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Novembre 2001
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16 - 2001, ASES 187 G - Subvention à l'association "Coordination toxicomanies 18e" (18e) au titre de la coordination des actions de lutte contre la toxicomanie dans le 18e arrondissement. - Autorisation à M. le Président du Conseil de Paris, siégeant en formation de Conseil général, de signer avec ladite association une convention. - Montant : 200.000 F

Débat/ Conseil général/ Novembre 2001


Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Nous passons à l'examen du dossier ASES 187 G, page 6 de l'ordre du jour, portant attribution d'une subvention à l'association "Coordination toxicomanies 18e".
La parole est à l'oratrice inscrite, Mme DECORTE.
Mme Roxane DECORTE. - Mes chers collègues, si je me suis inscrite à propos de ce projet de délibération, c'est pour évoquer un problème majeur sensible au sein du 18e arrondissement, la prise en charge de la toxicomanie. Notre arrondissement est le lieu d'une concentration de consommation et de trafic de drogue. Nous comptons 300 à 400 polytoxicomanes en situation de grande précarité psychosociale.
La prise en charge de la toxicomanie doit être globale et coordonnée. Elle consiste à réprimer fermement les trafics. Cependant, si la réponse en terme d'ordre public est essentielle, chacun s'accorde à reconnaître qu'elle n'est pas suffisante. Il s'agit de soigner les toxicomanes et de se donner les moyens de les soigner, de les aider. Le 9 avril 1998, il y a donc plus de 3 ans, une réunion s'est déroulée à la mairie du 18e en présence de Bernard KOUCHNER et du maire de l'époque, Daniel VAILLANT. L'essentiel de la discussion a porté sur les moyens nécessaires à la prise en charge des toxicomanes par les structures médicales adaptées. Ce dispositif expérimental de prise en charge de la toxicomanie dans l'arrondissement s'est mis en place après plus d'un an et demi de réflexion.
Ce plan prévoyait de rendre désormais possible l'injonction thérapeutique avec des toxicomanes dans les hôpitaux ; de renforcer le personnel psychiatrique dans les services d'urgences des hôpitaux Bichat et Lariboisière ; de créer des équipes mobiles de rue pouvant procéder à des diagnostics en vue d'une hospitalisation.
S'agissant de la prise en charge en hôpital des toxicomanes, celle-ci ne peut être considérée, à ce jour, comme satisfaisante. En effet, on ne compte qu'un seul psychiatre de permanence 24 heures sur 24 aux urgences de Bichat et de Lariboisière qui sont d'ailleurs deux des plus gros sites d'urgences de l'A.P.-H.P.
Les équipes de coordination et d'intervention médicale auprès des usagers de drogues (E.C.I.M.U.D.) implantées à Bichat et à Lariboisière sont des équipes mobiles qui préparent l'hospitalisation du patient toxicomane et assurent le suivi durant son séjour. Cependant, elles n'effectuent pas de consultations externes directes et n'interviennent pas durant la nuit.
Ajoutons que le personnel des services d'urgence doit de plus en plus faire face à la violence. Il nous faut également nous interroger sur l'efficacité des structures de bas seuil qui cristallisent autour d'elles nombre de critiques notamment dans le secteur de la Chapelle, avec les deux boutiques situées rue Philippe-de-Girard et le sleep-in rue Pajol, à proximité - faut-il le rappeler ? - de 9 écoles élémentaires et maternelles.
Selon les coordinateurs du dispositif, ces structures d'accueil des toxicomanes ont su nouer les relations de travail avec les équipes médicales. Cependant, force est de constater qu'elles ne peuvent pallier l'insuffisance de la réponse médicale dans le dispositif.
De plus, il est écrit dans le projet de délibération "l'équipe du dispositif a cherché à constituer un recours de proximité pour riverains en étant présente sur le terrain, en allant rencontrer des personnes relais-gardiens d'immeubles" ; je peux vous assurer que dans la rue des Roses, qui est très concernée, rue que je connais particulièrement bien, où il arrive qu'on trouve des seringues dans les boîtes aux lettres ou des toxicomanes avec leur pipe de crack dans le hall de l'immeuble, aucun gardien n'a été contacté par l'équipe du dispositif en place depuis octobre 1999 et en tant qu'habitante du quartier Chapelle, je n'ai jamais reçu d'information pour me convier à une quelconque réunion, pas d'avantage en tant qu'élue.
Alors, permettez-moi de m'interroger. Ne faudrait-il pas associer tous les habitants des quartiers concernés et ne pas se contenter de quelques associations relais ?
Au moment où un rapport du Sénat souligne les ratés de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie, ce dispositif ayant un coût de 3.020.000 F pour 9 mois de fonctionnement, dont 80 % de frais de personnel, ne faudrait-il pas informer tous les habitants des quartiers concernés de ses missions et procéder à une véritable évaluation ?
Ce dispositif "toxicomanie" peut-il être dès lors présenté comme un projet pilote que vous souhaitez étendre aux autres arrondissements ?
Je vous remercie.
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - La parole est à M. LHOSTIS pour vous répondre.
M. Alain LHOSTIS, au nom de la 6e Commission. - Madame la Conseillère, Madame la Présidente, cette expérience est menée depuis bientôt deux ans, parce que c'est de cela dont vous vouliez parler, c'était bien de l'ASES 2001 187 G, portant attribution d'une subvention à l'association "Coordination toxicomanie" du 18e arrondissement.
Cette coordination fait un travail unique et original qui rassemble tout à la fois associations d'habitants, structures de prise en charge des toxicomanes, élus d'arrondissement, équipe hospitalière, police et justice.
Cette coordination pratique une activité de terrain qui vise à réduire les risques pour les habitants comme pour les toxicomanes. Jusqu'à présent, l'Etat était la principale source de financement du dispositif par l'intermédiaire de la D.D.A.S.S. Sur l'année 2000, les différentes structures subventionnées par la D.D.A.S.S. ont reçu plus de 2 millions de francs. Au plan strictement financier, on ne peut qu'apprécier le faible coût de l'expérience au regard du travail accompli en comparaison d'un dispositif situé à Marseille qui, pour la même année, a présenté un budget de 3 millions de francs. Le budget de la coordination reste modeste par rapport à l'activité engagée puisqu'il comporte non seulement des rémunérations de frais de mission mais également des frais de structures, de formation de la coordination, postes non inclus dans le budget auquel je faisais référence en province tout à l'heure.
Le travail de médiation et de rencontre avec une population précaire qui reste éloignée des dispositifs sanitaires et sociaux, qui pose des problèmes de voisinages, voire pour certains d'entre eux de violence, le dialogue avec les riverains, les professionnels de santé, mais aussi la police, est à mes yeux un travail qu'il convient d'encourager.
La subvention de 200.000 F accordée par le Département parisien à ce dispositif montre également la volonté du Conseil de s'engager d'une façon plus manifeste pour assurer la sécurité des habitants, une meilleure prise en charge sanitaire et sociale des usagers de drogue, leur accompagnement vers les structures de soins. Elle marque notre engagement à poursuivre les actions pour prévenir les conduites à risque.
Vous avez demandé s'il faudrait étendre ce type d'intervention ; sans reproduire à l'identique, la démarche qui a présidé à la création de cette coordination est très intéressante. C'est pour cela que le 8 décembre, la coordination du 18e organise une table ronde avec tous les acteurs concernés, et verra ma participation à cette table ronde pour faire en quelque sorte un point d'étape après deux ans d'expérience.
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Merci.
M. CARESCHE souhaite ajouter un mot. Je lui donne la parole.
M. Christophe CARESCHE. - J'ai été très choqué par les propos de Mme DECORTE sur le dispositif "Coordination 18e". C'est soit de l'ignorance, soit de la malveillance ! Ce dispositif a été mis en place sans aucun soutien de la Ville de Paris, il faut le savoir. C'est la première année que ce dispositif est soutenu par la Ville de Paris. Il a été mis en place par l'Etat, parce que le maire et les élus du 18e se sont mobilisés sur cette question.
C'est un dispositif reconnu par tous les professionnels, les acteurs de la lutte contre la toxicomanie et mis en place avec l'ensemble des associations du 18e arrondissement concernées, y compris les plus hostiles au principe même de ce type de traitement et donc d'action.
Je trouve donc l'intervention de Mme DECORTE particulièrement déplacée. Je commence à l'entendre ici ou là dans le 18e arrondissement : c'est souvent ceux qui souhaitent en définitive qu'il ne se passe rien dans ce domaine-là qui contestent le plus ce type d'action.
Je voulais intervenir pour défendre le travail de cette association.
Mme Roxane DECORTE. - Madame la Présidente...
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - ...Je mets aux voix ce projet parce que si on fait rebondir ce débat, il y aura de nouvelles interventions... Je vous inviterai, Madame DECORTE, à participer à la réunion à laquelle il a été fait allusion, qui aura lieu prochainement !
M. Philippe SÉGUIN. - Rappel au règlement !
Madame, vous ne voulez pas qu'on rebondisse, mais M. CARESCHE a rebondi. M. CARESCHE ne s'est pas exprimé en tant que représentant de l'Exécutif, c'est M. LHOSTIS qui l'a fait. Il s'est exprimé en tant qu'élu du 18e arrondissement, voulant entretenir une polémique avec une autre élue de cet arrondissement. Vous lui avez donné la parole, vous ne pouvez pas ne pas donner la parole à Mme DECORTE !
(Applaudissements sur les bancs du groupe "Rassemblement pour la République et apparentés).
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - M. CARESCHE est en effet élu du 18e et à ce titre a une bonne connaissance du dossier, mais il pouvait s'exprimer tout autant en tant qu'adjoint.
M. Alain LHOSTIS, rapporteur. - Je pense que dans cette affaire le travail étroit que nous menons avec Christophe CARESCHE sur les questions de la toxicomanie l'autorisait autant que moi à répondre à cette question. Evidemment sa connaissance particulière du terrain l'a amené à donner un éclairage particulier, mais il aurait pu dire ce que j'ai dit.
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Mme Roxane DECORTE s'estime interpellée et souhaite répondre. Si elle veut bien le faire brièvement, je l'en remercie.
Mme Roxane DECORTE. - Ayant été mise en cause, je souhaite intervenir. Je trouve que mon intervention était mesurée sur cette question. J'en ai parlé avec Philippe GOUJON, qui l'a trouvé très mesurée.
(Rires et applaudissements sur les bancs de la majorité).
C'est une très bonne référence, Philippe GOUJON, sur ces questions de toxicomanie et de sécurité, il me semble !
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Veuillez poursuivre.
Vous avez terminé ?
Mme Roxane DECORTE. - Pas du tout. C'est une question sur laquelle on ne peut pas polémiquer et où nous devons tous aller dans le même sens. Je regrette que tous les habitants ne soient pas informés sur cette question. On ne fera jamais assez de pédagogie, c'est tout ce que je reproche.
Un tel dispositif doit se mener avec l'adhésion de la population.
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Je propose que le débat soit poursuivi dans le 18e arrondissement, puisque j'ai cru comprendre qu'il y avait prochainement une réunion de mise en commun sur l'intérêt du travail mené par l'association "Coordination toxicomanie".
Par conséquent, je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération ASES 187 G dont nous venons de débattre.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2001, ASES 187 G).