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Mars 2010
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Conseil Général
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2010, Vœu déposé par le groupe "Les Verts" relatif à la création de carrés aux biffins dans tout Paris. Vœu déposé par l'Exécutif relatif à l'extension des marchés sauvages dans l'Est parisien.

Débat/ Conseil général/ Mars 2010


 

M. Christian SAUTTER, président. - Nous arrivons maintenant à l?examen de v?ux qui ne se rapportent à aucun projet de délibération. Il y a deux v?ux. Soyez très attentifs. Un v?u n° 6 G qui a été déposé pour le groupe "Les Verts" et un v?u n° 6 G bis qui a deux versions. La bonne version est celle où il est écrit à la deuxième ligne cette phrase très forte : "La crise est passée par là".

Je vais donc donner la parole à M. Sylvain GAREL, et Mme TROSTIANSKY défendra le v?u de l'Exécutif, avec "La crise est passée par là" et Mme NAMY-CAULIER donnera une explication de vote.

Monsieur GAREL, vous avez la parole.

M. Sylvain GAREL. - Merci, Monsieur le Président.

C'est un sujet important, qui est celui de ces marchés de la misère qui se sont développés ces dernières années dans Paris. Cela existait, mais c'était jusqu'il y a trois ou quatre ans assez marginal et cela a pris des proportions tout à fait importantes.

Nous avons été dans le 18e arrondissement confrontés à cette difficulté, autour des Puces au départ. Trois jours par semaine, les samedi, dimanche et lundi, c?est la présence de personnes souvent en grande marginalité qui vendent des produits récupérés dans les poubelles, dans les déchets, des produits cassés, des produits qu'on leur donne, des vêtements usagés.

On s'est aperçu qu'il y avait non seulement de plus en plus de vendeurs mais aussi de plus en plus d'acheteurs. Cette phrase "La crise est passée par là" est un constat, c?est que l?on voit effectivement les effets concrets de la crise. On voit qu'il y a de plus en plus de gens qui, pour survivre, sont obligés de vendre des produits usagés et des acheteurs qui n'ont pas d'autres moyens pour acquérir ces objets que d'acheter sur ces marchés de la misère.

Au départ, il y a eu une volonté dans la Municipalité du 18e arrondissement, avec laquelle nous n?étions pas d?accord, de régler la question par des moyens policiers. Cela ne fonctionne pas. D?abord, car dès que la police est partie, les gens reviennent, et c'est moralement inacceptable pour une Municipalité de gauche et écologiste de s'attaquer à des gens qui sont en très grande marginalité, qui sont pauvres et qui font tout de même un travail social, puisqu?ils permettent à des gens de racheter des objets moins chers et aussi un travail écologique parce qu?ils recyclent des objets qui finiraient dans nos décharges.

Nous avons eu cette idée de dire : au lieu de laisser ce marché, qui gênait beaucoup de gens, qui posait beaucoup de difficultés avec les riverains, pourquoi ne pas essayer de l'organiser ? Nous avions un modèle, qui était à la fois fort différent mais qui fonctionnait, qui est celui des artistes peintres de la place Montmartre, qui sont aussi au départ des gens qui peignaient d?une façon sauvage et un marché a été organisé. Sur ce modèle, avec une association d'insertion, nous avons organisé ce Carré des Biffins à la porte Montmartre.

Depuis, et même un peu avant, d'autres lieux de marchés de la misère se sont développés, à Belleville, à Montreuil et peut-être dans d?autres endroits. Là aussi, j'ai cru sentir chez un certain nombre d'élus la volonté de régler la question par la répression.

Je pense que la répression n'est pas la solution, encore une fois, et qu'elle est moralement inacceptable pour nous. Il faut trouver d'autres solutions. Bien sûr, il n?est pas question d'appliquer stricto sensu ce qu'on a fait à la porte Montmartre, parce qu'il y a des conditions tout à fait particulières, qui sont pas forcément les mêmes à Belleville ou à la porte de Montreuil.

Mais on peut partir de cet exemple et essayer, en l'adaptant, de trouver des solutions qui permettent, non pas de régler tous les problèmes mais qui permettent de rendre la situation beaucoup plus supportable pour les riverains, et aussi la réinsertion d'un certain nombre de ces vendeurs, qui sans doute aimeraient faire un autre métier qui leur apporterait peut-être un peu plus de revenus que celui-là.

Je vous remercie.

M. Christian SAUTTER, président. - Monsieur GAREL, je vous ai laissé parler, alors que normalement la durée est d?une minute. Cependant, c?est un sujet important.

Mme TROSTIANSKY vous répond. Je lui donne la parole.

Mme Olga TROSTIANSKY, vice-présidente. - Monsieur le Président, M. GAREL présente un v?u portant sur l'extension de ce que nous pouvons qualifier de marché de la misère.

Au sein de l?Exécutif, nous partageons la même inquiétude sur le développement de cette activité qui génère de nombreuses nuisances, mais qui est aussi malheureusement, comme il l?a dit, révélatrice de la paupérisation d'une partie de la population.

Au-delà de ce constat partagé, nous différons un peu sur la réponse immédiate à apporter. Multiplier maintenant des Carrés aux Biffins semble prématuré. Je crois qu?il ne faut pas que l?on oublie que la création du Carré aux Biffins de la porte Montmartre n'a été effective qu'après un long travail de collaboration, tant avec les Biffins eux-mêmes, M. GAREL l?a dit, qu'avec les riverains, les associations et les élus de terrain.

C'est donc un dispositif totalement expérimental, que nous avons confié à l'association "Aurore" et qui doit donner lieu à un bilan au bout d'un an de fonctionnement, comme il est précisé dans la délibération que nous avons votée en septembre 2009.

Avant d'envisager l'organisation de nouveaux carrés, nous devons impérativement avoir un diagnostic social des personnes présentes et examiner les conséquences d'une éventuelle implantation sur les territoires concernés. Nous savons déjà que, dans les 19e et 20e arrondissements, nous sommes face à des publics et des territoires différents de ceux de la porte Montmartre et que, comme le précise le v?u de l?Exécutif, le dispositif confié à "Aurore" dans le 18e arrondissement, n?est pas dupliquable à toutes les situations.

Je vous propose d'adopter le v?u de l'Exécutif, retravaillé avec le groupe "Les Verts", de manière à ce que l?on puisse organiser ce diagnostic social et que l'on puisse, à l'issue de cette étape, étudier les possibilités de prise en charge et de régulation de l'activité de ces vendeurs.

M. Christian SAUTTER, président. - Merci, Madame TROSTIANSKY.

La parole est à Mme NAMY-CAULIER pour une explication de vote.

Mme Martine NAMY-CAULIER. - Merci, Monsieur le Président.

En réponse à ce v?u n° 6 G demandant la création de Carrés aux Biffins dans tout Paris, nous rappelons que chaque arrondissement de Paris a sa spécificité. C'est d?ailleurs une des richesses de la Capitale d'offrir une telle diversité : diversité économique, diversité culturelle, diversité sociologique, diversité patrimoniale.

Cette originalité de Paris, cette place à part, conditionne la nécessité de mettre ou de ne pas mettre en place des Carrés aux Biffins. Si la Mairie du 18e arrondissement a mis en place un Carré aux Biffins près du marché aux Puces, très bien. Mais laissons aux élus de proximité, aux maires d'arrondissement, la possibilité de choisir de créer ou de ne pas créer de tels lieux.

Cette décision relève de la responsabilité de chaque mairie d'arrondissement, en liaison avec la mairie centrale et en concertation avec les riverains, et ne doit en aucun cas être prise pour l'ensemble de Paris de manière unilatérale.

Cette réflexion amène donc le groupe U.M.P.P.A. à voter contre ce v?u.

M. Christian SAUTTER, président. - Merci, Madame NAMY-CAULIER.

Je me tourne vers M. GAREL. Est-ce que vous avez été convaincu par Mme TROSTIANSKY et est-ce que vous retirez votre proposition de v?u n° 6 G ?

M. Sylvain GAREL. - J?ai été totalement convaincu par ce qu?a dit Mme TROSTIANSKY. Je suis d'accord et je vais retirer mon v?u.

Je vais juste répondre un peu, en revanche, à l?intervention de l?U.M.P.P.A. Ce que vous proposez en fin de compte, revient à dire que chaque maire d'arrondissement fait ce qu'il veut et on voit bien la conséquence : le maire va demander à la police de chasser les Biffins, qui iront dans l?arrondissement d'à côté ou dans la ville d?à côté. Et vous, simplement, vous repoussez le problème à côté.

M. Christian SAUTTER, président. - Monsieur GAREL, le temps du déjeuner arrive. On reste bien calme !

La proposition de v?u n° 6 G est retirée et je mets donc aux voix, à main levée, le v?u déposé par l'Exécutif.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le v?u est adopté à l'unanimité. (2010, V. 16 G).