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Fevrier 2011
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Conseil Général
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4 - 2011, SG 3 G - Communication de M. le Président du Conseil de Paris, siégeant en formation de Conseil général, sur la politique municipale en direction des personnes âgées. 2011, DASES 29 G - Modernisation de l'aide à domicile à Paris.

Débat/ Conseil général/ Février 2011



 

M. LE PRÉSIDENT. - Nous pouvons maintenant aborder le premier point de notre ordre du jour, et donc le débat organisé sur la politique de la collectivité parisienne pour les personnes âgées et handicapées, ainsi que sur la modernisation de l'aide à domicile.

Mes chers collègues, Paris est une ville où se côtoient et se rencontrent tous les âges de la vie. C'est notre chance, c'est une part importante de l'identité, de la vitalité et de l'esprit de notre Capitale, mais c'est aussi une exigence.

Faire vivre ensemble toutes les générations impose d'accorder une très grande attention à chacune dans sa singularité.

Aussi, ce matin, j'ai souhaité que nous parlions plus précisément de nos aînés. Au c?ur de cet enjeu, et parce qu'il faut avant tout accompagner les plus fragiles, se trouve, bien sûr, la question de la dépendance, sur laquelle notre Assemblée lancera une mission d'information et d?évaluation.

Nous tirerons des travaux de cette mission des conclusions concrètes et opérationnelles, car en aucun cas, notre effort en la matière ne peut se relâcher, notamment pour l'offre d'accueil.

Ainsi, d'ici 2014, la Ville aura ouvert 2.200 places supplémentaires en établissements d'hébergement et 300 en centres d'accueil de jour.

Mais j'insisterai ce matin sur une autre priorité : l'aide au maintien à domicile.

96 % des Parisiens de plus de 80 ans vivent encore chez eux. Nous voulons les y aider et c'est pourquoi nous étendrons aux soirs et aux week-ends le service d'aide à domicile du C.A.S.-V.P.

Dans le même esprit, je fais au Conseil la proposition suivante : relever le plafond de ressources à partir duquel les seniors sont exonérés de participation financière pour la prise en charge du plan d'aide de l'A.P.A. Cette exonération concernait les Parisiens disposant de moins de 700 euros et, désormais, je vous propose qu'elle s'étende jusqu'à 1.000 euros de revenus mensuels.

Mais mon propos serait incomplet s'il se réduisait à la perte d'autonomie et je veux donc évoquer l'apport des plus anciens à l'énergie et au mouvement de notre Ville.

A Paris, je ne sais pas si vous le savez, 51 % des plus de 65 ans sont bénévoles, notamment dans le secteur associatif. Depuis bientôt 10 ans, nous nous employons à encourager toutes leurs initiatives comme les projets intergénérationnels qui permettent des échanges précieux de savoirs, d'idées et de services. Je pense, par exemple, au succès rencontré par l'initiative de trois associations valorisant la cohabitation entre un senior et un étudiant.

Nous allons continuer à développer cette idée qui ne coûte rien, qui est facile à mettre en ?uvre et qui contribue à changer vraiment la façon de vivre en ville.

De même, 70 jeunes du service civique effectuent des missions dans les clubs "Emeraude" et les centres d'hébergement ou des visites au domicile des personnes âgées.

Je vous suggère de vous intéresser beaucoup à ce sujet ; cela va bientôt tous nous concerner. Je choisis les moyens de motivation que je peux. Ecoutez bien ! Si on y arrive, mais je suis optimiste pour vous tous.

Cela permet donc à ces Parisiens de 18 à 25 ans - cela ne nous concerne plus tout à fait - de nouer des relations privilégiées avec des seniors qu'ils aident dans leur vie quotidienne, mais, au-delà, nous portons une attention particulière à l'adaptation de la ville à tous ses habitants, par exemple en veillant à l'accessibilité des lieux publics ou encore en diversifiant les modes de transport, et je pense notamment, parce que j'en ai eu beaucoup de témoignages, au développement des traverses, ces petits bus de quartier que nous avons multipliés dans notre ville et que nos aînés sont les plus nombreux à fréquenter. Cela n'existait pas, cela existe de plus en plus et nous allons encore l?étendre?

Si j'ai bien compris, l'opposition souhaite que l'on en fasse encore plus, c'est-à-dire approuve notre politique en faveur des bus de traverse ; je vous remercie.

Sans doute va-t-il en être de même pour le sujet que j'aborde maintenant, puisque nous avons créé le nouveau service P.A.M. (Paris Accompagnement Mobilité), qui permet aux personnes qui ont du mal à se déplacer de bénéficier d'une aide personnalisée et en 2011, le P.A.M. évolue.

Le service est désormais disponible les vendredis et samedis jusqu?à 2 heures du matin et les usagers pourront se faire accompagner de plusieurs personnes.

Mais, mes chers collègues, pour nos aînés, le problème le plus difficile et le plus lourd est souvent celui de leur situation matérielle.

Le contexte national est évidemment très difficile. Le montant des retraites peut être très faible, voire dérisoire. Et quitter la vie active, c'est trop souvent subir une chute brutale de son niveau de vie. La récente réforme des retraites vient encore accentuer cette précarisation.

La Commission départementale de surendettement reçoit d'ailleurs de plus en plus de demandes émanant des personnes âgées.

Face à cette réalité, notre Municipalité a pris deux dispositions.

D'abord, parce que nous savons que le logement est devenu de loin le premier poste de dépenses des ménages, nous avons décidé d'étendre l'allocation "Paris Logement" aux seniors et aux personnes handicapées.

Le principe en a été adopté par le Conseil de Paris à la séance de décembre et je rappelle que cette aide, d'un montant de 80 euros par mois pour une personne seule, soutient ceux qui consacrent plus de 30 % de leurs ressources à leur loyer et à leurs charges.

D'autre part, nous créons une nouvelle allocation, "Paris Solidarité", qui vient s'ajouter au minimum vieillesse.

L'objectif est qu'aucun Parisien ne vive avec moins de 840 euros par mois.

Ce chiffre sera porté en 2012 à 875 euros.

Ainsi, "Paris Solidarité" concernera potentiellement près de 25.000 usagers, dont 7.000 ne bénéficient pas de l'aide actuelle. Et la Ville consacrera à ce nouveau dispositif, spécifiquement, 24 millions d'euros par an.

Mes chers collègues, nous débattons aujourd'hui de l'une des dimensions majeures de la solidarité entre les Parisiens.

Nous n?oublions pas, bien sûr, que dans la mémoire collective, l'épisode tragique de la canicule de l'été 2003 demeurera le symbole d'une société qui ne sait pas accompagner ses anciens.

Pour que cela ne se reproduise plus, nous renouvelons chaque année notre plan canicule, en lien avec des citoyens responsables.

Ainsi, la Ville mobilisera cette année encore le réseau des 320 commerçants solidaires qui serviront de vigies de proximité auprès des personnes âgées de leur quartier.

Dans ce dispositif, les pharmaciens occupent eux aussi une place essentielle : je veux, aux uns et aux autres, exprimer ma gratitude et ma confiance.

Oui, la solidarité entre les Parisiens est sans doute l'une des réponses les plus efficaces à l'isolement des personnes âgées, en particulier dans les moments les plus durs.

C'est dans cet esprit que nous vous présentons cette communication tournée vers les 420.000 Parisiens de plus de 60 ans - nous sommes un certain nombre parmi les 420.000. Et je veux remercier chaleureusement Mme Liliane CAPELLE de sa jeunesse, de l'énergie qu'elle met à les écouter et à les servir : nous devons beaucoup à son engagement efficace et à sa finesse.

À nos aînés, je veux exprimer au nom de tout Paris ma gratitude et ma confiance dans la part qu'ils prennent au mouvement de notre ville.

Conformément aux décisions de la conférence d'organisation, je donne d'abord la parole au président Jean-Pierre CAFFET.

M. Jean-Pierre CAFFET. - Je ne le savais pas, mais cela ne me gêne pas.

M. LE PRÉSIDENT. - C'est bien, conformément à la conférence d'organisation, le président CAFFET qui ouvre le bal.

M. Jean-Pierre CAFFET. - Alors, ouvrons le bal, Monsieur le Président.

Mes chers collègues, cette communication vient à point nommé.

À point nommé, car l'année 2010 aura été marquée par une mobilisation exceptionnelle des Français contre la réforme des retraites du Gouvernement FILLON, et que 2011 verra un débat sur la perte d'autonomie des personnes âgées, suivi peut-être par des décisions du même Gouvernement FILLON.

La réforme des retraites n'est sans doute pas le sujet central de notre débat d'aujourd'hui, mais je ne peux m'empêcher de remarquer que quelques mois après son adoption, elle est déjà en échec sur un aspect majeur, celui de l'emploi des seniors.

Le Gouvernement nous avait longuement expliqué que le maintien en activité des seniors pour lequel il ?uvrait était une condition indispensable au succès de cette réforme.

Hélas, les chiffres publiés par Pôle Emploi le 26 janvier dernier sont sans appel.

Sur un an, le nombre de demandeurs d'emploi de 50 ans et plus a progressé de 16,3 %.

Pire, sur la même période, la durée d'inscription au service public de l'emploi de ces mêmes personnes a augmenté de 47 %.

Autant dire que cette réforme est mal partie.

C'est pourquoi, avec mon groupe, je ne peux que me féliciter de l'initiative prise en décembre 2010 par la Ville de Paris, et consistant à organiser un forum pour l'emploi des seniors en réunissant 120 entreprises qui proposaient 2.000 emplois pour 6.500 visiteurs.

Encore un exemple du volontarisme de cette Municipalité, qui ne cesse par son action de combler les vides ouverts par la politique gouvernementale ; il faudra continuer.

Mais venons-en à l'essentiel : la politique globale de la Ville en direction des personnes âgées.

Je dis globale parce que vous avez eu raison, Monsieur le Président, de souligner dans cette communication la diversité des dispositifs mis en ?uvre par la Ville en faveur de nos aînés.

Cela passe par des prestations, cela passe par des équipements ; je pense notamment aux E.H.P.A.D., avec l'ouverture de 2.200 places supplémentaires d'ici 2014 ; je pense également à la Maison de l'autonomie et de l'intégration pour les malades d'Alzheimer.

Cela passe également par l?aide à la santé, au maintien à domicile, à la mobilité des personnes âgées avec le dispositif "Paris accompagnement à la mobilité", ou encore par la facilitation des seniors à l'accès aux loisirs, à la culture et au sport.

Cela passe enfin par l'encouragement à la rencontre, à la solidarité intergénérationnelle, et à l'engagement citoyen des personnes âgées.

Sur ce dernier aspect, d'ailleurs, et pour l'approfondir, pourquoi ne pas réfléchir, Monsieur le Président, à la formalisation et à la dynamisation de toutes les initiatives existantes par la mise en ?uvre à Paris d?une sorte de service civique sur le modèle de celui existant pour les jeunes, et dont certains de nos aînés, qui souhaitent fortement avoir une activité sociale, seraient les acteurs.

La diversité et l'ampleur des politiques de la ville en direction des personnes âgées ne sauraient pour autant occulter le c?ur des décisions qui nous sont proposées aujourd'hui.

Je veux parler bien entendu des trois délibérations qui sont associées à cette communication. Ces délibérations se fondent sur un constat sans complaisance de la situation de certaines personnes âgées dans notre Capitale.

Car Paris présente des spécificités. 95 % des plus de 75 ans y vivent à domicile, soit 5 points de plus qu'au niveau national, et plus de la moitié vivent seules.

En outre, Paris souffre de profondes inégalités en raison de la forte disparité des revenus. 3,7 % des Parisiens âgés ne disposent que du minimum vieillesse, contre 2,5 % des Franciliens. 13 % d'entre eux vivent sous le seuil de pauvreté, contre moins de 10 % sur le territoire national.

Enfin, ils ne sont que 40 % à être propriétaires de leur logement, contre 62 % en Ile-de-France.

Cette situation appelle de la part de notre majorité une action ciblée et cohérente. C'est pourquoi, avec mon groupe, nous approuvons sans réserve les trois volets de la réforme qui nous est proposée.

Premier volet : celui de la transformation de l'ancienne allocation Ville de Paris, qui souffrait pour le moins d'un manque de lisibilité, en une prestation nouvelle "Paris Solidarité" qui aura pour conséquence qu'aucun Parisien âgé ou handicapé ne vivra avec moins de 840 euros par mois en 2011, 875 l'an prochain, au lieu de 775 actuellement. Ce dispositif concerne 24.000 Parisiens.

Deuxième volet : celui de l'extension de l'allocation "Paris Logement" aux personnes âgées et handicapées, alors qu'elle était réservée jusqu'à présent aux actifs. Cette mesure permettra à près de 8.000 Parisiens de faire face au renchérissement du logement dans le revenu lors du passage à la retraite.

Troisième volet enfin : celui de la création d'une aide de la Ville de Paris qui aboutira à ce qu'aucun Parisien bénéficiaire de l'allocation personnalisée d?autonomie, dont les ressources sont inférieures à 1.000 euros par mois, n'ait à sa charge le ticket modérateur prévu par cette prestation. Cette mesure est aux antipodes de ce que préconise la droite parlementaire dans le cadre de la réforme de la prise en charge de la perte d'autonomie des personnes âgées.

Car que propose la droite dans le rapport de Valérie ROSSO-DEBORD, députée U.M.P., sinon l'individualisation de la prise en charge du risque et le recul des droits actuels ?

J'en veux pour preuve les propositions de renvoi à l'assurance individuelle privée des Français à partir de 50 ans, source évidente d?explosion des inégalités. J'en veux pour preuve l'exclusion de l?A.P.A. des personnes âgées classées en GIR4, c'est-à-dire en début de perte d'autonomie, alors que toutes les études démontrent que leur prise en charge a freiné l'aggravation de leur dépendance. J'en veux pour preuve la proposition consistant au choix laissé à la personne âgée d'opter pour une allocation réduite de moitié sans recours sur sa succession et à une allocation à taux plein mais pouvant être récupérée sur son patrimoine dès lors que celui-ci atteint 100.000 euros.

Chers collègues, je me contente de rappeler qu'à Paris, un patrimoine de 100.000 euros, c?est la propriété d'environ 12 mètres carrés !

Pour ma part, je considère que ces préconisations de la droite relèvent d'un état d'esprit pour le moins inquiétant, selon lequel, à part une petite minorité de Français qui apporte beaucoup au pays et qui, à ce titre, doit bénéficier du bouclier voire de l?amnistie fiscale, tous les autres, c'est-à-dire l'immense majorité de nos concitoyens, coûtent trop cher !

Les retraités coûtent trop cher, on l?a vu l'an passé. Les personnes âgées en perte d?autonomie coûtent trop cher, on le voit aujourd'hui. Et on voit même revenir au galop l'idée de la droite que les salariés coûtent trop cher et, quelque part, constituent un fardeau pour notre pays.

C'est sans doute un débat que nous aurons dans les mois qui viennent. Pour l?heure, les projets de délibération d'aujourd'hui montrent que l'innovation dans la solidarité est toujours de mise à Paris.

Voilà pourquoi nous les adopterons avec détermination et enthousiasme.

Je vous remercie.

M. LE PRÉSIDENT. - Merci beaucoup.

M. Jacques BOUTAULT a la parole.

M. Jacques BOUTAULT. - Merci, Monsieur le Président.

Le niveau de civilisation d'une société se mesure, dit-on, au sort qu?elle réserve à ses aînés, mais aussi à la façon dont elle les perçoit. La vieillesse n'est, en effet, pas une maladie et n'est pas nécessairement synonyme de dépendance ou de perte d'autonomie.

Notre objectif est donc de créer un environnement urbain qui permette aux seniors de rester actifs et de participer à la vie sociale.

La Ville et le Département de Paris mettent en ?uvre une politique à l'égard des seniors empreinte de respect et de considération, même si elle pourrait faire preuve de plus de créativité pour faire des personnes âgées les véritables actrices de leur destin, en élaborant plus étroitement avec elles sa politique, à l'instar que ce que font les "Villes-amies des aînés".

A Lyon, par exemple, en 2010, dans le cadre de ce programme mis en place par l?OMS, plus de 400 personnes âgées ont été auditées et 36 groupes de parole mis en places qui ont abouti à une série de propositions dans les domaines de l'habitat, du transport, de la participation citoyenne et de la santé.

Paris n'a cependant pas à rougir de sa politique puisqu'en 10 ans, le montant quelle consacre à ses aînés a été multiplié par deux pour atteindre 333 millions d'euros par an, alors que, dans le même temps, l'Etat ne cesse de se désengager. En particulier, je rappelle que l?Etat ne s?acquitte pas de ce qu?il doit au Département au titre de l'allocation personnalisée autonomie pour laquelle il est redevable de la somme de 219 millions d'euros à l'égard de notre collectivité.

A l'heure où la Ville doit élaborer son nouveau schéma gérontologique pour les cinq ans à venir, outre une méthode participative, deux axes principaux nous semblent devoir être pris en compte dont certains sont déjà mis en ?uvre, ce dont le groupe EELVA se réjouit.

Le premier axe consiste à rendre la ville plus accueillante et agréable à vivre pour les personnes âgées, notamment en facilitant leurs déplacements.

Le deuxième consiste à améliorer leur vie quotidienne, en commençant par celle des plus démunis, en particulier en favorisant autant que possible le maintien à domicile.

Pour rendre la vie plus accueillante, un point important à prendre en compte est de mieux intégrer dans les aménagements urbains les problématiques liées aux personnes âgées : trottoirs surbaissés, suffisamment larges et exempts de stationnement de deux-roues motorisés et de terrasses qui débordent sur leur emplacement. Il est aussi nécessaire d'installer des bancs publics qui, outre les espaces de gratuité qu'ils offrent, permettent aux personnes qui éprouvent des difficultés à se déplacer de faire une pause sur leur chemin, en revenant de faire leur course, par exemple.

Dans la même perspective, il est important de travailler à maintenir des commerces alimentaires de proximité qui permettent de plus facilement se réapprovisionner mais aussi, et peut-être surtout, de conserver un lien social local. Dans le cadre du Plan canicule, les petits commerçants ont d'ailleurs été mobilisés avec succès l'été dernier et cet été lors d'une opération menée avec la Chambre de commerce.

Mais nous devons aussi travailler à préserver dans tous les quartiers des services publics de proximité, comme la Poste, des centres des impôts ou de Sécurité sociale. Or, le Gouvernement, tout à sa logique comptable, est amené à fermer ces services publics de proximité, comme récemment les antennes de police dans certaines mairies d?arrondissement, au mépris des besoins des populations les plus fragiles.

Rendre la ville plus facile à vivre pour les personnes âgées, c'est aussi travailler à améliorer leur mobilité : en aménageant mieux les transports en commun de surface et en étant vigilant à créer des arrêts de bus à proximité des C.A.S. ou des E.H.P.A.D. Le métro, lui, avec ses inévitables escaliers, est décidément peu accessible.

"Paris Accompagnement Mobilité" (P.A.M.) est encore trop perçu comme dédié aux seules personnes valides et devrait s?orienter vers un service plus ouvert aux seniors. L'accroissement des horaires de ce service de transport et la possibilité de se faire accompagner d'une ou plusieurs personnes devraient toutefois contribuer à cette plus grande ouverture.

Mais il n'est pas non plus interdit de faire preuve d'imagination. Un service de Cyclopousse est mis en place dans certaines villes. Il pourrait fort bien être adapté à notre Capitale.

Enfin, toujours en ce qui concerne la mobilité, la mise sous conditions de ressources plus strictes des cartes de transports "Améthyste" et "Emeraude" est parfaitement légitime, tant il est vrai qu?on peut être âgé et riche.

M. LE PRÉSIDENT. - Une seconde !

Je souhaite que l'on écoute tous les orateurs !

M. Jacques BOUTAULT. - Merci, Monsieur le Président.

Cette évolution des tarifs et de la mise sous condition de ressources des cartes de transport doit s'accompagner de la mutation vers la télébillétique type carte Navigo, car le nombre de cartes égarées est important et l'absence de possibilité de remplacement pose problème ; problème qu'avec la télébillétique nous serions enfin en mesure de pouvoir résoudre.

Le S.T.I.F. a été saisi et nous souhaitons qu'il puisse rapidement répondre positivement à cette demande.

Deuxième axe d'amélioration : faciliter la vie quotidienne des personnes âgées en commençant par les plus démunies. Pour lutter contre la précarité des seniors, la nouvelle allocation "Paris Solidarité" qui remplace l?A.V.P. va apporter une garantie de ressources mensuelles permettant qu'aucun senior ou personne âgée ne vive avec moins de 840 euros par mois et de 875 euros à partir du 1er avril 2012.

La cherté de la vie à Paris, la hausse du chômage dont sont victimes 33.600 Parisiens de plus de 50 ans, le prix des loyers, etc., justifient pleinement cette mesure. Elle va dans le sens de ce que proposent les écologistes, à savoir l'instauration d'un revenu minimal universel parisien qui devrait donc être étendu aux actifs sans emploi, quel que soit leur âge.

Encourager le maintien à domicile est un autre axe de progrès important. Il est essentiel. Notre ville y contribue déjà puisque 96 % des plus de 80 ans vivent chez eux à Paris contre 84 % pour le reste de la France.

Il est en effet un âge où il devient difficile de changer radicalement de lieu de vie et d'environnement géographique, affectif et social.

La solution la plus humaine et la plus socialement acceptable est de tout faire pour maintenir chez elles les personnes qui ne sont pas malades mais simplement physiquement affaiblies.

A cet égard, le dispositif "Paris Logement" est une bonne nouvelle pour les Parisiens retraités qui consacrent plus de 30 % de leurs revenus à leur logement.

La Ville pourrait être aussi à l'initiative d?une opération programmée d?amélioration de l'habitat, thématique sur le risque de perte d'autonomie qui permettrait d'aider les personnes âgées, notamment les moins fortunées, à mettre en ?uvre des aménagements de leur logement leur offrant la possibilité de rester le plus longtemps possible à leur domicile.

Une telle opération pourrait sous certaines conditions inclure la rénovation des ascenseurs.

La modernisation du service d'aide à domicile du C.A.S.-V.P. avec l?accroissement des plages horaires d'intervention le soir et en fin de semaine, ainsi que la recherche d'une meilleure efficacité avec le regroupement des antennes en plates-formes mutualisées et harmonisées avec les nouveaux six territoires des "Points Paris Emeraude", devraient aussi contribuer à favoriser le maintien dans leur logement des Parisiens en situation de dépendance, de même que le développement des équipes gériatriques mobiles et la téléconsultation audiovisuelle, à condition qu'elle ne se substitue pas au nécessaire lien humain physique.

Enfin, il est nécessaire de mieux accompagner les aidants en créant par exemple des formes d'hébergement temporaire pour les personnes dépendantes afin que les aidants puissent prendre des vacances.

Des cellules de soutien psychologique ou des groupes de parole seraient en outre très utiles, tant il est vrai qu'être au quotidien aux côtés de la personne âgée dépendante est une charge lourde.

D'une façon générale, les dispositifs à destination des personnes âgées dépendantes sont très mal connus par ces publics et peu utilisés. Les seniors portent souvent un avis négatif sur les accueils de jour qu?ils ne jugent pas adaptés à leurs besoins et pensent être destinés aux personnes en situation de handicap ou malades d'Alzheimer.

Enfin, éviter l?hospitalisation en E.H.P.A.D. est donc une bonne chose, mais il est parfois nécessaire de s?y résigner.

A en croire le rapport de la médiatrice, la Ville et le Département ont de gros progrès à faire dans ce domaine. Les places y sont trop chères et en nombre insuffisant, particulièrement dans les unités destinées à l'accueil des malades d'Alzheimer.

D'une façon générale, ces établissements manquent de personnel, surtout la nuit. A Paris, comme partout en France, les unités de soins palliatifs ne sont en capacité de répondre qu'au tiers des besoins. Les moyens destinés à l'aide au soutien psychologique sont niés.

Pour remédier à cette solution, la Ville s'est engagée à ouvrir 2.200 places supplémentaires en E.H.P.A.D. d'ici 2014, en y consacrant 66 millions d'euros.

Trois nouveaux établissements devraient ouvrir durant cette mandature et l?établissement de Villers-Cotterêts sera reconstruit et agrandi. Cet effort est en effet indispensable.

Enfin, Monsieur le Président, vous nous proposez deux mesures qui vont dans le bon sens. Alors même que le projet gouvernemental de réforme de la dépendance fait craindre une mise en cause de "l?Allocation Personnalisée Autonomie", la Ville renforce la solidarité envers les personnes âgées les plus modestes en décidant deux mesures extralégales?

M. LE PRÉSIDENT. - Il faut conclure.

M. Jacques BOUTAULT. - Je ne vais donc tout dire du bien que je pense de ces deux mesures, notamment qui permettent de relever le seuil de la participation de l'A.P.A. à 1.000 euros au lieu de 695.

Egalement, au moment où le Gouvernement mène une politique de déremboursement de médicaments, vous nous proposez d?ouvrir pour 39 euros par mois le "Complément Santé Paris" destiné aux Parisiens démunis, qui ne peuvent disposer d'une mutuelle santé.

Cette évolution est tout à fait positive mais négocier un contrat de groupe pour une prestation moins facultative, si l?on peut dire, pourrait constituer à améliorer encore le panier de soins proposé, c'est une piste que nous suggérons.

Pour terminer, Monsieur le Président, vous nous proposez la création d?une mission d?information et d?évaluation afin de dresser le bilan de la prise en charge de la perte d'autonomie des personnes âgées, mission qui devrait aussi se prononcer sur la réforme de financement de la dépendance voulu par l'État. Le groupe E.E.L.V.A. est bien entendu tout à fait favorable à cette démarche.

Je vous remercie.

M. LE PRÉSIDENT. - Merci.

La parole est à M. Alain LHOSTIS.

M. Alain LHOSTIS. - Monsieur le Président, chers collègues.

"Personnes âgées" est une formule réductrice. Ce vocable, comme celui de "jeunes", recouvre des situations sociales très disparates que votre communication souligne fortement.

Mais comme il est politiquement incorrect de parler de classes sociales, nous parlerons de riches et de pauvres, nos amis PINÇON-CHARLOT ayant redonné par leur talent, de l'actualité à ces termes.

A Paris, 12,6 % (contre 9,6 % au plan national) des 60-74 ans vivent en deçà du seuil de pauvreté, mais les riches de cette tranche d?âge y sont plus nombreux et sans doute plus riches, situation absolument intolérable dans la capitale de l?un des pays qui produit le plus de richesses au monde.

Derrière ce chiffre se cachent bien des personnes souffrant de solitude, de désespoir, de désoeuvrement et d'isolement.

Les élus locaux de proximité que nous sommes sont pleinement dans leur rôle lorsqu'ils réfléchissent pour décider des mesures à renforcer ou à prendre pour aider ces Parisiennes et ces Parisiens à sortir de cette spirale de la résignation.

Le phénomène de précarisation et de paupérisation des seniors s?accroît à l'échelle nationale. Du fait de la concentration de population et du coût de la vie dans notre Ville, il est plus accentué encore à Paris que dans le reste du pays où il a augmenté de 40 % ces dernières années.

Cette pauvreté se manifeste par une dégradation brutale du niveau de vie entre les quinquagénaires et les sexagénaires. L'I.N.S.E.E. relève une perte de 4.000 euros de revenus annuels entre les Français de 59 ans et ceux de 75 ans. D?ailleurs, une personne sur six vivant sous le seuil de pauvreté en France est un ou une retraitée.

Ce n'est évidemment pas sans conséquence sur leur santé. Le mouvement social de 2010 concernant les retraites aura au moins eu le mérite de réaffirmer ce fait : l'espérance de vie en bonne santé d'un ouvrier est aujourd'hui de 9 ans de moins que pour un cadre supérieur.

Les inégalités sociales criantes se renforcent avec l'âge. Comme le dit l'adage, il vaut mieux être riche, jeune et en bonne santé que pauvre, vieux et malade.

Il y a donc lieu, lorsque nous examinons notre politique en direction de cette partie de la population, de bien veiller à tenir la totalité du front. La communication le fait lorsqu'elle évoque deux groupes, les 60-74 ans et les plus de 75 ans.

Toutefois et j'y reviendrai, une catégorie monte en puissance, celle des personnes âgées dépendantes ou très dépendantes. Cela est illustré dans le rapport par le chiffre de 30.000 bénéficiaires de l'A.P.A. en croissance annuelle de 8 à 10 % ces dernières années. J'y reviendrai.

Nous avons la chance de vivre dans une Ville qui dispose d?une richesse exceptionnelle en termes de loisirs, de culture et de sport. L'action de notre Municipalité est d?aller vers une démocratisation de l'accès à ces structures, notamment pour les personnes âgées.

Je salue à ce titre l?initiative de mon excellent ami Jean VUILLERMOZ qui, avec la carte "Senior +", a permis la gratuité d?activités physiques variées pour les plus de 60 ans (la gymnastique douce et d'entretien, le tennis, l?aquagym, le stretching, le taekwondo, la marche nordique et la prévention des chutes).

Le soutien aux personnes âgées est un investissement financier important pour le Département mais c'est un choix de civilisation que notre groupe fait avec vous, Monsieur le Président.

Vous étiez comme moi, Monsieur le Président, dans la rue cet automne pour manifester contre la réforme des retraites que l'U.M.P. vient d'imposer par la force. Vous savez donc comme moi qu?elle pénalisera les bas salaires et les femmes dont 30 % sont concernées par des carrières morcelées contre 5 % de leurs collègues masculins.

En clair, ce que nous offre l?U.M.P. c?est un inégalitarisme organisé pour nos aînés, les cadres contre les ouvriers, les hommes contre les femmes, les carrières courtes contre les carrières longues.

A la voir tant chercher à diviser, cette droite, on devine que cela sent la fin de règne. D'ailleurs, le Gouvernement n'a-t-il pas annoncé vouloir s?attaquer après la retraite à la dépendance. C'est à croire, ô rage, ô désespoir, que la vieillesse est ennemie de notre Gouvernement.

En ouvrant demain le débat sur la réforme de la dépendance, le président de la République va s'appliquer à mettre en ?uvre, cela ne fait aucun doute, les mêmes recettes libérales que celles utilisées pour la contre-réforme des retraites.

Nicolas SARKOZY a ainsi annoncé vouloir aider les familles victimes de la dépendance, mais ayant vidé les caisses pour les riches, il oriente sa réflexion vers le recours aux assurances privées. Quand on sait que M. Guillaume SARKOZY est à la tête de "Malakoff Médéric", on comprend bien quelle famille le président a l?intention d?aider en priorité.

Et ce choix, que nous constatons ici même dans cette assemblée quand l'Etat, comme vous l'avez rappelé dans votre communication, ne paye pas sa part des dépenses dues au titre de l?aide aux personnes âgées. Au lieu des 33 % de compensation des dépenses, engagement du Gouvernement, depuis 2002 seulement 13,64 % des dépenses sont compensés. Cette différence est à l'origine d?une dette minimale de l'Etat à la Ville de Paris de 219 millions d'euros depuis 2002 au titre de l'A.P.A. Les contribuables parisiens payent donc deux fois.

Face à cela, vous nous annoncez, Monsieur le Président, la création et l?extension de dispositifs départementaux à destination des personnes âgées. Le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche est évidemment favorable à l'ensemble de ces propositions.

Je n'en prendrai qu'une - cela a déjà été relevé par d'autres - le relèvement du plafond permettant d?être exonéré du financement de tout le plan d'aide jusqu'à 1.000 euros de revenus mensuels, qui sera voté lors de cette séance. Vous osez aller au-delà de nos obligations légales. Nous vous approuvons.

Il faut le faire, car nous sommes devant des cas de précarité absolue. Comment accepter, en effet, ce que constate l'observatoire des loyers, qui estime à 900 euros en moyenne la location d?un 50 mètres carrés dans le parc privé parisien, alors que dans le même temps le minimum vieillesse fixé par l'Etat est à peine de 700 euros par mois ?

Là aussi, la combinaison des dispositifs "Paris Solidarité", garantie de 800 euros par mois, et "Paris Logement" en cas de loyer supérieur à 30 % des ressources, supplée partiellement aux carences de la politique de l'Etat. Mais les prix de l'immobilier continuent de grimper à folle allure et le pouvoir d'achat des minima sociaux à stagner.

Aussi, les élus Communiste et du Parti de Gauche demandent que ces questions fassent l'objet d'un suivi régulier, dans le cadre de la Commission ad hoc de notre Conseil, pour proposer éventuellement des ajustements.

Tout le monde le sait, toutes les statistiques prouvent que les conditions de santé d'une personne sont étroitement liées à l'offre de lieux de soins qui lui sont accessibles et à ses propres ressources. De ce point de vue, la question de la dépendance et de sa massification dans les sociétés modernes la met au rang de fait sociétal majeur.

Votre communication l?aborde via la construction de trois E.H.P.A.D. par le C.A.S.-V.P., et relevant que Paris s?engage pour l?ouverture de 2.200 places en E.H.P.A.D. La question du maintien à domicile des personnes âgées, atteintes de la maladie d'Alzheimer ou de troubles apparentés, y est aussi évoquée.

A ce sujet, il ne faudrait pas là non plus oublier que c'est en France que l?on trouve les malades âgés les plus lourds et les plus dépendants à domicile. Ce qui est possible dans les familles aisées de l'Ouest parisien est insurmontable dans les familles défavorisées des quartiers de l'Est parisien.

Toutefois, il y a pour nous, élus communistes et du parti de gauche, une grande absente, même pas citée dans votre communication : l?Assistance publique - Hôpitaux de Paris qui dispose encore de 4.000 lits de long séjour, que d?ailleurs le Département finance largement dans le cadre d'une convention tripartite.

Nous tenons à ces lits comme à la prunelle de nos yeux. La Ville de Paris doit continuer à être attentive aux évolutions éventuelles faites sans concertation de la part de la Direction générale de l'A.P.-H.P. Espérons que, dans le cadre de la M.I.E. qui doit se mettre en place, cette dimension soit très présente. En tout cas, notre groupe y participera avec cette préoccupation.

Grâce à la protection sociale et au progrès de la médecine, nous vivons de plus en plus longtemps. C'est une excellente nouvelle. Cela étant, il est nécessaire d'en tenir compte et de se préoccuper de l?ensemble de la filière sanitaire et médicosociale de prise en charge des personnes âgées. Cela va de la médecine de ville, des soins à domicile aux maisons de retraite, E.H.P.A.D. et séjours hospitaliers en passant par les centres de santé et les services à la personne.

La prise en charge s'est construite difficilement et souvent sans véritable cohérence. Ainsi, on a laissé longtemps le soin des personnes âgées aux associations caritatives, souvent religieuses. Par la suite, des associations régies par le bénévolat se sont implantées dans le secteur. Le salariat s?est développé dans de mauvaises conditions. Souvent déconsidérés, les métiers liés à la prise en charge des personnes âgées sont mal rémunérés, impliquent des horaires difficiles, ne bénéficient pas ou peu de formations.

Plus encore aujourd'hui, le manque de financement est criant, tant pour le nombre de places d?aide à domicile, de soins infirmiers que pour le nombre de places en établissements médicalisés. Les personnes âgées et leurs familles en payent la plus grande part, engendrant de nouvelles injustices entre ceux dont la famille peut assumer le financement des établissements et ceux dont les ressources sont insuffisantes.

De l'autre côté, celui du portefeuille, certains groupes du secteur privé commercial ont compris que le manque de places disponibles en E.H.P.A.D., conjugué à la faible rémunération des personnels, ferait de l?hébergement des personnes âgées dépendantes un secteur particulièrement lucratif.

Cet appétit financier dégrade le climat social interne aux E.H.P.A.D., ce qui est insupportable pour les salariés et engendre de considérables nuisances à la qualité d?accueil des résidents et à la bientraitance institutionnelle que nous exigeons pour les personnes âgées, de surcroît pour celles en situation de dépendance.

Sur ce sujet, des progrès sont à attendre. Nous en sommes encore au stade de développement de la sensibilisation dans le domaine de la maltraitance institutionnelle. Une bonne prise en charge des résidents ne va pas sans la formation et un encadrement décent de personnels.

En 2006, dans le plan Solidarité Grand âge, les pouvoirs publics ont retenu l'objectif d'une augmentation du ratio à un professionnel pour un résident. Aujourd'hui, en moyenne nationale, on compte à peine 0,6 agent, tout personnel confondu par résident. Le taux d?encadrement en personnes soignantes est encore plus faible, entre 0,25 et 0,30 par résident.

Pourtant, l?accompagnement des personnes hébergées nécessite en premier lieu de se manifester au travers des tâches concrètes de la vie quotidienne. C'est de cela que les personnes âgées dépendantes ont besoin en priorité.

Vous comprendrez donc, Monsieur le Président, que l?investissement de ce secteur par des groupes, à visée uniquement lucrative, nous alerte et que nous considérons qu'il doit nous conduire à la plus grande vigilance sur les pratiques des gestionnaires d'E.H.P.A.D.

Pour ces raisons, nous pensons que le Département doit conditionner les conventions d?habilitation à recevoir des personnes âgées dépendantes, à des exigences salariales fortes et porter une vigilance toute particulière au climat social et au soutien psychologique apporté par les gestionnaires d'E.H.P.A.D., tant à destination des résidents que des équipes de personnels soignants.

Je terminerai cette intervention en m'adressant aux plus jeunes d'entre nous dans cette Assemblée, pour qu?ils prennent part à ce débat central pour nos sociétés modernes, car le vieux est l'avenir du jeune !

Je vous remercie.

M. LE PRÉSIDENT. - Merci beaucoup.

La parole est à M. Vincent ROGER.

M. Vincent ROGER. - Monsieur le Président, chers collègues, répondre à la révolution du vieillissement constitue le défi majeur de la puissance publique en matière sociale pour les trente prochaines années.

Cette mutation profonde de nos sociétés, due à l'allongement de la durée de vie, doit inviter les responsables publics à faire face à des enjeux multiples.

Enjeux de solidarité autour de l'exigence que nous nous faisons du pacte républicain, garant du vouloir vivre ensemble entre les générations.

Enjeux de gouvernance également, car il est désormais nécessaire d'instaurer un véritable principe de subsidiarité entre l'Etat, la Région, le Département et la commune, afin de rendre plus efficace les politiques publiques, de rationaliser les dépenses et d'éviter en permanence d'être dans le reproche réciproque.

Enjeux financiers enfin, parce que le financement de cette révolution du vieillissement doit nous conduire à explorer toutes les pistes, permettant de répondre à la solidarité que toute nation évoluée doit aux seniors, tout en n?omettant pas une autre solidarité nationale, celle qui consiste à ne pas faire hériter les générations de demain des déficits publics d'aujourd'hui.

Mes chers collègues, la révolution de l'âge doit nous inviter à avoir un autre regard sur la vieillesse. Mais, Monsieur le Président, la révolution du vieillissement ne doit-elle pas aussi nous mener à avoir une autre vision de l?action publique en la matière ? Celle qui consiste à dépasser les clivages, celle qui oblige chaque responsable à sortir de son pré carré pour être un serviteur de cette cause nationale.

Monsieur le Président, la révolution du vieillissement est un bouleversement. Oui, un bouleversement aux conséquences innombrables qui imposeront, j'en suis convaincu, à l'ensemble des pouvoirs publics, des exigences devant allier complémentarité, créativité et humanisme.

Votre communication, Monsieur le Président, va-t-elle dans ce sens ?

A sa lecture, je crains que non. Et croyez bien qu'avec mon groupe, nous le regrettons, tant nous aurions apprécié de votre part un discours plus en lien avec la réalité et l'importance du sujet.

Malheureusement, votre communication se réfugie dans l'autosatisfaction et s'évertue à créer des polémiques.

Autosatisfaction, quand vous parlez du développement du bénévolat, notamment au travers des C.A.S. d?arrondissement alors que votre majorité n?a eu de cesse de vouloir déresponsabiliser les bénévoles. Joëlle CHÉRIOUX de SOULTRAIT y reviendra d?ailleurs dans un instant.

Autosatisfaction encore lorsque vous abordez l?emploi des seniors, alors que votre Plan départemental d'insertion avait oublié d'inscrire dans ses publics prioritaires les seniors, soit un tiers des allocataires du R.S.A.

Autosatisfaction également, en faisant, si j'ose dire, du vieux avec du neuf.

Vous nous proposez ce matin trois dispositifs. Certes, nous les voterons, mais répondent-ils aux exigences de la révolution du vieillissement ?

Ainsi, vous proposez de remplacer l'Allocation Ville de Paris par "Paris Solidarité" en relevant le plafond de revenus des bénéficiaires de 775 euros à 840 euros. L'ouverture du dispositif complément santé aux allocataires "Paris Solidarité", comme l'extension de "Paris Logement", sont des décisions qui ne peuvent susciter des désaccords de notre part. Ils représentent un total de 37 millions d?euros, soit l'équivalent des investissements pour les voies sur berge. Cette comparaison illustre d'ailleurs vos priorités.

Ces mesurettes vous donnent sans doute bonne conscience vis-à-vis des plus défavorisés, mais elles ne correspondent en rien aux besoins de Paris, notamment pour permettre aux classes moyennes de rester dans la Capitale au moment de leur retraite.

Les rentrées fiscales importantes, les augmentations des impôts et les droits de mutation fleurissants auraient dû vous conduire à plus de solidarité, en particulier pour les classes moyennes seniors non propriétaires. Ces dernières subissent de plein fouet à Paris la conjugaison de trois phénomènes : la baisse du revenu intrinsèque à l?entrée en retraite, le coût de la vie supérieur à la moyenne nationale et le taux d'effort en matière locative là aussi supérieur au reste de la France.

Comme pour le logement social, il y a une réalité des classes moyennes que vous vous refusez à prendre en compte.

Mes chers collègues, quant à la polémique, Monsieur le Président, elle est au c?ur de votre communication, en particulier sur le désengagement de l'État et à commencer sur le financement de l'A.P.A.

Si les chiffres que vous communiquez sur le recouvrement de l'A.P.A. à Paris par l'État sont exacts, votre interprétation en est pour le moins trompeuse.

D'abord, Monsieur le Président, pour qu'il y ait engagement, il faudrait que la loi y oblige, ce qui n'est pas le cas. Rien ne l'indique dans le texte de loi porté par Mmes GUIGOU et GUINCHARD-KUNSTLER. Dois-je vous rappeler que lors de la création de l'A.P.A., aucune réflexion sérieuse quant à son financement n'avait été menée.

Ensuite, votre communication passe sous silence ce qu?est aujourd'hui le financement de l'A.P.A., c'est-à-dire un système de péréquation et de solidarité nationale entre départements pauvres et départements plus aisés.

Paris est un département dans lequel la proportion des personnes de 75 ans et plus n'est pas très importante et, comme je l'évoquais, vos choix politiques n'y sont pas pour rien dans ce résultat.

Avec 7,4 % de 75 ans et plus, notre Département est dans les 25 % de départements ayant le taux le plus faible, mais, surtout, c'est le département qui a le potentiel fiscal le plus élevé.

Votre communication critiquant l?État remet donc implicitement en cause ce mécanisme de péréquation entre départements opéré par les critères de répartition ayant vocation à aider les départements pauvres à forte densité de personnes âgées dépendantes.

Je vous laisse, Monsieur le Président, le loisir d'en disserter avec vos collègues, parfois de gauche, présidents des Conseils généraux bénéficiaires de cette péréquation.

A cela s'ajoute que lorsque l'État est aux avant-postes, vous minimisez son rôle. Je pense en particulier au plan Alzheimer, dont, au niveau local, vous en revendiquez les résultats. J'ai à l'esprit notamment la création des M.A.I.A.

Mais au-delà de l'autosatisfaction et des polémiques avec l'État, votre communication effleure le sujet crucial dans le débat qui s?ouvre sur la dépendance : le reste à payer ou le reste à charge pour les familles. Est-ce volontaire ? Comment pouvez-vous, dans une communication sur la politique de la Ville relative aux personnes âgées ne pas l'approfondir ? Ce sujet est pourtant central pour toutes les familles parisiennes en général et pour les classes moyennes en particulier. Pour elles, c'est autant un enjeu qu'un défi financier colossal. Il peut varier à Paris en moyenne entre 2.200 euros mensuels et plus de 5.500 euros.

On aurait aimé, sur ce sujet, Monsieur le Président, vous entendre plus. Vous ne pouvez ignorer ces familles, vous ne pouvez vous réfugier derrière votre sempiternelle antienne : c'est la faute de l'État. Face à une situation qui lui est propre, la Ville doit prendre ses responsabilités.

Le débat voulu par Nicolas SARKOZY et organisé par le Gouvernement de François FILLON s'engage ; Paris doit y tenir son rang.

Pour notre part, nous voulons confronter toutes les idées novatrices et pouvoir faire la synthèse entre une solidarité nationale indispensable, une solidarité municipale nécessaire et une prévoyance individuelle envisageable.

Cependant, il serait injuste de ma part, Monsieur le Président, de dire que votre communication n'évoque pas deux enjeux décisifs pour venir en aide aux seniors : l?accompagnement pour le maintien à domicile et la lutte contre la solitude.

L'accompagnement des personnes âgées pour rester à domicile doit être la première des missions de la Ville, tant il montre notre attachement à la liberté de choix, tant cela est plus rassurant, plus épanouissant pour les personnes concernées et tant, pourquoi ne pas le dire, cela est moins coûteux pour la collectivité.

C'est pourquoi notre Capitale devrait être plus en pointe concernant le développement de la gérontechnologie. Si on peut se féliciter des expérimentations comme TéléGéria et E.M.G.E., notre Ville doit aller encore plus loin dans ce domaine.

Quant à la lutte contre la solitude, elle doit être une préoccupation de chaque élu comme de chaque citoyen.

"La solitude est une gangrène sociétale qui provoque des pathologies lourdes", expliquait récemment le Professeur Alain FRANCO. Indiscutablement, au lendemain du drame de la canicule, il y a eu dans notre pays et dans notre ville une prise de conscience ; sous votre autorité, des initiatives ont été encouragées à Paris, mais nous devons, là aussi, être plus ambitieux, nous le devons parce que la solitude demeure le premier des maux urbains.

Mes chers collègues, Monsieur le Président, Paris a toujours eu un temps d'avance, si j'ose faire mien ce slogan. Oui, Paris a toujours eu un temps d'avance pour accompagner avec humanisme et générosité ses aînés.

A la lecture de votre communication sur l?action en faveur des personnes âgées, d'un temps d'avance, Paris passe à un temps d'arrêt ; il est donc temps d'agir et de réagir.

Je vous remercie.

M. LE PRÉSIDENT. - Les dissertations sur le temps sont un peu difficiles, mais enfin, seuls les faits comptent.

Je donne la parole à Mme Catherine BRUNO.

Mme Catherine BRUNO. - Merci, Monsieur le Président.

Mes chers collègues, "aujourd'hui, jamais les chances de vieillir de façon autonome, chaleureuse et productive n?ont été aussi grandes dans ce pays. Cependant, jamais les difficultés des personnes vulnérables, atteintes de maladies invalidantes et dévastatrices n?ont été aussi dramatiques dans notre cité". Ce constat préoccupant, dressé par le Professeur Françoise FORETTE, apparaît les plus pertinents, eu égard à la situation parisienne.

410.000 personnes âgées de plus de 60 ans habitent la Capitale et 12,6 % des Parisiens âgés de 60 à 74 ans vivent en deçà du seuil de pauvreté. Alors oui, le combat contre la précarisation des seniors n'a jamais semblé aussi essentiel, exigeant et dramatiquement de circonstance.

La situation de Paris est d'autant plus préoccupante lorsqu'on la compare avec les performances nationales. Le taux de chômage des plus de 50 ans a ainsi augmenté de près de 9 % à Paris depuis un an, tandis que les jeunes seniors pauvres sont surreprésentés avec un taux de 12,6 % contre 9,4 % au niveau national.

Ces tristes spécificités d'une capitale de paradoxe, plus jeune que ne l?est le reste de la France, mais se distinguant pourtant au sein de la région avec le taux de personnes âgées le plus élevé, appellent une politique ambitieuse, apportant une réponse à la hauteur de l'impératif de solidarité qui incombe à la collectivité. Car c'est bien d'une obligation départementale dont il s'agit, puisqu'il revient aujourd'hui à cette collectivité territoriale la responsabilité d'intégrer les personnes âgées dans la vie de la cité.

Il s'agit là d'un défi d'autant plus important que l?intégration est reconnue comme un facteur de prévention de la dépendance.

A ce titre, mon groupe accueille favorablement la proposition de création d?une M.I.E. relative à la perte d?autonomie des personnes âgées, qui sera examinée lors du prochain Conseil de Paris. Cette démarche s'inscrit dans le chemin tracé par les priorités gouvernementales alors même que la réforme de la dépendance et l'institution d'un cinquième risque sont imminentes.

Pourquoi donc fustiger l'action de l'État en distillant des reproches acerbes et infondés à chaque page de votre communication, Monsieur le Président ?

Vous n'êtes pas sans ignorer qu'à la mi-2008, le montant de l'effort public consacré à la compensation des pertes d'autonomie des personnes âgées était estimé à près de 21 milliards d'euros par la Mission commune d'information du Sénat sur la prise en charge de la dépendance et la création du cinquième risque.

Cette dépense publique consacrée à la dépendance atteint aujourd'hui près de 22 milliards d'euros et équivaut à plus de 1,1 % du produit intérieur brut.

Comment donc arguer encore d'un désengagement hypothétique de l'État ?

S'il est vrai que d'année en année, la contribution versée par la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie, selon un mécanisme de compensation nationale, couvre une part plus faible des départements, cela ne dénote en rien un désengagement de l'État mais bien davantage une montée en charge continue du dispositif, dont l'enveloppe ne cesse de grossir avec des taux de progression annuels proches de 10 % entre 2002 et 2007.

Les mesures extralégales que propose la Ville, visant à relever le plafond d?exonération du financement de tout plan d?aides et à minorer la participation réclamée aux bénéficiaires disposant de revenus compris entre 1.000 et 1.200 euros mensuels, pour un coup de 3,3 millions d'euros, risquent en cela de grever les finances de la collectivité locale.

L'initiative est louable et légitime mais elle représente néanmoins une dépense facultative supplémentaire considérable.

Une gestion budgétaire responsable impliquerait pourtant d'imputer cette coûteuse réforme sur un redéploiement de crédits à enveloppe constante.

Et que proposez-vous pour les personnes disposant de revenus moyens qui constituent la grande majorité des résidents des E.H.P.A.D. et se situent dans le bas d'une courbe, dite "courbe en U", ne bénéficiant réellement d?aucune aide, ni sociale, ni fiscale ?

Le prix des E.H.P.A.D. demeure en effet un sujet des plus préoccupants pour ses résidents, tandis qu'il se décompose en trois tarifs journaliers afférents à l'hébergement, aux soins et à la dépendance et que seules ces deux dernières composantes sont respectivement prises en charge par l'assurance-maladie et par l'Allocation Personnalisée d'Autonomie.

Le reste à charge concernant l'hébergement atteint en moyenne 2.900 euros mensuels en milieu urbain, et peut parfois frôler les 5.000 euros.

Certains résidents sont par conséquent contraints de quitter ces établissements, ne disposant plus des moyens nécessaires pour s'acquitter de leur participation.

Le poids financier de la dépendance pèse trop lourdement sur les femmes, n'ayant le plus souvent qu'une petite pension de réversion.

Il pèse aussi sur ces grands oubliés que sont les personnes disposant de ressources supérieures au seuil d'éligibilité des aides type A.P.A., mais qui n'ont cependant pas les moyens de financer les soins et l?hébergement liés à la dépendance.

Votre choix est respectable, Monsieur le Président, de concentrer l'action du Département en faveur des personnes âgées sur le public le plus en souffrance et disposant des moindres ressources.

Cependant, il me semble qu'une prise en charge globale et efficace de la dépendance se doit de considérer tous les publics concernés en élargissant de la sorte le prisme des politiques menées à destination des personnes âgées.

Mais ce n'est pas là notre unique source d'inquiétude.

L'expérimentation de formes d'hébergement alternatives autour de thématiques de mixité sociale et de liens intergénérationnels constitue effectivement autant de pistes qu'il est nécessaire d'exploiter.

Cela ne masque cependant pas le manque de structures d'accueil classiques essentielles au soutien des aidants familiaux.

Cela ne pallie pas davantage le manque cruel d'intervenants à domicile dont le nécessaire accroissement quantitatif risque de se faire au détriment du qualitatif.

Ladite qualité est d'autant plus difficile à évaluer qu'elle prend en considération la dimension humaine des intervenants dans ce domaine.

Si la symbolique d'une ligne budgétaire dédiée exclusivement à la solidarité intergénérationnelle est forte, sa traduction dans les faits n'est qu'une goutte d'eau dans les profondeurs abyssales de la problématique de la dépendance, réduite à 300 binômes seniors-jeunes, des missions intergénérationnelles effectuées par quelque 70 jeunes du service civique, ou encore une quarantaine de partenariats noués entre les personnes âgées des clubs du C.A.S.-V.P. et les enfants des centres de loisirs, des écoles ou des crèches.

Il s'agit d'expériences qui renforcent le rôle clé des personnes âgées dans la cité, mais qui répondent encore insuffisamment aux défis de la dépendance ou de l'isolement des seniors. À cet égard, il est indispensable de renforcer le maillage territorial et l'ancrage local des dispositifs de mise en ?uvre des politiques en faveur des personnes âgées.

La modernisation du service d'aide à domicile du C.A.S.-V.P., qui consiste non seulement en une extension des plages horaires d'intervention, mais également en un regroupement des antennes en arrondissement sous forme de plateforme mutualisée, contribue au développement de ces bonnes pratiques, faisant de la proximité le maître mot.

En revanche, l'efficience du dispositif des "Points Paris Emeraude" doit être renforcée par le biais du développement d'antennes de proximité.

Le projet de réforme les concernant est en cela de bon augure puisqu'il sous-tend la possibilité d'assurer des permanences en mairies d'arrondissement.

Si les politiques mises en place en faveur des personnes âgées nous paraissent par trop lacunaires et très restrictives de par le public qu'elles concernent, si l'onéreux projet de modernisation de l'A.P.A. tend à alourdir davantage les dépenses sociales du Département, en revanche, la modernisation du service d'aide à domicile du C.A.S.-V.P., la réforme des "Points Paris Emeraude", ou encore la mise en place de la télégestion et du chèque emploi service représentent autant de réformes utiles et souhaitables.

C'est la raison pour laquelle, malgré certaines réticences et nos diverses observations, mon groupe votera en faveur des projets de délibération soumis au vote du Conseil et concernant les politiques menées à l'égard des personnes âgées, en espérant, Monsieur le Président, que nous aurons été entendus.

Je vous remercie.

M. LE PRÉSIDENT. - Merci, Madame.

Je donne la parole à M. MARTINS.

M. Jean-François MARTINS. - Monsieur le Président, chers collègues, en quelques décennies, notre modèle générationnel et notre modèle de société s'est vu bouleversé, d'une société où nous cohabitions à deux, parfois trois générations, à une société où nous devons aujourd'hui vivre et savoir faire vivre ensemble quatre générations et bientôt cinq.

Cette nouvelle organisation générationnelle impose évidemment un changement de société, mais aussi des nouvelles règles et des nouvelles interventions publiques afin d'adapter la société à ces nouveaux enjeux.

On dit communément, comme l?a dit Jacques BOUTAULT, que l'on reconnaît une société civilisée au sort qu?elle réserve à ses aînés.

À cet égard, Paris doit évidemment se montrer exemplaire et affirmer être une capitale solidaire, fière de ses aînés et généreuse puisqu'elle en a les moyens.

Or, vous le savez, Monsieur le Président, la situation des seniors parisiens s?est dégradée depuis une petite décennie en raison d'un contexte local qui est la hausse régulière et de plus en plus "inarrêtable" des loyers et des charges liés à l'habitat, mais aussi en raison d'un contexte national où le président proclamé du pouvoir d'achat est devenu depuis quelques années le président du pouvoir d?achat qui augmente pour tout le monde : augmentation du coût de l'électricité, du gaz, des complémentaires santé, des matières premières alimentaires, des soins médicaux, des transports - de la S.N.C.F. en particulier. Toutes ces augmentations de coûts, toute cette pression sur le pouvoir d?achat qui pèsent évidemment plus durement sur les seniors parce qu'ils ne voient pas dans le même temps leur pension de retraite être revalorisée à la hauteur de cette hausse et de cette pression sur leur pouvoir d'achat.

Ainsi, les différentes mesures que vous nous proposez aujourd'hui, Monsieur le Président, sont une bonne nouvelle qui sortira plusieurs milliers de Parisiens de la précarité et de l?incertitude.

Votre proposition, Monsieur le Président, permettez-moi, une fois n?est pas coutume, de le relever, est socialement juste et budgétairement responsable et raisonnable.

C?est pourquoi je voterai ces projets de délibération sans réserves.

Cependant, avoir une politique pour le troisième âge et les seniors à Paris, ce n?est pas seulement une politique d?intervention sociale, ce sont aujourd'hui les seuls projets de délibération que vous nous soumettez.

Avoir une politique en destination du troisième âge et des seniors à Paris, c'est également adapter notre cadre de vie et je voudrais ici dresser quelques pistes qu?il me semblerait nécessaire de faire appartenir à un grand plan...

M. LE PRÉSIDENT. - Essayez de le faire quand même brièvement

M. Jean-François MARTINS. - Je le fais brièvement !

M. LE PRÉSIDENT. - Parce que vous avez déjà dépassé votre temps de parole.

M. Jean-François MARTINS. - Oui, mais il a été largement?

M. LE PRÉSIDENT. - Non, on arrête toujours le chronomètre pendant les bavardages? comme là, par exemple. Vous voyez, il est arrêté, ne vous inquiétez pas !

Allez, concluez !

M. Jean-François MARTINS. - En quelques secondes, quelques pistes qui mériteraient un Plan Senior au-delà de l'intervention sociale, pour mobiliser l'ensemble des politiques publiques de la Ville :

- adapter notre cadre de vie et avoir enfin un vrai plan pour les trottoirs et les espaces publics qui permette à nos seniors d?en disposer dans tous les secteurs de la ville ;

- favoriser l'accès aux soins et l?installation de médecins en secteur I, permettant d'avoir pour les seniors un accès aux soins aux tarifs remboursés par la Sécurité sociale ;

- savoir prendre en considération l'une des attentes des seniors, sur laquelle il ne faut pas faire d?angélisme, qui est le besoin de sécurité, le sentiment de sécurité, et nous devons répondre, à la Préfecture, à cette attente ;

- enfin, lutter contre l?isolement. Si la solution que vous avez évoquée de la cohabitation d'un étudiant avec un senior est une piste, elle n'est pas la seule. Il faut envisager des colocations entre seniors pour faire face à de nouveaux enjeux, tels que les divorces tardifs et le veuvage qui font des seniors isolés très jeunes. La colocation entre eux leur permettrait d'avoir une activité, une stimulation sociale et donc de tomber plus tardivement dans la vieillesse.

M. LE PRÉSIDENT. - Merci.

Je donne maintenant la parole à Gauthier CARONTHIBAULT, mais je précise aux trois orateurs suivants du groupe socialiste, radical de gauche et apparentés, qu'ils ne disposent que de 16 minutes pour les trois.

Monsieur Gauthier CARON-THIBAULT, vous avez la parole.

M. Gauthier CARON-THIBAULT. - Monsieur le Président, mes chers collègues, le drame de la vieillesse, ce n'est pas que l'on se fait vieux c'est que l'on reste jeune. Finalement, Oscar Wilde n'a sans doute pas tort.

Chaque élu ici présent sait bien l?engagement que peuvent revêtir les seniors dans nos arrondissements afin de contribuer à la cohésion de notre Capitale. Bien loin uniquement des associations de sauvegarde des vieilles pierres ou des organisations de pétitions, nombre d'associations de soutien scolaire, de parrainage professionnel ou encore de lutte contre l'isolement sont le fruit de jeunes retraités qui estiment, à juste titre, avoir encore un rôle à jouer dans la cité.

Depuis qu?une délégation au lien intergénérationnel a été créée à Paris, ce nouveau domaine se théorise. Il s'éloigne de plus en plus de la volonté de faire se rencontrer les très vieux et les très jeunes, et il prend un autre aspect que les activités ouvertes à tous et surtout aux seniors.

Liliane CAPELLE, votre adjointe en charge de ce secteur, le rappelle dès qu?elle le peut : l'intergénérationnel, c'est créer de nouvelles formes de solidarité qui ne se limitent pas qu'au versement ou à des ponctions financières mais c'est surtout créer des occasions de rencontre et d'échange des seniors vers les moins seniors et vice versa.

Mais pour cela, il faut permettre à nos seniors de rester vivre dans la Capitale, comme nous avons su le faire pour les familles et de plus en plus pour les classes moyennes. Car si, bien sûr, certains de nos seniors aspirent à ces activités, d?autres aspirent tout simplement à vivre en pouvant faire les gestes de la vie quotidienne sans avoir à dépendre ou à devoir s?éloigner de sa famille ou de ses amis.

Et maintenir cette présence des seniors dans notre Capitale passe en premier lieu par une politique du logement et de l'habitat adaptée à cet enjeu.

Le premier besoin des seniors réside en celui de se maintenir à leur domicile tant qu'ils le peuvent. Devoir déménager suite à un congé, à un loyer qui devient trop cher ou des étages qui deviennent trop pénibles, est vécu de manière excessivement frustrante. Or, cette situation devient de plus en plus fréquente. En effet, il suffit de se référer au dernier recensement pour se rendre compte qu?il y a, dans la situation locative des seniors, un problème social à régler.

Certes, ils sont plus souvent propriétaires que les actifs, mais les cas d?indécence du logement touchent beaucoup plus souvent les seniors et un tiers d?entre eux vivent dans des immeubles inaccessibles.

De même, une nouvelle réalité sociologique apparaît : ce sont les retraités pauvres suivant, en toute logique, celle des travailleurs pauvres. Essentiellement entre 60 et 74 ans, ces jeunes retraités se voient, d'une part, confrontés à des problèmes de paiement de leur loyer et, d'autre part, à une impossibilité de chercher un autre logement, vu les conditions de plus en plus drastiques d'accès au marché privé locatif.

Tel est le bien-fondé de la création de l'extension de l'allocation "Paris Logement" qui permettra aux seniors qui vivent avec moins de 1.100 euros ou 1.600 euros en couple de recevoir 80 à 110 euros afin de les solvabiliser dans leur logement. 7.700 seniors seraient amenés à pouvoir en bénéficier.

Espérons aussi, Monsieur le Président, que le Gouvernement saura entendre votre demande de mise en place d?une expérimentation d'encadrement des loyers à la relocation, car le pendant nécessaire de la solvabilisation des locataires est bien sûr le renforcement des possibilités d'accès au logement.

C'est d'ailleurs plus du double, 16.000 seniors, qui sont demandeurs d?un logement social, toutes catégories de plafond confondues. Ce différentiel entre senior éligible à "Paris Logement" est le nombre de demandeurs de logements sociaux de plus de 60 ans laisse fortement entendre qu'il y a aussi d'autres problématiques dans le dossier des seniors et de leur habitat que le loyer.

Bien entendu, j'entends par là les situations de congé délivré à ces jeunes retraités pas encore protégés par la loi, les rendant plus difficiles après 70 ans, ou encore les situations des seniors vivant en étage avec des situations physiques ne leur permettant plus de se mouvoir aussi facilement qu'avant.

Le prochain bilan que nous allons tirer de bientôt un an de mise en place d?une Commission d?attribution des places en résidence appartement et résidence services du Centre d?action sociale de la Ville de Paris sera riche en enseignement sur ce domaine : en particulier, l'augmentation du nombre de seniors hébergés chez ou par leurs enfants ou titulaires d?une chambre à l?hôtel, n'ayant pu trouver un propriétaire acceptant de leur louer un logement.

Face à cela, la Ville de Paris ne reste pas inactive. Bien évidemment, notre engagement à produire 40.000 logements sociaux d'ici 2014 doit aussi bénéficier aux seniors. De même, les bailleurs sociaux doivent tout faire pour rendre accessible aux situations de mobilité réduite leur parc et dépasser largement le taux actuel de 20 %. Citons aussi le parc privé qui peut bénéficier du Programme d'intérêt général "Personne à Mobilité Réduite", du diagnostic habitat du Pacte de Paris, de l'aide à l'amélioration de l'habitat, tout comme l'expérimentation du "Réseau Logement Seniors" dans le 3e arrondissement dans le parc social. A terme, il faudrait que deviennent envisageable, en plus de cette mise en accessibilité, une coordination de services sociaux spécialisés et une offre de petit entretien, via les régies de quartier, pris en charge en partie par la Ville, pour tous ces petits travaux qui enquiquinent la vie quand on ne peut plus les faire.

Sans accessibilité, sans services et sans entretien, le logement devient vite une prison. Ce dispositif aurait ainsi pour objectif d?adapter et de pallier le plus tôt possible à la dépendance et à la solitude des seniors dans leur logement, tout en rendant agréable le maintien à domicile.

Mais il nous faut aussi ouvrir des lieux de vie plus communautaires, qui permettent de briser cette solitude subie par de plus en plus de seniors.

Telle est notre volonté en finançant grandement l'entretien et les réhabilitations en résidences appartements, toutes équipées d'un club ou d'un restaurant et d'un service de soins infirmiers à domicile. Cette politique d?entretien active menée par le C.A.S.-V.P. est particulièrement importante car elle déstigmatise grandement ces structures en brisant l?image des mouroirs des maisons de retraite indécentes.

De même, on voit fleurir ici ou là des activités proposées qui sortent des traditionnels "repas-accordéon" ou des ateliers lecture. Les consoles Wii ont fait leur entrée dans les résidences et de plus en plus d?activités originales, comme des initiations à l'art moderne, ont fait leur rentrée dans les clubs de nos seniors.

Et puis, il y a des moments qui ne sont pas faciles à vivre, que l'on craint tous ou que l'on a déjà vécus, cette perte d?autonomie définitive qui laisse peu à peu la place à la dépendance et à la grande dépendance. Ce sont les débuts d'un Alzheimer, les troubles sensoriels, les difficultés de plus en plus dures à se mouvoir et puis tout cela qui irrésistiblement s'installe et fait que la vie seule n?est plus envisageable, ni pour le senior ni pour ses accompagnants.

C'est là que la Ville a deux responsabilités aussi énormes qu?elles touchent éminemment à l'humain :

- tout d'abord, celle de protéger les plus précaires ou les plus isolés de celles et ceux qui voient en eux un nouveau marché ;

- et celle de rendre digne l'approche de la fin de vie.

Je crois, avec humilité, Monsieur le Président, mes chers collègues, qu?en nous investissant autant dans le financement de places en établissements hébergeant des personnes âgées dépendantes, nous permettons, grâce au Centre d'action sociale de la Ville de Paris, établissement à capital 100 % public, de ne pas laisser l'intégralité de la prise en charge de la grande dépendance au secteur privé, tant que celui-ci ne sera pas mieux régulé. C'est ainsi que tous nos établissements sont habilités intégralement à l'aide sociale et peuvent accueillir également les Parisiennes et les Parisiens les plus précaires.

Enfin, notre volonté de financer 2.200 places dans ces fameux E.H.P.A.D. trouve son application à la fois dans la construction de nouvelles places mais également dans l?humanisation de certains des 14 établissements que la Ville gère. C?est ainsi que les experts appellent la "bienveillance architecturale" qui est à l'?uvre dans chacun de nos chantiers.

En effet, les chambres dans ces E.H.P.A.D. sont bien souvent les derniers lieux de vie de ces seniors. Autant pour leurs proches que pour eux, finir ses jours dans des conditions de vie dignes est la moindre des choses qu'une ville comme Paris peut offrir à ses aînés.

Monsieur le Président, mes chers collègues, l?actualité va bientôt être au traitement que le Gouvernement va réserver au cinquième risque, celui qu'il appelle la dépendance. Des échos de recours constant au secteur privé assurantiel nous sont, à tous, arrivés aux oreilles, créant des craintes chez certains d'entre nous. Attendons ce débat mais soyons sûrs que la question des seniors ne se limite pas qu?à la dépendance, mais beaucoup plus au maintien de l?autonomie et à leur dignité. Et si Paris ambitionne d'être modèle en ce domaine, alors il y aura des choses à dire dans ce débat.

M. LE PRÉSIDENT. - Mme CHÉRIOUX de SOULTRAIT a la parole.

Mme Joëlle CHÉRIOUX de SOULTRAIT. - Monsieur le Président, mes chers collègues, comme l?a fort justement démontré mon collègue Vincent ROGER, vous avez choisi la polémique au consensus sur un sujet qui peut faire débat, qui doit même faire débat tant il est important.

Pour ma part, je souhaite revenir sur les mesures concernant les modifications des aides facultatives servies par le C.A.S.-V.P. aux personnes âgées.

Cédant une fois de plus aux sirènes de la communication et avec l'art maîtrisé qui est le vôtre en matière d'affichage, je constate que vous travestissez la vérité.

Non, Monsieur le Président, Paris n'a pas aujourd'hui créé son minimum vieillesse, comme vous avez tenté de le faire croire et comme j'ai pu le lire dans la presse.

Non, Monsieur le Président, Paris ne passe pas aujourd'hui de l'ombre à la lumière en matière de politique pour les personnes âgées, car Paris a toujours eu un temps d'avance dans ce domaine et vous le savez bien.

Lorsque vous êtes arrivé en 2001, il y avait déjà les cartes de transport, les résidences services, des clubs "Emeraude", l?A.V.P. existait depuis 25 ans, d?ailleurs Paris était et est encore la seule ville à avoir un règlement municipal pour les prestations d'aide facultative.

Lorsque le Gouvernement JOSPIN a décidé la C.M.U., vous avez été obligé de créer le "Complément Santé Paris" car le plafond de la C.M.U. était inférieur à celui de la carte "Paris Santé", carte que vous aviez supprimée.

C'est cela aussi, Monsieur le Président, notre héritage.

En réalité, les mesures phares que vous annoncez aujourd'hui et que nous voterons bien sûr ne sont que des ajustements, et le budget qu'elles représentent (37 millions) est égal à celui des aménagements des berges de Seine. "No comment".

Dans le cadre de "Paris Solidarité" qui n'est en fait qu'une

A.V.P. qui change de nom, je rappelle que cette dernière est grosso modo indexée sur le minimum vieillesse.

Or, si ce dernier a été augmenté de 35 euros en avril dernier et devrait l'être encore bientôt, l?A.V.P. elle n'avait pas bougé depuis décembre 2009.

Ce n'est donc pas un cadeau que vous faites, en réalité c'est un dû que vous rendez.

A titre de comparaison aussi, j?ai noté que "Paris Solidarité" sera au même niveau que la P.C.H., la prestation de compensation du handicap servie par l'État qui, elle, a été multipliée par deux en quatre ans.

Quant à l'extension du "Complément Santé Paris" aux personnes handicapées, il s'agit seulement de la rationalisation d'un système, logique d'ailleurs, puisque vous supprimez dans le même temps "Paris Protection Handicap".

Je remarque d'ailleurs que le "Complément Santé Paris", lui, n'a pas augmenté depuis sa création en 2001, ce qui n'est pas le cas des mutuelles que cette allocation est censée couvrir.

Concernant "Paris Logement", son extension aux personnes âgées et handicapées est en soi une bonne mesure et une mesure cohérente.

C'est, en effet, une bonne idée de leur venir en aide pour payer leur loyer dans ce contexte de très forte hausse, largement alimenté d'ailleurs par la spéculation immobilière à laquelle votre politique du logement n'est d'ailleurs pas étrangère, mais comment se contenter alors de la faiblesse des plafonds ouvrant droit à cette allocation ?

Je rappelle, en effet, que le revenu médian, selon l'Observatoire des inégalités, est de 1.200 euros. Or, le plafond que vous instituez est de 1.100 euros pour une personne seule.

Prenez l'exemple, justement, d'une personne âgée avec 1.200 euros par mois, un loyer de 690 euros pour un deux-pièces dans le parc social ; il lui reste 510 euros pour vivre ou plutôt pour survivre, sans aucune aide d'aucune sorte car elle est au-dessus de tous les plafonds de la terre. Des gens comme cela, il y en a beaucoup et la Ville est bien chiche lorsqu'il s'agit d?aider ces personnes qui ont travaillé toute leur vie avec, au bout du compte, une modeste retraite et des conditions de logement relatives mais souvent chères.

Or, la Ville, elle, ne manque pas de moyens, compte tenu des droits de mutation faramineux qu'elle a enregistrés cette année. Une fois de plus, vous obtempérez à votre dogme très social au détriment des classes moyennes. Il est vrai qu'elles ne sont pas votre priorité, car à Paris, maintenant, il faut être ou très riche ou très pauvre.

M. LE PRÉSIDENT. - Il vous sera répondu par Liliane CAPELLE, mais il faut quand même oser faire une intervention pour démolir les mesures qu'on va voter dans quelques instants et pour nous dire que sur le plan social, on n'en fait pas assez et, après, qu'on en fait trop pour les plus pauvres. Bref, il y avait un petit problème de cohérence, mais Liliane vous répondra.

Monsieur LE GUEN, vous avez la parole.

M. Jean-Marie LE GUEN. - Merci, Monsieur le Président.

Votre communication et celle de Liliane CAPELLE, me semble-t-il, inaugurent d?une façon importante un regard que je crois nouveau sur la question du vieillissement à Paris.

La problématique du vieillissement, lorsqu'on emploie ce terme, est, en fait, très largement ambiguë, parce que, derrière ce mot, se cache un phénomène social qui consiste à constater que, d'une part, l'espérance de vie ne cesse de croître et, d'autre part, que le nombre de personnes plus âgées que la moyenne prend de plus en plus de place dans notre société.

Lorsque l'on parle de vieillissement de la société, cela renvoie aujourd'hui à des concepts bien différents, qu'il s'agisse de la problématique des seniors qui peuvent être retraités mais qui sont parfaitement actifs, et j?allais dire heureusement, lorsque l?on voit ce qu'il en est aussi dans notre Assemblée, on parle aussi des personnes âgées qui, elles, sont déjà rentrées dans un âge plus fragile, où l'attention doit être portée plus directement à leur santé, et on parle aussi, plus tard, du grand âge, de ces personnes âgées en perte d'autonomie.

On le voit bien, il y a là des concepts différents, des populations différentes et la nécessité pour la société et la politique municipale de s'adapter à ce mouvement social profond qui existe dans notre pays.

J'entendais Mme CHÉRIOUX de SOULTRAIT parler il y a quelques instants ; je trouvais effectivement qu'elle employait une vision des choses, des politiques sociales et des critiques de la droite qui sont quand même, à mon avis, assez peu compatibles avec la réalité de cette évolution sociale. Madame, vous avez, en dehors du fait que vous concluez d'une façon paradoxale par le reproche que vous nous faites aux politiques sociales, un discours qui est, pour l'essentiel, assez misérabiliste, assez paternaliste, et lorsque vous évoquez la problématique du vieillissement de la société, vous ne renvoyez qu'à une problématique d'allocation.

Très sincèrement, c'est ce que nous essayons de ne pas faire lorsque nous parlons à la fois de solidarité, mais aussi parce que grâce à la mission d'information et d'évaluation qui va être mise en place, nous allons surtout parler d'adaptation de nos politiques sociales.

Notre collègue CARON-THIBAULT a bien posé les questions. Lorsque l'on parle d'adaptation du logement, lorsque l'on parle d'adaptation de l?urbanisme, lorsque l'on parle aussi de présence active et de mobilisation des seniors dans la ville, on ne parle pas, Madame, d'une façon aussi caricaturalement paternaliste et traditionnelle de politiques sociales qui ont eu peut-être leur mérite d'exister il y a 20 ans mais qui, aujourd'hui, ne correspondent plus à l'évolution de la société.

De ce point de vue, vous rejoignez le discours de la majorité nationale sur ce discours, parce que, lorsqu?en son temps, le Gouvernement parlait du problème des retraites, on le voit bien, au lieu de comprendre qu'il y avait à accompagner un mouvement du vieillissement de la société, y compris du vieillissement des actifs. Il n'a été capable de parler qu'en termes financiers, évidemment pour opérer des reculs sociaux, mais aujourd'hui encore, lorsqu'il parle de la dépendance, et il ne choisit pas ce mot par hasard? Alors que tous les acteurs de ce monde préfèrent parler de perte d'autonomie, il parle de dépendance, il se livre à une dramatisation d'une situation sociale qui est inadaptée à mon avis avec, non seulement par rapport à la réalité des besoins des Français mais aussi par rapport à la manière dont elle doit évoluer. On sent que les préoccupations du Gouvernement naissent essentiellement d'une financiarisation de cette question sociale, avec des arrière-pensées qui ont déjà été décrites par d'autres collègues, sur lesquelles je ne reviendrai pas, et pour lesquelles il n'y aurait pas d'autre réponse, effectivement, que la construction massive d?E.H.P.A.D. financés par des fonds de pension.

Cette logique-là n'est pas celle dont a besoin notre société et à tout le moins Paris, ville capitale.

Nous avons d'autres ambitions qui consistent à mettre la personne âgée lorsqu'elle est en perte d'autonomie ou en risque de perte d'autonomie dans un environnement où elle peut rester à domicile, où elle peut continuer à développer, justement, son autonomie. Cela passe par des politiques financières pour les plus défavorisés de nos concitoyens, mais cela passe aussi par une adaptation globale de nos politiques sociales, de nos politiques urbaines, de notre politique du logement. C'est ce à quoi travaille et va travailler la Ville de Paris et c'est, je crois, ce qu'attendent nos concitoyens, c'est la perspective d'une adaptation sociale pour mobiliser cette société autour d'une population qui évolue, mais de valeurs qui demeurent, qui sont celles de la solidarité et de la participation.

M. LE PRÉSIDENT. - Madame BOULAY-ESPERONNIER, vous avez la parole.

Mme Céline BOULAY-ESPERONNIER . - Merci, Monsieur le Président.

Mes chers collègues, le nombre de personnes âgées, voire même très âgées, de 85 ans et plus, est celui qui a le plus progressé au cours de ces dernières décennies ; un Français sur six a plus de 65 ans.

Cela soulève de multiples interrogations : qualité de vie et vieillissement dans la dignité, prise en charge des pathologies liées à l'âge parfois complexe comme la maladie d'Alzheimer, prise en charge de la dépendance, aides et services aux personnes âgées, place de l?aîné dans notre société, financement des retraites et de l'assurance maladie.

Il est impératif que nous nous inscrivions dans une perspective positive, loin du débat polémique où le vieillissement n'est pas considéré comme une catastrophe comme la dette publique ou le chômage, mais comme le résultat heureux du progrès de notre société.

A Paris, les questions liées au vieillissement doivent être envisagées dans un cadre de réflexion global et humaniste. C'est un débat qu'il faut aborder humblement et sereinement n?est-ce pas, Monsieur LE GUEN -, sans faux procès, car il concerne notre avenir et celui de nos enfants.

Notre future société aura un plus grand nombre encore de personnes âgées qu?aujourd'hui, c?est un fait, mais la question n'est pas à prendre à l'envers. Une partie de la réponse à la question du vieillissement à Paris tient à la réflexion préalable que nous aurons et non dans le seul fait de tirer le fil de la dépense de santé dans une logique purement comptable.

Quelques questions dont il faudra débattre doivent être posées, mais il y en a, bien sûr, beaucoup d'autres ; ce sont des pistes de réflexion que je voudrais proposer aujourd'hui à notre Assemblée.

La manière dont nous traitons nos aînés actuels et futurs correspond-elle à ce que souhaitent les citoyens pour eux-mêmes et pour leurs enfants ? Recherche-t-on suffisamment les moyens d?améliorer la vie des personnes âgées ? Prend-on assez en compte la signification différente que revêt la vieillesse pour un homme ou pour une femme, celle que prend l'avancée en âge, la fin de l'activité professionnelle selon la classe sociale, le niveau culturel de chaque individu.

Le vieillissement démographique est une réalité qu?il faut inscrire dans son contexte socioéconomique et culturel. Le vieillissement individuel, d'ordre biologique, s'exprime aussi à travers d'autres dimensions : psychologiques, sociales, existentielles.

La question de l'éthique est essentielle au sein de la cité car il y a des conflits entre les aspirations des uns et des autres, en particulier en situation hyperurbaine comme à Paris.

Alors, justement, Monsieur le Président, vous avez commencé votre communication en disant que la richesse de Paris repose d'abord sur les Parisiens. Mais les Parisiens peuvent-ils se reposer sur la richesse de Paris ? Les 410.000 personnes de plus de 60 ans qui habitent la Capitale peuvent-elle dire que Paris fait tout ce qu'elle peut pour elles ?

L'ignorance est toujours l'alliée des mauvaises décisions politiques. On ne peut donc que regretter l?absence en préalable de ce Conseil de Paris d'une grande consultation parisienne incluant l'ensemble des groupes.

Prenons la question de l'habitat, cruciale car elle touche l'articulation entre les politiques locales et nationales. Que représente-t-il pour la personne âgée confrontée à son vieillissement sans savoir ce qu?il adviendra quand la fragilité l?emportera sur ses aptitudes à vivre de façon autonome ?

Ce sont les moins fortunés, les plus marginalisés et les plus fragiles qui se posent le problème de leur habitat de demain avec une réelle inquiétude.

A ce titre, Monsieur le Président, l'extension du dispositif "Paris Logement" aux personnes âgées et handicapées est une bonne chose mais nous souhaitons que vous alliez plus loin encore en en relevant le plafond.

S'interroger sur l'habitat de la personne âgée, c'est aussi parler de la différenciation des attentes et des potentiels des personnes quand la retraite marque l?ultime rupture dans la vie sociale de l'homme.

De même, pourquoi opposer le choix de rester chez soi, en adaptant le logement aux réalités de l?évolution de la personne, ou de passer dans des structures collectives répondant au stade ultime de la vie.

Le maître mot est l'adaptation, tant sociétale et psychique que matérielle.

En France, la vieillesse est souvent plus associée à la maladie qu'à la personne, la différence est que le malade génère des personnes alors que la personne génère désirs et attentes.

Le concept de l?habitat est un sujet inépuisable où se rencontrent intérêts personnels et collectifs. Il apparaît qu'une perspective d'avenir pourrait être le maintien plus systématisé de la vie à domicile, mais il est impératif d'insister sur l'entourage et les liens vers l'extérieur, au lieu d'insister sur le fait même de rester dans son domicile, sans contact avec l'extérieur, sans visites, sans rapport avec l'autre et sans rôle.

On en vient à la question concrète de la valorisation de la famille, aspect autour duquel l?habitat doit se resserrer pour justifier d'un maintien à domicile.

A ce propos, j'en arrive à la question à peine effleurée dans votre communication, Monsieur le Président, des aidants ou plus précisément des aidants naturels et familiaux.

Ils jouent un rôle déterminant à Paris, combien sont-ils ?

Réfléchissons aux modalités d?accompagnement, par les aidants notamment, même en situation hyperurbaine comme à Paris. Penchons-nous sur leurs problèmes : la solitude, le manque d'information, l'extrême dureté souvent de ce qu'ils endurent auprès des parents qu'ils soignent.

Quelles sont les aides de la Ville en leur faveur, pour eux qui sont des alliés inestimables ?

Traiter de la question du vieillissement n'est pas que le problème de tous, partant du principe que nous sommes tous, sauf accident, de futurs anciens. Traiter du problème du vieillissement est le progrès de tous et sera en particulier un progrès pour Paris.

Naturellement, il faut tenir compte des spécificités parisiennes : la cherté de l?immobilier, la rareté des terrains, le coût des résidences, le coût des aides à domicile, ajouté à cela le sous-équipement flagrant.

Quelques pistes peuvent être mises en avant : évaluer les dispositifs de prise en charge, associer les Parisiens au débat, favoriser les nouvelles formes de solidarité, faire organiser la prise en charge de proximité par les maires d?arrondissement.

Nous aimerions une réflexion poussée sur le pacte intergénérationnel si important. Chaque génération n'a-t-elle pas une dette sociale envers la précédente ?

Paris a toujours été un creuset d'initiatives. Fort de ce constat, notre groupe souhaite que, fidèle à sa réputation, la Ville engage, en même temps que le Gouvernement, un chantier de réflexion sur la dépendance, afin que 2011 soit, comme le Président de la République l?a dit, une année utile.

C'est un chantier ambitieux mais Paris le mérite, les Parisiens le méritent.

Monsieur le Président, vous nous parlez encore une fois du désengagement de l'État, preuve que ce commentaire a pris chez vous la forme d?une obsession qui se soigne d?ailleurs très bien à coups d?injection de chiffres : 17 milliards de prise en charge, ce n'est pas tout à fait un désengagement.

Vous vous dites le maire de tous les Parisiens, mais dans les faits vous nous proposez la création d'une mission d'évaluation à l'initiative de votre groupe. On peut faire beaucoup mieux.

Notre groupe, l?U.M.P.P.A., demande avec beaucoup de force la création d'un observatoire sur le thème "Vieillir à Paris aujourd'hui et demain" associant l'ensemble des Parisiens, parce que notre Capitale le vaut bien, parce que notre Capitale en a besoin.

Je vous remercie.

M. LE PRÉSIDENT. - Mme Karen TAÏEB a la parole.

Mme Karen TAÏEB. - Monsieur le Président, mes chers collègues, les élues républicaines et socialistes tiennent non seulement à saluer le travail de Liliane CAPELLE, qui mène sa délégation avec c?ur et responsabilité, mais également à nous interroger sur la question philosophique qui précède ou qui en découle.

Quelle société voulons-nous offrir à nos aînés, à ceux-là même qui ont construit la société dans laquelle nous vivons aujourd'hui ?

Qu'est-ce que bien vieillir ?

A côté de la philosophie, il y a la science et la médecine qui annoncent que nous allons vivre de plus en plus vieux et il y a surtout les actes et l?engagement politique.

Depuis 2001, Paris conduit une politique exigeante en direction des personnes âgées avec deux axes clairs, le premier qui place les seniors au c?ur de la cité comme acteurs et le second qui prend soin des plus fragiles.

De son côté, le Gouvernement a annoncé une future réforme. Après le dossier des retraites traité à la hache, voici donc ouvert celui de la dépendance et un projet de loi qui devrait être présenté en Conseil des Ministres avant l'été 2011 ; le pire est à craindre.

Dans ses promesses de 2007, Nicolas SARKOZY garantissait, je cite, "un système juste et équitable". Résultat, le rapport de Valérie ROSSO-DEBORD qui annonce des mesures plus éloignées les unes des autres de cet hypothétique système.

Est-il juste et équitable de faire notamment supporter la dépendance par souscription à des assurances privées et non par une politique de solidarité nationale ? La réponse est non.

De quelle société parle-t-on ? Quelle société voulons-nous ? Les personnes âgées devront-elles acheter leur indépendance ?

Si ce débat porte sur un enjeu de société, la responsabilité est éminemment politique car, à l'horizon 2050, un tiers des Français aura plus de 60 ans, contre un cinquième aujourd'hui.

Ajoutés la réforme des retraites, des parcours professionnels de plus en plus précaires et chaotiques et une société de plus en plus individualiste, le tableau est plutôt inquiétant s'il n'est pas mené d'urgence une politique responsable et solidaire et non un désengagement de l'État à toutes les sauces.

A Paris, entre 2001 et 2011, comme vous l'avez rappelé, Monsieur le Président, les dépenses nettes de la Ville ont doublé en direction des personnes âgées.

410.000 Parisiennes et Parisiens, soit un cinquième, ont plus de 60 ans, un tiers d?entre eux a plus de 75 ans, avec une difficulté particulière pour nos aînés : 12,6 % d'entre eux vivent en deçà du seuil de pauvreté contre 9,9 % en France.

33.600 demandeurs d?emploi ont plus de 50 ans et nous nous félicitons du forum de l'emploi des seniors, "les Paris de l'expérience" qui ont réuni le 1er décembre dernier 6.500 personnes au "104", car il est difficile de trouver un emploi à cet âge médian de la vie, les quinquagénaires au chômage vivant souvent une véritable discrimination à l'embauche.

C'est pourquoi nous saluons la politique menée par notre Département et notamment l'augmentation de l'Allocation Ville de Paris de 775 euros à 840 euros ou encore le dispositif "Paris Logement" qui permet aux personnes percevant moins de 1.100 euros mensuels de ne pas consacrer plus de 30 % à leur logement.

Nous tenons d'ailleurs à ce sujet à réitérer notre désapprobation contre la loi inique de Mme BOUTIN, une loi qui fragilise encore un peu plus les personnes âgées en les poussant vers la sortie, en les invitant à quitter leur logement social dans lequel elles ont vécu des dizaines d'années, voire toute leur vie, pour un plus petit logement, à ne plus pouvoir recevoir les membres de leur famille et à quitter par-là même leur quartier de vie.

J'ajoute à cela que le démantèlement du service public de la santé, la réforme de l?A.P.-H.P. et la mise en péril de l'accès de tous aux soins, les déremboursements successifs de médicaments et l?incitation à payer une assurance complémentaire est pour notre majorité inacceptable.

Nous saluons donc l'extension du versement "Complément Santé Paris" qui permettra désormais à toutes les personnes vivant dans la précarité de pouvoir disposer d?une mutuelle afin de pouvoir couvrir leurs soins courants.

Fermement, résolument, concrètement, notre Département s'engage contre la précarisation des seniors, contrairement au Gouvernement.

Pendant que Nicolas SARKOZY promet une situation meilleure tout en détruisant les services publics et les solidarités qui les concernent directement, Paris agit.

Ce sont effectivement 37 millions d?euros annuels supplémentaires pour nos aînés et les personnes porteuses de handicap. J'en profite pour dire aux élus de l'U.M.P. qui ont à plusieurs reprises comparé, pensant trouver le pot aux roses, ces 37 millions d?euros à ceux qui seront investis pour les voies sur berges que les voies sur berges seront un espace de vie, un espace qui permettra d'améliorer la qualité de vie justement des jeunes Parisiens, des plus âgés et des personnes handicapées.

Concernant l?A.P.A., nous nous félicitions de l?augmentation de 26 % depuis 2007 et des 3 millions d?euros annuels supplémentaires que notre Département engage pour permettre à ceux qui gagnent moins de 1.000 euros, contre 695 euros aujourd'hui d?être exonérés de toutes charges.

J'en profite aussi pour dire que nous nous opposons à la suppression de l'A.P.A. pour les personnes faiblement dépendantes en G.I.R.4. Il s'agit d'une fausse économie car elle ne tient pas compte de la prévention. L?A.P.A. qui aide concrètement non seulement les personnes dépendantes mais soulage les aidants.

Paris travaille aussi au lien intergénérationnel. Nous tenons particulièrement à saluer toutes les initiatives dans ce domaine.

Je vois que le temps court.

M. LE PRÉSIDENT. - Concluez, chère amie.

Mme Karen TAÏEB. - Cela se voit aussi dans notre soutien aux nombreuses associations de seniors, qui représentent la majorité du bénévolat parisien, que la mairie soutient et subventionne, et les exemples sont nombreux. Partage, enrichissement réciproque, tels sont les maîtres mots de plus de quarante partenariats entre seniors du C.A.S.-V.P. et enfants des centres de loisirs, et cela commence même dès la crèche.

Je voudrais, avant de conclure, remercier l?ensemble des adjoints qui travaillent de manière transversale et collégiale pour une réelle politique solidaire et une société digne de ce nom, qui n'oublie pas ses personnes dépendantes, qu'elles soient âgées ou porteuses de handicaps.

Je terminerai en citant Marcel Pagnol : "On devient vieux quand les jeunes nous abandonnent".

Je vous remercie.

M. LE PRÉSIDENT. - Donc, les jeunes, ne nous abandonnez pas !

J'ai bien aimé votre remarque sur les voies sur berges, parce que je pense effectivement que nos aînés seront parmi les meilleurs bénéficiaires de cet aménagement, de la même manière qu'ils sont des bénéficiaires des bus de traverse. J'imagine que, dans quelques années, nos collègues de l'opposition, après nous avoir demandé de faire encore plus de bus de traverse, nous demanderont de faire encore plus de voies sur berges sans voiture !

Merci à tous.

Oui, mais l?opposition, ce n?est pas toi, Sylvain. Je ne confonds pas, moi, la droite et la gauche.

La parole est à Liliane CAPELLE.

Mme Liliane CAPELLE, au nom de la 6e Commission. Merci beaucoup, Monsieur le Président, et merci pour cette communication.

Je voudrais très brièvement remercier tous les élus qui sont intervenus. Je voudrais aussi remercier le C.A.S.-V.P., la D.A.S.E.S. et le Secrétariat général de la Ville de Paris. Je voudrais remercier très sincèrement le cabinet du Maire et les cabinets des adjoints, et le mien en particulier, pour toute l'aide qu'ils nous apportent au quotidien.

Je ne reviendrai pas sur tous les chiffres qui ont été donnés, parce qu'ils sont maintenant bien connus. Je reviendrai plutôt sur quelle société effectivement nous voulons. C'est vrai que, pour moi aussi, la droite et la gauche, ce n'est pas forcément la même chose. Même si quelquefois on peut se retrouver.

J'ai été ravie de voir que vous alliez voter ces projets de délibération, même si j'ai entendu qu'il faut rationaliser. Alors, d'un côté, il faut mettre moins d'argent, mais de l'autre côté il faut en mettre beaucoup plus. Je ne sais pas bien faire.

Je ne vais pas polémiquer, mais quand même. J'ai bien entendu tout ce que vous avez dit et j'attends de voir ce qui va sortir de toutes les concertations engagées, sur ce qui est appelé la dépendance et ce que nous préférons appeler la perte d'autonomie. Quand on s'occupe de la dépendance, on ne s'occupe que d'un morceau, même important mais que d'un morceau du sujet, plutôt que problème d'ailleurs. Et quand on parle de la perte d'autonomie, on prend cela dans un contexte beaucoup plus général.

J'attends de voir, parce que vous nous dites : qu'est-ce que vous allez faire pour les classes moyennes ? J'attends de voir quelle sera la part de l'Etat pour aider toutes celles et tous ceux qui ne peuvent plus assurer les gestes au quotidien dans leur vie.

Il est bel et bien de demander au Département et à la collectivité, mais il est bel et bien aussi de demander à l'Etat quand ceci est une compétence d'Etat. Pour l'instant, je ne suis pas très au clair avec tout ce qui va se passer.

Quelqu'un a dit : je souhaiterais que le Département de Paris soit représenté. Je vous rassure, je vous représente, Monsieur le Président, au sein d'une des commissions qui a été mise en place dans ce sens. Je ne manquerai pas de signaler, de rappeler quelles sont vos positions.

En fait, nous voulons une ville - j'ai bien aimé ce qu'a dit M. LE GUEN - non pas une ville où on prêche la bienveillance, mais une ville où tout le monde est citoyen jusqu'au bout. On est citoyen à partir du moment où on peut mener sa vie comme on l'entend, et jusqu'au bout on a le droit de faire les choix de vie que l'on veut.

C'est donc une conception vraiment de la société.

Juste un petit rappel : les dossiers évoqués lors de ce Conseil, ce sont les seniors mais également les collèges. On voit bien que dans cette ville on s'occupe de tout et que les seniors, ce n'est pas simplement quelque chose au milieu de nulle part.

On va parler des voies sur berges, Karen TAÏEB l?a signalé. On va parler des nouvelles gouvernances des missions locales, lieux hautement importants. J'ai entendu aussi que chaque génération se doit, etc. Non, ce n'est pas cela, car "on ne se doit pas", on n'a pas de charité à avoir les uns envers les autres, mais on s'apporte mutuellement.

Dans les missions locales, il y a les parrainages. Cela rejoint aussi les grands parrains, toute l'action que l'on veut faire autour des jeunes en très grande difficulté.

Puis, il y a eu effectivement l'élection d'un très jeune adjoint. Voilà, c'est cela, la vie parisienne, la société parisienne : c'est une société harmonieuse.

Il n'est pas très jeune ? Si, par rapport à nous, il est très jeune !

Nous voulons une société harmonieuse, avec le mot de solidarité et non pas de la compassion et de l'empathie en permanence. La compassion et l'empathie, on en a besoin mais on a surtout besoin de respect, de solidarité, d'avancer en même temps. Peut-être pas forcément au même rythme, mais en tout cas en même temps.

Je voudrais juste apporter quelques précisions et je ferai très vite.

Vous parlez à juste titre des taux d'encadrement dans les établissements. Je voudrais juste rappeler que dans les établissements du Centre d'action sociale de la Ville de Paris, qui sont des établissements à 100 % habilités à l'aide sociale, on a un taux d?encadrement largement supérieur à ce qui se fait ailleurs, même très légèrement supérieur. Nous sommes dans l'expectative dans les discussions avec l?A.R.S., puisqu'avec les convergences tarifaires, on ne sait pas où cela nous emmènera.

Soyons donc prudents sur ce que vous pouvez nous dire.

Vous avez parlé du bénévolat, et merci d?en avoir parlé, parce que sans les seniors il n'y aurait pas de bénévolat à Paris, ce qu?il faut bien savoir.

Vous avez dit qu'on a cassé les bénévoles du C.A.S.-V.P, c?est totalement faux. Je vous signale qu?on leur a donné maintenant plein de bonnes initiatives et qu'ils y vont maintenant avec c?ur, parce que cela les sort de simplement... On leur demande de s'investir, on ne leur demande pas simplement de distribuer de l'aide financière.

M. LE PRÉSIDENT. - Voilà, c?est bien ! Continuez à ne pas être conservatrice, Liliane CAPELLE.

Mme Liliane CAPELLE, rapporteure. - C'est cela l'investissement des seniors.

Sur l'emploi, c?est tout de même une compétence d?Etat, je le rappelle, et que nous pouvons faire tout ce que nous voulons. C'est vrai que ce forum des seniors a hélas remporté du succès. Je dis bien "hélas" parce que cela donne l'étendue des dégâts. Mais avec Christian SAUTTER, nous essayons de faire avancer le dossier et ce n'est pas simple.

Sur l'intergénérationnel pour terminer, parce que beaucoup de choses ont déjà été dites, ce n'est pas un concept, c'est vraiment une réalité que nous mettons en place : quand on parle, comme dans le 3e, du logement, quand on parle dans le 4e arrondissement de faire dans le même endroit l'accueil famille et l'accueil senior, quand dans le 10e nous avons des groupes de slam qui réunissent des jeunes - je dis bien des jeunes et pas forcément des enfants - et des seniors.

J'aurais mille et un dossiers à vous présenter que l?on soutient financièrement. Je voudrais parler de la "Compagnie Bouche à Bouche" dans le 14e, je voudrais parler du 17e et du 18e, et cela devrait s?étendre sur Paris, de voisinage. Je voudrais vous parler d'une bande dessinée, qui a été cosignée entre un groupe de pépés et de mémés du 19e, qui ont fait un atelier d'écriture et qui sont allés à Fleury-Mérogis? Pourquoi ? Les "pépés et les mémés", cela vous gène ? Je suis grand-mère et cela me va très bien d?être mémé !

? qui sont allés rencontrer un groupe de jeunes à Fleury-Mérogis, et ensemble ils ont fait une bande dessinée.

Il y en a mille des actions comme celles-ci, qui font qu'au quotidien on rend la vie solidaire, respectueuse, respectable pour les uns, pour les autres. Nous avons les aménagements, nous avons tout ce dont vous avez parlé.

Je voudrais dire juste un mot effectivement sur la santé. Ce n?est pas de notre responsabilité s'il y a déremboursement des médicaments, ce n'est pas de notre responsabilité si l'A.P.-H.P. est démantelée, ce n'est pas de notre responsabilité si les personnes âgées sont dans les services d'urgence au lieu d'être dans les services où ils devraient être admis. Ce n'est pas de notre responsabilité : c'est de la responsabilité du Gouvernement que vous soutenez !

Juste un mot encore, nous surveillons de très près ce qui se passe à l?A.R.S., et je vous signale quand même que l?A.R.S. nous a bloqué deux dossiers d'établissement dans Paris en arguant du fait qu'ils n'avaient pas les moyens, que certes on en avait besoin, mais qu'ils n'avaient pas les moyens.

Alors, vous voyez, Monsieur le Président, mes chers collègues, la question philosophique que soulevait Karen TAÏEB me va bien parce que la réponse est là : quelle société voulons-nous ? Pour ma part, la société que je souhaite est une société où chacun se regarde avec des yeux respectueux et plein de douceur.

Merci.

M. LE PRÉSIDENT. - Vive la douceur ! Cela ne ferait pas de mal à Paris, de temps en temps, dans ce Conseil.

Merci beaucoup à Liliane CAPELLE de sa compétence, de son efficacité et de sa douceur.

Mes chers collègues, la communication n'est pas soumise au vote.

Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération DASES 29 G relatif à la modernisation de l'aide à domicile à Paris.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Le projet de délibération est adopté à l'unanimité. (2011, DASES 29 G).