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Decembre 2001
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5 - 2001, ASES 194 G - Subvention à l'association "Cimade" (7e). - Montant : 360.000 F

Débat/ Conseil général/ Décembre 2001


Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Nous passons au dossier ASES 194 G attribuant une subvention à l'association "Cimade".
Je donne la parole à l'oratrice inscrite, Mme GÉGOUT.
Mme Catherine GÉGOUT. - Merci, Madame la Présidente.
Pour la première fois, la collectivité parisienne reconnaît par une subvention l'utilité du travail de la "Cimade" et vraiment, je m'en réjouis. C'est pour cela que j'interviens.
Ce doit être le début d'un partenariat avec une association dont toute l'histoire montre l'engagement pour l'accès aux droits des plus vulnérables, et dont l'efficacité est reconnue par tous.
La "Cimade" a été créée en 1939 par les mouvements de jeunesse protestants, pour venir en aide aux personnes évacuées, d'Alsace-Lorraine notamment, et regroupées dans le Sud de la France. Dès 1940, elle s'engage auprès des plus démunis : des équipiers se font enfermer dans les camps où, comme à Gurs dans les Pyrénées, le gouvernement de Vichy interne étrangers, gitans, juifs, avant de les livrer aux nazis. Dans la clandestinité, la "Cimade" participe activement à la Résistance : fabrication de faux papiers, filières d'évasion vers la Suisse, multiples démarches internationales...
Après la guerre, l'O.N.G. "Cimade" s'engage pour la réconciliation franco-allemande, l'accueil des réfugiés de tout bord, la défense des travailleurs immigrés, l'indépendance et le développement des anciennes colonies, la défense des droits et des peuples.
Après le 17 octobre 1961, elle est parmi les organisations qui alertent et dénoncent le massacre des Algériens.
Aujourd'hui, dans le fil de son histoire et de son engagement, la "Cimade" accueille dans son siège des Batignolles et dans plusieurs permanences de Paris, environ 800 personnes par mois, migrants ou demandeurs d'asile.
L'accueil des demandeurs d'asile est très important car la "Cimade" est une des quelques structures associatives parisiennes à les accueillir, démêler l'écheveau de la situation juridique de la personne et l'accompagner avec un soutien juridique de qualité qui va, parfois, jusqu'au Tribunal administratif.
Tout est gratuit. Il me semble essentiel de le souligner quand on sait que les sans papiers et les demandeurs d'asile sont la proie non seulement de marchands de sommeil et d'employeurs clandestins mais aussi, parfois, d'avocats peu consciencieux, alors que d'autres de leurs collègues se dépensent bénévolement sans compter pour la défense de ces exclus.
Je ne résiste pas à l'envie de vous raconter une petite histoire qui est une illustration toute récente du genre de situations auxquelles est confrontée la "Cimade", qui est à l'évidence le premier recours qui vient à l'esprit quand on est devant ces difficultés. C'est tout récent. C'était le 27 novembre 2001, la semaine dernière. Ecoutez bien, c'est une affaire parisienne.
Une classe d'un lycée professionnel parisien organise, dans le cadre des projets initiés par l'Education nationale, la visite d'une classe au fret de Roissy. Tout est fait dans les règles, préparé par les élèves, encadré par les professeurs. Malgré les recommandations, une partie des élèves n'avaient pas apporté de pièce d'identité et la classe n'a finalement pas pu, de ce fait, entrer dans la zone de fret. Mais au moment de repartir, contrôle des identités par la gendarmerie. L'une des élèves, majeure, de nationalité haïtienne, se révèle être en situation irrégulière. Elle est emmenée en garde à vue à la Police de l'air et des frontières. Une histoire banale : la jeune fille, alors mineure, était venue habiter chez son oncle français, s'était vue refuser une carte d'étudiante. La peur a fait le reste et les professeurs ignoraient sa situation.
Panique et révolte chez les élèves et les professeurs. Pas de contact avec la jeune fille. Vers qui se tourner, dans cette urgence ? La "Cimade". Bon réflexe de leur part : en quelques heures, ils obtiennent des informations sur ses droits, la marche à suivre, une avocate est trouvée pour que les recours puissent être faits à temps sur l'arrêté de reconduite à la frontière.
Contrairement à tant d'autres cette histoire se termine bien parce que la situation était si choquante qu'une chaîne de solidarité s'est constituée immédiatement, et les interventions d'élus et de la communauté scolaire auprès du Ministère de l'Intérieur ont permis sa remise en liberté.
Mais cette histoire illustre que le sans papier n'est pas une catégorie juridique abstraite, mais des hommes, des femmes, voire des enfants qui vivent parmi nous, avec des attaches familiales, sociales, établies en France parfois depuis longtemps, dans la crainte et la honte de leur situation.
C'est l'honneur d'une collectivité de financer des structures qui aident ces habitants de Paris, les plus sans-droits des sans-droits, à sortir de la clandestinité, assumer sa vie, à ne pas avoir peur, à se mettre debout.
Je vous remercie de votre attention.
(Applaudissements sur les bancs des groupes communiste, socialiste et radical de gauche, du Mouvement des citoyens et "Les Verts").
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Pour répondre à Mme GÉGOUT, je donne la parole à Mme Mylène STAMBOULI.
Mme Mylène STAMBOULI, vice-président, au nom de la 6e Commission. - Merci, Madame la Présidente.
La nouvelle équipe municipale a, effectivement, décidé d'aider un certain nombre d'associations qui luttent sur le terrain de l'exclusion. Parmi ces associations, la "Cimade" fait partie des grandes associations qui aident au quotidien les étrangers dans leurs différentes démarches et nous avons voulu marquer par cette subvention notre soutien à cette grande association.
Vous avez eu raison de rappeler l'histoire de cette association et c'est avec une certaine émotion, effectivement, que des générations de personnes, aujourd'hui françaises, "intégrées" entre guillemets dans notre société, et parfois ayant des responsabilités, ont été soutenues par cette association.
Je crois donc que nous devons, au nom de l'ensemble des Parisiens, lui rendre hommage et continuer à la soutenir dans les années qui viennent.
(Applaudissements sur les bancs des groupes "Les Verts", socialiste et radical de gauche, du Mouvement des citoyens et communiste).
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Je vous remercie.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération ASES 194 G.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2001, ASES 194 G).