, adjoint, président. - Bon alors, on compte. Bon, cela ne fait rien ! On restera jusqu?au bout. Tout le monde restera jusqu?au bout. Il n?y a pas de souci !

Qui est pour ? 24.

Contre ? 15.

Abstentions ? Zéro.

Voilà, on a gagné quelques minutes, c?est intéressant ! On peut continuer comme cela à chaque vote !